PRÉFACE
On se hasarde à publier ce livre, écrit pour la plus grande partie du moins, un peu tumultuairenient, dans les premiers mois qui succédèrent à la révolution du 24 février. Le sujet n'en est pas nouveau sans doute, puisqu'il s'agit des querelles de Voltaire avec trois de ses principaux critiques ; mais comme il est à parier que la plupart des lecteurs ne connaissent de ces querelles que le gros , et qu'ils en jugent encore suivant l'impression dont ils ont été affectés par la couleur que leur a donnée Voltaire, on a pensé qu'il ne serait peut-être pas sans intérêt pour eux de voir le détail des faits qu'on a recueillis, soit dans Voltaire lui-même , soit dans les écrits de ses adversaires, s'expliquer, se contrôler et s'éclaircir par ce parallèle; ce qui est le moyen le plus propre de conduire à la découverte de la vérité.
De ces trois critiques de Voltaire , deux sont journalistes; le troisième ne l'était pas, bien qu'il ne lui manquât rien pour l'être, s'il eut voulu s'en donner la peine.
U PRKFAP.E.
la puissance d'un journaliste dans la république des lettres était alors comme elle Test encore aujourd'hui , considérable. Et ce qu'il y a de curieux, c'est que le journaliste qui n'a pas en général une médiocre idée de cette puissance, ne sait heureusement pas toujours jusqu'où elle peut aller ; son journal devenant pour lui à la longue ce qu'une jolie femme devient pour son mari, un objet dont on perd de vue les qualités supérieures par l'usage qu'on fait tous les jours de ses qualités communes.
Cependant , même avec cette ignorance ou ce dédain de sa force , il en reste encore assez au journaliste pour qu'il n'ait rien à craindre d'une lutte avec le plus vigoureux athlète de la presse , qui ne serait pas journaliste. Considérez , je vous prie, quels avantages énormes, incalculables, il retire de la faculté d'entrer en lice tous les jours, de parler tous les jours à vingt, trente, quarante, cinquante mille lecteurs, de leur parler seul et avec la certitude de n'en être point contredit , puisque l'Kvangile n'a pas plus d'autorité aux yeux des abonnés d'un journal que ce journal même ; considérez encore qu'il n'attend pas, comme y est obligé l'auteur d'un livre, que le chaland vienne acheter sa feuille au lieu où elle se fabrique, mais que le même jour et au même moment l'État la transporte à des frais insignifiants sur toute la surface de la France et dans tous les pays de la terre; que s'il a quelque intérêt d'amour-propre ou de parti à affirmer un fait , il le reproduit dans les numéros de demain, d'après-demain, de tous les jours, jusqu'à ce qu'il juge que ce fait est solidement éta-