‹ Les ennemis de VoltaireChapitre 30 sur 30 · CHAPITRE y · texte numérisé non relu

CHAPITRE y

Cependant, le Supplément se répandait dans le public avec la rapidité d'un fléau contagieux. La police y ayant soupçonné d'abord quelque délit, en avait fait, dès le 15 mai, recberclier les exemplaires cbez l'éditeur Lambert ; mais, comme loin d'être un sujet d'inquiétude pour Tautorité, cette brochure en exaltait au contraire les représentants, dans la personne de Louis XIV, de sa famille, de son successeur et de tous les souverains de l'Europe, on la laissa débiter librement.

Tout le monde a lu ce factum étrange, sorte de pilori où la Beaumelle reçoit de la main la plus exercée qui fut jamais à ce métier, une longue et sanglante flagellation. L'esprit n'y est sans doute pas du plus délicatr mais les traits en sont acérés, et au lieu de piqûres, font de larges plaies ; la colère y a des accents, tantôt d'une énergie triviale, tantôt d'une indignation éloquente ; c'est en vain qu'elle voudrait ne jamais franchir les limites de la raillerie; la raillerie annonce un certain effort de la pensée pendant lequel la passion, préoccupée du choix de ses expressions, ^c tempère et se refroidit; Voltaire ne se donne pa^

LA lŒAUMELLi:. Ml)

le temps de faire ce choix ; il y a plus, il le prend tout fiiit dans la Beaunielle dont il n'a, en répondant, qu'à emprunter les formules impéi'atives et familières que j'ai citées plus haut. On n'a qu'à lire les passages du Sapplérnent qui commencent par ces mots : Apprenez, apprenez, jeune homme, etc., on verra avec quel art infini il se sert de ce mode dont la Beaumelle use grossièrement dans ses Notes, et combien cette forme, qui n'est qu'une impertinence reproduite à satiété par le critique, acquiert de grâce, de force, de dignité même sous la plume de l'écrivain critiqué. Il y a bien aussi dans ce libelle des fragments où Voltaire est, sinon plus modéré, du moins plus solennel, la discussion méthodique des faits allégués ou révoqués en doute par la Beaumelle ralentissant son allure et enchaînant sa verve; mais alors le ressentiment des outrages personnels dont il est l'objet dans les Notes, et qu'il affecte dédaigneusement de passer sous silence, surnage toujours à cette modération forcée, et, si j'ose m'exprimer ainsi, la fait grimacer.

La Beaumelle, écrivant à madame Denis (1), avait dit avec une ironie plus amère que spirituelle: « Ne faisant que d'entrer dans le monde, il me serait sans doute fort glorieux d'être annoncé par M. de Voltaire»; la publication du Supplément venait lui donner satisfaction complète à cet égard ; il ne lui reslail plus (fu'à remercier Voltnii'e. Malheureusement il

(1) Cette lettre est à la suite de la Lettre sur mes démêles, cl a\uiil le Mémoire apostille, dans le troisièiiie volume de Tédilioii du Siècle, par la Beautuelle.

était prisonnier à la Bastille, et Voltaire, qui l'avait été un moment à Francfort, avec des circonstances plus ridicules, sinon plus humiliantes, était libre et témoin du succès de son Supplément,

Mais comme on pourrait croire qu'il avait profité, pour le rendre public, de ce que la Beaumelle était dans l'impuissance d'y répondre, il est à propos d'ajouter qu'il ignorait alors la détention de ce dernier.

« Je suis fâché, écrit-il àM. Roques (juillet 1753), d'avoir répondu à la Beaumelle avec la sévérité qu'il méritait. On dit qu'il est à la Bastille ; le voilà malheureux; ce n'est pas contre les malheureux qu'il faut écrire. Je ne pouvais deviner qu'il serait enfermé, dans le temps même que ma réponse paraissait. Il est vrai qu'après tout ce qu'il a écrit avec une si furieuse démence contre tant de citoyens et de princes, il n'y avait guère de pays dans le monde

où il ne dût être puni tôt ou tard Il était de mon

devoir de donner un préservatif contre une scandaleuse édition, qui n'est que trop publique en Allemagne et en Hollande. »

\jQ^ Supplément 'ày'àii^'àvn dès le mois de mai 1753; la Beaumelle sortit de la Bastille au mois d'octobre de la même année : il y était donc resté six mois. Le duc d'Orléans avait fait commuer sa peine en un exil à cinquante lieues de Paris.

A peine libre, la Beaumelle prit la plume et écrivit sa Réponse au Supplément, qui ne put être imprimée qu'au mois d'avril 1754. Il y avait donc eu un

LA BEAI MIELLE. 377

intervalle d'un an entre celle-ci et le libelle qui y avait donné lieu.

En la lisant, il est facile de s'apercevoir que le séjour de la prison a eu sur l'esprit de la Beaumelle une influence salutaire. Rien n'est propre en effet à refroidir les chaleurs du sang, à ramener au calme plat les têtes qui se montent, à constater l'impuissance de l'orgueil en révolte contre la société oucon- Ire la raison, connue un hon pourpoint de pierre. Six mois passés sous ce costume antiphlogistique apportent plus d'expérience et de maturité que dix ans passés dans le commerce des hommes.

Le début de la Réponse au Supplément en est un témoignage. Comme, ainsi que je l'ai déjà remarqué, cette sorte d'écrits ou de libelles devient de plus en plus rare, et que d'ailleurs je n'ai rien cité jusqu'ici d'assez considérable de la Beaumelle, pour que le lecteur soit en état de se former une idée à peu près juste de la nature de son talent, je rapporterai ici en entier ce début.

« Tout le monde vous abandonne, monsieur. Disgracié à Berlin où il ne tenait qu'à vous d'être heureux, on vous rebute à Hanovre où vous ne demandiez pour tout dédommagement que mille livres sterling de pension. On vous refuse un asile à Yieniic, où, quelques mois auparavant, on avait eu la faiblesse de vous accorder une lettre de cachet contre moi (1 ) . On rejette vos Épîtres dédicatoires à Berne. On n'aime aujourd'hui en Hollande que les esprits tranquilles

(l) Je ne saurais dire à quel sujet.

378 LA BEÀIMELLE.

et doux. On m'assure que vous ne pouvez rentrer à Paris. Vos amis ne le sont plus. Vos ennemis triomphent; le pouvoir vous accable; la sagesse applaudit. Quel asile, quelle ressource vous restent-ils? Colmar (1) et ma pitié.

« Oui, monsieur, vos infortunes me touchent, et dans l'instant que je sors de ce château, où une calomnie dont vous connaissez l'auteur m'a retenu pendant six mois, j'apprends vos malheurs et j'oublie ma vengeance.

« Je viens de lire votre Supplément au Siècle de Louis XIV ', c'est un tissu d'injures contre moi: j'en ai eu honte pour vous.

« J'ai lu ensuite votre déclaration datée du lieu de votre prison à Francfort, et, sensible aux maux d'autrui par un triste retour sur les miens, j'ai frémi de voir le plus bel esprit de France, un homme que j'avais laissé encore assez bien avec un grand roi, un vieillard, un vieillard infirme, de le voir avec une nièce qu'il aime, dans un état plus triste encore que celui d'où un ministre mieux informé vient de me tirer.

« Vous m'avez fait tout le mal qu'un homme peut faire à un homme. Vous avez commencé à me persécuter à Berlin, continué à Francfort, achevé à Paris. Vous avez attendu que j'eusse les mains liées pour me porter les plus sensibles coups. Je vous pardonne.

« C'est beaucoup pour vous qui sentez combien jo suis en droit de vous haïr: c'est peu pour moi qui

(1) Voltaire y était alors, après avoir décampé de Berlin, puis de Francfort.

LA BKAUMELLE. 379

sais jusqu'où vont les droits des malheureux. Je vous plains. Que ne puis-je ajouter: je vous aime?

« Nous voilà libres, vengeons-nous des disgrâces en nous les rendant utiles. Laissons toutes ces petitesses littéraires qui ont répandu tant de nuages sur le cours de votre vie, tant d'amertumes sur ma jeunesse. Un peu plus de gloire, un peu plus d'opulence, qu'est-ce que tout cela? Cherchons le bonheur et non les dehors du bonheur. La plus brillante réputation ne vaut jamais ce qu'elle coûte. Charles-Quint soupire après la retraite ; Ovide souhaite d'être un sot.

« Nous voilà libres : je suis hors de la Bastille ; vous n'êtes plus à la cour. Profitons d'un bien qu'on peut nous ravir à tout moment. Respectons cette grandeur, dangereuse à ceux qui l'approchent, et cette autorité terrible à ceux mêmes qui l'exercent. Et s'il est vrai qu'on ne peut penser sans risque, ne pensons plus. Tous les plaisirs de la réflexion valent-ils ceux de la sûreté? Croyons-en, vous, soixante ans d'expérience, moi, six mois d'anéantissement. Soyons plus sages ou du moins plus prudents: et les rides de la vieillesse et le souvenir des verroux, ces outrages du temps et du pouvoir, deviendront pour nous de vrais biens.

« Voilà mes sentiments, si vous les haïssez dans un ennemi, vous êtes à plaindre; si vous les partagez avec moi, vous vous rapprochez du vrai. C'est pour m'y attacher par un lien plus fort que je vous en fais le dépositaire.

« Après cela dois-je répondre à votre Siipplémenl, à ce libelle atroce jusqu'au ridicule, à cette invec-

tive sans sel comme sans vérité, à cette philippique bien plus écrite contre vous que contre moi?

« La certitude où je suis que vous voudriez ne l'avoir pas faite, vos contradictions, mon goût pour la paix, mon aversion pour les disputes, mon mépris pour les disputes littéraires, des occupations plus importantes, tout concourt à m'en détourner.

« D'ailleurs, votre Supplément aura le sort d'une partie de vos ouvrages; je n'ai donc rien à craindre de la postérité ; et votre passion est trop connue pour que j'aie rien à craindre de mon siècle.

« Mais vous attaquez mon honneur ; je réponds.

« M. de Maupertuis, me direz-vous, n'a point répondu. Eh! vous répondrais-je, si j'étais le quart de Maupertuis ?

« On me blâmera, je le prévois. J'entends déjà ceux qui prennent pour modération leur insensibilité aux injures de leurs semblables, me dire : Quel tort pouvaient vous faire les invectives de cet homme? Q'est-ce qu'un libelle qui se réfute lui-même, à force de se contredire?

« Quand l'outrage est porté jusqu'à un certain point, et part de certaine bouche, la seule réponse est le silence et le mépris.

« Tel sera le sentiment des gens du monde. Us ne peuvent souffrir les querelles des gens de lettres. \\^ ont une extrême délicatesse sur l'honneur, et ils nous défendent cette délicatesse. Us rempliraient l'Univers de leurs cris, si le trait le plus léger eflleurait publiquement leurs mœurs, et ils ne nous pardonnent pas une plainte sur ces brochures calomnieuses où ils

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aiment a puiser la fausse idée qu'ils ont de nous; idée qu'ils ne veulent pas que nous détruisions, comme si les lionnues qui, par leur caractère et riiahitude où ils sont d'exercer les facultés de leur âme sentent avec le plus de vivacité, étaient obligés de souffrir avec le plus de patience; comme si la défense des mœurs des citoyens n'était pas la plus noble prérogative de l'artd'écrire; comme si la probité la plus pure n'appartenait pas à la raison la plus éclairée.

« Que l'on condamne l'entreprise, on ne condamnera pas l'exécution.

« Au reste, qui sait mieux que moi-même ce que je me dois?

« Je répondrai donc sans fiel, je n'en ai point; sans déclamation, j'ai la voix trop faible; sans invectives, je sais les bienséances.

« Mais si, par une méchanceté qu'à peine je crois possible, des ennemis que je ne connais pas, parce que je ne les ai pas méiités, donnaient un mauvais sens aux paroles les plus mesurées; s'ils exigeaient que je connivasse par mon silence à mon propre déshonneur, je sors d'un lieu où j'ai fait le souhait d'un Empereur romain : Utinam nescirem lifteras ! Et je n'hésite pas à faire celui d'un philosophe grec :

A no-yi /AS sic ràî Aaro/Atas (1).

« Je vais donc me condamner et vous juger ; non avec la partialité d'un critique , mais avec la franchise d'un homme qui a passé six mois avec lui-même. Il n'est pas question entre nous

(1) « Qu'on me ramène aux Carrières. «Réponse de Philoxène à Denvs-le-Jeune.

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(le politesses; il s'agit de vérité et Je sentiment.

« Peut-être l'expression sera-t-elle forte : mais clans la solitude, l'âme se roidit. Et, qu'importe que l'esprit soit dur, pourvu que le cœur soit bon?

« Je repousserai les personnalités, en m'abstenant de personnalités. Je ne m'appesantirai pas sur le fond de la question. Vous ne la présentez que masquée; et, quand vous l'offririez sous ses véritables traits, je ne me bats point contre des atomes.

« Si ma réponse vous déplaît, vous n'en serez pas digne; si elle vous plaît, je serai fâché de vous l'avoir faite. Dans le doute, je vais la commencer.»

Quel chemin a fait ce jeune homme, depuis le jour où, connaissant à peine Voltaire et parce que, sur des rapports et des indices frivoles, il le soupçonnait d'être son ennemi, la Beaumelle l'insultait effrontément à Berlin dans sa propre maison; quel chemin, dis-je, il a fait depuis ce jour jusqu'à celui où nous le retrouvons maintenant! Et cela, dans l'espace d'une année et après une halte de six mois à la Bastille !

Certes, la prison est un fâcheux séjour, et je plains de tout mon cœur le malheureux que l'État gratifie d'un pareil logement : mais quand on ne fait que d'y passer et dès qu'on en est dehors, il faut convenir qu'on n'a pas tout perdu à cette suppression momentanée de sa liberté.

Au lieu de poursuivre Voltaire de ses sarcasmes au sujet du guet-apens de Francfort, vengeance qu'il ne se fût point refusée s'il n'eût tâté de la Bastille, la Beaumelle fait un retour sur soi-même, et se rappelant les maux qu'il a soufferts, respecte ceux d'au-

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tnil jusque dans riioniiue qu'il juge avoir le moins de droit à ses respects. Que dis-je? il lui pardonne, il le plaint, il essaye presque de l'aimer. Le moyen qu'il lui indique, d'ailleurs, pour rétablir la paix entre eux, pour vivre chacun en sûreté et dans le contentement de soi-même, est excellent. Mais peut-être est-ce aller trop loin que d'y ajouter sa recommandation de ne plus penser. Le sage tient compte de tout dans la société où il vit; toujours pénétré des égards qu'il lui doit, il règle là-dessus ses pensées et ses discours, étudie les révolutions qui s'opèrent dans les esprits, les suit avec sollicitude, ne leur prépare pas des dénoûments terribles en gourmandant leur lenteur, et gagne à l'observation rigoureuse de ces conditions, l'avantage de n'être pas troublé dans l'exercice d'une liberté à laquelle il a posé lui-même des limites. Si donc la recommandation de la Beaumelle a trait à l'abus que Voltaire et lui ont fait de la pensée, la Beaumelle a raison ; si elle n'est qu'un avertissement contre les susceptibilités du pouvoir, elle est déplacée, n'y ayant qu'un pouvoir ennemi de sa considération et de sa durée qui eût fermé les yeux sur les impertinences politiques de la Beaumelle, sur les attentats de Voltaire contre la morale et contre la religion.

On remarquera que la Beaumelle impute à Voltaire d'avoir attendu que son ennemi fût hors d'état de se défendre pour l'attaquer ; mais les dates sont là, celle de l'écrou de la Bastille et celle de la publication du Supplément, qui s'élèvent contre cette imputation : la Beaumelle était saisi, incarcéré le 23

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avril, et le Supplément arrivait de Dresde à Paris, dès les premiers jours du mois suivant.

Je regrette de ne pouvoir entrer dans de plus longs détails sur cette réponse de la Beaumelle qui parut d'abord en 1753,in-12, sous la forme de vingt-quatre lettres, avec cette épigraphe: an siquis atro me dente petiverit, inultiis ut flebo puer? C'est peut-être le meilleur de ses écrits. Il s'y élève parfois jusqu'à la véritable éloquence. On sent, à lire ces lettres, que la Beaumelle avait l'âme vraiment honnête, quoique cette âme ait eu le malheur d'être empoisonnée par l'orgueil. Voltaire, à son tour, y est au pilori, et, ce qu'on n'aura pas de peine à croire, n'inspire pas le moindre sentiment de pitié. Voilà qui rachète le récit de l'entrevue de Berlin et laisse bien loin derrière soi les Desfontaines et les Fréron.

Néanmoins, si on voit dans ces lettres que Fauteur se repent de ne s'être pas assez défié de son ressentiment, et d'avoir écrit ses Notes en jeune homme inconsidéré; s'il avoue qu'il mêla des railleries sur la personne de Voltaire à des remarques sur ses écrits, comme si l'auteur et l'homme n'étaient pas choses très-différentes; s'il confesse qu'il se manqua à soi-même au point de le traiter avec cette hauteur qui n'est pas même permise à la supériorité ; s'il se condamne enfin galamment, il est loin de rabattre quoi que ce soit de sa critique du Siècle de Louis XI F. Au contraire : « Je me dégoûtai bientôt, dit-il, de ce travail; non que je ne trouvasse partout des fautes, mais je ne me trouvais pas la même hu-

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meiir. Je ne passai donc point le premier volume (1). » 0 orgueil !

Voltaire ne répliqua pas, et jusqu'en août 17o6, sa correspondance ne contient rien, ou à peu près, qui regarde la Beaumelle. Mais sa haine se ranima tout-à-coup, lorsque la Beaumelle eut publié les Mémoires de madame de Maintenon. Il faut voir, dans \e^ Honnêtetés littéraires comment il traite ce salmigondis de vérités et de mensonges :

« On ne peut lire sans quelque indignation les Mémoires pour servir à t histoire de madame de Maintenon et à celle du siècle passé. Ce sont cinq volumes d'antithèses et de mensonges. Et l'auteur est encore plus coupable que ridicule, puisque, ayant fait imprimer les Lettres de madame de Maintenon dont il avait escroqué une copie, il ne tenait qu'à lui de faire une histoire vraie, fondée sur ces mêmes lettres, et sur les Mémoires accrédités que nous avons. Mais la littérature étant devenue le vil objet d'un vil commerce, l'auteur n'a songé qu'à enfler son ouvrage et à gagner de l'argent, aux dépens de la vérité... On voit à chaque page un homme qui parle au hasard d'un pays (la cour) qu'il n'a jamais connu et qui ne songe qu'à faire un roman.

« Mademoiselle de la Vallière, dans une désha- » bille léger, s'était jetée dans un fauteuil; là, elle pen- » sait à loisir à son amant. Souvent le jour la retrou-

(1) Il paraît, en effet, que les notes du second volume, qui sont, en général, bienveillantes et même louangeuses, sont du chevalier de Mainvillers.

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» vait assise sur une chaise, accoudée sur une table, » l'œil fixe dans l'extase de l'amour. »

« Hé, mon ami! l'as-tu vue dans ce déshabillé léger? l'as - tu vue accoudée sur cette table? Est-il permis d'écrire ainsi l'histoire? »

Quoi qu'il en soit, ce livre eut un grand succès.

Mais bientôt. Voltaire aidant, on ne tarda pas à reconnaître que les faits y étaient ou hasardés ou défigurés, et que ces Mémoires étaient une véritable spéculation sur la crédulité publique.

Plusieurs lettres de madame de Maintenon, qui faisaient suite k ces Mémoires, étaient falsifiées. On y en supposait quelques-unes du maréchal de Villars et du duc de Richelieu qui ne les avaient jamais écrites ; enfin, et ce qui réussit fort mal à la Beaumelle, on disait au livre XIII, chapitre I, des Mémoires, « que la cour de Vienne était soupçonnée de réparer par ses empoisonneurs les fautes de ses ministres. » La rage de faire parler de soi lui avait fait oublier trop tôt les sages conseils que lui donnait tout-àl'heure Voltaire. Informée de son incartade , et , dit-on, par Voltaire lui-même, Marie-Thérèse s'en plaignit au ministère français. La Beaumelle fut mis de nouveau à la Bastille. Voltaire s'en réjouit cordialement.

« Vous avez raison, écrit-il à la comtesse de Lutzelbourg (6 octobre 1756), de détester un polisson qui veut faire le plaisant, et parler en homme de cour des princes et des femmes dont il n'a jamais vu l'anlichambre. Il y a encore une raison de mépriser son

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livre, c/est que d'un boni à Taiitre il contient un tissu de mensonges ou de contes traînés dans les rues. Il est très-bien à la Bastille, etc. »

C'est ici le lieu d'examiner par quelle voie la Beaumelle avait été mis en possession des lettres de madame de Maintenon. Or il paraîtrait que c'est simplement par la voie qui mène encore aujourd'hui les gens en police correctionnelle ou en cour d'assises. Je ne l'affirmerais pas certes; mais je ne puis m'empêclier de dire que la Beaumelle ne s'est pas lavé de cette accusation ; que, sachant que le roi de Prusse s'en était fait l'écho dans les soupers de Potsdam, et Voltaire l'ayant recueillie et propagée, il devait à l'opinion, il se devait à soi-même de confondre ses accusateurs par des preuves palpables, authentiques, claires comme le jour, manifestes comme l'évidence. Au lieu de cela, il laisse tomber le bruit dont il est l'objet, et n'y fait pas plus attention que si cela ne le regardait pas. Serait-ce qu'il jugeait indigne de soi de se défendre? Je me plais à le croire. Mais, ne seraitce pas aussi que l'accusation n'ayant fait que passer complaisamment d'une bouche en l'autre, sans aboutir à une publicité éclatante, la Beaumelle ne voulut pas lui donner cette publicité en la combattant? Cette prudence est également louable, et n'implique pas davantage qu'il fût coupable. Quoi qu'il en soit, je cède la parole à Voltaire , qui eut , un des premiers, vent de ce bruit :

« J'ai vu les Lettres de madame de Maintenon, écrit-il de Potsdam à d'Argental (22 novembre 1732);

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heureusement ces lettres confirment tout ce que j'ai dit d'elle. Si elles m'avaient démenti, mon Siècle était perdu. Comment se peut-il faire qu'un nommé la Beaumelle, prédicateur à Copenhague, depuis académicien, houffon, joueur, fripon, et d'ailleurs ayant malheureusement de l'esprit, ait été le possesseur de ce trésor?.. On disait, il y a quelques années, qu'on avait volé à M. de Caylus ces lettres et ces mémoires sur sa tante. N'en sauriez-vous pas des nouvelles? »

D'Argental lui répondit qu'en effet ces lettres avaient été volées, et la réplique de Voltaire va nous apprendre que d'Argental lui nomma le voleur, c'està-dire la Beaumelle.

« Je m'étais toujours douté que ce la Beaumelle avait volé ces lettres. Il est donc avéré qu'il a fait ce vol chez Bacine. Ce la Beaumelle est le plus hardi coquin que j'aie encore vu... Le vol des lettres de madame de Maintenon pourrait hien le faire mettre au carcan. C'est un rare homme; il parle comme un sot, mais il écrit quelquefois ferme et serré, et ce qu'il pille, il l'appelle ses pensées. Dieu merci, ce vaurien est de Genève et calviniste ; je serais bien fâché qu'il fût Français et catholique ; c'est bien assez que Fréron soit l'un et l'autre (1). »

Mais voici qui est encore plus précis.

« Vous dites, écrit-il à Formey (17 janvier 1753), (1) 18 Décembre 1752.

LA nEÀlMIîLLE. 389

qu'il l'auclrait savoir par quelles mains ce dépôt a passé. M. le maréchal de Noailles, son neveu, avait ce dépôt; son secrétaire le prêta à un écuyer du roi, et celui-ci au petit Racine. La Beaumelle le vola sur la cheminée de Racine et s'enfuit à Copenhague. C'est un Aiit public à Paris. »

J'ai rapproché avec intention ces trois passages. On y observe la marche suivie par un magistrat qui instruit une affaire, le fait soupçonné, le coupable inconnu et la nécessité des recherches, ensuite le vol constaté et l'auteur dénoncé, avec un crayon de son caractère, de ses actes (j'en ai omis la plupart, pour abréger) qui rendent probable l'incrimination dont il est l'objet; enfin, les circonstances, les lieux, lestémoins, toutes choses qui concourent à démontrer l'existence du fait, et ne laissent pliis de doute sur l'identité de l'individu qui l'a commis. Il peut se faire malgré cela, que la Beaumelle soit innocent; dans tous les cas, le procès est encore à juger. Mais, son édition du Siècle de Louis XIV , faite en dépit des plus énergiques, des [)lus touchantes et les plus légitimes protestations de Voltaiie, en vue de le diffamer, et au risque de ruiner l'éditeur légal, privilégié de l'historien, cette édition, dis-je, qualifiée à bon droit d'acte insigne de piraterie, et le témoignage le plus éclatant du peu de scrupule de la Beaumelle à s'approprier les œuvres d'autrui, laissei'a toujours, à l'égard des lettres de madame de Maintcnon, planer un doute menaçant sur sa probité.

La Beaumelle sortit pour la seconde fois de la Bas-

tille, et n'y rentra plus. Cependant il y était encore, lorsque parut une éditition falsifiée de la Pucelle, qui renchérissait, en fait d'ordures, sur l'original. On l'attribue généralement au capucin Maubert. Voltaire l'imputa à la Beaumelle et à d'Arnaud, puis à la Beaumelle seul.

Mais comment dénoncer de pareilles horreurs ? Madame de Pompadour y était outragée d'une manière infâme. Se justifier à ses yeux n'était pas possible. « Comment, s'écrie-t-il avec désespoir, écrire à madame de Pompadour une lettre qui ferait rougir celui qui l'écrirait et celle qui la recevrait? » (A d'Argental, 22 novembre 1736.)

Il n'y a pas d'hypocrisie dans ces lamentations ; elles partent du fond même des entrailles de Voltaire, plus inquiet de ce que dira la marquise des turpitudes où son nom est mêlé, que de ce qu'en diront les mœurs. Le long outrage dont elles sont l'objet dans la Pucelle témoigne assez de son peu de souci à leur égard ; pour moi, je ne crois pas le capucin Maubert plus coupable que lui. J'ajoute qu'il avait un complice et que ce complice est peut-être bien Voltaire lui-même. Ce n'était pas la première fois que, pour échapper à la vengeance des lois. Voltaire dénonçait, conmie auteurs de ses ouvrages immoraux ou impies, des malheureux qu'il n'eût pas été fâché de voir pendre à sa place.

Cependant, l'effet de l'espèce d'étourdissement que les lettres de la Beaumelle avaient laissé à Voltaire, fut que le poète parut respecter pendant cinq ou six ans le repos du critique. Ce ne fut qu'en 1759 qu'il re-

LA iîEAUMIiLLK. -W I

coniniença les hostilités. Suivant l'auteur de la Vie polémique de Voltaire, ce dernier avait coutume de? se faire relire de temps en temps les écrits qui avaient été publiés contre lui. La Réponse au Supplément revint apparemment à son tour, et les impressions qu'elle avait faites sur Voltaire, réveillèrent sa fureur et le disposèrent à de nouvelles escarmouches. Il donnait dans ce temps-là XHistoire de Pierre -le-Grand. Il profita de cette occasion pour lancer dans la préface du premier volume, quelques traits où l'on aperçoit plus de crainte que de modération. Ensuite , parurent les contes de Guillaume Vadé, où se trouve le chant à ajouter au poème de la Pueelle.

La Beaumelle, qui s'était retiré dans le pays de Foix, et qui avait épousé la sœur de ce jeune Lavaysse qui fut impliqué dans l'affaire de Calas et renvoyé absous, se contenta, dit l'auteur de la Vie polémique de Voltaire, de travailler à faire flétrir, par arrêt du parlement de Toulouse, les libelles où Voltaire travaillait à le déshonorer. De ce nombre était le XVIIP chant de la Pueelle. Il présenta requête au parlement, pour demander la suppression des écrits qui le calomniaient. Cette requête fut répondue d'un soit communiqué aux gens du roi. L'affaire Calas survint dans cette rencontre; elle occupa tous les esprits, et la Beaumelle oublia ses misères pour ne songer qu'à la défense des accusés. Ce fut lui qui composa le premier mémoire publié dans cette cause.

Voltaire, à ce qu'il semblerait, ne fut informé de

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cette alliance entre la Beaumelle et les Lavaysse, que dans le temps où il s'agitait pour obtenir, et après qu'il eut obtenu la réhabilitation de la mémoire de Calas. 11 en fut vivement affligé; et comme alors il pensait avoir découvert que quatre-vingt-quatorze lettres anonymes qu'il avait reçues de Lyon lui avaient été écrites par la Beaumelle, il ne put s'empêcher de témoigner aux Lavaysse sa douleur, ou plutôt son dépit de les savoir alliés à son mortel ennemi ; il ne put dissimuler l'étonnement où il était que le succès dont ses efforts, dans l'affaire de la réhabilitation, avaient été couronnés, et l'intérêt que les Lavaysse avaient dû y prendre naturellement, ne leur aient pas donné le pouvoir d'imposer silence à leur parent. (A d'Ârgental, à Damilaville, 4 juillet 1767 ; à Damilaville, 14 auguste, et au marquis de Villevieille, 18 auguste 1767.)

Toutes ses plaintes à ce sujet sont honteuses, et si elles n'autorisent pas à croire qu'il se repentait, à cause de la Beaumelle, des services qu'il avait rendus à la famille Calas, il n'est pas impossible que les Lavaysse en aient conçu le soupçon.

C'est en vain que d'Argental s'efforce de le rassurer, alléguant que rien ne prouve que les lettres anonymes soient de la Beaumelle, et que la Beaumelle lui-même est oublié : « Oublié ! s'écrie Voltaire hors de soi, tandis qu'il y a sept éditions de ses calomnies dans les pays étrangers, et qu'il a fait commencer secrètement, dans Avignon, une nouvelle édition de ces infamies! » (A d'Argental, 22 juillet 1767.) « Tous les sots dont le monde est plein, dit-il au duc de Ki-

LA IJKALMKLLK. 393

chelicii [ii juillet 17G7), prennent ses impostures pour des vérités ; on ne recherche dans les pays étrangers d'autre édition du Siècle de Louis XI T que celle qu'il a faite, et qui est chargée de falsifications et de notes infâmes, de calomnies affreuses vomies contre la maison royale de France, contre Louis XIV, qu'il accuse d'être un empoisonneur, le plus grand des crimes après celui deDamiens. » — « Lavaysse, dit-il ailleurs, doit le renoncer pour son beau-frère. (À Damilaville, 1 4 auguste 1 767) ... Je l'avais tiré, à Berlin, de la misère; une veuve plus charitable que moi l'a épousé. Cette veuve est malheureusement la fille de M. Lavaysse, célèbre avocat de Toulouse, dont le fils fut mis aux fers avec les Galas, et dont je pris le parti si hautement et avec tant de chaleur. Il est triste pour moi que le gendre d'un homme que j'estime et que j'ai servi, soit si criminel et si méprisable. » (Au marquis de Villevieille, 18 auguste 1767.)

S'élevant bientôt jusqu'au paroxysme de la fureur, il dénonça la Beaumelle dans un Mémoire 2idve^&é au chancelier et aux ministres. Une quatre-vingt-quinzième lettre anonyme qu'il venait de recevoir le dispensait, selon lui, de tout ménagement.

Et pourtant il n'osait pas affirmer que cette lettre fût de la Beaumelle : je me trompe, il l'affirmait, mais avec Ja logique du loup qui cherche à rassurer sa conscience sur l'iniquité de l'attentat que lui conseille la faim. « J'en ai reçu une quatre-vingtquinzième, écrit-il à Damilaville (4 juillet 1767), qui ne peut avoir été écrite que par la Beaumelle, ou par son frère, ou quehju'un à qui ils l'auront dictée. »

394 LA BEÀUMELLE.

Le loup ne s'exprime pas autrement dans La Fontaine; Voltaire n'a pas même varié la formule ; c'est un plagiat tout pur. J'ajoute que la conclusion est la même chez l'un comme chez l'autre, sauf qu'au lieu de dévorer la Beaumelle, Voltaire ne veut que l'écraser. (Au même, 23 auguste 1767.)

Son Mémoire devait être à la tête de l'édition du Siècle de Louis XI F de 1 768 ; mais ses amis le dissuadèrent de cette méchante action, plus déshonorante pour lui-même que pour la Beaumelle. Il leur obéit^ mais en protestant. Il n'entendait pas quel mérite il y a à se laisser diffamer, et il était convaincu qu'aucun de ceux qui lui conseillaient de garder le silence, ne le garderait s'il était à sa place. Dans des cas pareils, il aimait fort à mesurer les autres à son aune, admettant chez les hommes l'égalité dans le vice quand il appréhendait d'être jugé pire qu'eux, mais prompt à traiter quiconque eût voulu établir l'égalité des talents , comme il traitait la Beaumelle,

Le Mémoire fut donc imprimé séparément. Le pays de Foix et tout le Languedoc en furent inondés. La Beaumelle était assez gravement malade, lorsque ce Mémoire lui arriva. Voltaire avait voulu qu'il fiit un des premiers servis. Madame la Beaumelle ouvrit le paquet, et dans le premier moment de son indignation, elle écrivit à Voltaire, pour l'engager à désavouer ces atrocités. Cette lettre, au témoignage de l'auteur d'un livre qui a pour titre : Tableau philosophique de l'esprit de M. de Voltaire, était pleine de chaleur, de sentiment et de raison.

Quinze jours après, le curé et le juge de Mazères,

petite ville du coiiité de Foix, reçurent par la poste des paquets semblables, et le Mémoire parut bientôt après dans le Journal encyclopédique. La Beaumelle y était accusé du crime de lèse-majesté !

Véritablement, on ne sait qu'admirer le plus de l'habileté ou de la scélératesse de Voltaire qui, exploitant jusqu'au dégoût cette malheureuse note du Siècle de Louis XIV, où la Beaumelle parlait avec une légèreté coupable du duc d'Orléans et d'autres princes, n'avait pas de honte d'exagérer, d'envenimer l'outrage fait à ces augustes personnes, et ne sommait les magistrats de les venger que pour qu'ils le vengeassent lui-même.

Cependant, Voltaire devait une réponse à madame la Beaumelle. Il la fit, dit-on, pleine d'absinthe et de tiel. Ce sont les termes de l'auteur du Tableau, Loin de désavouer ses calomnies, il renchérit sur elles, et parut croire, tant la colère et l'orgueil l'avaient aveuglé, qu'il viendrait à bout d'inspirer à cette dame, à laquelle il prodiguait impudemment les flatteries, de la haine et du mépris pour son mari. Il envoya en même temps une copie de cette lettre à M. Lavaysse, père.

Quelle joie eût été la sienne, s'il eût réussi à porter la guerre au sein de cette famille ! Mais cette satisfaction infâme lui fut refusée. Il ne laissa pas de donner cours à ses dénonciations.

« Peu de jours après, poursuit l'auteur du Tableau, Voltaire ayant appris que le malade qui s'était un peu rétabli avait acquis la seigneurie du Cariât, petite ville que la naissance de Bayle a rendue cél è-

396 LA BEALMELLE.

bre, il envoya aux consuls et au curé du lieu de nouveaux libelles imprimés, composés contre le nouveau seigneur, et accompagnés d'un billet manuscrit encore plus violent, s'il eût été possible, que les libelles mêmes.

« M. (le la Beaumelle n'y répondit point. Il se contenta du témoignage avantageux des personnes qu'on voulait soulever contre lui. Mais ayant appris que son ennemi l'avait accusé auprès du ministre, de lui avoir écrit quatre-vingt-quinze lettres anonymes dans l'espace d'une année, sans en avoir donné d'autre preuve que la copie ou l'original d'une, datée et scellée de Lyon, qui commençait ainsi : Je hasarde cette quatre-vingt-quinzième lettre anonyme, il crut devoir se justifier, en écrivant au ministre lui-même, et en lui faisant remarquer qu'ayant écrit en 1753, des lettres très-vigoureuses et très-publiques à M. de Voltaire, il n'était pas croyable qu'en 1766, il eût pris le masque, pour donner de petites surprises à quelqu'un qu'il avait battu à coups de massue, douze ans auparavant, aux yeux de l'Europe littéraire. Il le priait, en finissant, d'être désormais en garde contre les imputations de son ennemi, qui apparemment lui attribuerait bientôt aussi les Questions de Zapata^, le Dîné du comte de BoulainviUiers, V Histoire du bannissement des Jésuites de la Cliine, et tant d'autres écrits où il se déchaîne contre le Législateur des Juifs et celui de Chrétiens. »

Voltaire obtint en outre du comte de Saint-Florentin que le commandant du pays de Foix ordonnerait à la Beaumelle, au nom du roi, de ne pas imprimer le

' LA nEAllMEÎ.LE. 397

Siècle de Louis XIV à Aviiiiion, et le menacerait de le jeter dans un cul de basse fosse, en cas de désobéissance. Il ne s'agit donc plus des lettres anonymes. C'est qu'en effet Voltaire ne pouvait rien obtenir sur ce chef, n'apportant aucune preuve à l'appui de sa dénonciation. Pour la Beaumelle il se tut, comme on l'a déjà dit.

Mais ce silence n'était qu'une partie de l'effet que Voltaire attendait de ses basses menées, et cela ne le contentait pas. « Ce n'est pas le silence de ce coquin que je demande, disait-il, c'est une rétractation. » (Au même, 14 auguste 1767.)

Le maréchal de Richelieu gouvernait alors fort à propos la Guyenne, Voltaire lui écrivit, lui demandant l'appui de son bras contre la Beaumelle. Il est sûr que le vainqueur de Mahon n'attendait plus que cet exploit pour couronner sa renommée, outre qu'il ne pouvait guère refuser ce service à la rancune de son bon ami. Il le lui refusa pourtant, sous prétexte que la Beaumelle n'était pas de son département.

Cependant Voltaire, craignant que les menaces de M. deGudane, commandant du pays de Foix, ne continssent pas toujours la Beaumelle, imprimait à son Mémoire une circulation active, revenait à la charge auprès du maréchal de Richelieu, fatiguait de ses plaintes les ministres, la maison de Noailles, le maréchal d'Estrées et les personnes principales de l'Europe, dont les noms étaient intéressés dans les calomnies de la Beaumelle. (À d'Argental, 22 juillet 1767.) « C'est un énergumène, un esprit indomptable, s'écriait-il ; c'est un homme de la trempe des

398 I\ BEAUMEUE.

Déon et des Vergy ; il niera tout et il en sera quitte pour désavouer l'édition. » (Ibid. et à Daniilaville, !g3 auguste 1767.)

Le concours que lui prêtèrent dans cette circonstance tant d'illustres personnages, était moins un effet du besoin de se venger eux-mêmes de la Beaumelle, que de l'babitude qu'ils avaient contractée de condescendre à tous les sentiments de Voltaire, et de partager même les baines dont il poursuivait des ennemis qui n'étaient que les siens ; mais, pour leur faire peu d'honneur, ce concours n'en fut pas moins efficace. La Beaumelle en fut intimidé; il hasarda pourtant de se plaindre aux magistrats d'une persécution si odieuse, mais bientôt il rentra dans le silence.

On n*a jamais su s'il était véritablement l'auteur des lettres anonymes; pour moi, je le croirais assez, comme aussi qu'il les faisait probablement transcrire par un tiers, afin que sa propre écriture ne le trahît pas. Aujourd'hui, on le reconnaîtrait peut-être au style de ces lettres, si Voltaire ne les eût toutes brûlées. (Au même, 4 juillet 1767.)

On n'entendit plus parler de lui jusqu'en 1772. A cette époque ses amis le rappelèrent à Paris où ils lui avaient procuré une place à la Bibliothèque du roi. Il n'en jouit pas longtemps, étant mort le 17 novembre 1773, à quarante-cinq ans.

Ainsi finit la Beaumelle. Son entrée dans la carrière des lettres, qu'on pourrait presque appeler son entrée dans la vie, tant il était jeune quand il débuta, fut bruyante comme un éclat de tonnerre et d'aussi

lA BF.AIIMETJ.E. 399

courte durée. Avee assez d'orgueil pour s^Utaquer à (le plus forts que lui, il n'eut ni assez de talent ni assez d'opiniâtreté pour soutenir la lutte, et il quitta la partie dans le temps que le corps a le plus de vigueur, l'esprit plus de ressort, et qu'on apporte dans l'étude des lettres des vues plus ambitieuses. Comme écrivain original et durable, il mérite à peine que l'on s'occupe de lui; mais sa célébrité est inhérente à celle d'un grand homme, et comme la postérité pourrait bien avoir gardé quelques illusions sur le genre de talent qui la lui a méritée, j'ai cru qu'il importait de les détruire, et je l'ai tenté. Il l'importait surtout à cause des nombreux héritiers de son impuissance et de son orgueil que la Beaumelle a lais* ses. Combien parmi eux qui, semblables à ces parasites qui tirent leur subsistance de l'épiderme de l'animal auquel ils s'attachent, ne tirent un peu d'éclat que des injures dont ils poursuivent quelque éminent écrivain, et se flattent même (tant la présomption les aveugle) que, à la faveur de cette solidarité d'un nouveau genre, s'ils ne l'accompagnent pas à l'immortalité, ils le suivront peut-être à l'Académie ! Cela tient à la facilité qu'ils trouvent dans des communications presque de tous les jours avec le public, à parler haut et avec insolence, à rebattre à satiété les mêmes sottises, à y employer tout ce qu'ils savent de français et le peu de latin et de grec qu'ils ont l'air de savoir, à ne pas permettre ainsi qu'on les oublie jamais, à se faire enfin une réputation parmi le plus grand nombre, c'est-à-dire les ignorants et les gens frivoles. Ce sont là de précieux avantages qui ont manqué à

400 LA BRAUMELLR. ,^

la Beaumelle, lequel au coutraire eût été sans doute moins intéressant, si, comme Desfontaines et Fréron, il eût eu la fonction et la puissance du journaliste. Aussi n'est-il pas surprenant qu'il se soit découragé. En revanche, il en est un considérable, glorieux même, que n'ont jamais eu ou qu'ont eu rarement ses successeurs dont je parle : l'homme illustre qu'il attaqua lui fit l'honneur de lui répondre. En quoi, sans doute, il eut grand tort. Voltaire se fût épargné bien des déboires et bien des hontes, s'il eût payé d'un dédaigneux silence les outrages d'un présomptueux qu'il a immortalisé par sa colère; il n'eût pas luimême douté de sa force au point de croire qu'il devait calomnier la Beaumelle pour avoir raison de lui ; en un mot , il ne se fût pas déshonoré en trempant dans les persécutions auxquelles ce malheureux fut en butte, et en y applaudissant.

rm.

Préface, p, I.

L'ABBÉ DESFONTALNES.

Chap. f. — Élal de la liUérature au commencement du xviii* siècle^ p. 1, 2. — Naissance de Desfontaines; il professe chez les jésuites, obtient la cure de Thorigny, en Normandie, se démet, et embrasse la profession des lettres, p. 3, 4. -— Il y débute par une ode et d'autres poésies, p. h, 5,6. — Son opinion sur la poésie française et la latine, p. 8, 9, 10. — Il se fait critique, p. 10, 11.

Chap. II. — Son examen de ia Religion prouvée par les faits, de l'abbé llouteville; ses Paradoxes et sa critique d'Inès de Castro, de La Motte, p. 12 à 17. — Plaisatite analyse en vers de celte tragédie, p. 18. — Succès de cette pièce, p. 19. — Desfontaines rétracte le jugement qu'il en avait porté dans ses Paradoxes, p. 19, 20. — Il se fait éditeur de la Ligne ou Henriadc de Voltaire, p. 20, 21. — Origine du Journal des Savants; ses vicissitudes, p. 21 à 2/(,

— Desfontaines est chargé de le diriger, p. 24 à 27. Chap. UI. — Aventure de Desfontaines avec un petit Savoyard; il

est mis à Bicêtre, et en sort par le crédit de Voltaire, p. 28 à 31. — Il compose à Bicètre un libelle contre Voltaire, et le publie, dt^s qu'il est libre, p. 32, 33.

— Ce que c'est que ce libelle et à qui Desfontainos l'attribue, p. 33, 34, 35. -— Il quitte la direction du Journal des Savants, 36.

Chap. iV. — 11 publie so» Dictionnaire néoloyi(fuc; e.vamen de

ce livre et des opuscules qui y sont joints : V Éloge historique de Pantaion Pliœbus, la Réception de Cluisloplie Mallianasiiis à l'Académie et le Pantalo-Phœbœana, p. 37 à Zi8. — Il prête son nom aux livres d'autriii pour en assurer le succès, p. /lO. — Il tiaduit YEssai sur l'Épopée de Voltaire, p. 50. — Il fonde le Nouvelliste du Parnasse où il commence à critiquer Voltaire, p. 51 à 55. — Il continue ses critiques dans ses Observations sur les écrits mode) nés, p. 55 à 58.

Chap. V. — Tactique de Voltaire à l'égard de Desfontaines, p. 59. — Critique de Desfontaines sur la Mort de César ; vive contrariété qu'en éprouve Voltaire; explications auxquelles elle donne lieu de part et d'autre, p. 60 à 71. — Paix provisoire entre Desfontaines et Voltaire, p. 72. — Desfontaines la rompt en publiant une épître de Voltaire à Algarotti, où il était parlé confidentiellement de madame du Châtelet, p. 73.

Chap. VI. — Libelle de Desfontaines contre l'Académie française, pour lequel il est condamné par la chambre de l'Arsenal et emprisonné au Châtelet, p. 75, 76. — Cette circonstance adoucit le ressentiment de Voltaire contre lui, p. 76. — Il est introduit par Voltaii-e dans son ode sur Y Ingratitude, p. 77. — Sorti de prison. Desfontaines reprend la plume et loue, sauf quelques légères restrictions , la tragédie di'Alzire, p. 78, 79. — Chanson satirique au sujet de cette tragédie, p. 79, 80. — Desfontaines répond à la publication de l'ode sur Vingratitude par une critique amère de VEnfant prodigue ; sentiment de Voltaire à ce sujet, p. 81 à 8/i. — Desfontaines soupçonné d'avoir dénoncé Voltaire comme l'auteur du Mondain, petit poème à cause duquel Voltaire fut obligé de quitter la France, p. 85, 86. — Bon mot de Desfontaines sur les Éléments de la pliilosopliie de JSewton, par Voltaire, p. 87. — Sa critique de cet ouvrage, p. 88, 89.

CiiAP. VIL —Voltaire publie le Picservatîf, p, 90 à 93. — Bôle que joue Tliiriot dans cette circonstance, p. 9/j

TABLE DES MATIÈUES. 403

à 97. — Desfontaines répond au Préservatif {^ar la Voltairomanie ; ce que c'est que ce libelle, p, 97 à 110.

Chap. vin. — Sentiments de Voltaire, à la lecture de la VoUairomanie, p. 111. — Lâcheté insigne Thiriot à Tégard de son ami, p. 112 à 121. — Portrait de ce personnage, p. 122, 123.

Chap. IX. — Voltaire entame un procès contre Desfontaines, au sujet de la Voltairomanie, p, 12û, 125. — Longue histoire de ses fureurs, de ses intrigues, de ses mensonges à cette occasion, p. 126 et suiv. — Il renonce au procès, sur l'avis de d'Argental et n'exige plus de Desfontaines qu'un désaveu, p. 13A, 135, 136. — Dénoncé de nouveau par son ennemi comme l'auteur de VÉpilrc à Uranie, il revient à l'idée du pi-ocès et pousse plus que jamais ses amis à le poursuivre en son nom, p. 137, 138.

Chap. X. — Voltaire, vaincu par le mauvais vouloir habilement déguisé des magistrats, au sujet du procès, revient au désaveu, p. 139, 140. — • Desfontaines, à la prière ou plutôt sur l'ordre du lieutenant de police, signe ce désaveu, p. 1/ii, Mx% 143. — Voltaire distribue des récompenses à ceux qui lui ont prêté leur appui dans cette longue bataille contre Desfontaines, p. 144, 145.

Chap, XL — Voltaire mécontent de n'avoir point obtenu la publicité du désaveu, dans les feuilles mêmes de Desfontaines, fait en sorte qu'il soit publié dans la Gazette d'Amsterdam, p. 146, 147, 148. — Fausse alerte de Voltaire, au sujet d'un prétendu désaveu du désaveu, p. 149, 150. — Desfontaines reprend le cours de ses critiques contre son ennemi, p. 151,

Chap. Xll. — Effets fâcheux du désaveu pour Desfontaines et pour ses feuilles, p. 154, 155. — Plaisante histoire de sa querelle avec Tabbé Courné; mœurs littéraires de Desfontaines, p. 155 à 160. — Révocation du privilège des Observations de DesXon laines, et ce qui Cû fut lu cause, p, 161, 102, — Il public ses

Jugements sur les ouvrages nouveauxy p. 164. — H tombe malade et meurt, ib. — Caractère et influence de Desfonlaines, p. 165 à 168.

CHAI'. I. — Naissance de Fréron ; il descend de Malherbe par sa mère, p. 172. — Élevé chez les jésuites, puis professeur à Louis-le-Grand, il s'attache bientôt à l'abbé Desfontaines et publie avec lui les Lettres à madame la comtesse de ..., p. 173. — Il quitte le petit collet et se fait appeler le chevalier Fréron, p. il(\, — Son chagrin de la mort de Desfontaines, p. 175. — Il continue sous le titre de Lettres sur quelques écrits de ce temps, les Lettres à madame la comtesse de ...,p. 176. — Ce journal ayant été frappé de suspension, Fréron cherche des appuis et trouve des protecteurs dans Stanislas, ex-roi de Pologne, et dans la reine Marie Lecsinska, sa fille, p. 177, 178. — Ses feuilles reparaissent; il y escarmouche contre Voltaire, et critique la Femme qui a raison, p. 179, 180, 181.

Chap. il — Comment Voltaire s'exprime pour la première fois sur Fréron, p. 182. — Bagage littéraire de Fréron, p. 183. — Il plaisante l'abbé de Bernis et est envoyé à Vincennes, d'où il sort pour aller en exil à Barsur-Seine, p. 18Zi. — Il revient à Paris au bout de huit mois, reprend ses feuilles et attaque le Temple de la Gloire, p. 185 à 192. — La Princesse de ISavarre jouée à la cour, p, 193, 19/i. — Voltaire reçu à l'Académie française, p. 195. — Conduite de Fréron à ce sujet, p. 196. — Son examen de VEsprit des lois; ses Opuscides, p. 198 à 200.

Chap. IIl. — Fréron trace un portrait satirique de Voltaire dans un numéro de ses Lettres sur quelques écrits de ce temps, p. 201. ■ — Voltaire envoie madame Denis s'en plaindre à M. de Maleslierbe qui suspend le journal de Fréron, p. 202. — Fréron recommence son journal six mois après, p, 203. — Il fonde VAn-

lAHLIi DKS MATIKKKS. 40o

nvc IHlcralre, p. 20/i. — Il y gagne un aigent énorme; usage qu'il fait de cet argent, p. 205, 206.

— Origine du mot mystifier; aventure du petit Poinsinet, p. 206 à 210. — Voltaire feint d'entendre parler pour la preiniè^re fois de V Année liuêraivey p. 211, 212. — Il se fait appeler comte de Ferney, et comte de Tournai, p. 213 à 216. — Il se désole de voir que Fréron est bien avec M. de Choiseul, p. 217.

Chai». IV. — Voltaire lance dans Paris sa comédie de VÉcossaise, p. 218. — Stoïcisme extraordinaire de Fréron au sujet de celte pièce où l'auteur l'a mis en scène sous les traits d'un personnage infâme, p. 219 à 222.

— Inquiétude de Voltaire sur l'issue de sa pièce, p. 223 à 225. — Récit de la représentation par Fréron, p. 226 à 231. — Insolence des comédiens à son égard, p. 232.

CiiAP. V. — Fréron attaque les encyclopédistes; représailles de Voltaire, p. 233 à 238. — Du libelle intitulé Anecdotes sur Fréron, p. 239 à 2ZiO. — Comment Fréron se venge de ce libelle et des outrages dont il est l'objet dans le xviii* chant de la Piicelle ; Voltaire et la petite-nièce de Corneille, p. 2/il à 246. — La vengeance de Fréron atteint moralement cette jeune personne; Voltaire demande en vain qu'il en soit puni, p. 2Zi7 à 251. — Pindare Lebrun et son libelle [L'A7ie littéraire) contre Fréron, p. 252 à 257.

— Les Frérons, p. 258.

Chap. VI. — La tragédie de Tancrède et son estampe, p. 260. — Examen de celte pièce par Fréron, p. 262. — Fréron va à la cour de Deux-Ponts; le grand Frédéric mande à la sienne Arnaud de Baculard, p. 263 à 265. — Opinion flatteuse de Voltaire à l'égard de Fréron et réciproquement, p. 266, 267. — Les Calas; Fréron se moque de la conduite de Voltaire au sujet de cette famille, p. 267 à 271.

CiiAP. Vil. — Affaires de Fréron avec mademoiselle Clairon ; il échappe au For-l'Évêque, p. 272 à 27/i. — lléceplion que lui fait M. de la Cliulolais à Rennes, p. 275.

— On joue dans celte ville VÉcossaise en son honneur, p. 276. — Fréron épouse sa nièce, p. 277. — Il épouse ensuite la sœur de Royou, l'historien, p. 277 à 279. — Discrédit de ses feuilles, ib. — Offre sa souscription pour le buste de Voltaire, qui est refusée, p. 280, 281. — Encore les Anecdotes sur Fréron, p. 283 à 285.

Chap. VIII. — Fréron découvre une des causes principales du discrédit de ses feuilles, p. 286 à 290. — La Présidente d'Aligre, p. 291. — Fréron payé par la police, p. 293. — Clément Vinclément, p. 29Zi. — Fréron, éditeur du Commentaire de la Henriade par la Beaumelle, ib. à 296. — Suspension des feuilles de Fréron ; sa mort, p. 296, 297

CuAP. IX. — Du rôle que Fréron a joué dans la littérature; divers jugements portés sur lui ; conclusion, p. 298 ù

CuAP. 1. — Naissance de la Beaumelle; son éducation: impudents mensonges de Voltaire à ce sujet, p. 320 à 326. — Il va à Copenhague pour y professer les belles-lettres françaises; son discours d'ouverture, p. 327, 328. — Ses Pensées ou le Qu'en dira-t-on, p. 329 à 332. — Il quitte Copenhague et va à Berlin, p. 332, 333.

Chap. II. — Arrivée de la Beaumelle à Potsdam, p. 33Zi. — Effets de sa première entrevue avec Voltaire, p. 335 à 3/i0. — Il communique ses Pensées à Voltaire, p. 340, 3/il. — Il explique ridiculement un passage où Frédéric et Voltaire sont outragés, p. 342. — Lecture et interprétation de ce passage au souper du roi, p. 3/i3. — Maupertuis l'envenime ; Algarotti en plaisante; Voltaire se défend d'être l'auteur de celte interprétation, p. 34/i, 3/i5. — Voltaire travaille à faire chasser la Beaumelle de Berlin; armistice conclu entre l'un et l'autre sous les auspices de la comtesse de Bentinck, p. 3/i6, 347,

Chap. lHé — Aventure de la Beaumelle et de madame Coccliius, p. 3Zi8, 3^9. — Il est mis à la forleresse de Spandau, puis il en sort avec le ferme propos de se venger de Voltaire, p. 350, 351. — Mandé par Voltaire, il l'insulte dans sa propre demeure, p. 351 à 35/i.

— Jugement de ce procédé, p. 35h, 355. — Épigrammes réciproques, p. 356.

Chap. IV. -- La Beaumelle quitte Berlin et va à Gotha, p. 358. — - Il s'enfuit de Gotha avec la gouvernante d'une dame de cette ville qui avait volé sa maîtresse, p. 359, 360.

— Il va à Francfort où il fait imprimer une contrefaçon du Siècle de Louis XIV avec des notes ; ce que c'est que ces notes, p. 360 à 363. — Il est dénoncé par Voltaire à M. d'Argenson, comme ayant insulté dans ses noies le duc d'Orléans et la famille royale ; est mis à la Bastille, p. 363, 364. — Voltaire écrit son Supplément au Siècle de Louis XIV , en réponse aux notes de la Beaumelle, p. 364. — Les Apostilles de la Beaumelle, p. 365. — Mémoire de Voltaire qui y a donné lieu, p. 365 à 372. — Maupertuis accusé par Voltaire d'avoir fait imprimer le Mémoire avec les Apostilles, p. 372, 373.

Chap. V. — Publication du Supplément au Siècle de Louis XIV, pendant que la Beaumelle est à la Bastille, p. 37Zi à 376. — Sorti de la Bastille où il était resté six mois, la Beaumelle écrit sa Réponse au Supplément ; analyse de cette Réponse, p. 376 à 38/i. — Voltaire, oppose le silence à la publication de cette pièce, mais il reprend la plume, lorsque la Beaumelle public les Mémoires de madame de Mainlenon, qui le font mettre de nouveau à la Bastille, p. 385, 386. — La Beaumelle accusé d'avoir volé le manuscrit des Lettres de madame de Maintenon, p. 387 à

389. — La Beaumelle sort de la Bastille et est accusé par Voltaire d'avoir contrefait la Pucelle, p.

390. — Attaqué d'une manière ignoble dans le xviir chant de la Pucelle, la Beaumelle présente requête au parlement à ce sujet, p. 391. — Affliction de Voltaire, en apprenant que la Beaumelle a épousé la

fille de Lavaysse impliqué dans l'affaire des Calas, p. 392, 393. — Il dénonce au ministre la Beaumelle, comme lui ayant écrit quatre-vingt-quinze lettres anonymes ; il Taccuse du crime de lèse-majesté à ce sujet, et cherche à le déshonorer aux yeux de sa femme et de la famille Lavaysse, p. 39/i, 395. — Voltaire obtient de M. de Saint-Florentin Tprdre au commandant du pays de Foix de menacer la Beaumelle de la prison, s'il s'avise de faire réimprimer son Siècle de Louis XIV , p. 396, 397. — La Beaumelle intimidé, rentre dans le silence, p. 398. — Il vient en 1772 à Paris, où il avait obtenu une place à la Bibliothèque du roi, et meurt quelque temps après, ib. — Portrait de la Beaumelle, p. 399, 400.

Coulomniiors. —Imprimerie de A, Moussin.

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