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frétait un chaland qui apportait jusqu'à un point donné : soit Givors, soit Lyon, les denrées les plus indispensables, ainsi que firent les Magasins du Casino.
Qu'on juge par là quelle eût été la situation du pays si, pour le ravitailler, il n'eût eu que les petits commerçants ou les Coopératives.
C'est aux Entreprises Modernes en particulier que devraient s'adresser les récentes paroles du président du Tribunal de Commerce de Marseille :
« Qu'il me soit permis de protester contre les attaques dont le commerce a été l'objet récemment à la tribune du Parlement. On a dit qu'il n'y avait plus de bornes à la hausse, plus de moralité commerciale. Notre fierté de marchands se révolte contre une telle assertion. Quel rapport y ' a-t-il entre la hausse et la moralité du commerce? C'est la crise des transports qui a la plus grande part de responsabilité dans les hausses actuelles. Avant la guerre, grâce à la facilité des communications, il n'y avait que quelques grands marchés dont les cours s^ippliquaient, avec une simple ^ mise au point, à toutes les places. Si, par exemple, le cuivre valait cent livres sterling la tonne à Londres, il valait, au Havre, la parité de cent livres sterling. Son prix était facilement calculé, en transformant la livre en francs, à un change presque invariable, la tonne anglaise, en tonne métrique, et en ajoutant les frais de transport, d'assurance et de débarquement. Mais, dans cette période d'après-guerre, il n'en est plus ainsi. On ne constate plus ce fait, analogue au phénomène
des vases communicants, qui permettait à l'équilibre de s'établir instantanément entre les divers marchés d'un même produit. Chaque marché est aujourd'hui isolé, faute de moyens de transports. Une marchandise, abondante sur une place, peut être rare à quelques centaines de kilomètres de là sur une autre place. Là, elle bénéficiera d'une )rime très élevée, tout simplement en vertu de 'inflexible loi de l'offre et de la demande- Certes, il s'est produit des faits répréhensibles, faits qu'il faut, non seulement réprouver, mais encore réprimer avec vigueur, et qui avaient pour but de fausser le libre jeu des lois économiques. Mais, négociants, d'où venaient ces marchandises qui vous étaient ofl'ertes avec des majorations que vous étiez obligés de subir et que vous ne réclamiez pas toujours à votre clientèle? Par quelles mains étaient-elles passées? Ne trouviez-vous pas, dans ces affaires, des gens n'exerçant aucun commerce défini, et qui n'étaient spécialisés dans aucune branche, intéressés aujourd'hui à tel produit et demain à tel autre; hommes d'affaires occasionnels apparus un jour en pleine guerre, venus on ne sait d'où, ne payant souvent aucune patente et pas toujours un loyer. Non, il n'est pas juste d'assimiler ces gens-là à des commerçants réguliers; leur mentalité n'a rien à voir avec la moralité
commerciale. »
Que la moralité commerciale persiste dans le déséquilibre économique, voilà bien le fait le plus merveilleux!
Déséquilibre entre les disponibilités et les be-
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soins! Déséquilibre paralysant les production^ de l'industrie ! Déséquilibre des échanges internationaux ! Non ! le commerce organisé n'y est pour rien. Avec beaucoup plus de raisons que Ponce- Pilate, il peut se laver les mains.
Du Nord au Midi, de TEst à l'Ouest, les mécontentements s'accentuent; la rumeur nous en arrive comme un grondement d'orage lointain. Il ne faut pas que cet orage éclate tout à coup sur nos têtes. Pour l'écarter, il faut trouver des solutions rapides et efficaces. Nous qui sommes en contact continuel avec le public, nous vous affirmons que l'on ne saurait aller trop vite. Si l'on dort quand l'éclair se prépare, on ne dort plus lorsque le volcan, en pleine éructation, vomit la panique, la destruction, la mort...
Pouvoirs publics, écoutez-moi, je vous en conjure :
Deux éléments d'inégale importance, mais intéressants tous les deux, sont en présence : d'un côté, des millions de producteurs et de répartiteurs qui réclament la liberté complète des transactionset le retour immédiat, ou presque, au régime d'avant-guerre; de l'autre côté, des millions de consommateurs qui demandent à se procurer, à des prix abordables, les denrées et produits de première nécessité pour l'alimentation familiale. On a appris — oui, on a appris — à ces éléments, à se regarder en ennemis, et c'est là qu'est la faute; on a tenté de leur faire croire à l'opposition de leurs intérêts respectifs. Leurs intérêts respectifs ne sont opposés qu'en apparence; un
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peu de réflexion montrerait aisément qu'en vérité, ils ne le sont pas du tout. Les hommes avertis que vous êtes, sont convaincus de ce que, tout ce qui fut l'harmonie dans les années paisibles, ne peut devenir le chaos informe, hideux et redoutable, à la faveur de la Victoire.
Ce sont, malheureusement, certains organes des Pouvoirs publics, impuissants à trouver des solutions adéquates à notre exceptionnelle situation, qui ont commis la déplorable erreur de laisser s'implanter, dans l'esprit des simples, l'idée que tout le mal vient des producteurs et des répartiteurs. Mais, dit avec raison le proverbe : « Qui sème le vent, récolte la tempête. » A aucun moment, on n'a paru se rendre compte du danger qu'il y avait à exciter, par des accusations aussi irréfléchies qu'elles sont injustes, une partie de la population contre l'autre partie; à dresser des Français, éprouvés d'une façon, contre des Français, éprouvés d'une autre façon. La généralisation a jeté, sur le commerce tout entier, et sans aucune exception, la suspicion la plus imméritée, la plus déloyale, la plus susceptible d'entraîner de multiples et graves excès à son égard. Il est urgent de réagir. Peut-être n'est-il pas trop tard.
Le temps a permis de discerner les gens honnêtes de ceux qui ne le sont pas. Laissons la sélection s'opérer toute seule.
Ce sera le triomphe des Entreprises Modernes du grand commerce de détail, — celles de l'alimentation tout particulièrement.
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LA VÎE CHERE COMBATTUE
Les Entreprises Modernes ont combattu la vie chère.
La plus grande de toutes les préoccupations des Entreprises Modernes de TAlimentation a toujours été d'enrayer, autant qu'il était en leur pouvoir, la hausse des prix.
Fin août 1914, il ne restait plus rien dans les stocks d'approvisionnement. Le public avait été affolé ; il s'était muni ; la pénurie des denrées s'ensuivait. Le petit commerçant, bien souvent, a profité de cette pénurie pour vendre plus cher. On l'a vu.
Mais combien était tentante^ pour le commerce, la situation créée par la guerre!... Gomme on comprend bien que certains l'aient exploitée! Pour résister à la tentation, il fallait une âme de héros. Les âmes de héros se rencontrent aisément chez les disciples du dieu Mars; ils se trouvetit moins facilement parmi ceux de Mercure !
La mobilisation, la panique, la guerre, Toccu-
>ation des villages et des villes du Nord et de ' 'Est par nos troupes, puis la fuite éperdue des populations terrorisées, affolées par le grand souffle de l'invasion!... Les clients ne regardaient 3as aux prix. Dans le Centre, dans le Midi, à l'Ouest, es réfugiés affluaient; ils devaient vivre; c'était un surcroît de consommation grossissant démesurément la demande. Gomment ne pas hausser fantastiquement les prix à la faveur des circonstances?... Gomment ne pas faire payer cent sous la mauvaise bouteille de vin, coiffée de rouge depuis la veille? Gomment laisser le bifteck abordable et ne point livrer, pour cinquante centimes, le cornet de frites qui valait deux sous?
Les Maisons à Succursales n'ont pas élevé leurs prix jusqu'au moment du réapprovisionnement, époque à laquelle elles ont dû elles-mêmes subir la hausse des fournisseurs ; la cause initiale des services rendus par ellej? réside tout entière en ceci : l'interdiction absolue de vendre, à des prix supérieurs à ceux fixés, les marchandises que les gérants possédaient en magasin, alors que le boutiquier tirait le meilleur parti des siennes. L'obéissance des gérants aux ordres de leur administration, était garantie par les clauses mêmes du contrat, qui les exposaient au renvoi immédiat et au paiement des dommages-intérêts.
Il n'en est pas une qui n'ait fait paraître, dans tous les journaux de province, des annonces dans le genre de celle-ci, tirée du Progrès de Lyon^ du 2 août 1914 :