id.. t. IV, p
Cependant à Tépoqae où Racine a renoncé au théâtre et a été revêtu par le roi des fonctions d'historiographe de France, le ton du Mercure se radoucit beaucoup. D'abord cette retraite délivre Visé et ses confrères des supplices que les nouveaux succès du poète pouvaient infliger à leur jalousie ; puis il faut ménager un homme si bien en cour. Ce double sentiment perce dans le passage où le Mercure annonce la résolution de Racine et son nouvel emploi \ Depuis ce moment^ les rédacteurs se permettront bien encore quelques traits détournés contre lui et contre Boileau, mais ils n'oseront plus les attaquer en face. Le Mercure louera même d'assez bonne grâce le discours où Racine, recevant à l'Académie Thomas Corneille, fit un magnifique éloge du grand homme que la mort venait d'enlever.
Parmi les collaborateurs du Mercure galant^ il en est un que nous n'avons pas cité : c'est Robinet. Un passage du Mercure nous apprend la part importante que ce versificateur prit au journal. Le volume de mai 1677 contient plusieurs sonnets adressés par Robinet à Monsieur^ avec cette phrase : « Robinet a fait autrefois la » Muse historique dédiée à Madame. » Ailleurs : c II i> travaille à la Gazette depuis trente-cinq ans, et il a » fait tous les Extraordinaires que nous avons vus » jusqu'à Tannée dernière. Ils lui ont acquis beaucoup
1. Mercure d'octobre 1677. « Le nom de M. Boyer, qui nous a » donné tant de belles tragédies, me fait souvenir que le théâtre es^ menacé d'une grande perte. On tient (et c*est un bruit qui se con- » firme de toutes parts) qu'un de nos plus célèbres auteurs y re- « nonce pour s'appliquer entièrement à travailler à l'histoire. 11 » semble qu'il ne se soit attaché quelque temps à faire les portraits » de quelques héros de Tantiquité que pour essayer son pinceau et » préparer ses couleurs, daus le dessein de peindre ceux d'aujour- » d'hui avec une plus vive ressemblance. »
» d'estime, et le public lui a rendu là-dessus la justice » qu'il lui devait. » La Gazette dont il est question dans ce dernier passage est la Gazette de Renaudot^ qui publiait, en manière de suppléments, comme le fit aussi le Mermrey des Extraordinaires. Quant à la Muse historiquBy ce journal, dont le principal rédacteur était Loret, fut publié, à partir de 1650, sous forme de lettres en vers adressées chaque semaine à M"* de Longueville, devenue bientôt la duchesse de Nemours, et il parut sans interruption jusqu'à la mort de Loret en 1655. A cette époque, Robinet, sous le pseudonyme de Dulaurens, ou de J. Laurent, continua ces lettres et les adressa à Madame (Henriette d'Angleterre). Après la mort de Madame (1670), Robinet sollicita et o1)tint la permission de les dédier à Monsieur, et sa publication continua ainsi jusqu'en 1678 ^ Sans doute, à ce moment, le succès du Mercure galant compromit l'avenir de la Gazette^ et Robinet, qui écrivait déjà dans le nouveau recueil, prit le parti de vouer exclusivementau Mercure son talent de poète et de critique.
Ses opinions littéraires, ses préférences, ses haines, en faisaient d'ailleurs le collaborateur naturel de Visé.
1. La Ginette rimée de Robinet forme 2 volumes in-folio. Nous avons trouvé à la Bibliothèque nationale le premier, qui commence au 25 mai et finit au 27 décembre 1670. Il est divisé en trois parties : 1« Lettres en vers à Madame (25 mai 1665-28 juin 1670) 2* Lettres en vers à Vombre de Madame (5-26 juiUet 1670) ; 3" Lettres en vers à Monsieur (2 août-27 décembre 1670). La Bibliothèque mazarine possède, avec quelques lacunes, les années 1671 et 1672. La fin de 1673 et le commencement de 1674 manquent (du 23 septembre 1673 au 7 avril 1674). Puis on passe du 13 octobre au 8 décembre, et du 8 décembre au 29 : c'est la fin du volume. Quant à la dernière partie de la Galette (de 1675 à 1678), nous Tavons cherchée vainement dans les bibliothèques de Paris. Cependant, notre ancien élève et ami, M. le baron James-Édouard de Rothschild, nous indique encore le recueil suivant, que possède la Bibliothèque natîo-
5i FAMILLE DE CORNEILLE.
Robinet est aussi un admirateur passionné des dernières «uvres de Corneille ; il vante
Son charmant Agésilaûs, Où sa veine coule d*un flux Qui fait admirer à son ftge Ce grand et rare personnage*.
Il célèbre A^^tla:
Cette dernière des merveilles De Taîné des fameux Corneilles;
et il trouve
Que d*un roy des plus mal nais^ D*un héros qui saigne du nez,
nale : Lettres en vers à Leurs Altesses Royales Monsieur et Madame (signées : J. Laurent), 1677-1678. Paris, imp. de 6. Tempère, etc., 1677-1678, in-fol. Le', 30, Rés. Quant aux années 1675 et 1676, M. de Rothschild les a cherchées en vain dans les bibliothèques publiques et particulières de France ou de Fétranger ; il croit que pendant ces deux années la publication des gazettes rimées a été interrompue.
Nous sommes heureux d'annoncer que M. James de Rothschild, d.'jà connu par d'importants travaux de bibliographie et de critique, va faire paraître une édition nouvelle et aussi complète que possible de la Galette de Robinet. Il y joindra un autre continuateur de Loret, Mayolas de Lagravete, dont la Bibliothèque nationale possède les recueils suivants : Lettres en vers et en prose dédiées au Roy, par le sieur de Lagravete de Mayolas (9 décembre 1668-24 décembre 1669). Paris, imp. de 6. Adam, 1668-1669, in-fol. Lc% 28, Rés. Recueil de lettres en vers et en prose dédiées au Roy, par le sieur de Lagravete (12 janvîer-29 décembre 1671). Paris, imp. de G. Adam, 1671, |n-ful. Lc«, 29, Rés.
Cette réimpression, qui intéresse si particulièrement Thistoire littéraire du XVII' siècle, complétera celle de la Muse historique de Loret, commencée en 1857 par M. Ravenel, conservateur du département des imprimés à la Bibliothèque impériale, et par M. de la Pelouze, son neveu; les tomes 11, III, et le IV' et dernier qui vient de paraître sont dus exclusivement aux soins de H . Livet. La table seule reste à publier.