Préface d*Iphigénie
Charles Perrault, le chef des modernes, appartenait depuis longtemps au parti des poètes de Tâge de Mazarin. Il avait travaillé avec Chapelain à la fameuse liste des pensions; pas plus que Tauteur de laiPucelle, il ne s'était oublié lui-même, et, « en qualité d'homme habile en poésie et en belles-lettres, » il était porté sur la feuille pour une pension de 1500 livres. Il entra à TÂcadémie * française en 1671, deux ans avant Racine, et le succès de son^discours amena l'usage d'admettre le public aux séances de réception. Il joua aussitôt un grand rôle dans la compagnie : protégé de Colbert, il fut souvent l'interprète des vœux de l'Académie auprès du pouvoir; il fit donner à l'illustre corps le Louvre pour domicile, et, après la mort du chancelier Séguier, le roi pour protecteur. Il fut aussi un des principaux fondateurs de l'Académie des inscriptions et de l'Académie des sciences. Perrault n'était donc pas pour Racine un ennemi sans valeur; et, sans doute, il eut part aux intrigues formées contre le poète qu'il enveloppait dans ses ressentiments contre Boileau.
Son poème du Siècle de Louis le Grande qu'il lut à l'Académie française, le 27 janvier 1687, dut être, de toutes manières, un coup sensible pour Racine. D'abord l'auteur y attaquait avec une légèreté très-irrespeclueuse les plus grands génies de l'antiquité grecque et latine ; puis, en leur opposant les modernes, il confondait dans un même éloge quelques auteurs justement admirés, Malherbe, Molière, Racan, et une foule d'écrivains secondaires :
Les Régniers, les Maynards, les Gombaulds, les Malherbes,
Les Godeaux, les Racans *
Les galants Sarrasins et les tendres Voitures, Les Molières naïfs, les Rotrous, les Tristans.
Il payait un juste tribut d'admiration au grand Corneille,
Du théâtre français Thonneur et la mervenie, Qui sut si bien mêler aux grands événements L'héroïque beauté des nobles sentiments.
Mais il oubliait, non sans dessein, Racine, Boileau, la Fontaine, qui pourtant pouvaient lui fournir de bons arguments, et il passait aux autres arts.
Perrault fit mieux Tannée suivante : à la séance de réception de L. de la Chapelle, secrétaire des commandements du prince de Conli, il lut uneépîtresurle Génie ^ dédiée à Fontenelle, c'est-à-dire à un ennemi de Racine et des modernes, à un écrivain qui venait de publier à l'appui du Siècle de Louis le Grand sa Digression sur les anciens et les modernes. Le poète ne manquait pas d'y célébrer Corneille:
C'est là que s'élevait le héros de ta race,
Corneille, dont tu suis la glorieuse trace ;
C'est là qu'en cent façons, sous des fantômes vains.
S'apparaissait à lui la vertu des Romains;
Qu'habile il en tira ces vivantes images,
Qui donnent tant de pompe à ses divins ouvrages,
Et qu'il relève encor par l'éclat de ses vers.
Délices de la France et de tout l'univers.
Et l'étendue complaisante de ce panégyrique préparait l'allusion qui suit:
En vain quelques auteurs dont la muse stérile N'eût jamais rien chanté sans Homère et Virgile, Prétendent qu'en nos jours on se doit contenter De voir les anciens et de les imiter.
L'épltre finit par un éloge enthousiaste des églogues de Fontenelle, qui, au goût de Tennemi des anciens,
laissent loin derrière elles Virgile et Théocrite. Ces poètes, il est vrai, eussent été bien fâchés de mériter les compliments que Perrault adressait à son ami, et ses louanges valaient une critique :
De réglogue en tes vers éclate le mérite, Sans qu'il en coûte rien au fameux Théocrite, Qui jamais ne fit plaindre un amoureux destin, D'un ton si délicat, si galant et si fin.
Bien différents de Fénelon et de Racine, Perrault et Fontenelle étaient de Técole qui trouvait les anciens trop simples et trop nus. a Âb I le bourreau I il fera tant qu'il donnera de Tesprit à Démosthène I d s'était écrié Racine en entendant lire cbez Boileau les traductions de Tourreil. Il aurait pu dire aussi de Fauteur des idylles : a le bourreau donnera de la galanterie à Virgile ! Il fera des bergers et des pêcheurs de Théocrite. des soupirants discrets, des seigneurs pleins d'élégance et de distinction I »
Quelques mois après VÉpitre au génie, paraissait le premier volume des Parallèles des anciens et des modernes^. Dans ce nouvel ouvrage, où l'auteur développe à son aise toutes ses théories, il ne s'est pas départi de son système d'allusions malveillantes à l'adresse de Racine. Le principal interlocuteur du dialogue*, l'abbé, après avoir élevé les romans de VAstrée, du Cyrus, de Clélie, de Cléopdtrey au niveau de Y Iliade et àeV Odyssée, ajoute : (L Avec tout cela, je ne m'éloigne pas de blâmer notre » siècle de l'excès de tendresse qui règne dans ces sortes » d'ouvrages et qui a si étrangement défiguré tous les » héros. » C'est un moyen d'amener la réplique du chevalier, auxiliaire fougueux des idées de l'abbé : « Ce