‹ Les ennemis de Racine au XVIIe siècleChapitre 51 sur 156 · Mai · texte numérisé non relu

Mai

4. Mai 1684. Boileau était à Tarmée avec le roi; il ne put être reçn en même temps que la Fontaine

son nouveau confrère. Ainsi, de 1660 à 1684, pendant cette période si féconde pour les lettres françaises, l'esprit et le goût de T Académie française n'ont pas changé ; elle est restée fidèle aux traditions et aux hommes de l'âge de Mazarin ; et si, vaincue par Topinion et par la volonté du roi, elle a enfin admis la plupart des auteurs de l'âge nouveau, c'est aux autres qu'ont appartenu, jusqii'à la fin du siècle, les sympathies, les distinctions et la puissance.

Les mêmes personnages furent tous plus ou moins compromis dans la fameuse querelle qui, en définitive, tourna en lutte directe contre les nouveaux poètes. Boileau, Racine, la Fontaine, Huet, Régnier-Desmarais, se faisaient les défenseurs ardents des anciens, attaqués par Desmarets Saint-Sorlin, puis par Perrault : tous les ennemis de Boileau et de Racine durent à l'instant se ranger dans le camp des modernes. Sans insister sur cette question traitée récemment avec tant d'éclat par un critique spirituel et délicat *, rappelons seulement qu'en dehors même de l'Académie la querelle était soutenue avecardeur par M"® Deshoulières, le duc de Nevers, les rédacteurs du Mercure, Pradon lui-même, dans un de ses ouvrages, déclare, avec une noble indépendance,

1. M. H. Rigaull, Histoire de la querelle des anciens et des modeimes, Paris, Hachette, 1856. — Depuis longtemps déjà ces. lignes étaient écrites, quand un coup aussi affreux qu'imprévu est venu frapper cette noble intelligence et priver l'Université et la littérature d'un de ces plus beaux ornements. On permettra à un condisciple, à un collègue de M. Rigault, de payer ici à sa mémoire un tribut de vive et douloureuse sympathie. Je ne puis me rappeler sans émotion qu'il avait reçu la confidence de ce travail, et que ses encouragements en pressaient vivement Fexécution. — M. Rigault, professeur de rhétorique au lycée Louis-le-Grand, chargé du cours d'éloquence latine au Collège de France, est mort le 21 décembre 1858. Cette note a été imprimée en février 1859.

qu'il ne se pique pas d*admirer toujours les sottises héroïques de VEnéide ^ Rappelons encore que Racine, dans la préface d'Iphigénie, était entré incidemment, pour défendre Euripide, dans la querelle déjà soulevée. Pierre Perrault, frère du fameux ennemi des anciens, avait frayé le chemin à son cadet par un parallèle entre VAlceste d'Euripide et Topera de Quinault. Son intention avait été de venger le poète lyrique des épigrammes de Boiieau ; mais il s'avisait en même temps de critit|uer la tragédie d'Euripide, et il avait commis des bévues qui donnaient beau jeu aux admirateurs des anciens. Racine ne pouvait manquer l'occasion de défendre son ami Boiieau. En outre, la cause du poète grec était la sienne, et il avait bien le droit de dire : « J'ai trop d'obligation à Euri- » pide pour ne pas prendre quelque soin de sa mémoire. » Il releva donc sur le ton d'une ironie fine et mesurée les grossières erreurs de Perrault. Il railla la suflisance c de » ces messieurs qui ne voulaient tant de mal à Euripide »que faute de l'avoir bien lu ]>,et il termina en leur conseillant c de ne plus décider si légèrement sur les » ouvrages des anciens, et de commencer au moins par B examiner ce qu'ils ont envie de condamner. Il faut, » leur disaitnl par la bouche de Quintilien, être extrême- » ment circonspect et retenu à prononcer sur les ouvrages » de ces grands hommes, de peur qu'il ne nous arrive, » comme à plusieurs, de condamner ce que nous n'en- » tendons pas *, » Cette dernière allusion était comme la pointe de Tépigramme ; elle enfonçait le trait dans la blessure. Les modernes ne pardonnèrent pas cette préface à Racine, et Charles Perrault se chargea de venger son frère.

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