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AVIS AUX CONSOMMATEURS

(( De tous temps, avant et pendant la guerre, les Etablissements Brisset ont toujours été réapprovisionnés normalement pour les quantités de sucre nécessaires aux besoins de leur nombreuse

clientèle.

« Depuis le 15 janvier 1917, c'est-à-dire depuis le fonctionnement des Comités départementaux de répartition, la situation s'est modifiée considérablement et nous sommes aujourd'hui dans l'impossibilité, malgré tous nos efforts, de répondre aux besoins de la population.

« Nous n'avons pas à apprécier ici le fonctionnement du Comité départemental de Répartition de la Mayenne, mais nous tenons à aviser notre clientèle de ce que, du 15 janvier à ce jour, 500 kilos seulement de sucre granulé nous ont été attribués, à répartir dans l'ensemble de nos 32 Maisons de vente situées dans le département de la Mayenne. Ceci représente environ 15 kilos par Succursale, pour les besoins de plus d'un mois, alors qu'en temps normal notre vente dépassait 600 kilos par mois et par Maison, autrement dit 49.200 kilos mensuellement.

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« Nous laissons à notre clientèle le soin de juger si nous sommes responsables de cette situatioVJ que, certes, nous n'avons pas créée.

La Direction.

Angers, le 17 février 1917.

La solution vint immédiatement. 100 kilos par Succursale et par mois furent dès lors attribués. C'était un progrès tout de même, si ce n'était pas tout à fait l'idéal.

Toutefois, il importe de remarquer que les Offices départementaux d'alimentation, institués à la suite des Comités de répartition, eurent un rôle un peu plus équitable. La perfection vient au fur ^ et à mesure que le temps passe. Les Entreprises Modernes ne furent point bannies de ces Offices, dans l'application d'un ostracisme aussi échevelé. Dans certains, même, on eut grand besoin de leurs ressources en argent, de leur puissance d'achat, de leur savoir-faire. La Loire, à ce point de vue, offre un exemple typique :

Lors de sa création, TOffice départemental était, comme la plupart des organisations aussi nouvelles que similaires, sans capitaux, ni responsabilité civile. Le Préfet fit appel aux Entreprises Modernes de grand détail, pour constituer un groupe financier permettant à l'Office d'effectuer les opérations commerciales pour lesquelles il était créé. Le groupe régional du Syndicat général des Maisons à Succursales, de France répondit à cet appel; un Syndicat de garantie fut créé, des dépôts de

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titres, effectués à la Banque de France, en vue d'ouvrir un crédit de 1 million à rOffice départemental. ^^

Ces dépôts furent effectués, à Saint-Etienne, par :

M. Guichard-Perrachon, pour 600.000 francs;

M. Fayolle, Alimentation, pour 300.000 francs ;

M. Granetias, Docks Foréziens, pour 100.000 ;

M. Essertel, Magasins Zanzibar, pour 100.000;

M. Guyot, Etoile Blanche, pour 100.000 francs.

Dans l'acte de constitution, il était stipulé que les membres du Groupement, en apportant à l'Office le concours de leurs capitaux et de leur expérience, entendaient être utiles à leur pays, sans prétendre retirer de leur acte ni rémunération, ni^ profit. Les marchandises achetées par l'Office, ou reçues du Ravitaillement, étaient réparties par le Préfet de la Loire, à raison de :

30 p. 100 pour les Coopératives ;

30 p. 100 pour les Maisons à Succursales multiples ;

30 p. 100 pour les Municipalités ; «

10 p. 100 restant à la disposition du Préfet, en réserve pour des livraisons urgentes.

Les 30 p. 100 attribués aux Municipalités étaient destinés à être répartis, par ces dernières, entre les commerçants de la localité. L'intervention des Municipalités avait été jugée indispensable, le commerce de gros de la région n'ayant pas voulu prendre l'engagement d'exiger et d'imposer à ses clients détaillants les prix de vente fixés par l'Office. Les Coopératives et Maisons à Succursales

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multiples, par suite de leur organisation, ont au contraire fourni toutes les garanties à ce sujet. L'C'ffice départemental a pu, ainsi, rendre aux consommateurs de la région, le plus grand service.

Ceci met parfaitement en relief l'aide apportée, en une circonstance particulière, tant aux Coopératives qu'au petit commerce. C'est, d'ailleurs, un sujet sur lequel nous aurons l'occasion de revenir.

Mais il arrivait que les membres de ces Comités départementaux n'avaient point d'objectif commun et ne s'entendaient nullement entre eux. Alors, les Municipalités, en proie à des soucis qui n'avaient d'énorme, pour comparaison, que l'incapacité de leurs membres, voulaient se substituer au commerce conscient, loyal, honnête, organisé. Imbues de l'idée de leur importance, — importance exagérée ou déplacée, pour le moins, — elles prétendaient régler les questions d'achat, préliminaires de la répartition. Elles faisaient, à cet effet, des appels de fonds.

Une maison de commerce, à Nantes, — les Docks de l'Ouest, — a versé, le 30 août 1918, la somme de 46.375 francs, représentant des achats de denrées de première nécessité, au Ravitaillement général, par l'intermédiaire de la Mairie. Tout le commerce nantais formulait des demandes diverses dans le même sens; de ce fait, il fut versé en totalité 149.000 francs, à la date précitée. Depuis ce moment, les Docks n ont reçu^ — malgt^é toutes leurs réclamations^ — aucune marchandise; en outre, ils n'ont pu obtenir le rem-

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boursement des fonds versés. Ceci est tout simplement scandaleux.

Une lettre du 28 décembre 1919, témoignG'>que M. le sous-secrétaire d'Etat au Ravitaillement s'est ému des réclamations multiples nécessitées par cette affaire ; il a déclaré, cependant, que la pièce, à lui envoyée, pour encaissement, a été égarée; et il demande un duplicata! Ce duplicata, adressé le jour même de la réception de sa demande, a connu le malheureux sort du papier précédent, et S. Exe. a fait savoir quil s est égaré, lui aussi. Nous parlons du duplicata, naturellement, et pas du ministre. Le maire de Nantes en est réduit à faire, au Ministère du Ravitaillement, une démarche personnelle. En attendant, les négociants nantais ne sont toujours pas remboursés des sommes importantes versées. Ces sommes, oui ou non, les leur doit-on?... Ou veut-on les en dépouiller?... Le vol administratif serait-il devenu une opération courante? C'est ce qu'on verra, car les affaires n'en resteront point là.

Il résulte de ceci un préjudice énorme pour tous les commettants qui auraient dû, depuis longtemps, assigner la Mairie en remboursement et en dommages-intérêts!

Voilà, n'est-ce pas, ce qu'on peut appeler du joli travail?... Mais ce travail n'est peut-être rien encore, à côté de celui pratiqué par l'Administration, Intendance et Ministère. Un beau jour, il vint à l'idée de certains individus, titrés et galonnés, de réquisitionner le matériel que les Entreprises Modernes du grand commerce de détail

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de l'alimentation avaient acheté depuis longtemps, avaient payé, et qui suffisait à peine à assurer leur approvisionnement. Il s'agissait de leur fournir les wagons-réservoirs qu'elles n'avaient pas, et qui leur manquaient pour porter au maximum les actes commerciaux qui ont assuré de si beaux bénéfices au magasin de gros. On prit donc, à leurs propriétaires, les wagons-réservoirs avec lesquels ils amenaient, dans leurs succursales, le vin nécessaire aux populations ouvrières, leur habituelle clientèle. Pour de la désinvolture, c'en était. Et c'était même de la malhonnêteté. S'imagine-t-on, en effet, des fonctionnaires doté d'une intempestive autorité, avisant des gens pourvus de sabots et leur tenant ce langage :

« Vous êtes chaussés. Il y a des va-nu-pieds. Enlevez vos sabots. Les va-nu-pieds les useront. Et vous serez va-nu-pieds vous-mêmes, comme de juste! »

Somme toute, il n'y a pas de différence sensible entre ce raisonnement et celui qui fut tenu. L'institution dénommée : Parc national des wagonsréservoirs, mit donc à la disposition des Coopératives — lesquelles n'ont jamais vendu moins cher que les Maisons à Succursales, — des wagons en quantité plus que suffisante pour assurer leur vente. Et l'on exclut le commerce réquisitionné de toute attribution. On n'a jamais vu de plus bel exemple de reprise individuelle, sous la troisième République. Il s'est alors produit des faits absolument anormaux : la Société des Magasins du Casino, à Saint-Etienne, qui

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possédait, avant la guerre, vingt-six wagons-réservoirs, s'est vu enlever les 4/5 de ce matériel, alors qu'elle était dans la plus complète imps-ssibilité de recevoir les vins destinés à l'approvisionnement de ses Maisons; alors que les Coopératives, ses voisines, recevaient, dans ses propres wagons-réservoirs, tout ce qui leur élaitnécessaire. C'était du bolchevisme naissant, ou je ne m'y

connais pas !

Si encore les Coopératives avaient pu faire une utilisation rationnelle « des sabots d'aulrui! > Mais non. Mal outillées, sans embranchements particuliers, sans moyens de vidange rapides, sans correspondants attitrés dans les pays de production, leurs wagons mettaient, pour effectuer un voyage aller et retour, un temps double qu'ils n'eussent mis s'ils fussent restés aux mains de leurs propriétaires. ^

Ce scandale dure peut-être encore. Nul n a pu le faire cesser. Ni les protestations des intéressés, ni celles du groupe viticole du Sénat ne furent entendues. L'histoire dira quelle redoutable coalition d'intérêts et quelle abominable exploitation du public français était cachée là-dessous.

Le commerce honnête, organisé, des Entreprises Modernes, pendant ce temps était contraint à passer sous les fourches caudines d'un tas de courtiers véreux, qui demandaientjusqu'à 50 francs de location pour un service qui, avant la guerre, coûtait environ 0 fr. 25 par hectolitre. Nombre de sociétés, qui auraient pu acheter d'autres wagons pour satisfaire aux exigences de leurs affaires, en

présence du néant de leurs efforts passés, demeurèrent dans une espèce de coma, au plus grand ^1 > dam de la nation.

On vit alors des choses absolument abracadabrantes :

Les transports directs d'Alger à Nantes étaient supprimés. Les Docks de l'Ouest firent expédier, à Port-Saint-Louis-du-Rhône, 800 barriques de vm d'Algérie ; mais les wagons manquant, ces vins restèrent en souffrance sur les quais I Cette situation dura près de six mois. La Maison eri question fut dansl'obligation d'aviser. Comment?... Je vous le donne en mille!... Un vapeur chargerait ce vin à Port-Saint-Louis-du-Rhône et le trans- ^porterait à Cette; puis la marchandise serait transbordée sur une péniche qui suivrait le canal du Midi jusqu'à Bordeaux; enfin, faute du matériel réquisitionné, on mettrait le vin en magasin dans cette ville, en attendant qu'un voilier ou un vapeur, faisant le service de Bordeaux à Nantes, pût s'en charger.

j Ce détail est très suffisant pour démontrer que le prix du vin pouvait être très différent d'une région à l'autre, suivant les frais nécessités. Le vin à bon marché est la conséquence des transports par fer et par mer assurés.

Quelle gymnastique!... Elle dépasse les produits de la plus folle imagination. Le consommateur s'en est aperçu. Il s'en aperçoit encore.

G'es.t par la sotte application de tels systèmes, que la Société Normande d'Alimentation eut, pendant plus de quinze mois, des marchandises à

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Cette, à Marseille et à Port-Saint-Louis-du-Rhône, alors que ces marchandises faisaient cruellement défaut chez les populations ouvrières du Calvados. Tout le commerce français connut ce désarroi, cette débâcle. Hélas ! il la connaît encore.

Les gouvernants, les publicistes, les économistes, étudiant en idéalistes les conséquences d'une guerre moderne, en étaient arrivés à se bercer de douces espérances. Les peuples en marche vers le progrès, ne pouvaient revenir à la nuit du moyen âge.

On s'endormit donc « sur le mastic », pour employer une expression populaire; la législation de» Chemins de fer resta ce qu'elle était; la concession du monopole fut renouvelée; les cahiers^ des charges furent peu, ou ne furent point modifiés. Les projets de construction des voies stratégiques, rayonnant sur tout le territoire, restèrent relégués dans la nuit des temps à venir, et le cataclysme nous surprit avec un réseau de voies ferrées à peine suffisant pour le commerce et l'industrie du temps de paix.

Ignorant ou feignant d'ignorer le mérite du monde commercial, les dirigeants refusèrent tout crédit aux aptitudes de ses représentants les plus autorisés; un beau jour, nous n'eûmes plus, pour parer à nos besoins, que l'importation, parce que la production nationale paraissait à son apogée. Alors, pourquoi eût-on établi des voies ferrées et des voies de navigation supplémentaires? On resta sourd aux doléances du commerce : quadruplement des voies, augmentation du matériel rou-

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lant, réfection des tarifs, amélioration des routes de navigation.

^ Le décret de mobilisation nous trouva donc insuffisamment armés pour les transports; du premier jour, tout fut arrêté. Les réseaux, encombrés par les convois de troupes et de matériel, ne purent continuer concurremment le transport des marchandises pour la population civile.

Les arrêtés des 3 août et l^"" septembre 1914 achevèrent de jeter le désarroi, en établissant la non-garantie des délais de transport, et une non-responsabilité relative des Compagnies de Chemins de fer, pour avarie ou perte en cours de route. La prime au vol était constituée. Les envois de marchandises furent suspendus. Le commerce n'osa

^plus expédier ou demander à recevoir.

La ruine était commencée. Elle se consomme )eu à peu. L'initiative individuelle l'arrêtera-t-elle ongtemps encore? Car elle se produisit partout à la fois, cette initiative : ceux qui le purent, passèrent des contrats avec des maîtres bateliers, comme la Ruche Méridionale d'Agen; on acheta des camions automobiles, ainsi que le firent les Docks Lyonnais et tant d'autres; on établit des services d'expédition par chevaux, jusqu'à 40 kilomètres de la Maison-Mère, pour, de là, réexpédier les denrées parchemin de fer à voie étroite, afin de les reprendre plus loin par un service de roulage, comme les Docks de l'Ouest; on créa à Marseille des centres d'achats ; on y établit des entre- )ôts où les marchandises se centralisaient, et, orsque le tonnage reçu s'affirmait suffisant, on

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