‹ Les ennemis des curésChapitre 2 sur 5 · XIII · texte numérisé non relu

XIII

Les Curés veulent rétablir la dîme

Voilà encore une de ces fameuses rengaines, avec lesquelles les sociétés secrètes font voter dans les élections, et dont les meneurs qui en parlent sont les premiers à rire dès que le tour est joué.

Répétons-le pour la centième fois :

on appelait autrefois dîme (ou. dixième), une redevance que les monastères et les seigneurs ecclésiastiques recevaient des fermiers à qui ils louaient leurs propriétés. C'était donc un impôt de dix pour cent, ou, si on l'aime mieux, le prix de location de la ferme, de la métairie qu'on se chargeait d'exploiter.

Sur ces terres-là on ne payait ni à l'Etat ni à personne aucun autre impôt ; et clans les mauvaises années, on payait ce qu'on 'pouvait, sans jamais craindre les huissiers ni les saisies.

Rien n'était doux et paternel comme ce régime, d'autant plus qu'au besoin l'on était assuré de la protection du puissant propriétaire.

Tout cela est change, et le pauvre mondy n'en est pas plus heureux. Au lieu de payer la dîme, c'est-à-dire dix pour cent, à un seigneur bon et miséricordieux par vocation, on paye aujourd'hui vingt, vingt-cinq pour cent, quelquefois même davantage, à un tout-puissant seigneur, qui s'appelle " l'Etat," et qui n'entend pas la plaisanterie. Si vous ne payez pas au jour et à l'heure dite, vous êtes saisi, vendu, expulsé, réduit à la misère, avec votre

femme et vos enfants. Telle est la loi. tel est le monde moderne.

Il n'en était pas ainsi autrefois, du temps de cette fameuse dîme, qui apparaît si noire aujoura'uui et si horrible, uniquement parce qu'elle avait un caractère religieux.

Quoi qu'il en soit, il est cent fois absurbe de prétendre que les Curés songent "à rétablir la dîme." Ces choses-là sont si bêtes, qu'on ne sait en vérité que répondre. Il n'y a pas un seul Curé de France ou de Navarre, à qui une pareille pensée soit jamais entrée dans la tête.

Et puis, quand ils le voudraient, comment le pourraient-ils ? Est-ce que ce sont par hasard les Curés qui règlent et qui votent le budget ?

Mais à quoi bon insister davantage?

LES ENNEMIS DES CUIlÉS 7Y

Cet épouvantail du rétablissement de la dîme si l'on ne vote pas avec ces sociétés secrètes, n'est qu'une machine électorale, aussi sotte que coupable- Personne n'y croit, excepté le pauvre peuple des électeurs-cornichons, dont nous parlions tout à l'heure.

Si vous y croyez, vous, mon pauvre ami, je vous plains; vous n'êtes pas fort. '

Les Curés sont les ennemis du progrès,

de la liberté et de la société

moderne

Les prêtres sont des gens pacifiques et raisonnables qui, à l'exemple de Celui dont ils sont les ministres, aiment

tout ce qui est bon, et repoussent tout ce qui est mauvais.

Dans ce qu'on est convenu d'appeler le progrès, la liberté, la société moderne, il y a du bon et il y a du mauvais, il y a du vrai et du faux. L'Eglise et les prêtres louent et aimeut tout ce qu'il y a de bon, tout ce qu'il y a de Vrai dans ce progrès, dans cette liberté, dans cette société moderne ; et tout ce qu'il y a, et tout ce qa'il peut y avoir là-dedans de faux et de mauvais, de dangereux pour les âmes, d'opposé à la loi «le Dieu, ils le blâment, ils le repoussent hautement, Ont-ils tort ?

N'est-ce pas là une affaire de simple boi^sens? N'est-ce pas pour eux un devoir, un devoir rigoureux et sacré ?

" Mais on ne s'accorde pas sur ce qu'il y a de bon ou de mauvais dans la société moderne." — Quels sont ceux qui

ne s'accordent pas ? Les catholiques ont un moyen bien simple d'y voir clair et par conséquent d'être d'accord.: ils ont l'autorité de l'Eglise, laquelle est précisément chargée d'enseigner aux hommes ce qui est bien et ce qui est mal, ce qui est vrai et ce qui est faux, en quelque manière que ce soit. Et comme cette autorité est divine, et, par conséquent, infaillible, en l'écoutant et en suivant ses directions, nous ne pouvons pas nous tromper.

Donc, en cas de contestation, pour discerner la paille du bon grain, recourons à l'Eglise, laquelle nous parle par le Pape, par nos Evêques et par nos prêtres Ecoutons ce que nous enseigne notre Curé, au nom de notre Evêque et du Pape : et laissons dire les révolutionnaires de toutes nuances, c'est-à-dire ceux qui, à un degré quel-

conque, se révoltent contre l'autorité de Dieu.

Ce que l'Eglise nous enseigne sur le vrai et sur le faux progrès, sur la vraie et sur la fausse liberté, c'est la vérité ; et cette vérité, il ne suffit pas de la connaître, il faut l'aimer et la mettre en pratique.

Les Curés ne sont donc en aucune manière les ennemis de ce qu'il peut y avoir de bien dans notre société et dans nos institutions modernes, pas plus qu'autrefois ils ne l'étaient par rapport aux anciens usages et aux lois d'une société qui n'est plus.

Mais en voilà assez sur un sujet qu touche à la politique, où les journaux et les bavards ont beau jeu à pêcher en eau trouble, et où ils ne mêlent le nom des Curés que pour soulever contre eux les passions populaires ; passions

d'autant plus terribles qu'elles sont plus aveugles, et que les ouvriers ainsi ameutés contre le clergé comprennent moins ce dont il est question.

C'est une chose bien coupable que d'abuser ainsi de la crédulité et de l'honnêteté du pauvre peuple, pour le détacher de ses meilleure amis, qui sont les prêtres.

Les prêtres sont des hommes comme les autres

Oui et non. Oui, en ce sens qu'ils ont comme les autres, deux ]5ieds, deux bras, deux jambes et une tête, et qu'étant citoyens comme les autres, ils ont les mêmes droits, les mêmes privilèges

que les autres. Non, en ce sens qu'ils sont les ministres detDiEU; ce que ne sont pas les autres.

En tant qu'il est homme, un père de famille n'est pas autre chose que ce que sont ses enfants : il est homme comme eux, et eux, ils sont hommes comme lui. ni plus ni moins. Mais en tant qu'il est père, il est beaucoup plus que ses enfants, lesquels ne sont pas du tout ce qu'il est. Et ce qu'il est, il l'est de par Dieu, qui est l'auteur de la famille et la source de l'autorité paternelle.

Ainsi en est-il du prêtre. Le même Dieu qui a institué la famille, a institué l'Eglise et le sacerdoce ; il a établi lui-même un sacrement, qui s'appelle le sacrement de l'Ordre, et a voulu que tous ceux qui recevraient ce sacrement participeraient plus ou moins à son au-

torité sur le monde. Ce sont ces hommes qu'on appelle des prêtres et, à un degré supérieur, les Evêques, dont le Pape est le chef.

Ces hommes, désormais consacrés à Dieu, ont pour mission, et cette. mission leur vient de Dieu même, de le faire connaître aux autres hommes, de leur apprendre à observer ses lois, d'enseigner aux grands et aux petits la véritable Religion, ce qu'il faut croire, ce qu'il faut faire, ce qu'il faut éviter pour être ici-bas de vrais serviteurs de Dieu, et pour jouir éternellement dans le ciel du bonheur de Dieu même.

Ils ont pour mission d'offrir le grand sacrifice de la Religion, qui est la messe, et de présider au culte divin ; de pardonner les péchés à ceux qui s'en repentent, et qui les confessent sincèrement ; de sauver, de sanctifier leurs

frères en toutes circonstances, d'assister à la mort les pauvres mourants, et d'être ainsi comme les pères des chrétiens, leurs sauveurs, leurs consolateurs et, à la suite de leur divin Maître, des médiateurs entre Dieu et les hommes.

Est-ce que les autres hommes ont le pouvoir de faire tout cela ? Donc les prêtres, qui ont ce pouvoir, ne sont pas <e des hommes comme le autres. " Ils sont ce que ne sont pas les autres, les Envoyés de Dieu, les ministres de Jésus-Christ, les pères des âmes.

Ecoutez ce que dit du prêtre un de nos célèbres démocrates modernes, mort chrétiennement depuis, mais aîors témoin plus qu'impartial :

" Il est, dans chaque paroisse, dit Lamartine, un homme qui n'a point de famille, mais qui est de la famille de tout le monde ; — qu'on appelle

comme témoin ou comme conseiller dans tous les actes solennels de la vie ; — sans lequel on ne peut ni naître ni mourir ; — qui prend l'homme au sein de sa mère, et ne le laisse qu'à la tombe ; — qui bénit ou consacre le berceau, la couche nuptiale, le lit de mort et le cercueil ; — un homme que les petits enfants s'accoutument à aimer, à vénérer et à cr lindre ; — que les inconnus même appellent mon père ; — aux pieds duquel les chrétiens vont répandre leurs aveux les plus intimes, leurs larmes les plus secrètes ; un homme qui est le consolateur par état de toutes les peines de l'âme et du corps ; — l'intermédiaire obligé de la richesse et de l'indigence ; — qui voit le pauvre et le riche frapper tour à tour à sa porte ; le riche pour verser l'aumône secrète, le pauvre pour la recevoir sans rougir ; — qui, n'étant d'aucun rang social,

tient également à toutes les classes inférieures par sa vie pauvre et souvent par l'humilité de sa naissance; aux classes élevées par l'éducation, la science et la noblesse des sentiments que la Religion inspire et commande ; — un homme enfin qui sait tout, qui a le droit de tout dire; et dont la parole tombe de haut sur les intelligences et sur les cœurs, avec l'autorité d'une mission divine et l'empire d'une foi toute faite.

'•' Cet homme, c'est le Curé''1

Oh ! que nous devons donc respecter nos prêtres, leur autorité, leur divin caractère! Nous leur devons, pour ainsi dire, le religieux respect et la soumission que nous devons à Jésus-Christ lui-même. Ne leur a-t-il pas dit de sa bouche sacrée, en la personne des Apôtres : De même que mon Père m'a

" ènéoyé, moi je vous envoyé. Celui " qui vous écoute, m écoute, et celui qui 11 vous méprise, me méprise."

Tels sont nos prêtres.

Les impies, les protestants, les francmaçons, les mauvais sujets qui calomnient et outragent "les Curés" outragent et attaquent Jésus-Christ, qui est en ses prêtres et qui, par eux, continue à sauver les hommes. Aussi n'est-ce pas seulement une injustice et une grossièreté, comme nous l'avons dit ; c'est de plus un véritable blasphème.

Ne faisons pas comme ces malheureux-là- Tout au contraire, entourons nos prêtres de toutes sortes d'égards ; assistons-les, défendons-les, aimons-les.

Un chrétien ne devrait jamais passer devant un prêtre sans le saluer religieusement ; ce n'est pas à l'homme,

c'est au prêtre, c'est à Jésus-Chiust que se rapporte cette marque d'honneur, cet acte de foi.

Mais il y a de mauvais prêtres. Comment ceux-là peuvent-ils être les ministres de Dieu ?

Hélas ! oui ; il y a eu, il y a et il y aura toujours par-ci par-là quelques mauvais prêtres. Ce sont les héritiers de Judas.

Dieu merci ! il n'y en a pas beaucoup ; et au milieu de la masse des bons, des vrais prêtres, ils forment une imperceptible exception.

Quand un prêtre manque à ses de-

voirs, on le sait bien vite ; on le crie sur les toits ; toutes les trompettes du département s'en mêlent, et l'on en dit ordinairement dix fois, vingt fois plus qu'il n'y en a. Et pourtant c'est à peine si à de longs et rares intervalles on cite un ou deux de ces malheureux scandales.

C'est précisément là ce qui prouve qu'il y a peu et très peu de mauvais prêtres. Sur une belle étoffe blanche, la moindre tache saute aux yeux : dans les rangs du clergé catholique, si respectable et si pur, un seul prévaricateur offusque, indigne tout le monde.

Les Evêques le condamnent et le chassent aussitôt du diocèse ; tout en le plaignant, ses confrères indignés le repoussent ; il en est de même de la multitude des fidèles ; et le mépris dont les méchants eux-mêmes poursuivent le coupable, est encore un hommage frap-

pant, bien qu'involontaire, rendu à la vertu de tons les autres.

II ne sera pas inutile de remarquer ici, en passant, que les bons fidèles ne blâment pas le mauvais prêtre de la même manière que le font les méchants : les bons gémissent encore plus qu'ils ne s'indignent ; les méchants, les mauvais sujets, les journalistes impies font mine de s'indigner, eux aussi, tandis qu'au fjnd ils sont enchantés de flairer un scandale. Ce n'est pas l'amour de la vertu outragée qui leur fait crier sus au mauvais prêtre; encore moins le zèle d'une religion qu'ils n'ont pas ; ils voient là une occasion d'accuser tous les prêtres, et d'ameuter contre eux la multitude, en mettant sur le compte de tous ce qui est le fait d'un seul.

Qu'ils me permettent de leur rap-

peler, ces vertueux indignés, la réponse de Notre-Seigneur aux pharisiens qui lui avaient amené un jour une pauvre femme convaincue d'adultère. Le Fils de Dieu, qni voyait le fond de leurs coeurs, se contenta de leur dire: "Que " celui d'entre vous qui est sans pêche u lui jette la première pierre." Ils filèrent tous les uns après les autres, sans plus dire un mot.

Si, en face d'un pauvre prêtre, tombé dans le mal, on donnait la même règle à nos pharisiens de cabarets et d'ateliers, je crois qu'on n'aurait pas de peine à compter les innocents qui resteraient. Qu'ils s:- regardent un instant eux-mêmes, et ils s'apercevront peutêtre qu'ils en ont fait, qu'ils en font tous les jours dix fois plus que le malheureux qu'ils lapident.

Quand je pense que, parmi les gens

les plus ardents à manger du prêtre et à publier sur les toits le moindre scandale ecclésiastique apparaît aux premiers rangs un journaliste, un journaliste connu, qui entretenait à Paris, sept ménages ! Et ceci est absolument sûr : je le tiens d'un homme grave qui connaissait le vertueux personnage.

Un autre journaliste, également chef d'émeute contre le clergé, nuit et jour à la piste des scandales, se vantait naguère devant un homme de lettres qui me l'a répété, d'avoir, dans presque tous les quartiers de Paris, son pied k terre conjugal ; et il poussait le raffinement jusqu'à dicter, tantôt à l'une, tantôt à l'autre de ses misérables complices ses articles anti-cléricaux?

Et tous deux étaient mariés et pères de familles !

0 purs pharisiens du dix-neuvième siècle !

Ceci soit dit, non pour excuser le prêtre coupable, même repentant, mais pour constater une fois de plus la criante inconséquence et l'injustice des hommes dont nous parlons ici.

Néanmoins, tant qu'il n'est pas frappé par la sentence de son Evêque, le mauvais prêtre conserve son autorité religieuse, tout indigne qu'il en est.

C'est comme un magistrat prévaricateur, qui continue à juger, et à juger légitimement, tant qu'il n'est pas révoqué par l'autorité supérieure. C'est comme un officier, traître à la patrie, qui continue à commander ses soldats, jusqu'au jour où il est privé de son commandement et puni de sa trahison- Ce n'est point, en effet, parce qu'il est bon et vertueux, mais parce qu'il est prêtre, parce qu'il est curé, que le prêtre exerce son ministère dans sa paroisse, prêche, confesse, etc.

Et voilà comment il y a malheureusement quelques mauvais prêtres, et comment ils peuvent être des ministres de Dieu, tant qu'ils ne sont pas découverts et frappés d'interdits.

La bêtise et la mauvaise foi combinées des " ennemis des Curés " ont mis en circulation quantité d'autres bourdes, tout aussi fortes que celle dont nous venons de parler ici. Ce sont des niaiseries si sottes, ou des ignorances si inconcevables, ou de si criants mensonges, qu'il n'est pas même nécessaire d'en faire mention. Je vous en laisse le soin, à vous braves et hon-

nêtes gens à qui s'adressent ces quelques mots. Faites en bonne justice, et ne permettez pas qu'on les soutienne devant vous.

Rappelez-vous qu'en insultant vos prêtres, c'est votre Religion qu'on insulte, votre Religion et votre Dieu.

En cela, comme en tout, soyez chrétiens, et que Dieu vous bénisse

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