Act. V, se
BÉllËNIGË. 215
mieux à éviter la froideur des longs entretiens avec les confidents, des monologues trop prolongés et trop calmes, à occuper tellement le spectateur que nulle part il ne trouve de langueur et de vide, à ne sacrifier aucun personnage, enfin à se passer des invraisemblances d'une mtrigue compliquée, sans que l'intérêt cesse d*étre vif, sans que notre cœur soit moins satisfait que notre raison.
Plus on songe à la dissertation de Villars, plus on est surpris de celle dont il la fit suivre. Sans cesse il a répété le nom de Corneille; sans cesse il s'en est servi pour admonester l'auteur de Bérénice; son écrit, finit comme il commence, par une protestation en faveur du vieux poète : (( Je ne puis souffrir, dit-il ironiquement, qu'on )) accuse M. Racine de n'entendre pas le théâtre, qu'on » le blâme d'avoir voulu entrer en lice avec Corneille, » et que M. de*** s'écrie : •
« Infelix puer, atque impar congressus Achilli ! »
Ainsi, en posant la plume, il s'élève encore contre la rivalité de Racine avec Corneille; il raille le malheureux jeune homme que sa témérité ou d'imprudenls amis ont engagé dans cette lutte inégale. Et cependant de quelle façon il parlera, quelques semaines après, de Tite et Bérénice f avec quelle rigueur irrespectueuse et brutale il condamnera le style, l'action et les caractères de cette tragédie I Dès le début il gourmande sans ménagement, sans pitié, le poète, objet de son culte : « N'en » déj^aLscàJa^vieille c our,^M . Corneille a oublié son » métier, et je ne le trouve point en toute cette pièce. » On lui dit, pour le consoler de tant de vers misérables, » durs, sans pensée, sans français et sans construction, » que l'art du théâtre y est merveilleusement observé ;
)^ non pas qu'on le trouve ainsi, mais parce que cela » devrait être. » Il ne juge pas moins durement l'intrigue, et les éloges qu'il donne à Racine contrastent singulièrement avec le ton ironique et dénigrant de sa première appréciation : « Il n'a pas voulu faire une tra- • gédie simple, comme M. Racine, et soutenir jusqu'au » bout un sujet simple par la beauté de l'expression, » par la délicatesse des pensées, par les emportements » de la passion, et par l'harmonie des vers. Â la bonne » heure!... Je ne le blâme pas d'avoir introduit plu- » sieurs personnages épisodiques, mais je lui sais mau- » vais gré, premièrement de les avoir mal choisis, puis » de s'en être mal servi. » Mais comment qualifier son jugement sur les deux héroïnes de la tragédie, Bérénice et Domitie, « ces deux harengères qui nous apprennent » l'une de l'autre des choses qui nous feraient horreur, » si la manière dont elles le disent ne nous faisait rire »? En vérité, les ennemis les plus déclarés de Corneille auraient présenté avec plus de ménagement des critiques malheureusement trop fondées. Ou Villars pousse loin l'héroïsme de l'impartialité, ou il s'est fait dans son esprit un revirement bien étrange.
Au reste, à l'exception de Robinet, aucun des amis de Corneille n'osa se faire le panégyriste de Tite et Bérénice. Saint-Évremond, sévère pour l'œuvre de Racine, ne l'est pas moins pour sa rivale. « Dans les tragédies » de Quinault, dit-il *, vous désireriez souvent de la dou- » leur où vous ne voyez que de la tendresse ; dans le X) Titus de Racine vous voyez du désespoir où il ne fau- » drait qu'à peine de la douleur. L'histoire nous apprend » que Titus, plein d'égards et de circonspection, renvoya 7^ Bérénice en Judée pour ne pas donner le moindre