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Versements à la caisse de la ferme

5° Dépenses diverses.

11 résulte de celte disposition du livre de caisse que les chiftres relatifs à chaque article, recettes ou dépenses, sont inscrits deux fois : une première fois

à la colonne générale des sommes reçues et dépensées ; une seconde fois dans l'une ou l'autre des colonnes suivantes. La colonne divers comprend toutes les entrées et toutes les sorties qui n'ont pas de place marquée dans les autres colonnes subdivisionnaires.

Le libellé des articles se fait, comme pour les livres de magasin, de la façon la plus simple, par un ou deux mots destinés à indiquer l'origine de la recette ou la destination de la dépense. J'ajoute qu'il faudra rarement plus de deux ou trois articles par jour dans chaque livre de caisse pour représenter tous les mouvements d'argent qui se font dans une exploitation.

Je n'insiste pas davantage sur les services que nos livres de magasin et de caisse doivent rendre au cultivateur et à sa femme pour l'administration de leurs magasins et de leur caisse. Mais de quelle utilité seront ces livres pour l'appréciation du système de culture, pour la recherche des causes qui agissent, soit en hausse, soit en baisse, sur le taux des profits, que nous avons reconnu comme le meilleur guide du cultivateur dans le choix de ses spéculations ?

C'est ce que je vais dire très-sommairement, renvoyant pour les détails, sur ce point, comme sur les précédents, aux explications consignées dans la Comptabilité de la ferme.

Mais avant d'aborder celte étude, il est nécessaire de donner quelques définitions.

Ce qu'on appelle production ou produit brut d'un

lit

il'

domaine, c'est Tensemble des valeurs créées sur le domaine par un système de culture. Le produit brut comprend la valeur des produits de la Terme qui sont consommés par le personnel et le prix des denrées vendues, ainsi que Ja valeur des denrées à vendre. Mais il faut en défalquer : 1^ les frais annuels d'assurance, d'entretien des bâtiments, du mobilier et du matériel de culture, qui représentent des valeurs détruites ; 2» les acbats de bétail, d'engrais et de semences, qui sont des valeurs importées de l'extérieur et non créées sur le domaine.

Sur le produit brut ainsi obtenu, trois grandes part? sont à faire : I" la part du propriétaire sous le nom de rente, et celle de l'État sous le nom d'impôt dfrect ; ^o celle des ouvriers, domestiques ou journaliers qui ont prêté le concours de leurs bras à l'œuvre de la production ; 3^ celle du cultivateur, qui comprend tout à la fois les consommations et les dépenses de ménage Je la famille, ainsi que le bénéfice ou profit destiné à rémunérer ses capitaux, son mlelligence, par un intérêt plus ou moins élevé.

La rente, limpôt, le salaire et les frais de ménage constituent les frais de culture ou de production ; la diflerence entre le produit brut et les frais de culture, ou proiit, est ce qu'on appelle aussi le produit net.

Cela posé, il est évident que le profit de l'entreprise sera affecté par toutes les causes qui agissent sur la production elle-même, pour la faire monter ou descendre, et par toutes celles qui s'exercent sur

le partage du produit entre les divers intéressés, pour faire varier l'importance relative des parts. Si le produit brut augmente ou décroît pendant que les frais de culture restent slationnaires, le profit augmente ou diminue ; si, le produit restant le même, les frais de culture s'accroissent ou diminuent, le profit décroît ou augmente.

D'où, comme conséquence, le cultivateur, pour grossir le cbiiïre de ses bénéfices, doit chercher tout à la fois à accroître sa production et à diminuer ses frais de culture, ou, tout au moins, il doit viser à élever le chiffre de son produit brut, sans accroître proportionnellement ses frais de

production.

Les combinaisons de culture qui peuvent amener l'accroissement de la production et la diminution relative des frais sont extrêmement nombreuses, et je n'ai pas l'intention de les passer en revue en ce moment. Je me bornerai à dire que le système de comptabilité qui se proposera d'éclairer le cultivateur sur la valeur de ces combinaisons devra déterminer exactement; l'» le produit brut de chaque système de culture, et la division de ce produit suivant son origine, soit animale, soit végétale ; 2« la part des frais de culture qui représente le prix du travail ou les salaires de la main-d'œuvre ; 3^ les dépenses de

ménage.

Je ne parle ici ni de la rente, fixée d'avance au commencement du bail, et dont le chiffre est établi

en dehors de la comptabilité; ni de l'irapôl sur lequel le cultivateur n'a pas d'aciion directe et dont le chiffre annuel s'obtient sans difficulté; ni du profit que l'inventaire, comme nous l'avons établi, fait connaître.

Il n'est pas une de ces circonstances qu'il ne soit extrêmement utile de connaître et de préciser. Que devient le taux du profit quand la production s'accroît par telle ou telle amélioration foncière, par tel ou tel accroissement du capital d'exploitation, par telle ou telle modification de culture qui fait varier soit le rapport de la production animale à la production végétale, soit le rapport, non moins important à constater, des frais de main-d'œuvre au chiffre total du produit?

Toutes ces questions, et nombre d'autres, ne sont pas résolues aujourd'hui, malgré cinquante ans de comptabilité, parce que la comptabilité n'a pas encore été établie sur des bases rationnelles.

Et les dépenses de ménage! N'est-ce pas là un chapitre important des frais de culture, bien fait pour appeler le sévère examen du cultivateur qui poursuit un but et qui recherche les meilleurs moyens de fatteindre ? Ces frais sont-ils toujours en rapport, soit avec le système de culture suivi, soit avec la position de fortune du cultivateur? N'y a-t-il pas là des rapports utiles à déterminer, et ne seraitt-il pas possible, quand les autres combinaisons font défaut, d'agir efficacement sur le taux du profil, par de sages économies opérées de ce chef?

Le lecteur peut voir que, dans notre pensée, le taux du profit doit être une sorte de balance destitinée à peser toutes les combinaisons si multiples de la culture. Sans doute un seul cultivateur, avec le secours de sa comptabilité, ne pourra donner à ces diverses questions que des solutions locales. Mais les solutions générales ne feront pas défaut quand il y aura un grand nombre de cultivateurs cherchant avec précision le secret des grands bénéfices. Si nous '* avions mille comptabilités sérieuses fonctionnant depuis vingt ans, la vérité serait faite, ou bien près de se faire, sur la plupart des questions aujourd'hui si controversées, et souvent si mal posées, de l'économie rurale.

Il y a d'autres notions importantes qui servent à caractériser un système de culture et qui doivent accompagner la notion du taux du profit, pour lui donner toute sa signification et toute sa portée. Tels sont, entre autres, le poids du bétail par hectare, ou par 100 fr. du capital de culture, et la marche suivie par les rendements des principales récolles, depuis le commencement de l'exploitation,

Je n'ai pas le projet d'entrer ici dans le détail des procédés à employer pour déterminer avec précision, à l'aide de nos livres de magasin et de caisse, chacun des points dont je viens de signaler l'importance. Ces procédés sont exposés dans une partie de la Comptabililé de la fermer qui porte le titre de compte moral : c'est la discussion du système de culture à

Taide des élémenls fournis par les livres dont nous recommandons l'emploi. Je me borne à y renvoyer le lecteur.

Les registres qui sont destinés à faciliter l'application de notre méthode sont tous d'un même format. Ils sont accompagnés à" instructions pratiques destinées h guider le cultivateur et sa femme dans la manière de tenir ces registres et dépasser les écritures. Ces instructions, ainsi que des feuilles détachées de chaque livre, pourront être mises en vente à part, soit pour l'usage des propriétaires qui, éloignés du domaine qu'ils dirigent, se font envoyer les éléments d'administration et les pièces de la comptabilité, soit pour l'usage des élèves des écoles primaires qui voudront apprendre notre méthode.

Ce n'est pas là un des moindres avantage de notre système que de pouvoir être enseigné dans les écoles de village et appliqué sans difficulté par tous les cultivateurs qui savent lire et écrire. La comptabilité agricole en partie double est une sorte de science hérissée d'obstacles et pleine de mystères: nous pourrions citer tel propriétaire qui, après avoir payé des sommes considérables pour avoir une comptabilité de ce genre, se déclare incapable de passer lui-même le moindre article au journal et au grand-livre, surtout de solder les comptes à la clôture de l'exercice. Dans le système dont nous sommes les auteurs, il n'y a ni termes techniques, ni idées abstraites, ni la moindre difficulté de rédaction.

L'ancienne comptabilité entraîne nécessairement l'intervention onéreuse d'un comptable dans les fermes de quelque importance. Notre système ne prendra que deux à trois minutes de travail de cabinet 'par jour au cultivateur, et autant environ à sa femme. A la vérité, le compte moral ou l'exameç des éléments fournis parla comptabilité, pour apprécier l'influence exercée par les principales circonstances du système de culture sur le taux du profit, absorbera deux ou trois jours peut-être. Mais ce travail pourra être fait dans la saison du repos, c'est-à-dire en hiver.

Ai-je besoin d'ajouter que c'est là une méthode vraiment expérimentale, qui poursuit la recherche de la vérité, sans préoccupation d'école et sans théories I préconçues ?

Quel que soit, d'ailleurs, le bien que les auteurs pensent de leur œuvre, ils ne vont pas jusqu'à la croire irréprochable sur tous les points. Nous pensons même qu'elle pourra s'améliorer sensiblement, si nos lecteurs nous prêtent leur concours. Nous ne pourrons avoir que des sentiments de reconnaissance pour tous ceux qui nous rendront le service de nous en signaler les imperfections et les lacunes.

TROISIÈiME ÉTUDE

ANALYSE Et EXPOSÉ DES SYSTÈMES DE CULTURE

Si la science de réconoraie rurale n'est pas encore faite, cela tient avant tout au défaut de méthode dans la définition et l'exposé des systèmes de culture. L'analyse des domaines les plus étudiés, ceux qui ont obtenu la prime d'honneur, ne fournit le plus souvent aucun fait rigoureusement précis, nous ne dirons pas, sur le jeu des organes de ces domaines, mais encore sur ces organes eux-mêmes. Prenons pour exemples le bétail et le fumier, deux organes importants dans la plupart des systèmes de culture. C'est par le nombre des létes que le bétail s'évalue, comme s'il y avait identité entre une vache durham et une vache bretonne, entre dix moutons dishley et dix solognots. La fumure se note aussi par le poids du fumier donné à certaines récoltes, sans tenir compte du retour plus ou moins fréquent des fumures.

Il en est de même pour tous les caractères, ou, si l'un veut, pour tous les organes des

systèmes de culture. Partout règne la confusion qui naît du défaut de méthode; partout se montre aussi l'obscurité du langage qui naît de l'indécision de la pensée.

Nous n'arrivons ainsi qu'à entasser des faits incomplètement observés ou mal présentés, dont la loi nous échappe, parce qu'ils ne sont pas comparables. L'économie rurale, qui est la physiologie de l'aèrigulture, n'en saurait tirer aucun parti. Pour que le jeu des organes soit compris, il est nécessaire que 1 les organes eux-mêmes soient étudiés et connus. L'anatomie doit précéder la physiologie. L'économie rurale ne sera véritablement une science que lorsque les systèmes de culture auront pu être étudiés et comparés dans leurs principaux caractères. C'est une ) observation rigoureuse, basée sur une analyse méthodique qui permettra seule d'établir les faits, de les comparer et de déduire les lois auxquelles ils obéissent.

Je me propose d'exposer ici la méthode qui convient à l'élude anatomique des systèmes de culture. Je prends la liberté d'appeler sur ce travail l'attention du lecteur. Les questions de méthode ont une importance capitale dans toutes les sciences: cette importance ne saurait être moindre en agriculture, où la méthode a fait défaut si longtemps.

Tous les syslèmes de culture onl pour but de créer, sous la forme de produits les plus divers, des valeurs de consommation ou de vente.

If est évident, en eûet, que le cultivateur qui fait du blé, de la viande, du sucre, du vin, eic, poursuit avant tout, sous ces diverses formes, la création de valeurs. Ce n'est pas pour le blé en lui-même qu'il le cultive , c'est pour l'argent qu'il en retirera. Il en est de même pour toutes les autres récoltes qu'il fait, ainsi que pour tous les procédés qu'il suit. 11 est toujours prêt à modifier la nature et la proportion de ses cultures, pour créer le plus de valeurs possible en se réglant sur les prix.

Or, si la création de valeurs est le but, ou, si l'on veut, la raison de tous les systèmes de culture, l'indication des valeurs créées fournit assurément le meilleur moyen de les définir et de les classer; il suffit de ramènera l'unité de superficie, c'est-à-dire à riiectare, les valeurs créées annuellement par tous les systèmes de culture, dans les domaines les plus différents par la composition, par l'étendue, par les plantes cullivées, par les procédés d'exploitation, etc., pour rendre comparables entre eux tous ces systèmes de culture, et pour assigner à cbacun d'eux sa place distincte dans une sorte d'échelle qui permet de les

classer avec la plus entière précision. Il y a des systèmes de culture qui produisent moins de 20 fr. par hectare, comme la culture arabe; il y en a d'autres qui produisent 5 à 6,000 fr., comme la culture maraîchère dans le voisinage immédiat des grandes villes. Entre ces deux extrêmes, toutes les situations ont leur place distincte. On trouverait des systèmes de culture produisant 100 fr. par hectare dans la B'retagne ; 200 fr, sur divers points de l'Ouest et du Centre ; 300 fr. dans la Beauce ; 400 fr. dans la Brie; 500 fr. dans les environs de Crignon; 600 fr. dans la vallée d'Auge ; 700 fr. dans le Nord, etc.

Voilà donc une première classification qui permet de comparer tous les syslèmes de culture, en les dé- (inissant avec la plus rigoureuse précision par leur principal caractère. C'est aussi une classification naturelle, ainsi que nous aurons foccasion de le démontrer, en faisant ressortir quelques-unes des anologies ou des différences que détermine, parmi les divers systèmes de culture, le chiffre de leur production.

D'autres classifications des systèmes de culture ont été essayées, notamment par MM. Royer et de Gasparin.

Royer avait pris, comme base de sa classification, la production des engrais, et il avait imaginé des périodes de fertilité correspondantes à la quotité des fourrages créés sur un hectare par les divers syslèmes de culture.

i68 NOUVELLE COMPTABILITÉ.

Comme vue générale, la théorie de Royer est juste et dénoie sûrement un granil esprit d'observation. 11 est certain que dans la majorité des cas, plus les systèmes de culture s'élèvent, plus la production des fourrages et la consommation des engrais prennent de l'importance. Nous disons la majorité des cas, parce que ce n'est pas là un caractère absolu. Certaines cultures arbustives du Midi, que Royef n'a pas rattachées à sa théorie, donnent un produit élevé, sans beaucoup d'engrais. Il en est même qui, sans faire emploi d'aucun engrais, sont très-productives. Le dattier, dans les oasis du Sahara, donne jusqu'à 1,500 ou 1,800 fr. de produit brut annuel par hectare, sans fumure aucune et avec le seul secours de l'irrigation.

Puis, quel défaut de précision dans chacune des périodes de fertilité de Royer ! Les herbages de la Normandie, ce système de culture si simple et si productif à la fois, doivent-ils être classés dans la période fourragère, ou dans la période céréale, ou dans la période commerciale? Dans le premier cas, ils sont confondus avec les systèmes de culture dont le caractère spécifique est de produire 1,500 à 2,000 kilogr. de fourrages par hectare. Dans le deuxième cas, la production des fourrages ironie, il est vrai, jusqu'à 3,000 et même 5,000 kilogr. par hectare. Mais les systèmes de culture rattachés par Royer à celle période ont pour caractère général que la production céréale marche de pair avec la production

des fourrages, pour fournir la litière aux animaux qui commencent à être placés sous le régime de la slabulalion. Or, on sait que la vallée d'Auge ne pratique pas la slabulalion et ne produit guère que de l'herbe et des pommes. Enfin, dans le troisième système de culture, l'engrais est devenu surabondant, et pour que les céréales ne soient pas exposées à la verse, il faut les placer enlre des récoltes épuisantes, plus productives, comme les cultures commerciales. Mais les herbages de la vallée d'Auge n'ont aucun de ces caractères ; et l'on est d'ailleurs fondé à se demander si le blé n'est pas une plante commerciale au même titre que le colza, le lin ou la garance.

La classification de Royer procède donc d'une vue superficielle et incomplète ; elle laisse de côté d'importants systèmes de culture, comme les cultures arbustives et les riches herbages de la Normandie ; enfin elle se distingue encore par un grand défaut de précision, les systèmes compris sous les six grandes catégories qui la composent pouvant présenter de grands écarts dans le chiffre de leur production, et par conséquent dans le degré de fertilité auquel ils correspondent.

C'est une classification systématique, et non une classification naturelle.

Je me borne à ajouter que Royer avait mêlé à sa théorie de nombreuses erreurs sur la rente et sur la valeur du sol. Il admettait, par exemple, qu'en période forestière, le sol se payait 100 fois, 80 fois,

60 fois la rente, tandis qu'il ne se payait que 12 à 15 fois la rente en périodes céréale, commerciale et jardinière. C'est la loi contraire qui esl vraie. L'observation rigoureuse des faits montre avec évidence que plus la culture s'élève, plus le taux de l'intérêt foncier descend, ou, autrement, que la valeur du sol, comparativement au revenu qu'il donne, augmente avec la richesse de la culture. Dans les pays riches, le taux de l'intérêt foncier descend jusqu'à 3 p. 100 et même au-dessous, parce que la valeur du sol y est de 30 à 40 fois la rente. Dans les pays pauvres, le taux de l'intérêt foncier monte à 4, 5 p. 100 et même au-dessus, parce que le sol ne s'y vend plus que 25 fois, 20 fois, 15 fois la rente.

C'est là une loi capitale dont j'ai fait la démonstration ailleurs (1).

M. de Gasparin a fait aussi une classification des systèmes de culture basée sur le double concours des forces naturelles et des forces humaines à la production. Tout au bas de l'échelle sont placés le système forestier et le système des pâturages, dans lesquels les forces spontanées de la nature s'exercent seules. Vient ensuite une deuxième division comprenant les systèmes de culture dans lesquels le travail deVhomme est aidé des forces de la nature. Le système celtique ou culture intermittente, la culture des

(1) Journal des Économistes, numéros du 15 juin et du 15 juillet 1870.

étangs, le système des jachères et les cultures arborescentes forment autant de groupes distincts dans cette division. Enfin, au sommet de l'échelle se placent les systèmes continus avec ou sans importation d'engrais extérieurs, dans lesquels la nature est complètement suppléée par Vhomme.

C'est encore là une classification systématique, basée sur une vue juste à certains égards, mais étroite et incomplète. M. de Gasparin a notamment confondu le capital avec les forces naturelles. Les herbages de la vallée d'Auge n'ont pas non plus la moindre place dans sa classification. Il comprend dans le système forestier, placé au bas de l'échelle, tout à la fois les riches futaies qui produisent plusieurs centaines de francs par hectare, et les maigres taillis qui ne donnent annuellement que 20 à 30 Ir. de produit. Pareille confusion s'observe dans les systèmes de culture arborescente, où la vigne, qui produit parfois plusieurs milliers de francs par hectare, se trouve classée à côté de l'olivier et du mûrier, qui ne donnent habituellement que quelques centaines de francs pour la même surface. L'étrépage, ce système de culture que M. Riefîel a qualifié de barbare, se trouve classé dans les systèmes supérieurs. Enfin les systèmes où l'on n'importe pas d'engrais extérieurs sont eux-mêmes placés au-dessus de ceux où l'on en importe.

Quand M. de Gasparin a voulu déduire les conséquences de sa classification, il a commis sur la po-

pulation, sur le capital agricole, sur le taux de l'intérêt, en un mot sur l'élat social correspondant à chaque syslème de culture, des erreurs vérilablement étranges, et qui semblaient de nature à réclairer sur les vices de sa théorie. Je me borne à signaer ces erreurs, sauf à y revenir, si ce point était

I objet de quelques contestations.

On se sert actuellement, pour classer les systèmes de culture en deux grandes catégories, des mots intennf et extensif. Tirés de l'allemand et introduits

II y a trente ans, dans l'usage de notre langue, ils y ont fait une fortune rapide. Mais leur succès s'explique surtout par leur qualité d'étrangers. Une culture intensive n'est pas autre chose qu'une culture riche ; une culture extensive n'est ni plus ni moins qu une culture pauvre. Mais où finit l'une, et où commence l'autre? Le mot de culture extensive doit-il sapphquer tout à la fois et à la culture du centre de la Bretagne, quatre à cinq fois plus productive que la culture arabe, et à la culture de quelques parties du Centre et de l'Ouest, qui est deux fois plus productive que la culture bretonne ? Faut-il comprendre sous le nom de culture intensive, la culture de la Beauce, celle du Nord et le système des maraîchers, .a^■ec des écarts de i à 10 dans le chiflre de leur production?

Puis comment classer les cultures arbust.ves du Midi ? L olivier qui donne 300 à 400 fr. de produit 1 amandier qui en donne 400 à 500, doivent-ils étri

rangés dans la catégorie des cultures intensives, comme la vigne dont le produit brut annuel peut atteindre et même dépasser !2,000 fr. ? Et la culture du dattier, qui donne presque sans main-d'œuvre un produit de i,500 à 1,800 fr. par hectare, fait-elle partie du système intensif ou du système extensif?

On voit, par ces exemples, combien toutes les classisificalions proposées jusqu'à ce jour laissent à désirer sous le double rapport de l'exactitude et de la précision.

Il n'en est pas de même delà classification qui repose sur la production ou sur le produit brut des divers systèmes de culture. Quel que soit le milieu où on les observe, quelques procédés qu'ils emploient, quelques récoltes qu'ils mettent en œuvre, ils sont tous comparables les uns aux autres, par la somme de valeurs qu'ils créent sur l'unité de superficie. C'est là leur commune mesure. Un système qui produit 400 fr. de valeurs par hectare est deux fois plus productif que celui qui ne produit que 200 fr., et deux fois moins qu'un autre système qui donne 800 fr.

L'échelle du produit brut fournit donc une classification méthodique et rigoureuse des divers systèmes de culture.

Mais qu'est-ce qu'il faut entendre par produits de consommation ou de vente ? Toutes les denrées de la ferme ont-elles droit à cette dénomination et fontelles partie du produit brut?

Les valeurs créées dans un domaine ne comprennent absolument que les produits vendus ou livrés à

^^^ NOUVELLE COMPTADILITK.

J.i consommalion des liommes dyns rintérieur tic Ja Icrnie. Les denrées consommées par les animam, bien que poussées sur le domaine, los fumiers absorbés par les cultures, bien que produils dans la f'irme, ne font pas partie du produit brut. Il en est de même des semences. Ce sont là des matières premières destinées à des transformations ultérieures, ou des moyens de production. Les valeurs qui proviendront de celte transformation compteront seules dans le produit brut (1).

Ouant aux denrées consommées par le personnel de la ferme, elles font partie du produit brut, parce qu'elles ne donnent lieu à aucune transformation ultérieure, la consommation bumaine étant le but final do l'agriculture.

Il va sans dire que la valeur des denrées importées de l'extérieur, comme moyens de production, doit être déduite du montant des ventes et des consommations. Ce qui est acbelé pour les besoins de la culture n'est pas produit par elle.

Enfin nous dirons que le produit d'un système de culture se détermine en divisant la masse des valeurs annuellement créées dans une exploitation par le nombre d'bectares dont elle se compose. Les prairies, les pâturages, les terres, les vignes et même les bois,

(1) On ne s'est pas borné h coniprendre les pailles, fourrages, engrais el semences dans les produils de la culture; on a encore rangé sous ce titre la valeur du travail des animaux. C'est une nouvelle confusion due à la méihode de comptabilité en usage.

rentrent dans la surface soumise à un même système de culture. Il y a là plusieurs membres ; mais il n'y a qu'un corps.

Quand la somme des valeurs créées annuellement par un système de culture sur un hectare de superficie a été déterminée, il faut en indiquer sommairement l'origine, afin d'assigner au système de culture un de ses caracicres les plus essentiels.

L'origine de ces valeurs ne peut être que le bétail ou les plantes. Il y a donc deux genres de production dans un domaine : la production animale el la production végétale.

L'influence du bétail sur les cultures, par les engrais dont il est la source, est admise sans conteste dans la pralique. On sait que plus les fumures sont fortes, plus les récoltes sont abondantes. Aussi faiton de plus en plus une large place aux cullures de racines el de fourrages artificiels dans les assolements. Le commerce des engrais, si étendu aujuurd'hui, pourrait, à la rigueur, fournir tous les suppléments de fumure nécessaires pour augmenter la fertilité du sol et pour faire passer un système inférieur de culture à un degré plus élevé. Mars ceux-là même qui ont le plus recours à ces importations n'en persistent pas moins à accroître leur production de four-

rages e. leur bétail. Ce qui pousse les cultivateurs

dans cette «hrection, c'est la hausse constante et rapide du p,,, de3 p,,^j^i,^ ^^^.^^^^ ^^ ^,^^^^^

double de prix en quarante ans; le lait et ses dérivés ont augmenté de valeur dans la même proportion. La laine seule a plutôt baissé q,;e haussé ; mais les troupeaux exploités dans le but principal de faire de Ja viande donnent un produit bien supérieur à celui quils donnaient quand on leur demandait avant tout la dépouille de leur toison.

En fait, la production animale s'accroît avec les systèmes de culture eux-mêmes, ou. en d'autres ermes, au fur et â mesure que la production agricole devient plus considérable.

En théorie, les vues sont moins justes, ou, si l'on veu, beaucoup moins nettes ; et l'exemple de complabilites ou 1 on voyait une prétendue science donner chaque jour le démenti aux faits les plus universels de la pratique était merveilleusement propre à dérouter les esprits et à semer l'anarchie dans les idées On ne sait pas bien encore au juste, malgré l'importance d un problème de ce genre, si le bétail, qui est 1 instrument du progrés agricole par le fumier qu 11 donne, est aussi la source des prolits les plus élevés, sou par ses produits directs, si recherchés par la consommation, soit par l'économie de maind œuvre qu'il procure.

Cette double inlluence du bétail sur les salaires qu 11 tend à modérer, sur les profits du cultivateur

qu'il contribue à accroître, a besoin d'être déterminée d'une façon précise, et elle ne peut l'être que par la constatation rigoureuse des faits. Qu'arrive-t-ii sur ces deux points, quand la production animale est de 30, 40, 50 et 60 pour 100, etc., de la production totale? Voilà le problème important qui ne peut être résolu que par la comparaison des faits, c'est-à-dire par l'analvse des systèmes de culture.

Nous dirons succinctement plus tard à quels résultats nous sommes arrivé par une observation superficielle, la seule qui nous fût possible. Mais ces résultats valent bien la peine, le lecteur en aura la preuve, d'être confirmés et précisés. Voilà pourquoi nous croyons utile de déterminer le rapport de la production animale à la production totale dans chaque système de culture..

Pour donner un exemple de ces déterminations, nous allons prendre deux systèmes de culture trèsdifférents par leur position économique, par leurs procédés d'exploitation, mais placés sensiblement au même niveau par le chiffre de leur produit brut à l'hectare. L'un appartient à la Nièvre : c'est l'exploitation de M. le comte de Bouille, à Villars ; l'autre est un domaine imaginaire, réalisant assez bien les conditions moyennes de la production agricole dans le voisinage de Grignon.

L'exploitation de M. de Bouille, qui comprend 130 hectares, produit annuellement 67,000 fr. de valeurs, dont 60,000 proviennent, dans des mesures iné-

^'^ NOrVFLLE COMPTABILITÉ.

^ales, de la vacherie et de la bergerie, et les 7,000 fr. reslaiils de la culture des céréales. Mais il faut réduire le chiiïre du produit brut à 65,000 fr., pour tenir compte d'achats annuels de pailles. Le n'sléme de culture de M. de Bouille sera donc déterminé trésapproximativement de la façon suivante, sous le douljle rapport du produit brut et de son origine:

Produit brut à l'hectare. ... 500 fr.

Dont produits animaux 450 fr., soit 90 pour 100

Produits végétaux 50 fr., soit 10 -

Le système de culture pratiqué aux environs de Gri-

gnon produit très-approximalivement, déduction faite

des importations annuelles d'engrais et de bétail, la

même somme de valeurs que l'exploitation de Villars soit 500 fr..

Mais la proportion de la production animale à la production totale n'y est pas la même. Les chiffres suivants sont destinés à la représenter :

Produclion animale 180 fr., soit 36 pour 100

Producuon végétale 320 fr., soit 64 -

il faut ajouter que dans l'exploitation de Villars il y a 500 kilog. environ de bétail par hectare de superficie, tandis qu'on en rencontre moins de 300 kilog. dans les environs de Grignon (1). La qualité de

(1) Il devrait y avoir une bascule dans loutes les fermes de quelque nnporlance. 11 n'y a point de machine plus ulile quand on veut opérer avec précision et se rendre compte exactement de ce que l'on fait.

ce bétail est d'ailleurs bien différente, ou, si l'on veut, le chiffre qui exprime la valeur des produits animaux par l'unité du poids (100 kilog.) est loin d'être le môme dans les deux cas. A Villars, les 100 kilog. de poids de bétail vivant produisent annuellement 90 fr. de valeur. Aux environs de Grignon, le même poids de bétail nourri sur le domaine ne rapporte que 60 fr. de revenu. La proportion de bétail de trait est plus grande dans ce dernier système de culture; mais c'est principalement à la différence des spéculations qu'il faut attribuer celte différence de produit.

La culture du sol met en œuvre deux sortes de capitaux: les capitaux fonciers et les capitaux d'exploitation.

Le capital foncier, qui est exprimé par la valeur du sol, ne comprend pas seulement la terre et ce qui est immobilier par nature, comme les plantations, les bâtiments, etc. ; il comprend aussi les immeubles par desiinalion, qui suivent la condition du sol dans les actes de vente ou de fermage. Tels sont les cheptels, variables en nombre et en importance, qu'on observe dans les divers systèmes de culture, à tous les degrés de l'échelle de la production. Le fumier en las, ou en terre, fait toujours partie du capital

h- Ir..

foncier; les pailles et les fourrages, presque toujours ; le« semences, une parlie du bétail et de l'outillage,' quelquefois, surtout dans les systèmes inférieurs. Il résulte de là que le nombre et l'importance relative des cheptels sont en raison inverse de la richesse du système de culture. Mais quelque soit ce système, quels que soient le nombre et l'importance des cheptels, il faut toujours comprendre dans la valeur foncière d'un système de culture les immeubles par deslination, qui suivent la condition du sol etfontcorps avec lui.

Le chiffre qui exprime la valeur du sol dans un système de culture donné n'est pas facile à établir directement. Outre qu'il est naturellement variable d'après les conditions du marché et même d'après les convenances des acheteurs, il faudrait encore, pour le déterminer avec exactitude, des faits précis et suffisamment nombreux. Mais la valeur foncière peut être ûxée Irés-approximativement, par une méthode indirecte, en remontant à la rente, qui est la base de la valeur du sol. On aura ainsi une idée suffisamment précise de la valeur du sol sur lequel on opère, ou de l'importance des capitaux fonciers que met en œuvre un système de culture. Il y a là un élément de comparaison dont nous ferons ressortir l'utilité.

La rente foncière peut s'établir aisément dans la plupart des systèmes de culture. Dans les domaines affermés, elle est représentée par le prix de fermage ; dans les exploitations cultivées par le propriétaire en

pays de fermage, il y a un taux courant pour la rente; enfin dans les exploitations placées sous le régime du colonage partiaire, la rente peut encore se déterminer quand on connaît le chiffre moyen de la production et la part du propriétaire dans le produit.

Il importe toutefois de remarquer que le rapport de la valeur à la rente, ou le chiffre par lequel il faut multiplier la rente pour obtenir la valeur (c'est ce qu'on appelle le denier), n'est pas constant, ainsi que nous l'avons dit plus haut. Le denierest d'autant plus fort que la culture est plus riche ou les capitaux plus abondants; d'autant plus faible que la culture est plus pauvre ou les capitaux plus rares : ce qui, dans le premier cas, correspond à un taux d'intérêt plus faible, et dans le deuxième cas à un taux d'intérêt plus élevé. Quand on voudra calculer la valeur du sol en prenant pour base la rente foncière, il faudra donc tenir compte de ces différences qui s'observent dans le taux des placements, suivant la loi que nous venons de rappeler.

Il y a aussi entre la rente et le produit brut un rapport qui varie dans les divers systèmes de culture. Ces variations sont exprimées par la loi suivante, que nous avons aussi formulée et justifiée ailleurs : € Plus la production s'élève, plus le rapport de la rente au produit diminue. »

La raison de cette loi est facile à comprendre. Dans les systèmes placés au bas de l'échelle, c'est le pro-

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priélaire qui joue le principal rôle dans l'œuvre de la production : il ne fournil pas seulement le capital foncier, dont l'importance relative est encore accrue par les cheptels ; il assume encore la direction et la plupart des risques de l'entreprise. La rente qui représente sa part dans la production en absorbe dune une grande partie. Mais son rôle s'eiïace devant celui du cultivateur, à mesure que la production s'accroît. Ce dernier prend la direction et la responsabilité de l'entreprise, en devenant fermier ; il apporte à l'œuvre commune le concours de capitaux toujours croissants; il y apporte aussi plus d'instruction, plus d'activité, plus d'habileté, etc. Sa part relative dans le produit doit forcément augmenter; celle du propriétaire doit décroître.

D'une manière générale, plus le rapport de la rente au produit est faible, plus la production est l'œuvre presque exclusive du cultivateur, de ses capitaux, de son habileté, etc. Nous connaissons des systèmes de culture où la rente absorde 80 p. 100 du produit brut- (culture arabe) ; 66 p. 100 (culture corse) ; 50 p. 100 (colonagepartiaire à moitié fruits); 33 p. 100 (colonage partiaire aux deux tiers et fermage avec cheptel de bétail) ; 30 p. 100 (la Brie et la Beauce) ; 25 p. 100 (culture de Grignon) ; 20 p. 100 (culture du Nord).

Nous n'indiquons ici que les grandes catégories. Mais le passage de l'une à l'autre, suivant les progrés de la culture, au lieu de se faire brusquement, s'opère

par transitions graduées, au moyen d'une infinité de combinaisons que notre but n'est pas d'exposer ici.

Voilà donc encore une échelle qui va nous permettre de mesurer avec précision l'action du cultivateur sur le système de culture qu'il suit. Faisons-en l'application aux deux systèmes que nous avons déjà comparés ensemble.

L'exploitation de Villars est dirigée par le propriétaire. Elle est entourée de fermes où la rente varie de 40 à 80 fr. l'hectare. Si M. de Bouille voulait l'affermer, il est probable que la rente ne s'élèverait pas au-dessus de 70 fr. par hectare. Au denier 25, cette rente donne une valeur foncière de 1,750 fr. En opérant sur ce capital foncier, représenté par une rente de 70 fr., M. de Bouille crée annuellement 500 fr. de produit brut. Le rapport de la rente au produit n'est que de 14 p. 100. L'influence exercée par M. de Bouille comme cultivateur se traduit donc par le rapport de 86 p. 100 du produit brut de son système de culture. Ajoutons enfin que M. de Bouille produit annuellement plus de 28 p. 100 de la valeur foncière qu'il met en œuvre.

A Grignon, le prix courant du fermage est de 120 fr. l'hectare. Au denier 30, cela fait une valeur foncière de 3,600 fr. Le produit brut est aussi de 500 fr., ce qui établit à 24 j). 100 le rapport de la rente au produit. L'action du cultivateur sur son système de culture n'est donc plus représentée ici que par 76 p. 100 de la production totale, et le rapport du produit annuel

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à la valeur foncière sur laquelle il se crée ne monte pas tout à fait à 14 p. 100.

La comparaison de ces rapports nous semble indiquer avec une netteté rigoureuse, ou plutôt mesurer avec précision l'influence personnelle des deux cultivateurs sur le système de culture qu'ils suivent. Il ne faut pas perdre de vue que, à Grignon, la culture est déjà très-avancée, et qu'elle exige de la part du cultivateur des capitaux importants et des qualités morales peu communes. Mais on sait que le système si productif de l'exploitation de Villars est une créalion brillante de M. de Bouille, entièrement due à sa persévérance, aux débouchés qu'il s'est créés, à Ja réputation qu'il s'est acquise, etc. Ses animaux jouissent de la faveur de prix exceptionnels : c'est la raison dominante de l'élévation de son système de culture, et par conséquent son caractère le plus dislinctif. Dans les domaines voisins, où le système de culture est bien diflérent, le produit brut n'est que de 200 à 220 fr. par hectare ; le rapport de la rente au produit monte a 30 et même 35 p. 100, et le rapport du produit à la valeur foncière s'abaisse au-dessous de 12 p. 100.

Le capital d'exploitation est la partie du capital agricole qui est consacrée à la mise en œuvre du

capital foncier. C'est, par conséquent, le capital fourni par le cultivateur, toutes les fois que la culture est dans d'autres mains que la propriété.

Quand un cultivateur entre en ferme, il convertit le capital dont il dispose en formes diverses, qui peuvent se ramener à cinq divisions principales :

La première comprend le mobilier de ménage, d'habitation et de service : meubles, vêtements, etc. ;

La seconde, le matériel de culture, les instruments, les véhicules, les machines, l'outillage, en un mot ;

La troisième, le bétail, bêles de trait et animaux de rente de diverses espèces;

La quatrième, les provisions et les denrées de consommation qui permettent de vivre jusqu'aux prochaines récolles ;

La cinquième enfin, le capital-espèces ou l'argent de roulement qui servira à payer les dépenses de l'entreprise jusqu'à l'époque où les ventes de produits pourront alimenter régulièrement la caisse.

Voilà autant de formes diverses que prend habituellement le capital d'exploitation d'une entreprise agricole, c'est-à-dire le capital apporté par le cultivateur pour la mise en œuvre du capital foncier.

Nous n'y comprenons pas le capital de réserve, que doit toujours se ménager un cultivateur prévoyant pour garantir son entreprise des cas imprévus et des fléaux qui pourraient l'atteindre. Si une épidémie lui enlevait tout son bétail, ce n'est pas sur le capital ordinaire de roulement, laissé sans emploi immédiat

Ni !

^^^ NOUVELLE COMPTARILITÉ.

dans sa caisse, que pourrait être prélevée la somme nécessaire au rachat des animaux de culture. Mais celte réserve ne saurait être considérée comme faisant partie du capital d'exploitation, lorsqu'elle n'est pas engagée dans l'entreprise. J'ajoute qu'elle doit se présenter, autant que possible, sous la l'orme de valeurs mobilières solides, productives d'intérêt et facilement réalisables. A ce titre, les obligations des chemins de fer, les titres de la dette publique et certaines obligations du Crédit foncier constituent la meilleure forme du capital de réserve.

Nous n'y comprenons pas non plus les pailles, les fourrages et les fumiers qui, sauf des cas absolument exceptionnels, sont immeubles par destination et font partie du capital foncier. Le fumier appartient toujours à la terre, et il en est presque toujours ainsi pour les fourrages et les pailles. Dans le voisinage des grandes vil'es, le propriétaire concède habituellement au cultivateur la faculté de vendre une partie des pailles et des fourrages du domaine. Mais, même dans ce cas, les fourrages et les pailles ne cessent pas d'appartenir au propriétaire, caria faculté de vendre est limitée, et elle ne s'accorde habituellement qu'à la condition de compenser ces exportations par des importations de matières fertilisantes. L'acte de bail à ferme, en mentionnant cette tolérance, établit d'ailleurs avec netteté les droits du propriétaire. Pour que les pailles et les fourrages appartinssent au cultivateur, il faudrait qu'il

les eût importés lors de son entrée en ferme, qu'il en eût la complète disposition pendant la durée de son bail, et qu'il pût les emporter avec lui dans un autre domaine, à sa sortie. A ces conditions seulement, nous pourrions lui reconnaître, non un simple droit de jouissance, c'est-à-dire le droit de faire consommer les pailles et les fourrages, afin de tirer parti des produits de cette consommation, mais un véritable droit de propriété qui permettrait de les comprendre dans son avoir, c'est-à-dire dans son capital d'exploitation.

L'utilité ou plutôt la nécessité du capital d'exploitation ne saurait faire l'objet d'un doute. On ne peut cultiver la terre sans avoir un mobilier pour se loger, pour loger sa famille et ses domestiques ; un outillage pour labourer, pour récolter, pour transporter ; des animaux pour faire les travaux de labour et de charroi, et pour transformer les fourrages en produits vendables; des provisions pour la consommation de son personnel ; enfin un capital-espèces pour payer les travaux courants, le fermage, etc. Il ne saurait y avoir deux opinions sur ce point : le capital d'exploitation n'est pas seulement utile, il est nécessaire. C'est l'instrument à l'aide duquel on tire parti du capital foncier.

Mais beaucoup de personnes pensent que l'emploi du capital en agriculture n'est pas limité, et qu'on peut en appliquer avec succès, c'est-à-dire avec profil, en quantité pour ainsi dire indéfinie, dans

ml

toutes Jes situations. On va même jusqu'à dire qu'on ne peut faire de la bonne culture sans un capital d'exploitation de1,000fr. par hectare. C'est, comme on le voit, la doctrine de la culture intensive à tout prix, qui a faussé tant de jugements, compromis tant d'entreprises et amené tant de catastrophes.

Il suffisait cependant d'y réfléchir, sans même aller jusqu'à observer les faits, pour se convaincre que le cultivateur n'est guidé très-légitimement, dans le choix de son système de culture, que par la seule considération de son intérêt personnel, ou du profit qu'il peut tirer de son industrie, et que le système de cuhure,à son tour, limite d'une façon étroite les services et par conséquent l'emploi du capital d'exploitation . On ne peut évidemment placer dans un domaine que le bétail qu'il peut nourrir ; il ne faut y mettre aussi que le matériel et l'outillage qui sont nécessaires aux travaux de la culture; le mobilier du cultivateur, simple capital de consommation, doit être nécessairement proportionné à sa situation de fortune ; enfin les provisions de ménage et le capital de roulement ne rendent des services que dans la limite des besoins de l'exploitation. Le capital est un instrument de production d'une grande puissance, mais à la condition d'être utilement employé. L'excès de capital (et il y a toujours excès quand une partie du capital ne concourt pas utilement à la production) alourdit uneentrepnse, en augmente les frais par le dépérissement que ce capital subit sous les formes qu'il affecte, diminue

les bénéfices et fait baisser le taux du profit. Cela est aussi vrai dans l'agriculture que dans l'industrie.

11 faut savoir gré aux premiers initiateurs de la science agricole du bien immense qu'ils ont fait, par leurs travaux et par leur hardiesse. Mais il éiait naturel qu'ils commissent bien des fautes, et nous leur devons d'y puiser des enseignements aussi bien que dans leurs succès ; c'est la meilleure manière d'honorer leur mémoire. Or, il faut bien le dire, c'est à leurs fautes qu'est due la déplorable confusion d'idées où nous sommes sur la nature du capital d'exploitation et sur la part à faire à cet instrument de la production dans les divers systèmes de culture. Quand ils eurent compromis leurs capitaux dans des entreprises téméraires, ils crurent pouvoir les représenter par des améliorations foncières plus ou moins réelles, comme si ces capitaux n'avaient pas passé, en s'immobiIisant,dans d'autres mains que les leurs ; par des pailles et des fourrages, des engrais en tas ou en terre, dont ils n'avaient que la jouissance et non la propriété. On a même été jusqu'à prétendre que les engrais en terre, simple résultat d'un artifice d'écritures, constituaient des valeurs réelles d'un placement solide et d'une réalisation facile, et pouvaient servir à doter les filles du cultivateur. Nous devons à l'agriculture et à la vérité de réagir contre ces idées dangereuses. Tout ce qui est immeuble, par nature ou par destination n'appartient pas au cultivateur. Si les capitaux du cuUiva-

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tenr se sont immobilises vériiablement, si ces fictions qu'on invoque ne couvrent qu'un changement de forme et non des perles absolue?, tant mieux pour le propriétaire. Mais le capital d'exploitation n'en ■i pas moins changé de nature et de main, par cela qu'il s'est incorporé au sol: ce n'est plus du capital d'exploitation appartenant au cultivateur • c'est du capital foncier appartenant au propriétaire'. Il y a donc une limite au delà de laquelle il n'e<;t m prudent ni utile d'étendre le capital d'exploilalion dans les divers systèmes de culture : c'est lorsque ce capital, au lieu d'accroitre les profils, les fait baisser. 11 est évident, en etTet, que le capital lourno alors contre son but propre, puisque le cultivateur ne court les risques de son entreprise que pour tirer de ses capitaux et de son industrie un profit élevé

Ajoutons enlin que le cultivateur qui gagne beaucoup d'argent ne fait pas seulement une chose utile à lui-même et à sa famille, qu'il sert encore les intérêts del'agriculluie par l'exemple encourageant du succès. Au contraire, le cultivateur qui se ruine ne fait qu'éloigner les capitaux de l'agriculture et jVler du discrédit sur sa noble profession.

Ces considéralions sont justifiées par les faits dans tous les pays et dans tous les temps, c'est-à-dire dans tous les systèmes de culture. Partout on voit le cull.vateurquienire enferme proportionner son capital d exploiialion à son système de culture, ou régler «i l'on veut, l'étendue de son domaine sur ses ressources

en tenant compte des exigences de son système de culture sous le rapport du capital d'exploitation. L'observation démontre aussi que le bon cultivateur n'améliore son système de culture qu'avec les profils de son capital, et dans la mesure oij les changements qu'il opère, au lieu de tarir la source du profit, ne font qu'en élever le niveau. Quand il ne trouve pas dans son industrie l'emploi utile de ses épargnes, il les place en acquisition d'immeubles, et même en achat de valeurs mobilières. C'est là un fait qui semble assez général, si l'on s'en rapporte aux doléances exprimées sur ce point dans l'enquête agricole, pour qu'il ne soit plus permis d'en méconnaître aujourd'hui la signification.

L'examen sérieux des faits prouve que, dans les systèmes de culture combinés de façon à produire de 30 à 40 p. 100 de valeurs animales (ce sont de beaucoup les plus nombreux), le rapport du capital d'exploitation au produit brut est à peu près constant, à tous les degrés Ce l'échelle. Pour déterminer ce rapport, nous avons mis à profit nos observations propres, les monographies de fermes publiées çà et là, enfin les comptes-rendus déprimes d'honneur imprimés par les soins de l'administration. C'est dire assez que ces recherches ont porté sur un grand nombre de domaines, des mieux dirigés dans leur marche et des mieux équilibres dans leur organisation.

Il en résulte que le capital d'exploitation, dans les svstèmes de culture dont il s'agit, est très sensible-

menl égal aux 6 cinquièmes ou à 120 p. 100 du produit brut, ou qu'il suffit de rauliiplier pari fr. 201c produit brut d'un système de culture pour trouver le capital d'espioilalion utile â employer dans ce sys'ème

Ce capital ainsi déterminé, voici comment il se répartit liahitucllement entre les diverses formes ou catégories que nous avons rappelées plus haut.

Le mobilier de ménage et de service absorbe un dixième du produit brut ou 8.33 p. 100 du capital d exploitation;

Le matériel de culture, un cinquième du produit iTut, oul6.67p. 100 du capital total;

Le bétail, les trois cinquièmes du produit brut, ou 00 p. 100 du capital général;

Les provisions de ménage, les semences et les denrées de consommation du personnel, un dixième du produitbrui, ou8..S3p. lOOducapital- Enfin le roulement en espèces ou en produits d'une réalisation immédiate, un cinquième du produit brut ou 16.67 p. 100 du capital.

Dans les systèmes de culture plus exclusifs, le chiffre u capital d'exploitation est un peu modifié, ai ^ que a ,,p t ,o„. On f,, une plus grande part au betail, quand la production animale est dominante co.nme ans les herbages de la Normandie; la hau è

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"ZTl ^"^'^«''P'-'^'-'' - produit bru,. De rnenie dans les cultures arbustives du Midi, où la production animale n'a souvent qu'une imp r.an

minime, le matériel de culture et le fonds de roulements absorbent une part prépondérante.

Quoi qu'il en soit, le capital d'exploilalion est une des circonstances les plus caractéristiques d'un système de culture. Il est d'ailleurs nécessaire d'en déterminer le cbilTre d'une façon rigoureuse, afin de contrôler, comme nous le dirons plus loin, la valeur d'un système de culture par létaux des prolils qu'il donne, et de mesurer ainsi avec précision rhabilelc du cultivateur.

Pour continuer à faire l'application de ces idées aux deux exemples que nous avons choisis, nous avouons que nous ne saurions fixer rigoureusement le capital con.>acré par M. de Bouille à l'exploitation de sa terme de Villars. Ses animaux ont un très-grand prix, mais nous ignorons pour quelle valeur ils sont portés à son inventaire. Nous pensons cependant ne pas dépasser la vérité en fixant à peu prés le capital d'exploitation de son domaine à 800 ou 900 tr. par hectare, dont 600 à 700 fr. en bétail.

Quant à la ferme des environs de Grignon, elle a sensiblement 600 fr. de capital d'exploitation par hectare. La répartition est la suivante :

Mobilier «^0 fr.

Matériel et outillage 100

liétail 300

Semences, denrées et roulement .... 150

Total 600 fr.

'^9i NOUVELLE COMPTABILITÉ.

La comparaison de ces cliilîres montre que le capital d'exploitation est rinstrumcnt de production employé de préférence par M. de Douille pour obtenir un produit brut aussi élevé que dans la ferme des environs de Grignon, où la culture met en œuvre un capital foncier d'une bien plus grande importance. Bien qu'il dût bénéficier des améliorations foncières, en qualité de propriétaire du sol, il a porté principalement ses efforts vers l'accroissement de poids et de valeur de son bétail. Le taux de ses profits nous dira plus tard dans quelle mesure il a bien opéré.

L'industrie agricole a pour but le profit, car on ne risque des capitaux dans la culture que pour en tirer un revenu élevé.

Le profit est la part du produit qui, après prélèvement des frais de production, reste au cultivateur pour rémunérer son activité, son intelligence et ses capitaux.

La recherche du profil, notion essentielle et véritable critérium de la valeur des opérations de culture, implique donc la détermination rigoureuse des frais de Ja production.

Ces frais se groupent en quatre divisons principales ; rente, impôts, salaires et dépenses accessoires. Nous allons dire un mot de chacune de ces divisions,

en montrant rinfïuehce qu'elles peuvent exercer sur le profil par la part plus ou moins grande qu'elles prélèvent sur le produit brut des divers systèmes de culture.

1» Benle. — ■ C'est la part du produit qui revient au propriétaire pour la rémunération des capitaux fonciers qu'il met à la disposition du cultivateur.

La rente s'élève à mesure que la production s'accroît; mais le rapport de la renie au produit n'est pas constant, ainsi que nous l'avons dit. Tout au bas de l'échelle, dans la culture intermittente des Arabes, la rente absorbe les quatre cinquièmes de la produclion. Dans la culture maraîchère, que nous considérons comme le point culminant de la richesse agricole, la rente ne représente plus guère que le dixième ou le douzième du produit. La rente a cependant monté depuis 10 ou 12 iV. jusqu'à 400 ou 500 fr. par hectare. Mais à mesure que la rente montait ainsi, le produit s'accroissait dans une proportion beaucoup plus forte, et le rapport de la rente au produit necessait de décroître. Nous en avons aussi donné l'explication sommaire.

Nous devons ajouter maintenant que, si cette lo^ embrasse la majeure pailie des systèmes de culture, il en est qui semblent y échapper : ce sont ceux où la production animale prédomine. Le rapport de la rente au produit brut y reste relativement très-élevé, même avec une production très -forte. Ainsi les herbages de la Normandie, qui donnent un produit annuel de 000 fr. par hectare, paient une rente égale

à la moitié du produit, soit 300 fr. Dans la culture de Jersey, oii la production atteint 2,000 fr. par hectare, dont moitié de provenance animale, la rente monte jusqu'à COO fr., soit presque un tiers du produit total. Si ces systèmes de culture étaient combinés de façon à faire moins de place à la production animale, la rente ne s'élèverait pas, en Normandie, à plus de 150 fr. pour un produit Lrut de 600 fr., et à plus de oOO [r. à Jersey pour une production de 2,000 fr. C'est que la production animale agit surtout par le capital, dont le taux d'intérêt va toujours en s'abaissant à mesure que la richesse augmente, tandis que la production végétale met en œuvre une grande somme de forces humaines dont la rémunération devient chaque jour plus élevée. La rente se restreint alors, parce qu'il faut faire une part croissante aux salaires, ainsi que nous le dirons plus loin.

Nous pourrions en conclure que la production animale, quand elle est possible sur une large échelle est la plus économique. Mais ce n'est pas là une démonstration que nous voulons faire. Nous attachons moins d'importance à nos conclusions qu'à la méthode elle-même qui permettra d'arriver à des conclusions solides.

Nous avons déjà établi le chifïre de la rente dans les deux systèmes de culture que nous comparons. Bien que M. de Bouille soit propriétaire du sol qu'il cultive, et n'ait pas de rente à payer, nous supposons

cependant qu'il est simple cultivateur et paie la renie du pays, afin de continuer les comparaisons que nous avons commencé de faire. Nous dirons donc qu'à Villars, la rente de 70 fr. par hectare correspond à 14 p. 100 du produit brut. Aux environs deGrignon, la rente de 120 fr. par hectare absorbe 24 p. 100 de la production.

2o Impôts. — L'impôt représente la part de l'Etat, du département et de la ^commune dans le produit des systèmes de culture.

L'impôt frappe le sol, c'est-à-dire le propriétaire ; il vient par conséquent en déduction de la rente, même quand il est acquitté par le cultivateur.

L'impôt n'est pas rigoureusement proportionnel, soit au produit brut, soit à la rente, dans les divers systèmes de culture. Mais le cultivateur non propriétaire n'a aucun intérêt à en demander la péréquation. Si l'impôt se réduisait, la rente deviendrait plus forte ; si l'impôt s'aggravait, la rente diminuerait en proportion. L'impôt agit sur la rente ; il n'agit pas, sinon dans une faible mesure et pour un temps limité, sur les profits du cultivateur.

Quoi qu'il en soit, on peut estimer moyennement la charge de l'impôt au dixième de la rente dans les divers systèmes de culture.

En admettant celle proportion, le domaine de Villars paierait 7 fr. d'impôt par liectare, et la ferme des environs de Grignon 12 fr. Cela fait 1.40 p. 100

^^^ NOUVELLE COMPTABn.TTK.

du produit brut dans le premier cas, 6(2.40 p. 100 dans le second.

So Salaires. — Nous ne devons comprendre sous ce titre que la rémunération du travail de l'homme : c'est la part du produit qui revient aux aides de la ailture, domestiques et journaliers, pour leur concours dans l'œuvre de la production agricole.

Il résulte de cette définition que les salaires ne comprennent pas seulement les sommes en argent payées aux domestiques à gages et aux journalim. mais encore les frais de nourriture de ceux de ces employés qui sont nourris à la ferme. Nous avons compté dans le produit brut de la culture tout ce qui se consomme par les hommes à l'intérieur. Ces consommations prélèvent donc une part réelle de la production et doivent s'ajouter dés lors aux dépenses effectives de main-d'œuvre, pour constituer la part des salaires dans le produit brut des divers systèmes de culture. S'il n'y a pas de fait plus constant que la hausse générale des salaires, il n'y a pas non plus de sujet qui ait suscité autant de plaintes dans l'enquête agricole. Malgré l'importance de la question, nous ne savons cependant rien de précis sur la marche des salaires dans les divers systèmes de culture, ou sur ie rapport qui existe entre le chiffre total des salaires et le montant du prodiiit brut. Sans doute, dans les systèmes inférieurs, où la production est faible, le concours du travail de l'homme à la production est

très-limité, et sa part dans le produit n'est et ne peut cire que relativement faible. De même aussi il saute aux yeux que, dans les systèmes avancés de culture, le travail de l'homme est tout à la fois plus intense, plus habile et plus fécond, et que sa rémunération est dès lors plus élevée, non seiftement dans le sens absolu du mot, mais encore dans le sens relatif. La main-d'œuvre tend ainsi à devenir de plus en plus l'éiément onéreux de la production. Ce qui le démontre avec évidence, en dehors même des doléances si vives des cultivateurs, c'est la marche ellemême de la rente qui, tout en s'élevant suivant les progrès de la richesse agricole, ne représente qu'une part de plus en plus faible du produit. Mais il n'y a \h qu'une indication générale. Encore une fois, nous lie savons rien de précis sur le rapport des salaires au produit dans les divers systèmes de culture.

Le problème est d'ailleurs compliqué, car il ne faut pas perdre de vue que les progrès de la culture et rélévalion générale du prix des denrées agricoles ont pour effet de compenser, au moins en partie, les inconvénients de la hausse des salaires.

Puis le cultivateur n'est pas tout à fait désarmé contre les effets de celle hausse. Il peut notamment modifier ses combinaisons de culture, de façon à ne mettre en œuvre qu'une somme limitée de travail humain. La conversion du sol en prairies, dans les lieux où celle conversion peut se faire, offre cet avantage. L'expérience démontre que les systèmes de cul-

ture qui font une large place à la production animale sont aussi ceux qui ont le moins à redouter les perlurbalions provenant de l'élévation croissante du prix du travail; les besoins de main-d'œuvre y sont moins étendus et moins pressanis ; la position du cultivaleur y est plus stable, la production plus régulière, le profit plus facile; le passage du colonage partiaire au fermage s'y opère plus vite et mieux Outre les faits que j'ai déjà cités sur ce point, j'aurais pu invoquer encore l'exemple de l'Angleterre, celui de la Hollande, et même celui du département du Nord, où les riches herbages commencent à envahir le sol épuisé par les cultures trop répétées de la betterave à sucre.

Un second moyen d'atténuer les effets de la hausse des salaires consiste à rendre le travail de l'homme plus puissant ou plus productif par l'emploi d'un outillage perfectionné. On fait ainsi une part plus grande au capital en restreignant le concours des forces humarnes à la production.

L'introduction des machines dans les procédés opératoires de l'agriculture est encore trop récente et trop limitée pour qu'on puisse en calculer sérieusement toutes les conséquences. Le progrès est d'ailleurs incessant sous ce rapport, et le perfectionnement de a veille est souvent la vieillerie du lendemain. Mais i n'y a pas moins là des faits utiles à établir, jour par jour, et à comparer, afin de tracer avec précision des règles pour la culture. Dans quelle mesure l'em-

ploi de telle ou telle machine agit-il à la fois sur la production, sur les salaires et sur les profits? Voilà encore une de ces questions capitales auxquelles je ne sache pas qu'il y ait personne en mesure de répondre avec précision.

La réponse se dégagera des faits, quand ils auront été élahlis, étudiés et comparés dans toutes les situations agricoles. A moins qu'on ne veuille faire de réconomie rurale, non une science d'observation, mais un recueil de formules empiriques ou de dogmes mystérieux, il faut bien aller au fond des faits pour en chercher la signification. Les faits sont, hélas! ce qui nous manque le plus, et c'est précisément sur la marche des salaires dans les divers systèmes de culture qu'ils font le plus défaut.

A Villars, où la main-d'œuvre est chère (les prix de journée vont jusqu'à 7 fr.), nous supposerons que les salaires de toute nature absorbent annuellement 120 fr. par hectare, soit 24 p. 100 du produit brut.

Aux environs de Grignon, la main-d'œuvre est moins chère, moins capricieuse et de meilleure qnahté. Par suite du système de culture en usage, qui exige beaucoup de main-d'œuvre, les salaires y prélèvent cependant 180 fr. environ par hectare, soit 36 p. 100 du produit brut.

40 Dépenses accessoires. — On comprend sous ce titre toutes les dépenses secondaires qui ne rentrent pas dans l'une ou l'autre des catégories précédentes.

De ce nombre sont les frais d'entretien ou de renouvellement du mobilier et du matériel de culture le» Irais d'entretien des bùtiraenls, les dépenses de vojiige et de transport pour les denrées expédiées ou reçues, les frais de bureau, les assurances, les frais de médecin et de vétérinaire, etc.

Nous n'y comprenons pas les frais d'achat d'engrais ou de bélail dans les domaines qui ne se suffisent pas à eux-mêmes, c'est-à-dire qui importent du bétail et des engrais extérieurs, parce que les dépenses de ces acquisitions ont dû être défalquées du montant des ventes et des consommations, pour obtenir le chilTre réel du produit brut, il est facile de comprendre que, sans cette précaution, les sysiémns de culture qui s'appuient sur des importations de matières premières cesseraient d'être comparables à ceux qui se suffisent à eux-mêmes.

Nous supposerons que les dépenses de toute nature, qui sont classées sous le titres de dépens, accessoires, s'élèvent au même chiffre dans le domaine <e \illars et dans l'exploitation des environs de Gri-

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