‹ Les ennemis des curésChapitre 3 sur 5 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

"Coah!... Coah!!..."

Un jour le spirituel et vénérable abbé C. . . . . aumônier d'une des plus importantes prisons de Paris, marchait tranquillement clans une rue peu fréquentée du faubourg Saint- Antoine, récitant son bréviaire. C'était en été ; portes et fenêtres des petites boutiques tout était ouvert, et les ouvriers travaillaient au grand air.

Affectueusement salué par ceux qui le connaissaient, le bon abbé passa devant un petit atelier de tailleurs, dont la devanture ouverte à la hauteur des fenêtres du rez-de-chaussée laissait voir quatre ou cinq ouvriers, les jambes croisées sur leur établi, qui cousaient, piquaient, travaillaient avec une ardeur plus ou moins parisienne.

En apercevant le prêtre, l'un d'eux, sans doute le bel esprit de la bande, crut faire merveille en criant : "Coah ! coah ! "

L'abbé s'arrête, ferme son livre, le regarde, et Lui dit, avec son accent fortement méridional, si incisif et si drôle : " Hé, mon bel ami !... Comme vous chantez bien ! Dites- moi : y a-t-il longtemps que vous êtes en cage ? "

" Bravo, bravo, M. le curj ? " s'écrièrent les autres en éclatant de rire.

Et, regardant le "bel oiseau," qui était tout attrapé : " Animal ! lui dit l'un d'eux ; cela t'apprendra à crier après les prêtres."

Ce fameux " coah ! " que connaissent si bien les échos de nos cabarets, est aussi fin, aussi spirituel, aussi délicat que l'aimable animal auquel il est emprunté. Il dénote une dose d'esprit peu commune, et un esprit du meilleur aloi.

J'ai connu dans le temps un gamin à qui, cependant, il n'a pas porté bonheur. C'était encore à Paris, mais cette fois ans un quartier des plus et des mieux fréquentés. Un prêtre passe.

En le voyant, mon gamin fait aussitôt un pied-de-nez et ouvre son bec pour lâcher un " coah ! "

Il n'avait pas fermé la bouche qu'une épouvantable claque lui fait voir trente

six chandelles, le fait pirouetter deux ou trois fois sur lui-même et manque de le renverser. Eperdu, il se frotte les yeux, et aperçoit, droit devant lui, un immense sergent de ville, qui l'empoigne et le mène au violon. Le jeune corbeau était en cage. Il y passa le reste de la journée, n'en sortit qu'après avoir reçu, du commissaire d'abord, puis de deux ou trois inspecteurs, le complément de sa recette du matin.

Une véritable leçon de chant.

Il faut avouer que ce l: coah ! " manque de grâce. C'est un étrange choix qu'ont fait là, "les ennemis des Curés." Si le cri du corbeau a l'avantage de leur rappeler, chose peu utile, que les prêtres sont vêtus de noir, il a le grand désavantage de les identifier euxmêmes avec une des plus sales, des plus sottes, des plus méchantes bêtes de la création. Le corbeau vit de charogne ;

et ces gens-là vivent de corruption, de plaisirs ignobles, d'insultes et de vilaines choses de toutes sortes. Si c'est à cause de cela que le cri du corbeau est devenu leur cri de ralliement, ce n'est pas flatteur pour eux.

En somme, c'est un ridicule et dangereux métier, pour ce monde et pour l'autre, que d'être

Ennemis des Cubés.

CE QC'lLS SONT

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