‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 19 sur 156 · Liste pour les gratifications · texte numérisé non relu

Liste pour les gratifications

2. Né en 1622, mort en 1691. Il était d'Albi, comme Boyer. On donne comme leur œuvre commune le comte (FEssex (1678) et Oreste (1681). Coras, autre collaborateur de Le Clerc, était aussi méridia»a2 : il était né à Toulouse; il vécut de 1630 à 1677

débuté, dès Tannée 1655, par une tragédie intitulée la Virginie romaine. Selon d'Olivet, elle était peu régulière ; mais, grâce à la jeunesse de Fauteur, « elle ne » laissa pas d*étre applaudie et de faire augurer que, » sll voulait continuer dans ce genre d'écrire, il méri- » terait une place honorable dans le second rang des « poètes qui trftTaiilaient en ce temps-là pour le théâ- » tre. » Cependant il s'écoula vingt ans avant qu'il donnât une sœur à sa Virginie; et, pendant celte période, il ne se fit connaître dans les lettres que par une faible traduction du Tasi^ (1667). Il semble que ce soit seulement dans une pensée de lutte contre Racine qu'il ait de nouveau composé pour le théâtre ; car, en 1675, peu de mois après la tragédie qui avait fait couler tant de larmes à rhôtel de Bourgogne, il osa faire paraître au théâtre de l'hôtel Guéfiégaud, une seconde Iphigénie. Nous aurons à examiner plus tard si, comme Le Clerc Taffirme dans sa préface^ cette rencontre fut le simple effet du hasard, ou si plutôt l'auteur, aidé de son ami Coras, n'a pas cherché cette concurrence et ne s'est pas flatté de faire pâlir la gloire de Racine. Mais le succès de la pièce n'inquiétA pas beaucoup le grand poète, qui se vengea par Tépigîamme bien connue :

Entre Le Clerc et son ami Coras,

Deux grands auteurs, rimant de compagnie,

N*a pas longtemps sourdirent grands débats

Sur le propos de leur Iphigénie.

coras lui dit : • La pièce est de mon cru. »

Le Clerc répond : ■ Elle est mienne et non TÔtrc. »

Mais aussitôt que Touvrage a paru,

Plttl n'ont voulu Tavoir fait Tuu ni Tautre.

Le danger pour la réputation de Racine n*était ni dans les efforts de ces poètes, ni même dans ceux de

Thomas Corneille, fécond écrivain qui a produit d'in*nombrables pièces dramatiques, comédies, tragédies, opéras, médiocre dans la plupart de ses œuvres. Les seules qu'on se rappelle aujourd'hui sont le ComU (TEssex et surtout Ariane, où Ton trouve l'accent d'une passion vraie et touchante. Les exemples de Racine ont profité à Thomas Corneille, de même que ceux de l'auteur du Cid et de Cinna avaient réformé Rotrou et contribué à la création de son chef-d'œuvre, Feuceslas.

Racine n'eut jamais à voir un concurrent sérieux dans un autre écrivain, Boursault, auteur heureux, peut-être un peu trop vanté, de trois comédies, intéressantes comme peinture de mœurs ^, mais aussi de beaucoup d'autres complètement inconnues, et même de deux tragédies détestables. Boursault avait commencé, un peu avant les débuts de Racine, par des comédies au-dessous du médiocre. Sa réputation littéraire dut beaucoup à ses querelles avec Molière et Boileau. Sa pièce intitulée le Portrait du Peintre ou la Critique de F École des Femmes (1663), et la Satyre des satyres (1669), dirigée tout entière contre Boileau, l'enrôlèrent décidément parmi les adversaires les plus violents des nouveaux poètes. D'ailleurs les liens de la plus vive amitié l'attachaient au grand Corneille, qui l'appelait son fils, et à Thomas, qui voulut le faire entrer à l'Académie. Sans doute sa reconnaissante afiectîon pour les deux frères, autant que ses démêlés avec Boileau, le rendirent ennemi de Racine et le poussèrent d'abord à écrire une bien faible critique de Britannicus, puis à composer, comme pour entrer en

1. Elles sont postérieures à. la retraite de Racine : le Mercure ga^ ant est de 1679, VÉsove à la ville de 1690, et V Ésope à la cour de

liilte avec Tauteur deBajaset et à'Iphigénie^ son Gehnnnicm et sa Marie Sttuirt. Quant à un autre auteur dramatique, bien plus jeune que les Boyer, les Le Clerc, les Boursault, et devenu plus tristement immortel, Pradon, il ne serait pas juste de faire retomber sur lui seul tout le blâme de son insolente rivalité avec Racine : il fut surtout un instrument docile entre les mains d'ennemis acharnés du poète, et sa misérable pièce de Phèdre et Aricie fut inspirée par une coterie qui en a fait la scandaleuse mais éphémère fortune.

Parmi tous les poètes qu'alarmèrent l'apparition d'Alexandre et surtout le succès populaire d'Andromaque^ un seul était redoutable pour Racine et par l'éclat de tant de sublimes ouvrages et par une célébrité déjà établie et consacrée : c'est le grand Corneille. « La France, » a dit un contemporain ^ transportée pour ses ouvrages » d'une admiration qui allait jusqu'à Tidolâtrie, semblait » s'être engagée à n'en jamais admirer d'autres que ceux » qu'il produirait à l'avenir. Ainsi, on regarda d'abord »avec quelque sorte de chagrin l'audace d'un jeune » homme qui entrait dans la même carrière. » Il faut pourtant apporter quelques restrictions à ce jugement; car, nous l'avons vu, les premières disgrâces de Cornelle sont antérieures aux débuts de Racine. Quand ler grand poète, bien oublié après l'échec de Pertharite^ reparut au théâtre, il trouva toute-puissante l'influence i des tragédies de Quinaull, et il put se plaindre avec une î ironie un peu amère de la transformation du goût public '. Ainsi, cette audace d'entrer dans la même carrière que Corneille, et même de lui enlever les succès,

1. M. de Valincourt. Discours de réception à l'Académie française où il remplaçait Racine, son ami (1G99).

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