Les ennemis des curés
Par Curé, il faut entendre ici tous les prêtres. Ce n'est pas que tous les prêtres soient des Curés ; mais, en France, l'ignorance et la grossièreté les ont tous baptisés de ce nom.
On appelle Curé le piètre à qui l'Evêque a confié la direction d'une paroisse. Sur cent prêtres, il n'y a pas quarante Cures.
Avant d'entrer dans aucun détail, voici une remarque curieuse: tous les coquins, tous les communards et tous les pétroleurs, tous les ivrognes, tous les mauvais sujets, tous les gens de sac et de corde sont ennemis des Curé?. Le fait est certain.
D'autre part, les braves gens, les gens de bien, les personnes charitables, les gens honnêtes, estimables, délicats,, sont presque tous sympathiques aux Curés et respectueux à leur endroit.
Ce fait est encore certain.
De cette observation générale et sans aller plus loin, nous pouvons tirer immédiatement une conséquence évidente, peu flatteuse pour les gens qui crient contre les Curés : c'est qu'ils sont en bien mauvaise compagnie, et que cela ne prouve pas en leur faveur. Cela ne prouve pas absolument qu'ils
soient ce que sont les autres ; mais, je le répète, ce n'est pas bon signe. " Dismoi qui tu hantes, et je te dirai qui tu es/' dit le vieux proverbe. Quand on est pas loup, on ne hurle pas avec les loups.
Que les ennemis des Curés sont en général :"es lâches
Ils insultent les prêtres, parce qu'ils savent bien qu'ils n'ont rien à craindre d'eux. Le prêtre, au milieu des impies, est comme le pauvre agneau au milieu des loups ; il n'a pour armes que la douceur, la patience, la prière et le pardon des injures.
L'homme qui insulte une femme est
un lâche. Il en est de même de celui qui insulte un prêtre. Il fait comme les oies, lesquelles ne sont braves que contre ceux qui ne lèvent point le bâton sur elles.
Quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent, les insulteurs de prêtres fileraient, fileraient vite et doux, s'ils pensaient avoir à craindre la moindre représaiïle. J'ai connu en Normandie un excellent prêtre qui m'a raconté à ce sujet une bonne histoire. Il faut dire qu'il avait près de six pieds de haut, et qu'il était taillé en hercule du Nord.
Il venait de prêcher une mission dans la ville de Laigle. Le jour du départ, plus de place dans l'intérieur de la diligence ; obligé de monter sur la banquette, il y trouve deux espèces de petits commis, qu'il salue fort poliment. Les deux polissons se mettent
à rire, à se moquer de lui à demi-voix, et la voiture part.
Le bon missionnaire ouvre son bréviaire et commence à prier. Ses deux voisins commencent à chanter ou plutôt à crier la Marseillaise. " Messieurs, leur dit le prêtre, ayez la bonté de ne pas crier ainsi à mes oreilles. Je suis poli pour vous; soyez-le pour moi."
Ils se mettent à rire aux éclats, à brailler encore plus fort, et, allumant leurs pipes, ils envoient deux ou trois bouffées de tabac dans la figure du prêtre, qui avait repris sa prière.
Sans rien dire, le missonnaire ferme son bréviaire, et au même instant l'un de ces drôles se sent empoigné comme dans un étau, par le cou et par les jambes ; il est soulevé de la banquette, et passe comme un colis à la gauche du prêtre, qui prend sa place, le plante
à la sienne, et les deux fumeurs se trouvent séparés. L'opération s'était faite en un clin d'œil.
Ainsi placé entre les deux commis stupéfaits, il leur montre ses deux poings ; et quels poings ? Il leur arrache leurs pipes insolentes. " Et maintenant, leur dit-il, si vous bougez, vous aurez affaire à moi. Le premier qui dira un mot, je le flanque en bas. Vous êtes deux lâches. Vous croyiez que je me laisserais manger la laine sur le do?. Mes petits amis, vous avez trouvé votre maître."
Les deux braves, pâles comme des navets, demeurèrent immobiles pendant tout le temps du voyage. Et le bon missionnaire, riant dans sa barbe, continua tranquillement son bréviaire.
En descendant de voiture, il tendit la main à ses compagnons de ban-
quette, et leur recommanda la prudence, pour l'avenir.
Tous les Curés, je le sais, n'ont pas des poings aussi respectables ; mais tous ils ont ce qui est plus respectable que les poings les plus vigoureux, leur caractère de ministres de Dieu, et les convenances de leur état, qui ne leur permettent pas de recourir à la correction fraternelle du redoutable missionnaire normand.
Voilà pourquoi ceux qui les insultent sont des lâches.
Que les ennemis des Curés sont une collection de sots et d'ignorants
Ce sont, en outre, pour la plupart, des gens qui ne savent pas ce qu'ils disent, et qui parlent à tort et à travers de la Religion et des prêtres.
Un jour, dans l'intérieur d'une voiture publique, où il ne restait plus qu'une place à prendre, entra, non loin de Paris, un petit com mis-voyageur, de la même race cpie les deux précédents. En face de lui se trouvaient deux prêtres, dont l'un plus âgé, au visage grave et paisible. Au bout de quelques minutes, mon étourdi commence à prendre la parole, et, croyant
sans doute l'occasion favorable, entame avec les autres voyageurs la conversation la plus sangrenue et la plus inconvenante contre la Religion. Les deux prêtres gardaient le silence, à son grand dépit.
Use décide enfin à s'adresser au plus âgé des deux: " Monsieur le*Curé, lui dit-il avec cet air spécialement bête et mauvais qu'ont les gens qui se moquent de la Religion ; monsieur le Curé, savez-vous la différence qu'il y a entre un âne et un évêque ?" Et comme le prêtre ne répondait pas : '•' Eh bien, moi, continua-t-il, je vais vous le dire: c'est que l'âne porte la croix sur îe dos et l'évêque sur la poitrine."
u Et moi, répondit alors le prêtre, j'ai à vous demander quelque chose à mon tour. Vous avez tant d'esprit, que vous ne serez point embarrassé.
Quelle différence y a-t-il entre un commis-voyageur et un âne ? — Ma foi, je n'en sais rien, " répliqua le jeune homme un peu interloqué. " Eh bien, moi non plus, " répondit tranquillement le prêtre, aux applaudissements de tous les compagnons de voyage.
Et puis, reprenant quelques-unes des sottises que le commis avait débit 'es précédemment, il lui fit trois ou quatre bonnes répliques, si bien cinglées, que le pauvre sot demeura coi, la bouche ouverte. " Vous n'y entendez rien, mon pauvre garçon, poursuivit le vénérable prêtre. Avant de vous mêler de parler Religion, retournez donc au catéchisme. Un homme qui a le sens commun ne parle que de ce qu'il sait." Ce prêtre n'était rien moins que le docte Mgr Affre, qui, peu d'années après, devenait Archevêque de Paris,
et devait mourir si glorieusement sur les barricades du faubourg Saint-Antoine, aux journées de juin 1848.
Ceux qui déblatèrent contre la Religion et ses ministres, sont tous, plus ou moins, des ignorants, qui ne comprennent pas le premier mot des questions qu'ils traitent avec tant d'aplomb ; ce sont de pauvres sots, qui font la roue comme des dindons, et ne parviennent, comme les dindons, qu'à montrer de vilaines plumes noires, une crête rouge et tout l'ensemble d'une bête parfaitement ridicule.
Que si, parmi les ennemis de la Religion et des prêtres, quelques-uns sont instruits et même savants, cela ne fait absolument rien à la chose : ils peuvent être savant en mathématiques, en physique, en astronomie ; ils peuvent surtout le paraître et payer d'au-
dace au milieu des ouvriers et des simples paysans : en matière de Religion, ils n'en sont pas moins des ignorants Je première force, d'autant plus ignorant- qu'ils prétendent savoir. Or, c'est précisément là ce qu'en bon français l'on appelle un sot.
Le nombre en est incalculable dans notre pauvre France, et il augmente à mesure qu'on lit davantage les journaux démagogiques et impies que chacun sait.
Que les ennsmis des Curés sont la plupart des jobards et des imbéciles
C'est pénible à constater, mais c'est comme cela. On fait avaler à ces
pauvres gens tvut ce qu'on veut. Les journalistes les plus effrontés, les plus menteurs, les attrapent aussi facilement qu'on attjape des grenouilles.
Avcz-vous jamais vu pêcher des grenouilles ? Au bout d'un bâton, on met une ficelle ; au bout de la ficelle, un petit morceau de viande. On tend le bâton de manière à ce. que la viande frise l'eau ; aussitôt on voit s'avancer le peuple des grenouilles, l'œil intelligent et vif. La première arrivée happe le morceau séducteur. Le pêcheur tire la ficelle et happe, la grenouille. Il relance la même ficelle, avec la même viande, à la même place : avec la même perspicacité, une seconde grenouille happe et est happée ; puis, une troisième ; puis, une quatrième ; puis, toutes les autres, tant qu'il y en a.
Telle est l'image de ce pauvre peuple
de jobards, à qui les meneurs des sociétés secrètes et de journalisme font avaler leurs mensonges avec une si déplorable facilité. Ils leur disent pis que pende des prêtres, qui ne font que du bien, qui ne font de mal à personne, qui sont ce qu'il y a de meilleur et de plus respectable au monde; et ces véritables grenouilles croient, gobent tout cela, avalent tout cela, et sans savoir ce qu'ils disent, répètent tout cela, dans les cabarets, dans les auberges, dans les ateliers, dans les clubs et jusque dans les casernes !
Tout dernièrement, dans un petit bourg de Seine-et-Oise, un brave et excellent Pèie capucin prêchait une mission. Tout le monde venait l'entendre.
Il était si bon, il parlait si bien, il disait de si bonnes et de si belles choses! Les réunions du soir étaient exclusive-
ment réservées aux hommes, et l'église était toujours pleine comme un œuf.
Il y avait cependant une douzaine de " libres-penseurs " (c'est ainsi que s'appellent les gens dont nous venons de parler) qui se moquaient entre eux des instructions et trouvaient naturellement qu'ils avaient plus d'esprit que le Père.
On avertit celui-ci, en signalant les individus.
Le lendemain soir, le bon Père manœuvra si bien, qu'il se trouva juste en face" du fameux groupe, sur la place, au sortir de la réunion. " Eh bien, mes bons amis, dit-il en haussant exprès la voix, il paraît que vous ne me trouvez pas fort ? Je ne vous connais pas • mais du moment que vous vous moquez de la Religion et de moi, je parie tout ce que vous voudrez qu'à
moi tout seul, j'ai plus d'esprit que vous tous ensemble. Nous en ferons jnger ces Messieurs, qui nous entourent. Acceptez-vous ? "
Nos esprits forts hésitaient ; mais la curiosité l'emporta, et l'un deux répondit au nom des autres qu'ils voudraient bien voir. " Eh bien, répliqua joyeusement le missionnaire, attendezmoi tous ici, dans le cimetière, à côté de l'église, et je vous ferai voir sur le mur le soleil comme en \ lein midi." Or il était neuf heures et demie du soir, et, depuis plus de quatre heures, le soleil était couché, il faisait noir comme dans un fouv.
" Messieurs, ajouta résolument le Père capucin en s'adiessant à la nombreuse assistance, je vous demande de rester là comme témoins. C'est vous qui jugerez si décidément ces messieurs
ont plus d'esprit que moi. Je rentre à l'église et serai à vous dans une demi-heure."
Des centaines de témoins attendaient sur la place ; pas un des douze n'avait bougé, lorsqu'à l'heure dite, le capucin reparut, suivi du Curé, qui riait. La foule se rendit aussitôt au cimetière, après eux.
Alors le capucin appela les fameux douze ; et quand il fut bien assuré qu'ils étaient là : " Messieurs, dit-il à l'assistance, je vous prends à témoins, et je vous adjure de me dire s'il est possible d'être plus bête que ces douze farceurs- là qui s'imaginent bel et bien qu'un pauvre capucin peut leur montrer le soleil à dix heures du soir, en pleine nuit."
Un rire homérique sortit de t >utes les poitrines, et les douze cornichons
riant jaune, profitèrent de l'obscurité pour disparaître.
Et voilà de quelle force ils sont, ces esprits forts, ces beaux parleurs, qui se moquent de tout, qui se mettent audessus de tout, et qui parlent si fièrement des Curés en général, et de leur Curé en particulier.
Ce sont des cornichons.
Que les emnemis des Curés sont un tas de brouirons et de mauvaises têtes
Il est bien rare qu'un homme sage et raisonnable, un homme d'ordre, aux mœurs honnêtes et tranquilles, soit ennemi des prêtres. Il peut être indifférent ; mais ennemis, non.
Au contraire, toutes les mauvaises têtes, tous les démocrates, les révolutionnaires, les communards sont ennemis de la Religion et des Curés. Plus ils sont révolutionnaires, et plus ils les détestent.
Pourquoi ? demandez-le leur. Ils n'en savent rien. C'est l'instinct du désordre, l'instinct de la révolte, en face de l'autorité. Le prêtre est, en effet, le dépositaire et l'organe dî la plus haute autorité qui soit sur la terre, l'autorité de Dieu, l'autorité religieuse, laquelle est le soutien de toutes les autres.^ C'est pour cela que tous les révolutionnaires détestent les prêtres.
Les prêtres, cependant, ne leur ont fait aucun mal; et eux, ils veulent les tuer. Quel mal avait fait, par exemple, aux communards de 1871, le bon, l'excellent P. Olivant ? Quel mal leur
avait fait le charitable curé de la Madeleine, M. Deguerry, qui donnait aux malheureux tout ce qu'il avait ? Que leur avaient fait les autres Pères Jésuites, qu'ils 'égorgèrent lâchement avec le P. Olivaint ? et les pauvres Pères Dominicains d'Arcueil ? et tous les autres ?
C'était, la haine révolutionnaire, haine aveugle et impie que l'esprit de révolte engendre au fond du coeur contre tout ce qui s'appelle prêtre.
En 1848, après les journées de juin j'ai vu cela de près. J'étais alors aumônier des prisons militaires de Paris; et j'eus affaire à une élite de révolutionnaires enivrés d'impiété et de haine ; c'étaient les assassins du pauvre général de Bréfl.
Cinq d'entre eux étaient condamnés à mort : cette perspoctive les avait un
peu calmés, et ils entendirent plus facilement raison. N an moins, après ma première visite, ils voulurent cha-
ri t ab ! e m e n i m ' é t r an gl e r.
Une vingtaine d'autres, cas: matés
à p 'étaient condamnés qu'aux
trav iux forcés à perpétuité ou h temps. Ceux-ci étaient comme des bêtes féroces ; la vue d'une souta îe faisait r lUgïr. L'aumônier en second s'était rgé d'eux.
La premi'è e fois pie l'excellent prêtre par :t dans leurs casemates, 11 crut qu'il n'en sortirait pas vivent. Il ne leur ap ortai' cependant que des consolations et le. dévou nient, c;nis compter certains petits soulagements matériels, qui n'étaient point à dédaigner dans leur triste position.
Pour les apprivoiser un peu, 'i voulut leur adresser quelques bonnes pa-
voles, et, selon l'usage, il commença en faisant le signe de la croix et en disant : " Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit." — Nor.s ne connaispas ça ! nous ne voulons pas de s'écrièrent plusieurs d'entre eux,
C'est précisément à cause de cela
;ue vou ères ici, répliqua tranquilîe-
:ment l'aumônier; et il continua comme
si de rien n'était. Mais ce ne fut qu'à
la longue qu'il gagna quelque chose
. sur ces esprits si prévenus.
Pour moi, ma âche était rendue '«plus facile, comme je l'ai dit, par la terrible perspective de l'échafaud. Ils m'avouèrent à plusieurs reprises qu'on les avait grandement trompés. " Ah !
si nom- les tenions, ceux qui nous ont endoctrinés ! ; épétaient-ils, comme nous •les arrangerions ! Ce sont eux qui nous ont perd'.^. Et ils sont en liberté ! "
Mes bons amis, si vous -ne voulez pas être confondus avec ce grand parti de révoltés qu'on appelle les révolutionnaires, ne faites pas comme eux, ne dites pas comme eux, et respectez las Religion et les prêtres.
Que les ennemis des Curés sont la. une fleur des mauvais sujets
Il y a de mauvais sujets qui rougissent en apercevant le prêtre ; ceux-là sont plus faibles que corrompus. Mais il y en a d'autres que la seule vue d'un prêtre irrite et exaspère ; ceux-là sont les mauvais sujets proprement dits, les libertins corrompus, la fine fleur des.
mauvais sujets.
Oh ! quels, ennemis les prêtres o::t là C'est la concupiscence de la chair qui grince des dents en apercevant son plus terrible adversaire ; semblable au chien qui entre en fureur des qu'on fait mine de lui arracher sa proie.
Il y a quelques années, un brave curé d'xMsace faillit être assassiné par un libertin de profession, aux embûches duquel il était parvenu à arracher une pauvre victime. — Et ce fait s'est renouvelé maintes fois.
J'en sais un autre qui, pour avoir empêché quelques jeunes filles de remettre les pied.s dans un mauvais bal public, exaspéra si bien les mauvais sujets du ays, qu'ils osèrent tenir sur son compte les propos les plus infâmes, assurait d'avoir vu de leurs yeux, entendu de leurs oreilles des choses plus que déshonorante?, et poussant !a ven-
geance jusqu'à souiller bravement pendant la nuit la porte et les murs du presbytère. Plus d'un crut à leurs calomnies, et, pour en effacer la trace, il fallut au pauvre Curé des années de cou rose et de dévouement.
Le prêtre a l'honneur incomparable, mais périlleux, d'être l'ennemi mortel
des impudique?.
En voulez- -ous une preuve? Entrez dans ce cabaret, clans cette auberge où trois ou quatre viveurs sont attablés.
Ils ont vu passer un prêtre ; il n'en faut pas davantage pour surexciter leur verve ignoble. Lazzis contre la Keligion, blasphèmes contre les choses saintes, chansons obscènes, sales histoires : tout cela tombe comme grêle- Pourquoi? parce qu'ils ont vu un prêtre-
Pour eux, le prêtre, c'est comme le
sixième commandement de Dieu qui passe, et qui leur crie :
Luxurieux point ne serf.
Et comme ce commandement leur met le doigt dans l'œil, ils s'emportent et se démènent contre celui dont la seule vue le leur rappelle malgré eux.
Les blasphèmes des jeunes gens contre les prêtres et en général contre la Religion, viennent, dix-neuf fois sur vingt, de cette source peu avouable. Ce sont les passions honteuses qui leur montent à la tête, et qui les font déblatérer contre celui qu'ils vénéraient et qu'ils aimaient jadis, lorsqu'ils étaient purs.
Que les ivrognes, les voleurs et les fripons sont les ennemis des curés
Assurément, les ennemis des Gurés ne sont pas tous des ivrognes, des voleurs et des iripons ; mais très-assurément, tous les ivrognes, tous les voleurs et tous les fripons crient contre les prêtres et ne les détestent pas moins que les libertins.
C'est tout simple : qu'est-ce que le prêtre, au milieu de la société ? N'estce pas l'Envoyé de Dieu, qui a pour mission d'apprendre et de rappeler sans cesse aux autres qu'il y a un Dieu, une éternité, un enfer, un paradis ? un enfer pour punir tous ceux qui font le mal,
un paradis pour recompenser ceux qui font le bien ? Par sa seule vue, comme nous le disions tout à l'heure en parlant des mauvais sujets, le prêtre rappelle aux ivrognes qu'il y a un Dieu qui punit la débauche ; aux voleurs et aux fripohs, qu'il n'est pas permis de voler, et que, lors même qu'ils parviendraient à échapper à la justice des hommes, ils ne sauraient échapper à la justice de Dieu.
Comment voulez-vous qu'un homme pareil ne fasse pas à tous ces honnêtes gens-là l'effet d'un cauchemar? Et comme personne n'aime les cauchemars, ils n'aiment pas, ils détestent le prêtre.
Qu'il y a d'épiciers, de marchands, de petits boutiquiers, etc., qui n'ont d'autre motif pour crier après les prêtres, que cet argument secret, caché au fond de leur cœur :
" J'ai du bien d'autrui ; je ne veux pas le rendre ; donc, je ne veux pas me confesser ; à bas les Curés ! "
L'impiété du jeune libertin vient du corps ; celle de l'ivrogne, du fond de la bouteille ; celle du petit et du gros voleur, du fond de la caisse. Et tout cela se traduit en accusations de toutes couleurs, plus absurdes les unes que les autres, .contre les Curés, qui n'en peuvent mais.
Examinons un peu ces balourdises, mes bons amis, et touchons du doigt leur fausseté. Ce ne sera pas long.
Nous avons vu ce que sont les ennemis des Curés ; nous allons voir maintenant ce qu'ils disent.
Les Curés sont les ennemis du peuple
On vous le dit et vous êtes assez simples pour le croire.
Et qui vous le dit ?' Les gens dunt nous parlions tout à l'heure, " les ennemis des Curés," les mauvais sujets, les ivrognes, les gens tarés. Nous avons vu ce que valent leurs dires. Ce sont les voleurs qui accusent les gendarmes.
Qui vous dit cela encore ? et qui le leur dit à eux mêmes ? Les mauvais journaux? Mais vous ne savez donc pas qui parle dans les neuf dixièmes des mauvais journaux ? Des individus sans
foi ni loi, sans convictions, sans conscience, qui exploitent la crédulité de leurs lecteurs, qui mentent à tant par mois, qui disent du mal des prêtres parce qu'ils sont payés pour cela !
Et que vous disent-ils, ces docteurs de contrebande ? Qu'il n'y a pas de Dieu, qu'il n'y a ni ciel ni enfer, que la Religion est un tas de vieilles superstitions, qu'on n'est en ce monde que pour jouir, et que les prêtres, qui vous disent le contraire, sont vos ennemi?, les ennemis du peuple, les ennemis du genre humain. t
Si vous croyez cela, savez-vous ce qui arrivera ? Vous irez en enfer, vous irez brûler éternellement en enfer ; car il y a un enfer, quoi qu'on vous dise. Et voilà où vous conduisent tout droit ces fameux "amis du peuple."
Pourquoi ces mi&érable-là vous ré-
pètent-ils chaque jour, sur tous les tons, que le prêtre est votre ennemi ! Parce que. pour sauver vos âmes, pour vous empêcher d'aller aux enfers, le prêtre est obligé en c >,e de vous dire
juste le contraire de toutcequ'ik vous lieu de flatter, comme eux, votre il et vos passions, il vous
dît de 1 aer. A chaque instant,
- péter ; " il i
. 11 n'est pas permis de vol . Un' per-
mis de s'enivrer. - . ;te,"
etc. ; en un mot, te com-
maoi . ts de Di~u et de l'Eglise. Or, tout cela n'est pas agréable à la nature. " Vous le voyez, disent les •ont les ennemis du
peuj
Et cependant, si vous écoutes le prêtre, c'est votre salut en ce monde et en l'autre, c'est votre vrai bonheur.
En ce monde, vous éviterez toutes les misères, .toutes les hontes de l'inconduite ; vous serez bons, aimés, estimés de tous les honnêtes gens. Vous aurez encore des peines, sans doute ; tout le monde en a; mais la Religion vous donnera la force de les porter avec patience et avec mérite. Dans l'autre monde, vous serez éternellement heureux avec le bon Dieu dans le ciel, au lieu de brûler éternellement en enfer convnc les méchants.
Et le prêtre qui vous veut, qui vous procure ce bonheur, ce serait votre ennemi ! Quelle folie !
Mais ce n'est pas tout. Vos mauvais journaux, que vous prechent-iîs encore ? La révolte sociale, l'envie contre tous ceux qui sont au-dessus de vous, la révolte de l'ouvrier contre le patron, la révolte du paysan contre le
château, le bouleversement de la société, le renversement de tout ; en un mot la Révelution. Sous des formes plus ou moins gazées, et sous prétexte de politique, de liberté, de progrès, voi: à ce qu'ils ne cesse de vous prêcher.
Et, si vous les croyez, où vous mèneront-ils ? Aux émeutes, aux sanglantes barricades, à la mort, ou du moins en prison, au bagne, en Calédonie.
Les beaux "amis " que vous avez là !
Et ce sont eux qui vous ameutent contre l'Eglise et contre le- prêtres, parce qu'ils sentent . très-bien que l'Eglise et les prêtres sont toujours et partout les adversaires-nés des passions révolutionnaires.
Oui certes, l'Eglise et les prêtres vous enseignent juste le contraire. De la part de Dieu, ils vous disent qu'il faut respecter l'autorité, qu'il faut obéir aux
pouvoir légitimes, qu'il ne faut pas se fourrer dans la politique, qu'il n'en faut pas croire les mauvais journaux, que la souffrance est une conséquence inévitable et une punition du péché, et que les belles utopies des socialistes ne sont que des chimères.
Or, ces grandes vérités-îà sont le secret du bonheur public, et par conséquent du bonheur privé. Là où ces vérités sont connues et pratiquées, là règne la paix de l'Etat, la paix de la famille ; l'agriculture, le commerce, l'industrie, quj? paralysent toujours les perturbations sociales, se développent sans crainte ; le paysan, l'ouvrier ne chôment point; chacun s'occupe de ses affaires et tout va bien.
Et voilà encore comment l'Eglise et les prêtres sont " les ennemis du peuple."
Un dernier mot : quel intérêt personnel a le prêtre quand il vous dit de réprimer vos mauvaises passions, d'obéir, de souffrir patiemment ce que vou? ne pouvez pas éviter ? Quel profit lui en revient-il ? Il n'en retira guère que l'outrage, que la calomnie, que la persécution, parfois même de la part de ceux qu'il veut sauver.
Et les autres, au contraire, les prétendus amis du peuple, ceux qui vous mènent à la boucherie ou au bagne, et finalement en enfer, avez-vous, remarqué où cela les conduit. eux-mêmes ?
Sinon toujours, du moins souvent, au Conseil municipal, au Conseil général, voir même au fauteuil (et aux appointements) de député. On en a vu et l'on en voit qui, marchant ainsi sur le dos du pauvre peuple, grimpent encore plus haut et attrappent patrio-
tiquement une écharpe de préfet, ou un portefeuille de ministre.
Et pendant ce temps-là; vous leurs pauvres dupes, vous lecteurs de leurs journaux, vous leurs électeurs, vous demeurez avec vos femmes et vos enfants dans la misère, si toutefois vous n'avez pas eu la tête cassée en chemin.
Donc, c.e ne sont pas les prêtres qui sont les ennemis du peuple. Les vrais " ennemis du peuple," ce sont " les ennemis des Curés."
lies Curés sont des fainéants, des gens inutiles, des propre à rien
Parmi ceux qui le disent, il y en a qui le croient, et d'autres qui ne le
croient pas. Nous ne parlerons pas de ces derniers; à quoi bon ? puisqu'ils ne se croient pas eux-mêmes.
Il ne peut être question ici que de ces ouvriers ou de ces paysans, laborieux sans doute, mais peu religieux, qui ne soupçonnent pas qu'il puisse y avoir un autre travail que le travail des mains. Ils voient les prêtres aller et venir; ils les voient consacrer un temps notable h prier, a lire, à étudier ; ils en concluent que ce sont deb' fainéants.
A ce compte-là, tout ce qui ne porte point la blouse et le sabot, tout ce qui ne travaille pas la pierre, le bois, le fer, le cuivre, le coton, la soie ou la terre, serait fainéant. Les médecins les plus occupés, les notaires, les magistrats, les professeurs,, les employés les plus laborieux, et jusqu'aux offi-
ciers, devraient être rangés parmi les fainéants. N'est-ce pas absurde ?
Le travail intellectuel est bien autrement dur que le travail matériel; il fatigue, il use bien plus vite et bien plus profondément. L'autre jour, j'entendais un docte professeur de sciences raconter que sur six frères qu'ils étaient, tous rebutes et solidement taillés, lui seul était devenu maigre comme un clou et d'une santé débi!e. Et la cause ? Les médecins la lui avaient signalée maintes fois : c'est que seul il avait travaillé de la tête, tandis que les cinq autres, restés ouvriers ou cultivateurs, n'avaient travaillé que des mains.
Or le prêtre passe sa vie à travailler de la tête. Drabord il lui a fallu pâlir sur l.'S livres, sur le latin, sur le grec, sur les livres de sciences, de philosophie et de théolegie, pendant toute sa
jeunesse jusqu'à l'âge de vingt-quatre ans. Cela dix, onze, quelquefois douze ann 'es d'un rude labeur, presque sans relâche. Cela ne sent guère le fainéantise.
Dans les Séminaires, on se lève à cinq heures du matin, hiver comme été ; la vie y est dure et pauvre. On ne s'en doute guère dans le monde. — Deux jeunes ouvriers, allant au travail de bonne heure, passaient un matin, à cinq heures, devant le Séminaire de Saint-Sulpice, à Issy, près Paris. On sonnait justement la cloche du lever et, en un instant, toutes les cellules avaient eu leur lumièie allumée.
u Tiens, dit l'un d'eux, qu'est-ce que c'est que ça ? — C'est le Séminaire, répondit l'autre, une maison de jeunes Curés. — Et ils se lèvent à cette heurelà ? Ma foi, je ne l'aurais jamais cru. Qu'est-ce donc qu'on nous chante à
l'atelier, que les prêtres sont des fainéants ! "
Et ces prétendus fainéants se préparent au sacerdoce en travaillant et en priant depuis cinq heures et demie du matin jusqu'à neuf heures du soir, n'ayant que deux heures de récréation, ou pour mieux dire de répit.
Aussi sortent-ils de' là plus ou moins exténués. Singulière espèce de fainéants, n'est-il pas vrai ?
Les voici devenus prêtres ; ils continuent à se lever.de bonne heure; ils mènent une vie réglée, sérieuse, remplie par l'accomplissement de leurs multiples devoirs. La prière, la célébration de la messe et des autres offices, les confessions, les catéchismes, les prédications et les études souvent prolongées que nécessite la préparation de ces prédications et de ces catéchismes,
la visite et le soin des malades, la visite des pauvres, parfois celle des riches à qui l'on va recommander les pauvres, sans compter les mille soins matériels que réclament l'église et la sacristie ; tel est '.e travail, l'admirable et presque incess int travail du prêtre, soit à la ville, scit à la campagne.
Il y a des pays où les pauvres prêtres sont tellement écrasés de besognes que plus d'un finit par y succomber à la fleur d: l'âge. Cela se voit plus particulièrement dans les grandes villes, et surtout à Paris oh les paroisses sont immenses et les prêtres peu nombreux.
Tl n'y a pas longtemps mourait un Curé de Paris, connu pour Son esprit et sa bonté parfaite, qui était levé régulièrement à quatre heures du matin, jamais couché avant onze heures du soir, toujours au travail, toujours à son affaire, et n'y suffisant pas.
Aujourd'hui même où. je vous- parle, combien n'y a-t-il pas de ces hommes du bon Dieu, qui, ne calculant jamais avec la peine ni la fatigue, se dépensent du matin au soir, et du soir au matin ! Ce sont scuventdes matinées entière*, ou des après-midi, passées à confesser ; à certains jours de la semaine, principalement les samedis et les veilles des fêtes, toute la journée y passe, sans compter ur.e partie de la nuit. Et il ne fait pas toujours bon au confessional, je vous assure, principalement pendant les grosses chaleurs d'été, et pendant les grands froids d'hiver.
Et les baptêmes ? et les mariages ?
et les enterrements ? et le soin des enfants, avec la longue et laborieuse préparation des premières communions ?
'* Soit. Mais ce n'est pas partout comme ç:'. Dans notre pays, où. l'on
n'est pas dévot, il n'y a guère à confesser ni h prêcher ; et les Curés n'ont pas grand chose à faire." — Hélas ! ce n'est que trop vrai. Mais e-t-ce leur faute s'ils ne sont pas aussi occupes qu'ailleurs ? Après tout, ils font ce qu'ils peuvent, et par conséquent ce qu'ils doivent. Or, un homme qui fait ce qu'il doit, ne peut être taxé de fainéant.
Si, dans votre pays, les Curés ne travaillent pris toujours autant qu'ils le pourraient et qu'ils le voudraient, ce n'est pas leur faute, c'est la vôtre* Allez vous confesser, et votre Curé confessera. ConfcssQZ-vous souvent, et il confessera souvent et de bon cce ir.
Allez à l'église : et il vous prêchera. En un mot, soyez chrétien, et vous le trouverez prêtre ; de plus en plus prêtre, à mesure que vous serez plus chrétien. Ii n'y a pas de Curé qui refuse le travail quand on le lui offre.
C'est un peu fort de reprocher à un marchand de ne pas vendre lorsque personne ne vient lui acheter ; à un notaire ou à un banquier, de ne pas faire d'affaires, lorsque personne ne se présente dans leur étude ; à un offi iier de ne point conduire bravement ses soldats au feu, lorsque ceux-ci refusent de marcher ! C'est là, cependant, ce que vous fuite?, vis-à-vis de votre Curé.
Et puis, qui vous dit que votre Curé ne se crée pas lui-même des occupations, des occupations sérieuses et conformes à son état, lorsque votre coupable indifférence le laisse chômer ?
Parce que vous ne le voyez pas confesser ou prêcher, vous dites qu'il ne fait rien. Qu'en savez-vous ?
" Mais on voit les Curés se promener, aller et venir, se visiter, rire ensemble. Ce n'est pas là du travail." —
Sans doute, puisque c'est du repos. Ces piètres ont travaillé, voilà pourquoi ils se reposent. Est-ce que vous ne vous reposez pas après avoir travaillé, vous qui criez contre eux ?
Le travail de tête, nous le constations tout à l'heure, nécessite bien plus de repos que le travail manuel ; un ouvrier, un cultivateur peut, sans nuire à sa santé, travailler toute la journée, ne s'interrompant que pour les repas.
Je défie ceux qui se livrent au travail intellectuel d'en faire autant, du moins plusieurs jours de suite. Ils' attraperaient une fièvre cérébrale. Si donc les prêtres se promènent, s'ils vont et viennent, comme vous dites, c'est afin de pouvoir reprendre leur travail. Ils rient entre eux : vou1 z-vous qu'ils pleurent ?
Et puis, vous les voyez se promener ;
car pour se promener et prendre l'air, il faut sortir : vous ne les voyez point travailler, parce que les prêtres ne travaillent pas dans la rue ni au milieu des champs. Et là-dessus, vous dites qu'ils ne font que se promener! Je vous le demande à vous-même, est-ce juste ?
Maintenant qu'il y ait, par-ci, par-là, des prêtres, des Curés qui flânent un peu, c'est le tort qu'ils ont, et ils en repondront devant Dieu. C'est comme parmi les ouvriers : par-ci, par-là, et même trop souvent, on en voit qui flânent un peu, on en voit qui flânent beaucoup; ils ont grand tort. Mais direz-vous pour cela que les ouvriers, c'est-à-dire tous les ouvriers, sont des flâneurs.
Les Curés ne sont donc pas des fainéants ; les Curés ne sont pas des gens
inutiles ; les Curés ne sont pas des propre à rien. En répétant ces grossièretés-là, vous vous faites l'écho de ces misérables impies qui n'apprendront qu'en enfer que prier, c'est travailler ; que dire la messe, c'est travailler; que chanter les louanges de Dieu, c'est travailler ; que confesser et sauver les âmes, c'est travailler. En s'attaquant au prêtre, c'est à Dieu et à sa sainte Religion qu'ils en veulent.
Le prêtre est le grand travailleur de Dieu sur la terre, et son travail est le premier, le plus noble, le plus utile, et ajoutons-le, le plus pénible de tous.
les Curés aiment la bonne chère, le bon vin et les gros dîners
Ils aimer. t certainement mieux ce qui es !.ua que ce quiest,mauvais. Où.
est le mai ? Et vous donc ?
Vous dites que les Curés aiment la bonne chère. Ici encore, qu'en savezvous ? Est-ce que par hasard vous vivez, vous mangez avec eux ? Dans ce cas, de quoi vous plaindriez-vous ? Et si vous n'en êtes pas, je vous le répète, comment savez-vous ce qui se passe chez eux ? Les gens qui disent le plus de ces sottes choses-là, sont précisément ceux qui n'ont aucun rapport avec leurs Cur's et qui se croiraient
déshonorés vis-à-vis des frères et amis, s'ils pouvaient être soupçonnés de hanter le presbytère.
" Si fait, répondent nos braillards ; nous savons ce qui se passe chez les Curés. Ne les voyons nous pas aller dîner les uns chez les autres, surtout les jours de conférences? On sait qu'ils restent longtemps à table, qu'ils mangent et boivent bien." — Et c'est de là que vous concluez que les prêtres font habituellement bonne chère, qu'il- sont des fricoteurs et des' gourmands, qu'ils aiment à gobelotter? Autant vaudrait dire qu'on danse toujours dans votre pays, parce qu'on y danse deux ou trois fois par an ; et que dans telle ou telle famille d'ouvriers ou de cultivateurs, on fait toujours la noce, parce que, quatre ou cinq fois par an, on y fête joyeusement quelques parents et quelques amis.
Il est parfaitement vrai, et c'est tout simple, que les Curés, surtout les Curés de campagne, ce visitent volontiers, et parfois dinent les uns cli^z les autres. Mais, sachez-le bien, ce n'est point là de la gourmandise, c'est de la bonne et fraternelle hospitalité. L'hospitalité" a pour ainsi dire disparu de nos mœurs, à mesure que la charité chrétienne s'est refroidie ; elle ne se retrouve plus guère que dans le clargé, et il est tout simple qu'elle s'exerce principalement entre confrères.
Les pauvres Curés de campagnes, isolés dans leur presbytère ont-, plus que d'autres, besoin de se voir, de .=e confier mutuellement leurs peines, leurs difficultés, leurs joies ; sans ces bonnes visites, si fort calomniées, les paroisses rurales seraient des prisons cellulaires ; avec ces visites, nos Cures
56 LES EKNEMIS DES CUEÉS
ont la force de mener la vie dure qu'ils mènent.
Un protestant, nullement hostile aux prêtres catholiques, me disait naguère : " Je ne comprends pas qu'un* hcmmc intelligent, comme sont la plupart de vos prêtres, puisse se résoudre à être Curé de campagne. Ces pauvres Curés sont tout seuls ; ils n'ont point d'intérieur, puisqu'ils r.e sont pas maies. Où puisent-ils le courage de vivre ainsi? " Où ils le puisent ? D'abord et avant tout, dans l'amour de Jésus-Christ, et dans le dévouement sacerdotal ; mais aussi dans ces bonnes et fraternelles relations avec leurs voisins. Encore une fois, où est le mal ?
Et,* quand un Curé reçoit ainsi un on deux confrères, n'est-il pas tout naturel qu'il les traite un peu mieux que lui-même quand il est seul ? N'en faites-
vous pas autant quand vous recevez quelque ami ?
Quant à ces " gros dîners," dont on affecte de parler chaque fois qu'il est question de la table des Curés, qui ne sait que ces grandes occasions se représentent une fois à peine tous les ans ou tous les deux ans ? C'est, par exemple, le jour de la visite pastorale, où, pour faire honneur à son Evêque, le Curé invite nécessairement les cinq ou six confrères les plus voisins, ainsi que son maire, son adjoint, son président de fabrique, et quelques autres gros bonnets de l'endroit.
C'est encore le jour où la conférence ecclésiastique du canton se tient chez lui, et où il lui faut donner à dîner à ses confrères, toujours plus ou moins nombreux. Mais la visite de l'Evêque se fait tous les trois ou quatre ans et
le tour de la conférence ecclésiastique ne revient à chaque Curé que tous les dix-huit mois ou même tous les deux ans.
Et c'est trop heureux que ces grandes circonstances ne reviennent pas plus souvent; caries pauvres Curés ne pourraient y suffire. Avec la mis'rable indemnité de neuf cents ou neuf cent cinquante franc-, qu'ils reçoivent annuellement de l'Etat, e t avec leur casuel, toujours si restreint, souvent nul, comment pourraient-ils, je vous le demande, donner souvent de " gros dîners/' et faire bonne chère le reste du temps ? Ils le voudraient, qu'ils ne le pourraient matériellement pns.
Je voyais ces jours-ci un marchand de vins, de Bretagne, qui me parlait précisément de celn; Il me disait :
" Je ne sais, en vérité, où l'on prend que les prêtres aiment et achètent les bons vins. Pour moi, qui fournis une bonne partie de la contrée, je n'ai pas de plus mauvaise pratique que i\!M.
les Cures ; ils me prennent toujours ce que j'ai de meilleur marché, et par conséquent de moins bons. S'ils se régalent avec cela, ils ne sont pas difficiles."
Je le sais, en ces jours de grandes réunions, nos bons Curés mettent, comme on dit, les petits pots dans les grands, et se saignent à blanc pour faire honneur à leurs hôtes. Ils tirent de leur cave trois ou quatre bouteilles de bon vieux vin échappées au déluge et réservées pour la circonstance, à moins qu'elles ne lui soient données à cet effet par quelque bon paroissien ?
Qui aurait le courage de les en blâmer, sauf peut-être vous ?
Maintenant, qu'à ces " gros dîners " on reste un peu longtemps à table, c'est peut-être un tort, vu surtout les mauvaises langues des cabarets voisins ; mais outre qu'il n'y a pas moyen de dîner aussi rondement quand on est douze ou quinze que quand on est seul, il ne faut pas s'imaginer que tout le temps' se passe à boire et à manger :
• on cause, on parle de mille affaires ; et si les prêtres rient volontiers quand ils sont ensemble, c'est qu'ils sont contents, non de festiner, mais de se trouver les uns avec les autres et de pouvoir parler à cœ <r ouvert.
Cela ne veut pas dire qu'il n'y ait jamais eu le moindre excès dans ces sortes de réunions : ce serait un miracle. Mais ce qui est incontestable, c'est que les excès sont, Dieu merci ! rares et très-rares ; que ceux qui, de
temps en temps, s'y laissent aller font très-mal, et que c'est une abominable calomnie de profiter de ces exceptions pour accuser^o/is les prêtres d'aimer *' la bonne chère, le bon vin et les gros dîner»."
C'est le contraire qui est vrai. Los prêtres font habituellement maigre et très-maigre chère. Ils sont sobres, presque tous par habitude, beaucoup par vertu, tous plus ou moins par nécessât.'. Ils boivent de la piquette, ou du cidre, ou de la petite bière, surtout après ces dîners qu'on leur reproche si injustement. Les pauvres gens, pour peu qu'ils y aient mis un peu d'amourpropre, se trouvent à moitié ruines pour le reste de la saison. Et vous qui criez tant, vous sciiez joliment attrapées si' vous deviez vous contenter alors de la inaigre pitance de votre Cure\
Ici, comme toujours, c'est le voleur qui poursuit le gendarme ; ce sont messieurs les ivrognes, ce sont les piliers de cabaret qui, au lieu de travailler, passent leurs temps à déblatérer contre la prétendue intempérance des prêtres.
Ils mentent. Laissons-les dire.
Les Curés sont des gens dangereux, qui
fourrent leur nez dans toutes
nos affaires, et qui s'ïn-
sinuent dans les
familles
Allons droit au fait ; découvrons le pot-aux-roses. En bon français, toutes ces belles récriminations se traduisent ainbi : " Je n'ose pas me confesser, parce que j'aurais trop à dire ; et cela
m'ennuie de voir ma femme se confesser, parce que cela me gêne. Et puis, je n'ai pas besoin de mon Curé pour savoir ce que j'ai à faire. " Une, deux, trois sottises.
Au fond, c'est à la confession, c'est au sacrement de Pénitence que s'en prennent les braves qui en auraient trop à dire. A les entendre, c'est la faute du Curé. Pourquoi confesse-t-il ?
Pourquoi nous poursuit-il partout, avec son confessional sur le dos ?
Et, en effet, ces gens-là ne peuvent pas voir un prêtre sans penser aussit't à cette désagréable confession. Pour euy, le Curé qui passe, c'est le sacrement de Pénitence qui passe, et qui les regarde comme un créancier regarde son débiteur. C'est un vrai cauchemar.
Mais, mes braves, c'est précisément ce qui prouve le besoin urgent que vous av-Z de la confession ; et il n'y a
que le prêtre qui puisse l'entendre, il doit l'entendre pour pouvoir vous réconcilier avec le bon Dieu. Confesser, ce n'est pas seulement son droit, c'est son devoir ; c'est son affaire. Vous confesser, c'est vctre affaire, à vous> parce que c'est votre devoir ; oui, votre devoir, et pardessus le marché votre intérêt; à moins que vous ne préfériez aller en enfer.
A ce point de vue, " vos affaires/' ce sont vos idJid*; et si cela no vols amuse pas que votre Curé " mette son n*3 dans vos affaires/ c'est-à-dire entende l'aveu de vos péchés, cela ne l'amuse pas non plus, croyez-le bien.
Mais il le faut ; sans cela, vous êtes perdu.
C'est comme le médecin et le malade.
Quand un pauvre homme a un abcès ou un dépôt, ce n'est pas pour s'amuser qu'il a recours au médecin, et ce
n'est pas davantage pour s'amuser que le médecin lui donne du bistouri, et lui travaille le corps, malgré ses cris. Le prêtre est le médecin des âmes ; l'abcès, le dépôt, ce sont les pèches; l'opération, c'est la confession. Qui a jamais dit que les médecins sont " des gens dangereux, " parce qu'ils nous tâtent le pouls, nous questionnent, nous font montrer la langue, et ne craignent pas, pour nous guérir, de nous faire mal ?
Mais le prêtre ne " fourre pas son nez, comme vous dites si gracieusement, dans toutes vos affaires." Il ne s'occupe que de ce qui le regarde directement ou du moins indirectement, c'est-à-dire des maladies de votre conscience, ou de ce qui pourrait ramener ces maladies. Il ne s'occupe pas du reste. A quoi bon ?
Il confesse votre femme, si elle le veut, non certes pour l: s'insinuer dans votre famille," ce dont il n'a nul besoin et nulle envie ; mais uniquement pour lui rappeler ses devoirs, pour lui apprendre à vous demeurer fidèle, à être patiente et douce avec vous, à supporter vos défauts, à être une bonne mère de famille, bien dévouée, bien rangée, bien chrétienne. Voilà ce qu'il dit à votre femme quand elle vient se confesser ; voilà ce qu'elle rapporte du confessionnal à la maison. Au lieu de vous plaindre de votre Curé, vous de.
vriez le remercier.
N'ai-je pas connu à Paris un banquier juif qui ne voulait avoir à son service que des domestiques catholiques, et bons catholiques ? Aux grandes fêtes, il leur rappelait, au besoin, la confession et la communion,
leur donnant toute liberté à cet égard. Pourquoi ? Etait-ce par dévotion, puisqu'il était juif? Quoique juif, il reconnaissait l'influence salutaire de la confession au point de vue de sa caisse.
Vous, pourquoi ne la reconnaîtriezvous pas de même, au point de vue de la paix de votre ménage, et de la bonne conduite de vos enfants ?
Non- seulement le prêtre, le confesseur n'est pas un danger pour les familles, mais il en est le grand bienfaiteur, au nom du bon Dieu qu'il représente. Combien de ménages désunis n'a-t-il pas rapprochés ! Combien de libertins, d'ivrognes et de coureurs qui faisaient la honte et le désespoir de leur femme et de leurs enfants, n'a-t-il pasréussi à transformer en honnêtes gens, en ouvriers laborieux, en bons pères de familles ! Combien de fois n'at-il pas retenu/ sur la pente fatale du
désespoir, telle et telle malheureuse femme prête à se jeter à l'eau, ou à s'enfuir du toit conjugal, à cause des mauvais traitements ou de l'inconduite de son mari !
La confession et, par conséquent, le confesseur font un incomparable bienfait de la Providence, et il faut avoir perdu le sens commun pour ne pas le comprendre.
Il faut également avoir perdu la tête pour s'imaginer que, dans les affaires de la conscience, en n'a pas besoin de prêtre pour savoir ce que l'on a à faire. En envoyant ses Apôtres, qui furent ses premiers prêtres, pour sauver le monde, le bon Dieu leur a dit : " Allez, " prêchez T Evangile à toute créature.
" Enseignez tous les pei/phs, et appre- " nez-leur à observer mes lois." Or. pour tous et chacun, les affaires de la con-
science consistent à connaître et à observer les lois de Dieu ; en d'autres termes, à écouter l'Eglise, qui nous parle par les prêtres, et qui, par eux, nous dirige et nous soutient dans la voie du salut.
Cette triple sottise, qui court les rues, et qui voudrait nous éloigner de nos prêtres, est donc tout simplement un blasphème contre la confession et, pardessus le marché, une de ces absurdités qui ne vaudraient pas la peine d'être relevées, s'il n'y avait pas dans notre belle France tant de serins, toujours prêts à répéter tous les airs qu'on leur joue.
Les Curés sont des hommes d'argent, • des gens intéressés qui demandent toujours
Des hommes d'argent ? Dites donc des hommes sans argent ; et c'est pour cela qu'ils demandent toujours, non pour eux-mêmes, mais pour l'Eglise et pour les pauvres. Et c'est ce qui fait qu'ils ne sont pas intéressés, mais intéressants.
Des hommes d'argent ? Est-ce à cause de ces mines redevances qu'on appelle la casuel ? Mais rien de plus légitime que ce casuel : il est réglé d'un commun accord entre l'Eglise et l'Etat,
qui l'accordent à titre de supplément de traitement, de supplément indispensable ; le tarif en est réglé d'avance, et le Curé ne peut pas le modifier ; d'ailleurs, il se réduit à bien peu de chose, sauf certains frais de luxe, pour les grands mariages et les grands enterrements ; mais alors, il est parfaitement loisible de s'en passer. Et puis, remarquons le bien, une bonne partie de ce casuel est réservé à la fabrique, laquelle est chargée de l'entretien matériel et des réparations de l'égli.<e ; dans les grandes villes, l'entreprise des pompes funèbres absorbe la plus grande partie de ces dépenses irritantes.
Ajoutons bien vite qu'en beaucoup de paroisses rurales le chiffre du casuel est dérisoire, et qu'enfin jamais on n'y oblige les pauvres.
Et c'est pour cela que les prêtres
seraient des hommes d'argent ? Quelle injustice ! " Ils demandent toujours do l'argent," dit-on. Sa;;s doute, puisqu'ils n'en ont pas, et qu'il leur en faut pour soulager les pauvres et soutenir les Œuvres paroissiales. Est-ce avec son misérable traitement de neuf cents ou neuf cent cinquante francs qu'un pauvre Cura peut faire efficacement ses charités ? Ilélns ! il a tout juste de quoi no pas mourir de faim. Voilà pourquoi il quête, il demande. Donne qui veut, et, chose curieuse ! ceux qui ne donnent jamais rien sont toujours les premiers à crier comme si on les çeorchait. Au fend, tout cela n'est que la méchanceté, du parti pris contre le clergé : c'est un manque de foi, et surtout un manque de cœur.
En somme, et malgré des exceptions heureusement bien rares, les Curés sont partout les pères des malheureux,
leur principal, pour ne pas dire leur unique refuge. Quand un pauvre n'a plus de pain, à quelle porte va-t-il frapper ? Instinctivement à celle du prêtre, parce qu'iFsait que, là du moins, il lui sera fait bon accueil. Pauvre luimême la plupart du temps, le prêtre ne peut pas toujours beaucoup donner ; mais peu ou beaucoup, il donne toujours de bon coeur.
Les impies ont beau dire et beau faire, c'est un fait reconnu que la charité est le plus bel apanage du clergé catholique. Que si vous n'êtes pas de cet avis tant pis pour vous.