‹ Les entreprises modernes [microform]. Le grand commerce de détailChapitre 15 sur 23 · CL . e · texte numérisé non relu

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LA VIE CHEHE COMBATTUE

français et les Consommateurs j de nombreux tableaux relevés au cours des deux premières années de guerre, dans les localités comprises en plusieurs départements, à des moments divers; ces tableaux ont donné une idée des prix pratiqués aux époques variées de notre enquête, dans les succursales et chez le petit commerce de détail. Nous y renvoyons le lecteur, tout en ajoutant ici un complément indispensable.

Prix pratiqués à Sainl -Julien {Puy-de-Dôme], à la date du 8 janvier 1916.

Sucre le kilog.

Pétrole le litre.

Essence minérale... le litre.

Café 125 gr.

Riz pour la volaille, le kilog.

Macaroni 500 gr.

Prix pratiqués à Ludesse, par Champeix, à la date du 2â janvier 4916,

piciers.

Succursales.

Sucre . . . le kilog.

Pétrole le litre.

Essence minérale. le litre.

Chicorée ... le paq. 100 gr.

Café 125 gr.

Riz pour la volaille. . 500 gr.

Riz glacé , . . 500 gr.

Macaroni, vermicelle, 500 gr.

Épiciers. Succursales.

0 45 le k. 0 25

0 50 le k. 0 35

j le k. 0 40 ^paq.0 55à0 60

LA VIE CHERE COMBATTUE

Prix pratiqués à Le Broc, par Issoire,

à la date du 2^ févner 4946.

Épiciers. Succursales.

Sucre le kilog. i 50 1 30 '

^^^^o\e le litre. 0 65 0 55

Essence minérale . . le litre. 0 80 0 75

Vin, qualité ordinaire, le lit. 0 90 0 85

Chicorée le paq. 0 30 0 20

^^^^y'\ 125gr. 0 80 0 60

^^z glace 500 gr. 0 50 0 35

Macaroni, vermicelle. 500 gr. 0 60 à 0 70 1^'^^^ 0 40 à 0 45

Savon ] 1.-I '^ (paq. 0 55 à 0 60

f ^^^^ le kilog. 1 60 1 30

Lessive le kilog. 0 50 0 35

Bleu Guimet la boule. 0 05 0 05

Chocolat Menier 500 gr. 2 » 1 90

Petits beurres LU... 500gr. 1 50 1 40

Prix pratiqués à Saint-Just, près Brioude, à la date du 25 septembre 4946.

Épiciers. Succursales.

Sucre le kilog. i 50 i 40

Pétrole le litre. 0 60 0 55

^^^é 125 gr. 0 75 0 60 à 0 70

I^iz glacé 500 gr. 0 45 0 425

Macaroni 500 gr. 0 50 0 40

Vermicelle 500 gr. 0 50 0 40

Savon le kilog. 0 85 0 80

Extrait de Javel .... le litre. 0 80 0 40

Alcali le litre. 0 45 0 40

Lessive le kilog. 0 45 0 25 et 0 35

Amidon 500 gr. 0 45 0 425

Bleu Guimet 500 gr. 1 05 0 95

Petits haricots... ,. le kilog. 0 90 0 80

Pois cassés le kilog. 1 » .0 90

Pois ronds le kilog.

Thon la boite 1/8

Petits pois la boîte 1 kg.

Tapioca le paq. 250 gr.

Chocolat Menier 500 gr.

Petits beurres LU . . 500 gr.

Gaufrettes Palmers. . 500 gr.

Bonbons anglais. , . le kilog.

Prix pratiqués à Sembadel [Haute-Loire), à la date du 25 septembre 4949.

piciers.

Succursales.

0 35 et 0 50

Sucre

Pétrole

-►Alcool à brûler

Chicorée

Café

Biz glacé. 500 gr.

Macaroni

' t/i iiiiC'eiie. «..••...••..«.••

Extrait de Javel .... le l'tre.

Lessive , le kilog.

L Amidon 500 gr.

p Petits haricots le kilog.

Thon

Petits pois boîte 500 gr.

Tapioca ... 250 gr.

Chocolat Menier 500 gr.

Bonbons anglais. . . le kilog.

Epiciers.

0 80 et 1 »

Succursales.

0 50 0 60 et 0 70 0 425 0 40 0 40 0 50 0 40

0 70 et 0 80 0 85 0 50

On peut affirmer, d'une façon générale, que les Entreprises Modernes du commerce de Talimentation vendaient moins cher que les petits commerçants, pour les raisons suivantes :

Les petits commerçants, dont les marchés à livrer étaient, au maximum, à 90 jours, ont été vite arrêtés, dès le début, en raison de leur peu de réserve et du peu de capitaux engagés, proportionnels à leur chiffre d'affaires.

La majorité des marchés des Entreprises Modernes étant conclue ferme au début de Tan, à livrer en cours de Tannée, la mobilisation a troUvé les entrepôts garnis de marchandises.

Elles ont imposé une restriction relative à la consommation, par une juste répartition des produits alimentaires dans les Succursales, conformément aux besoins de la population non mobilisée. L'approvisionnement en denrées de première nécessité, dans toutes les Maisons , s'est ainsi ^

maintenu.

Leurs prix de vente ont été inférieurs à ceux des autres commerçants, dont les réserves, vite épuisées, les ont forcés àsubirlaugmentation imposée par les fournisseurs sur les marchés conclus après la mobilisation.

La disponibilité des capitaux a permis aux En- ^^ treprises Modernes, au cours des hostilités, de payer d'avance de grandes quantités de denrées, telles que huiles, cafés, pâtes aUmentaires, conserves, etc., etc.

Il n'y a eu, dans les délais d'approvisionnement, que le retard dû aux transports. Les hausses subséquentes ne pouvaient atteindre les intéressés.

La majorité des commerçants, au contraire, a dû régler ses commandes sur la rentrée des capitaux, au fur et à mesure de la vente. Elle restait

LA VIE CHÈRE COMBATTUE

souvent sans marchandises, entre la commande et l'arrivée de celles-ci. Une fluctuation de hausse t venait-elle à se produire, la répercussion se faisait immédiatement ressentir chez ces commerçants, dont les prix montaient d'une semaine à l'autre. ' Dans la crise que nous venons de traverser, lés Sociétés d'alimentation ont été les pondératrices entre les prix de vente d'avant-guerre et ceux engendrés par la guerre, et dont la hausse était toujours croissante.

Une détente, cependant, se produisit eh faveur des petits commerçants. Elle dura peu. Ceux-ci, en elîet, en raison d'un moins grand débit, avaient encore en magasin des produits achetés aux ^ mêmes cours que ceux de leurs concurrents qui avaient épuisé assez promptement les leurs. Ceuxci, à un moment donné, avaient remplacé tout â des cours supérieurs. Cette situation se maintint à peine quelques jours. L'équilibre fut vite rétabli. Les marchandises en question furent bientôt écoulées et les petits commerçants ne les renou- ^ vêlèrent qu'à des conditions onéreuses, qui ne leur permirent pas de vendre aux prix minima des tarifs des Entreprises Modernes.

Oui, mais, dira-t-on, la situation, en ce qui concerne les Coopératives, du moins, affirma la supériorité de celles-ci sur les Entreprises Modernes. Quelle erreur! si l'on tient compte des avantages, parfois scandaleux, dont les Coopératives furent dotées, dans un esprit démagogique qu'on ne saurait assez blâmer.

11 est permis d'affirmer que les prix des Entre-

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LES ENTKEPRISES MODERNES

LA VIE CHERE COMBATTUE

prises Modernes furent, au contraire, — et en dépit de la défaveur gouvernementale ou préfectorale dont elles furent si injustement entourées, — sensiblement les mêmes que ceux des Coopératives. D'une façon générale, la hausse n'était que de 5 p 100-, pour de nombreux produits, il y avait égalité; pour d'autres, on pouvait relever une infériorité des prix. . , ,

A cela rien d'étonnant. Les frais généraux des Coopératives, qui auraient dû être les mêmes que ceux des Entreprises Modernes, étaient exonères d'impôts et de taxes diverses, qui frappent cruellement leurs concurrentes. Cela abaissait d'autant la valeur des marchandises.

Les Coopératives, en outre, jouissaient d un régime particulier pour les approvisionnements > et les transports. De préférence au commerce, le Ministère du Ravitaillement leur livrait toutes les denrées à des prix inférieurs aux cours; elles avaient la priorité « sur tout et sur tous » ; le mot d'ordre, en haut lieu, était : « Tout pour la Coopé » ; )

rien au commerce. ,

Les Coopératives, cependant, ne pouvaient répondre aux moyens de lutter contre la vie chère. Que les transports et la hberté du commerce reviennent dans la situation d'avant-guerre, et les Sociétés d'alimentation reprendront vite l'avantage. Un fait le démontrera.

« L'Intendance, à Agen, possédait un siock de pommes de terre. La Préfecture fit appel aux épiciers et aux Coopératives pour liquider cette marchandise. Les besoins de la clientèle ne permet-

talent pas à ces auxiliaires de prendre de grandes quantités à la fois. L'Intendance refusa la livraison paY 100 ou 200 kilos, vu la perte résultant de chaque pesée. La Ruche Méridionale, alors, intervint. Elle prit livraison par o.OOO kilos. En 48 heures, 20 Succursales vendirent ces 5. 000 kgs, aoprovisionnant ainsi la ville d'Agen de pommes de terre, à raison de 0,30 le kilo. »

Ce dernier prix se passe de commentaires.

Voici un tableau comparatif des prix pratiqués à Nanies, dans les Maisons à Succursales, chez les épiciers détaillants et les Coopératives. Ils ont été relevés en mars 1919.

Maisons

Coopératives

Concurrence

delà

Succursales.

épiciers.

Loire-Inférieure

0 50 et 0 60

0 60 et 0 70

0 40 et 0 45

5 80 et 5 90

0 50 et 0 60

0 85 et 0 90

Riz le kilog.

Tapioca le paquet

Eau de Javel le litre.

Lessive le paquet.

Sel gros le kilog.

Morue ....... le kilog.

Harengs la pièce.

Cristaux le kilog.

Pétrole le litre.

Huile d'olives.. . le kilog.

Vinaigre le litre.

Pommes de terre, le kilog.

Les conserves Amieux, comprenant plats cuisinés, conserves de poissons, étaient vendues, dans les Entreprises Modernes, 10 p. 100 meilleur marché que dans les Coopératives. Tous les

LA VIE CHERE COMBATTUE

articles : lingerie, confection, bonneterie, chaussures, étaient aussi moins chersi.

Une enquête à la Roche-sur-Yon donnait les différences de prix suivantes :

Maisons

Concurrence

à Succursales.

épiciers.

4 75 et 4 95

0 50 et 0 55

1 » et d 30

7 60 et 9 »

5 80 et 6 ^

4 80 et 5 »

1 55 et 1 75

0 75 et 0 80

1 25 et i 50

Bougie le paquet.

Cristaiix le kilog.

Chicorée le paq. 100 gr.

Pétrole .... le litre.

Essence.. le litre.

Eau de Javel le litre.

Huile d'olives le kilog.

Morue le kilog.

Riz le kilog.

Savon le kilog.

Sel gros .le kilog.

Tapioca le paq. 250 gr.

Lessive le paquet.

Harengs la pièce.

Vinaigre le litre.

Il n'y eut guère qu'une ville où ceux que Ton appelle les Pouvoirs publics, fort intelligemment, je l'avoue, associèrent une Entreprise Moderne aux Coopératives. C'est à Limoges, dont la municipalité est collectiviste. Elle sut ainsi rendre \\n éclatant hommage au capitalisme qui a du cœur. L'Administration municipale — et M. Betoulleluilï^ême — témoigne que l'Alimentation du Centre a servi de régulateur des prix et qu'elle fut toujours prête à multiplier ses efforts, parallèlement à elle. D'un autre côté, l'Alimentation du Centre

constate que c'est grâce aux efforts de la municipalité, qu'elle doit d'avoir pu maintenir des prix raisonnables. Naturellement, les efforts du Préfet s'ajoutèrent aux efforts des deux éléments précités. L'action engendre l'action, si l'union fait la force. Voilà pourquoi, pour les vins notamment, et malgré les difficultés résultant delà réquisition de ses wagons-réservoirs, les prix de l'Alimentation du Centre n'ont jamais dépassé 1 fr.60 le litre, pour des vins titrant une moyenne de 9 à iO degrés; les mêmes vins se vendaient ailleurs 2 francs, 2fr.25 et 2 fr.SOle litre. Ce sont les facilités de transports, dues à l'influence du Député- Maire de Limoges, dont la sollicitude pour ses administrés ne s'est pas démentie pendant toute la durée de la guerre, qui eurent pour conséquence de tels résultats.

Il nous a paru intéressant de relever les prix d'ensemble pratiqués au cours des années 1914-, 1918 ei 1919, dans une Société d'Alimentation de l'Est, les Docks Saint-Georges, à Nancy :

19iQ

Vin rouge. ....... le litre.

Vin blanc le litre.

Huile de table. . le kilog.

Savon de Marseille 72 %, kg.

Pâtes { en vrac, le kg.

alimentairesf en paq., le kg.

Saindoux pur porc, le kilog.

Graisse végétale . . le kilog.

Riz glacé le kilog.

Riz ordinaire le kilog.

■ m. il

Haricots blancs.... le kilog. 0 80 2 20 1 30

Lentilles le kilog. 0 80 2 80 1 20

Chicorée le kilog. 0 60 5 60 3 »

Chocolat le kilog. 3 20 5 60 6 »

Vinaigre le litre. 0 50 1 30 1 30

Pétrole le litre. 0 35 0 80 0 70

Essence le litre. 0 55 4 20 i 20

Beurre d'Isigny . . le kilog. 4 » 16 » 10 »

Mais, où le rôle des Entreprises Modernes mérite particulièrement d'être signalé, c'est dans la lutte pour la compression des prix. A côté des initiatives individuelles, il y eut les initiatives collectives; les unes et les autres ont produit d'excellents résultats.

Voici rEpargne de l'Ouest qui, dès avant la guerre, mène une campagne active pour qu'on ne vende plus du sucre brut pour du sucre net, sous prétexte qu'on ne sucre pas son café avec du carton. Gela n'alla point sans inconvénients :

Certaines grandes raffineries qui fabriquaient, en 1914, plus de 100.000 kilos de sucre raffiné, par jour, livraient, en moyenne, le 1/3 de leur production en brut pour net, de telle sorte que les clients bénévoles payaient, au prix du sucre, 30 grammes environ d'emballage qui, à ce moment, coûtait 0 fr. 20 le kilog. L'économie réalisée par tous les consommateurs est facile à calculer; aussi, ces raffineries, mécontentes du procédé de l'Epargne de l'Ouest, décidèrent-elles de la priver de sucre; la Société eut recours à d'autres raffineries. Ces dernières lui firent les

LA VIE CHÈRE COMBATTUE

mêmes prix que ceux pratiqués à Nantes; et c'est tout à leur honneur.

De plus en plus, les prix augmentaient ; en 1915, l'Epargne de l'Ouest s'entendit avec le Préfet, M. Hyfrard, pour prendre des mesures propres à enrayer la hausse. Le système de publication des prix était adopté et appliqué.

Nous relevons le passage suivant, d'une lettre adressée, le 11 juillet 1916, à la Direction :

€ Vous n'avez jamais été animés, depuis l'ouverture des hostilités, par le moindre désir de lucre; beaucoup de maisons, tant à Nantes que dans les départements limitrophes, qui ne recevaient plus, dans les mêmes délais ni aux mêmes 3rix, les marchandises courantes, ont augmenté eurs prix dans d'assez fortes proportions, tandis que vous avez usé de tous les moyens en votre pouvoir pour maintenir vos anciens prix. Il en a été ainsi notamment pour le sucre, le sel, le pain, les pétroles, les pommes de terre, etc., etc. »

Hélas ! les Préfets se suivent et ne se ressemblent pas !

Les Docks du Centre, à Tours, ne négligèrent rien pour stimuler la production et contrebattre l'action scandaleuse de certains intermédiaires dénués de scrupules. Persuadés de ce que, la hausse, on ne pouvait l'enrayer qu'en lui opposant une coopération étroite et confiante du producteur et de l'acheteur, du commerçant et du consommateur, ils instituèrent, dans leurs bureaux, un € Office pour la lutte contre la Vie chère », dont la mission consista à rechercher les bases d'une

LES ENTBEPRISES MODERNES

collaboration efficace entre eux-mêmes, Docks du Centre et leur clientèle, en vue d'une action commune contre la vie chère. L'Office fut chargé de recevoir et d'étudier toutes les suggestions, toutes les initiatives qu'on lui adressait, et qui 'étaient de nature à modifier heureusement les méthodes commerciales en cours, le jeu de l'offre et de la demande, les relations entre le vendeur et le consommateur, etc..

Les meilleures idées reçues, les plus pratiques, étaient mises en application dans les Succursales. Le zèle des correspondants bénévoles de l'Office était suscité, puis entretenu par une large publicité de tous les journaux importants de 9 départements. De nombreux prix de 100, 50et2o francs, récompensaient, en outre, les auteurs des réponses les plus intéressantes.

Les Docks du Centre saisissaient, d'autre part, toutes les occasions qui s'offraient à eux de provoquer une baisse des cours. En veut-on un exemple? Voici la lettre que leur Directeur, M. Finot, envoyait au Préfet d'Indre-et-Loire, le 18 novembre 1918 :

« Vous avez bieil voulu me demander, par votre lettre du 31 octobre, si la Société des Docks du Centre consentirait à accorder des réductions de prix aux fonctionnaires qui pratiqueraient leurs achats dans ses Succursales.

« Ainsi que vous le savez, nous nous sommes toujours montrés prêts, depuis le début de la guerre, à seconder tous vos efforts en vue de faciliter le ravitaillement de la population. C'est vous

;.A Vïp: CHEBE COMBATTUE

dire que nous serons très heuraux, cette fois encore, de vous apporter notre concours désintéressé pour lutter contre l'augmentation croissante du coût de la vie.

« Mais nous désirerions vous offrir, pour lepublic de votre département, des avantages supérieurs à ceux que vous nous demandez, et profiter da cette occasion pour prendre l'initiative d'un appel à tous nos collègues, en vue de l'adoption de nouvelles méthodes commerciales, susceptibles d'apporter à la population ouvrière une amélioration sérieuse de son sort.

« Au moment où la Paix victorieuse nous apporte l'espérance d'une vie moins chère, il serait inadmissible que le maintien d'habitudes conamerciales surannées fût un obstacle à la baisse rapide du prix des denrées alimentaires. Aussi, estimons-nous que le moment est venu pour nous d'offrir aux autorités publiques, de vendre tous les produits de première nécessité sans aucun profit pour nous et sous le contrôle absolu.

« Nous ne vous faisons nullement cette proposition dans le but de réclame et pour nous créer un avantage moral sur nos concurrents, et nous serions très heureux que ceux-ci acceptassent tous notre proposition, afin que l'abaissement du prix de la vie, que nous désirons, devînt, grâce à notre initiative, une réalité pour tous.

« Nous vous demandons donc, monsieur la Préfet, de désigner une Commission composée exclusivement de consommateurs; celle-ci dressera la liste de toutes les denrées alimentaires de pre-

mière nécessité, et nous nous engageons à l'avance à accepter son contrôle pour la vente de tous les produits qu'elle aura désignés.

(C Nous n'avons pas besoin d'ajouter que le sacrifice que nous nous proposons de faire ne sera pas réservé à une catégorie de consommateurs, mais qu'il sera étendu à tous les habitants de votre département. Messieurs les fonctionnaires auront ainsi la satisfaction de penser que leurs efforts auront produit un résultat heureux pour la population entière.

« Nous nous tenons à votre disposition, monsieur le Préfet, pour étudier avec vous-même, comme avec les autres négociants d'Indre-et-Loire, s'il y a lieu, les moyens les plus propres à réaliser notre conception.

« Nous formons des vœux pour que la population bénéficie le plus rapidement possible de l'offre que nous vous faisons, et qui nous est inspirée par un sentiment de solidarité nationale et de patriotisme qui sera certainement partagé par la majorité des commerçants français. »

A la suite de cette lettre, une organisation très importante fut créée par M. le Préfet d'Indre-et Loire, en vue du contrôle des prix de vente des denrées de première nécessité. L'initiative des Docks du Centre entraîna un certain nombre de négociants de la ville, et les résultats furent des plus heureux.

La presse locale, rendant compte de cette œuvre, exposait, dans son numéro du 3 février 1919, que les Docks du Centre et leurs imitateurs, désireux

LA VIE CHERE COMBATTUE

de seconder les efforts de M. le Préfet et ceux de M, le Maire de Tours, en vue de favoriser le ravitaillement de la population et de lutter contre la vie chère :

« Sont disposés à consentir, non seulement au profit des fonctionnaires, mais au profit de tous les consommateurs, des avantages que ceux-ci ne manqueront pas d'apprécier. Us se sont engagés à vendre tous les produits de première nécessité sans aucun profit et sous le contrôle de ï Administration. La Commission de contrôle des prix des denrées de première nécessité a déjà tenu plusieurs séances, au cours desquelles elle a arrêté une liste de 25 denrées de première nécessité. Elle a décidé que tous ces produits seraient vendus au public avec une majoration de 10 p. 100 du prix de revient des denrées vendues dans les magasins, dont 5 p. 100 pour les maisons de gros, et S p. 100 pour les maisons de détail. Cette majoration ne représentant même pas les frais généraux, il est permis de dire que les ventes se feront au prix coûtant. L'intelligente et patriotique compréhension des nécessités de l'heure présente, dont témoigne ce généreux désintéressement, fait le plus grand honneur à ces notables commerçants... »

Cette mesure, que la Société étendit dans toutes les régions où elle a des Succursales, eut pour effet immédiat de contraindre les autres commerçants à abaisser leurs prix, afin de pouvoir soutenir la concurrence.

Enfin, M. Noulens vint. Il savait comment la Révolution, jadis, a été conduite à la taxation et

aux lois du « maxiriium y> ; il savait la stérilité de ces mesures prises par nos grands ancêtres; mais il savait surtout qu'il ne suffit pas de copier rtiistoire pour faire quelque chose de neuf et d'heureux. Il a eu raison.

Si la Convention a été amenée, occasionnellement, à des mesures de circonstances un peu rudes, la cause en fut aux excès Constatés à Lyon, le 20 février 1793, par Lacombe, Salicetti et Delcher. En dépit des sollicitations de la Commune de Paris, l'ensemble y était férocement hostile. La Gironde, avec Buzot; la Montagne, avec Saitit- Just et Robespierre, n'en voulaient pas, et Marât lui-même qualifiait les manifestants de « perturbateurs du repos public ».

Les démagogues, lorsqu'on les écoute, sont toujours des perturbateurs de repos public. Mais les Pouvoirs publics, hélas ! savent trop peu se défendre contre les suggestions et les inquiétudes qu'ils leur donnent.

En regardant en arrière, dans le recul que présentent aujourd'hui certains événements, oti voit mieux se dessiner le contour des choses ; les Vigilants faillirent devenir les « perturbateurs » d'aujourd'hui. Sous leur impulsion, il y a quelques mois, la rue fut quelque peu agitée; on saccagea quelques marchés ; on enfonça quelques devantures. Les prix normaux, tant contestés, n'existaient pas encore. M. Noulens les instituai Les troubles cessèrent comme par enchantement; le consommateur pouvait juger des prix pratiqués dans le commerce ; il se rendait un compte exact

LA VÎE CHERE COMMTTOE

de leurs inévitables fluctuations, malheureilsement plutôt ascensionnelles; il sentait la nécessité de la modération, en même temps que le producteur sentait aussi la nécessité de la modération de ses exigences, et l'on peut dire que, si la hausse n'a pas été enrayée, du moins elle fut ralentie, et c'est déjà beaucoup. De plus, les prix normaujc n'ont pas banni les arrivages, comme eussent fait les taxes; et c'est énorme. Les Comités de Vigilants s'affirmèrent satisfaits; cela proiiVe qu'ils étaient composés de gens raisonnables ail bon sens desquels un appel pouvait être adressé. La compréhension des choses est un remède contre l'exaltation, cette sœur du parti-pris, de l'injustice et de la brutalité.

Quand les lois de taxation ont sévi avec intensité, l'histoire dit que le peuple accueille, comme une libération nationale, les lois qui les suppriment; si ce fut prouvé, chez nous, au 4 Nivôse de l'an III, ce sera prouvé, demain, par l'Angleterre. On pensera, de l'autre côté du détroit, comme jadis on a pensé chez nous : les taxations, qui donnent satisfaction à l'opinion publique, ne donnent aucune satisfaction à l'estomac dû public; elles sont profondément contraires à l'équité et à l'intérêt d'tin pays. Qui peut dire si le régime de taxation tombera de lui-même, ou s'il ne sera p^i balayé lorsque le peuple se rendra compte de ses méfaits ? Chez nous, c'est un coup de révolte qui a emporté tout le système dont Taine a dit qu'il n'était plus qiie celui « d'une politique de sauvages, qui abattent l'arbre pour avoir le fruit >.

li y

Ce coup de révolte ne sera assurément pas unique dans l'histoire. Les prix normaux, en dépit de tout le mal qu'en ont dit certains, ayant, dès leur mise en vigueur, provoqué lapaisement, s'ils disparaissaient, seraient regrettés par les plus clairvoyants d'entre les citoyens français. M. Noulens peut être sûr qu'ils constitueront le meilleur de son œuvre. Bien faire et laisser dire, doit être la devise d'un ministre, plus que la devise de quiconque.

Il n'y a pas que les démagogues qui soient des protestataires contre la libéralité d'un système. Des opposants, il y en a aussi à l'étranger. Oh! ceux-ci, évidemment, on les connaît moins. Mais, de ce qu'on les connaît moins, parce qu'ils sont moins tumultueux et parce qu'ils sont plus lointains, il faut bien se garder d'en conclure qu'ils n'existent pas. Nous en avons rencontré, il faut bien le dire, chez certains de nos Alliés. Chez lesquels?... Réfléchissez, et vous comprendrez.

Il paraît que l'Angleterre, dans la situation spéciale qui lui était créée par ses réglementations à outrance, et par ses taxes de plus en plus générales et de plus en plus sévères, est intervenue, à maintes reprises, pour nous inciter à nous engager dans la voie pénible où elle-même s'est engagée. Elle employa la persuasion, et ses efforts demeurèrent vains ; la persuasion dégénéra bientôt en pression discrète; elle ne fut pas plus heureuse dans sa tentative; elle ne put entamer, comme elle l'eût voulu, le régime des prix normaux, en même temps que celui de la liberté commerciale,

LA VIE CHÈRE COMBATTUE

auquel, si heureusement, nous revenons peu à peu. Charbonnier, dit justement le proverbe, est maître dans sa maison, et c'est bien le moins.

Mais l'établissement de ces prix normaux ne fut pas toujours chose facile. Nous en trouvons la preuve en ceci que, partout en France, les Entreprises Modernes en pratiquèrent d'inférieurs, toujours pour agir dans le sens de la compression. Qu'on en juge parles exemples suivants :

Établissements Brisset (A?îgers).

Prix normaux. Nos prix.

Graisse alim. Végét., le kilog.

Huile d'olive pure, le kilog.

Huile d'arachide. .. le kilog.

Vinaigre d'alcool... le litre.

Vinaigre de vin le litre.

Pommes de terre., le kilog.

Pâtes alim. en vrac, le kilog.

(Angers, 26 août 1919.)

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