UNE CONCEPTION, UNE ŒUVRE, UN HOMME
Une évolution s'accomplit dans le monde commercial. Elle tient à la nécessité de plus en plus pressante de rapprocher le consommateur du producteur; ne faut-il pas, en outre, diminuer le nombre des intermédiaires, tant pour réaliser une économie sur le prix de consommation, que pour rendre libres des agents immobilisés jusqu'ici? Dans la pénurie de main-d'œuvre, toute récupération devient urgente pour l'augmentation de la production. L'évolution présente ainsi un intérêt national, au sens intrinsèque du mot; elle présente même un intérêt social.
Les Entreprises Modernes sont des jalons im portants de cette évolution. Telles qu'elles sont,
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elles sont loin d'être les derniers, sur la route du Progrès. Appelées peu à peu, sous Finfluence des avantages résultant de leur organisation, à produire des effets beaucoup plus étendus, elles seront proportionnelles à l'intensité de la lutte économique dans les limites d'un même pays, tout d'abcKrd; dans celles du monde, en second lieu. Au reste, la devise qui fut longtemps celle de quelques individualités célèbres dans la fabrication ou les échanges : m Faire mieux ! > devient progressivement une devise générale.
Toute entreprise, toute organisation nouvelle dont les modalités ont pour but la simplification des rouages économiques et l'aboutissement à une réduction des prix, devrait, si l'on en croit le bon sens, bénéficier de la protection des Pouvoirs publics. Telle est la pensée, de portée générale^ qui se dégage, en somme, de l'ouvrage de M. Gilles Normand, abstraction faite des Entreprises Modernes synthétisant l'application caractéristique de l'idéal à réaliser, du but que chaque commerçant doit s'efforcer d'atteindre. Ce volume est intéressant par ses vues nouvelles et par sa documentation.
Les efforts de M. Gilles Normand tendent à combattre la routine qui, au détriment du développement de la fortune publique, a dominé trop longtemps les pratiques du petit fabricant ou du détaillant. Une conception exacte de l'intérêt
général exige que les Pouvoirs publics se dégagent de toute préoccupation démagogique, sans craindre de heurter des intérêts aveuglés par le sentiment individuel ou trop individualiste ; ils ne risquent pas de se tromper en s'efforçant de développer la libre concurrence; c'est elle qui, par son ingéniosité, par sa faculté d'adaptation h tous les besoins sociaux, peut être considérée comme l'élément essentiel du progrès économique, c'està-dire du « mieux-être ».
Au lendemain de la guerre, toutes les méthodes désuètes devraient être à jamais écartées. Mais les gens sont étrangement dominés par le désir d'obéir à leurs habitudes, en vue du moindre effort; il est donc à craindre que, devant toute nouveauté, même recommandée par la raison et l'expérience, ne se dressent des résistances et un parti-pris plus fort que le sentiment des nécessités ne l'est lui-même, à l'heure présente.
Des ouvrages comme celui de M. Gilles Normand ont le mérite de dessiller les yeux de ceux qui ne savent pas voir, et d'imposer la vérité à ceux qui, ne voulant pas l'apercevoir, ressemblent à ces aveugles volontaires dont parle l'Evangile.
Dans le passé, au lieu de favoriser les entreprises qui, en réunissant dans les mêmes mains le commerce de gros et celui de détail, cherchaient la voie la plus directe pour faire parvenir la mar-
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chandise aux consommateurs, on a obéi à certaines impulsions intéressées, qui avaient pour but de détourner les lois fiscales de leur véritable objet pour en faire un instrument de répartition des bénéfices. C'est une erreur que tous les gens éclairés reconnaissent aujourd'hui. Ce n'est point à force de lois fiscales accablantes qu'on entravera la centralisation du commerce, de l'industrie, des transports; centralisation qui constitue une irrésistible évolution. Désormais, toute tentative dans ce sens aurait pour signification la limitation, par la loi, de la somme d'activité qui peut s'exercer dans un lieu déterminé, soit qu'il s'agisse de la fabrication, soit qu'il s'agisse de la répartition, et cela au moment où nous avons le plus besoin de produire et de récupérer de la main-d'œuvre, du « matériel humain », comme on disait au temps de la guerre. Les privilèges, en réalité, n'aident personne dans l'âpre lutte pour la vie.
Ce dont nous devons nous garder, dans l'avenir, c'est, par des mesures d'exception, de risquer d'entraver la croissance des établissements qui prospèrent; la masse du peuple qui travaille, qui consomme, qui paie son pain avec le produit des sueurs de son front, en serait, à coup sûr, la première victime. Si nous sommes guettés par la catastrophe, on ne ferait, en agissant ainsi, que la précipiter. Le système social était sens dessus
dessous dès avant les hostilités ; il Test bien davantage encore présentement; il faut prendre notre parti des remèdes si nous voulons remettre, à brève échéance, de l'ordre dans la maison bouleversée.
Evidemment, nous sommes avec le petit commerce. Il n'y a vraiment personne qui soit contre lui; mais ce que rêvent ses vrais amis, c'est son perfectionnement, c'est son initiation aux méthodes du jour, notamment à l'Association, à la Coopération qui, seules, sont capables de le sauver, s'il est vrai qu'il soit sérieusement menacé.
Le régime des sociétés, les modes de groupement du capital, sonjt pour tous d'une souplesse infinie et d'une immense variété; libre à quiconque d'en appliquer les lois; mais, tant que la liberté du travail ne sera pas un vain mot pour les hommes, la liberté du travail pour les capitaux devra être admise. C'est un aphorisme sur lequel il est à peine bon de s'appesantir.
Non! on ne brisera pas plus les grands mécanismes commerciaux au profit des petits, qu'on a brisé les machines industrielles dans l'intérêt des artisans! Les jours passent; la vie s'écoule. On ne fait point remonter l'eau à sa source.
Toute politique d'entraves étant une politique rétrograde, doit être écartée, qu'elle tende à s'exercer contre qui que ce soit. M. Gilles Normand a eu l'heureuse idée d'en aborder la démonstration
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dans ses précédents ouvrages; il a pleinement réussi.
Au reste, le Commerce, tout le Commerce avec lequel, durant mon passage au ministère du Ravitaillement, je fus en contact continuel, n'a jamais mérité la part de critiques et d'injures dont certains ont cru, de bonne ou de mauvaise foi, l'abreuver. J'ai tenté, dans la mesure de mes forces, de le seconder, et il a, de son côté, répondu à mon attente. Je me félicite donc de lui avoir fait confiance. Les commerçants et les industriels étaient, évidemment, bien mieux qualifiés que l'Etat pour acheter et répartir les produits alimentaires ou manufacturés. Eux, plus que quiconque, connaissent les besoins de la population; eux seuls savent où l'on peut prendre les marchandises, où ces marchandises doivent aller; eux seuls savent choisir les voies les plus économiques et les plus rapides. Du reste, comment le rôle de l'État pourrait-il être supérieur à celui des commerçants, quelle que goit la forme de ses interventions?... Comme tout le monde, ne se heurtet-il pas à la loi économique naturelle de l'offre et de la demande, contre laquelle personne, — ni les individus, ni les gouvernements, — - ne peut rien?...
C'est dans le commerce, et notamment dans les Entreprises Modernes, que j'ai trouvé les meilleurs concours lorsque, comme ministre, j'ai pris
des mesures pour tempérer la hausse, et surtout lorsque furent constituées les Commissions appelées à fixer les prix normaux. Ah ! certes, les critiques ne furent point épargnées ; elles émanaient le plus souvent d'une certaine catégorie de mercantis n'ayant, faut-il le dire, absolument rien de commun avec le commerce honnête et loyal. La collaboration des Entreprises Modernes et celle des Ligues de Consommateurs me furent précieuses. Je suis heureux de le reconnaître ici.
M. Gilles Normand, qui a entrepris d'aider à la collaboration du Parlement et du Commerce, attache son nom à des méthodes qui permettront la réalisation de programmes vastes et pratiques ; notre prospérité collective s'y lie étroitement. Cette pénétration réciproque, j'allais dire mutuelle, d'éléments qui, hier, se connaissaient peu ou point, sera la base de notre relèvement. M, Gilles Normand s'est toujours rendu compte de la difficulté de la tâche qu'assument les élus ; ils subissent, en effet, plus que les autres citoyens, tous les contre-coups des événements et le malaise qui en peut résulter. Leur patriotisme en éveil leur fait redouter les mouvements désordonnés qu'ils aperçoivent mieux que les autres et qui risquent, si l'on n'y prend garde, de déchirer la France, dont la reconstitution par le travail, dans la communauté des efforts^ même pénibles, même douloureux, est si nécessaire* C'est pour-
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quoi nous sommes nombreux à le suivre dans son labeur d'écrivain dont l'utilité est désormais incontestable.
Gomme M. Gilles Normand le fait remarquer avec beaucoup d'à-propos, les méthodes nouvelles à employer dans le commerce ne consistent pas seulement dans l'amélioration du sort du consommateur, mais aussi dans l'amélioration de celui des employés. Cette amélioration ne peut se faire que par la participation aux bénéfices et par la prime au travail, que certaines Entreprises Modernes ont mises en application.
Eh bien ! le croirait-on, cette prime au travail, SI opportune au moment précis où il faut secouer avec la dernière énergie le manteau de paresse dont on a tant parlé, a trouvé d'acharnés ennemis dans les Syndicats de la C. G. T., qui la discutent, la considèrent comme mauvaise, comme abusive, comme attentatoire au droit qu'a le citoyen de produire le moins possible. Voilà, n'est-il pas vrai, qui dépasse l'imagination, au moment précis où la production, déjà si diminuée, menace de s éteindre?
Peu importe ! L'action sociale du monde commercial ne doit pas moins être stimulée par des exemples tels que ceux qui figurent dans ce livre. Cette action deviendra réellement efficace lorsque tous les organismes économiques de quelque importance ne s'ignoreront plus les uns les autres,
comme ils s'ignorent généralement encore. Un jour viendra, il faut bien le croire, où la paix régnera dans le monde commercial tout entier. La paix est la source de toutes les harmonies. Alors, la Confédération générale du Commerce et de l'Industrie ne sera plus un mythe, une hypothèse, mais une réalité, une réalité bienfaisante et tangible. Elle sera le contre-poids nécessaire, inéluctable, à la force, — j'allais dire à la tyrannie des Syndicats de la Bourse du Travail, — et, s'il est vrai que cette Confédération ne puisse sortir que du germe puissant de toutes les entreprises groupées, réunies, soudées, par l'affinité que crée la communauté des intérêts et l'imminence d'un péril commun, on pourra dire que M. Gilles Normand a bien mérité du (^iOmmerce de France.
J. NOULENS.
Ambassadeur de France, Ancien ministre de V Agriculture et du Ravitaillement,
îfcl
Pour la mort de la routine
et des billevesées sociales.
Lorsque la guerre éclata, la France avait, d'après les recensements, environ trente-neuf millions et demi d'habitants. Les champs de bataille, pour s'abreuver de leur sang, nous ont pris un million huit cent mille hommes ; la mort fauche depuis, quotidiennement, dans le million d'affaiblis, de malades divers, de tuberculeux en particulier, revenus des tranchées. Quelle diminution de vitalité pour notre pays!.,. Cependant, ces trente-neuf millions, nous trouvions que c'était peu ; notre ambition de Français voulait la patrie plus forte; notre clairvoyance nous inspirait de
^ LES ÊfTTREPHISES MODERNES
nobles sentiments que les actes, généralement. ne suivaient pas. '
Le fléau ne fut-il pas assez effroyable ? La catastrophe ne fut-elle pas assez complète? Toujours est-il que le vent de grippe duf sou flë encore emporta, lui aussi, quel'que''deuîmntn de victimes - peut-être davantage - si bien qu en depit du retour, à nos foyers? de nos frères d Al ace-Lorraine. la France n'a plus, vraisemblablement, que trente-sept milliois d'habitanS.
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tTrntoi^'ra-^"? rT^'^' -Hion^r noYr Is oas? Nn "^' ^'"' ^' vérité? N'y étaient- Us pas? JNous nous garderons de discuter et
POtJft LA MORT m LA ftOtJTlNE
d'approfondir. S'ils étaient dans la vérité, nous pouvons nous demander sij à Theure actuelle^ nous sommes plus de trente-trois millions d'âmes. Au reste, toutes nos communes dépérissent lamentablement. Il n'y a qu'à les parcourir pour s'en apercevoir; L'attirance des villes s'exerce davantage encore qu'elle ne s'exerçait autrefois. Quinze millions d'habitants, au moins, grouillent dans les cités -- soit trois millions de plus qu'il n'en Vivait aux premiers temps delà mobilisation; — Il en résulte que, sur cinquante millions d'hectares constituant notre sol, où tant de jachères dressent leurs herbes folles, dix-huit millions d'individus des deux sexes et de tout âge sont éparpillés. Autant reconnaître et proclamer que nos campagnes sont désertes, alors que Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, souffrent d'une pléthore qui déterminera, à un moment plus ou moins rapproché, la plus périlleuse des congestions. Tandis que les boulevards, avec les femmes qui les fréquentent, exercent une attirance de plus en plus invincible, la vie normale, celle que nous avons connue^ devient une pure impossibilité, une chimère, une utopie. Tout est déséquilibre! L'énergie s'annihile; la conscience de ce qui devrait être, la perception juste du raisonnable et du vrai, s'atrophient en nous ; la notion du devoir s'évanouit; l'action devient problématique; les visions de l'avenir ne sont ni claires, ni étendues; le manque d'ambition et le manque de conception les limitent. C'est la grande crise! La patrie, hélas! porte un masque qui se détrempe et tombe
peu à peu; la figure fanée, vieillie, apparaît, et son sourire n'est plus qu'une grimace.
La patrie souffre.
Voilà la réalité.
La patrie souffre. Mieux, elle languit. Son anémie progresse. Si la situation s'aggrave de jour en jour, c'est parce que nous avons dormi sur les lauriers de la victoire. Que faut-il faire, là, tout de suite?... Chacun d'entre nous joue, peu ou prou, le rôle de muet dans le sérail. Et, si quelqu'un agit, c'est, la plupart du temps, à faux. On ne sait pas. Les meilleures intentions ne peuvent reposer sur l'ignorance, non plus que sur l'erreur, que sur le mensonge, ou Tintérêt particulier.
La production est insuffisante pour ramener sur nos marchés les denrées nécessaires; les transports ne sont plus à même d'assurer l'arrivée des matières premières sur un point donné. Les fruits de la terre pourrissent sur place. Les charges de chacun muent en écrasement. Bien plus, la menace de l'impôt ne fait qu'obscurcir l'horizon; elle paralyse. Regardez autour de vous : quels sont ceux qui ont de l'initiative? Quels sont ceux qui travaillent, qui vont devant eux, malgré vents et marées, indéfectiblement?.,. Vous pouvez les compter. Ceux qui jouissent de la fortune mal acquise, et ceux qui l'attendent tranquillement dans leur lit, sont légion.
Ce n'est pas faute, pourtant, d'avoir entendu de vibrants hymnes à la production; ils sont familiers à certains virtuoses ; les coryphées les ont enton-
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POUR LA MOUT DK LA ROUTINE O
nés, et les chœurs les ont redits. Mais, voilà qu'après le chant, c'est la danse ! L'histoire de la cigale se réédite. On se demande si, tout prochainement, ce ne sera pas, conformément à la tradition, la danse devant le buffet. Il vaudrait mieux travailler.
Travailler?... C'est bien le moment de parler du travail. Les fonctionnaires somnolent sur les vieux ronds de cuir d'administrations vétustés, ou sur les ronds de cuir frappant neufs d'administrations récentes et provisoires qui, en s'éternisant pour leurs propres intérêts, éternisent le mal pour notre plus grand mal.
La main-d'œuvre est extrêmement rare. Des millieis et des milliers d'officiers demeurent en fonctions dans des services périmés, dans des organismes surannés; ils sont attachés à la France exsangue et ruinée, comme les sangsues au vieux cheval qu'on leur a livré dans la mare, pour le faire mourir; quarante-cinq mille gabelous assurent à grands frais la perception de l'impôt à rebours sur le revenu ; par dizaines et par dizaines de milliers, les jeunes gens sollicitent des emplois dans les chemins de fer et ailleurs, convaincus que, là, ils se reposeront et pourront continuer l'application de la devise militaire : Il ne faut pas s'en faire ! Des dizaines de milliers de paysans, devenus riches, loin de réprimer le manque d'ambition de leur progéniture, cultivent de moins en moins, de manière à n'assurer que leurs besoins, ou guère au delà. C'est la vie à peu près animale, sans hygiène, dans des maisons lézardées dont les murailles limitent les fumiers,
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et dont les ruisseaux de purin bordent les cours, La rapacité se substitue à Fépargne; les vices, importés de la capitale ou des grands centres, par les soldats qui y séjournèrent, de tous le^ pœurs déracinent ridé^l, pauvre plante qui aurait besoin, pour grandir, d^s feui^ de Tenthopsiasme.
Dans les pités?.., Des légions de travailleurs qui, après n'avoir eu d'autre aspiration que I4 journée de huit heures, songent qne c^tte journée est encore trop longue et, par tous les moyens, s'ingénient à en diminuer le rendement. Sommesnous dans l'impasse au bout de laquelle on trouve le néant?.- Les pisifs enpombrept les trottoirs et les établissements publics. Jamais tant de personnes n'ont vécu de l'amour, du jeu, des hasards. Hasards heureux, hasards équivoques, raccrocs de toute espèce, pour beaucoup voilà le programme! La prostitution, fleur yénéneuse, s'épanouit monstrueusement. Le plan de vie qnp phaciin devrait s'être tracé, ne s'ébauche que pour une élite. Pour les autres, la volopté est émoussée ; il ne reste que la fascination des jouissances faciles et blâmables ; les scènes de théâtre apothéosent la dépravation 5 les scandales publics font chavirer la notion du bien, môme che^ quplques-uns d'entre les meilleurs.
û b^lle France d'autrefois, te reverrons-nous jamais?,.. Y aura-t-U? dans l'avenir, une place pour chaque chose, et chaque chose, de nouvea^n, ^erart-elle à sa place?... Quelle éducation ou quelig loi rendra le travail obligatoire?
Trayc^il obligatoire! Mesure séyère. C'est vrai.
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Mais ce sont les circonstances qui inspirent les mesures ; ce sont elles qui, nous voulons bien y croire, feront les hommes. Le programme de régénération est vaste. Bien des réformes s'imposent. Les premières devraient être consécutives à l'impôt, car l'impôt est une chose qui tue ou qui vivifie. Chez nous, et depuis fort longtemps, il tue. Il opprime le citoyen, détruit sa personnalité, parce qu'il taxe l'effort, et que l'effort taxé empêche un autre effort de naître. C'est bien dange^ reux d'être puni par une augmentation de redevance, chaque fois qu'on fait preuve d'énergie, qu'on déploie une initiative. L'énergie et l'initiative, n'étant pas des crimes, ne devraient pas être punies; étant des vertus, elles devraient, au contraire, être récompensées.
Qu'y a-t-il d'étonuant, alors, que le citoyen devienne un dissimulateur? Qu'il s'ingénie à voler le lise? Ne l'y incite-t-on pas? La malhonnêteté germe là où les griffes du système fiscal ont fait saigner le travail, en s'implanti^nt d^ns sa chair. Le contribuable à qui l'on demande la bourse et la vie, n'est plus qu'un esclave, et, comme l'esclave, il apprend à mentir pour être le moins souvent possible la dupe des autres. Il arrive même que, pour se débarrasser du fardeau, on agit en masse. C'est I0 comble de la maladresse : des catégories d'individus se concertent 3ûur exciter les pouvoirs publics h handicaper :!eurs concurrents, en frappant la concurrence, comme si elle était un mal, elle aussi. Le Parlement s'oublie jusqu'à voter des lois d'exception.
La voie s'ouvre pour les conseils municipaux, qui s'y engagent allègrement; comme le dit Georges Darien, les coteries toutes-puissantes n'hésitent pas un instant à soustraire, quand elles le peuvent, leurs adhérents, aux charges fiscales. Les dégrevés de tout poil et de toute espèce fourmillent, et les répartiteurs d'impôts « agissent dans l'intérêt de groupements politiques, exonèrent scandaleusement leurs partisans, en surchargeant leurs adversaires. »
Quelques-unes des teintes de ce tableau s'adouciront, si notre industrie de demain possède un outillage perfectionné, si notre agriculture applique des principes modernes et si, enfin, les méthodes de notre commerce sont des méthodes améliorées.
En effet, l'outillage perfectionné, l'application des principes modernes, la mise en pratique des méthodes améliorées, sont seuls capables de nous insuffler à nouveau Famour du travail, l'espoir de la réussite, dans la constatation d'un bien-être plus facile, grâce à ces trois principes. Qui les appliquera, sinon nos entreprises modernes de toutes sortes?...
Le triomphe dumachinisne s'impose. Elles seules le provoqueront. C'est lui qui, inaugurant la loi du sommeil pour tous, supprimera tout travail de nuit et les veilles épuisantes, parce qu'elles seront désormais inutiles. L'homme-portefaix, l'hommecheval qui traîne des voitures, deviendront des
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anachronismes. On donnera au labeur toute sa dignité et les justes rétributions auxquelles il aura droit. Ce sera le triomphe de la journée de huit heures, inapplicable dans notre état social actuel; et ces huit heures de peine n'iront pas sans répit. L'outillage spécial de la cordonnerie, par exemple, exécute une paire de chaussures en trente-sept minutes; demain, étant plus perfectionné, il réduira encore le temps, cependant déjà très court. C'est à cette seule condition, généralisée pour tous les domaines de la production, que nos producteurs valides, lesquels ne représentent guère que 6 p. 100 de la population, suffiront, non seulement à tous nos besoins, mais aussi à ceux de l'exportation. Une usine de panification, avec quelques pétrins mécaniques et quelques hommes, de neuf heures du matin à quatre heures du soir, disposera du pain nécessaire à une ville comme Toulouse. Au moment où le relèvement des salaires devient le leitmotiv de toutes les conversations, on peut déjà constater que l'entreprise de concentration est susceptible d'augmenter singulièrement la valeur de l'heure-travaiL Si, en effet, on paie à l'ouvrier, présentement, pour huit heures, 2 fr. 50 X 8 = 20 francs, lorsqu'il ne faudra plus qu'une heure pour effectuer la même besogne, cette heure pourra valoir 20 francs. Qui, alors, préférera les hasards et les raccrocs comme moyens d'existence, au labeur raisonnable et bien rétribué, la seule chose peut-être qui moralisera de nouveau la nation, sans que des générations aient besoin dépasser?
LPS ENTREPRISES MODERNES
VQUh Ik lîORT DE LA ROUTINE
Beaucoup de ceux qui végètent derrière leur comptoir, peuvent s'apprêter à devenir, pour leur bonheur, les artisans de demain. Ce sont, n'en doutez pas, des forces perdues qui seront récupérées. Les forces économiques de la France ne peuvent plus être gaspillées comm^ elles le furent jusqu'à présent. Un individu, dans la société, ne peut et ne doit être qu'uD rouage utile d'une machine bien réglée; la plus faible parcelle de son énergie ne doit pas être dilapidée,
Or, je vous le demande, qu'est-ce que la n^ultiplicité des petits établisserueuts, sinon la force annihilée par mille côtés à la fois? Ce sont des sortes de puits saqs fond QÙ se cousomme, oti s'égare la productivité humaine. Que de milliers, que de millions de gestes vains! Que de ruisseaux de sueurs coulant en pure perte, en raison de l'inorganisation dont chacun d'entre nous est la victime plus ou moins caractérisée?,,. Mille boulangers pétrissent la pâte nécessaire au pain quotidien et d'une cité ! Ils ahanent au fond du fournil sombre et poussiéreux; tous les pores de leur peau sont de minuscules fontaines qui se déversent dans le pétrin; ils geignent, ils toussent, ils crachent!... Un seul boulanger peut surveiller les bras de fer mus électriquement, dans une entreprise de concentration commerciale. Il ne sue pas. Il ne geint point. Il ne tousse ni ne crache, et c'est cela surtout qui est d'une innportance, on peut dire capitale! Que de paires de br^^ à récupérer pour d'autres travaux urgents!
Cinq mille fruitiers, à Paris, de grand naatin
s'en vont aux Halles pour assurer l'approvisionnement d'un nombre égal de boutiques. Potin et Damoy n'ont que quelques acheteurs... Le travail des cinq mille fruitiers se compose d'une série de gestes et de marchandages qui se répètent inutilement. Si les cinq mille boutiques se réduisaient à une maison à succursales multiples, on éviterait plus de 4. 990 fois la répétition de ce geste et de ces vaines palabres.
Centralisons les industries! Centralisons les boutiques!
Les mille boulangeries et les cinq mille fruiteries, en outre, coûtent davantage à entretenir qu'un seul établissement. C'est le consommateur qui paie, et les hommes qu'il nourrit ainsi ne lui rapportent aucun bénéfice. L'émiettement de l'effort éloigne les résultats heureux. Las artisans des ateliers familiaux d'autrefois, les petits industriels, les petits commerçants, représentent l'émiettement de notre effort national, le piétinement sur place, la rouille, la misère collective, que nous connaissons surtout depuis la guerre.
Les mutilations et la mort, au cours des années douloureuses qui viennent de s'écouler, ont érigé ces considérations en primordiale vérité, à tel point qu'il est presque enfantin de s'appesantir sur un tel sujet. Il n'existe pas encore, il est vrai, de statistiques officielles pour étayer ce raisonne^ ment. Existeraient-elles, — on sait ce qu'elles valent, — qu'on n'aboutirait pas à une autre démonstration. Il faudra nous décider à ouvrir les yeux.
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C'est si nous ouvrons les yeux, que nous ne pratiquerons plus cette néfaste démagogie qui nous ruine peu à peu et prépare notre effacement de la carte économique du monde.
Certains, un peu trop exclusivement, d'ailleurs, ont considéré les coopératives de consommation comme le remède souverain contre les souffrances des classes laborieuses. Les coopératives de consommation sont les sœurs cadettes des entreprises modernes du grand commerce de détail qui, avant elles, s'adonna à la fabrication, donc à la production. En ce qui les concerne, je me permets de renvoyer le lecteur à mon livre : La Guerre, le Commerce français et les Consommateurs; au reste, j'aurais aujourd'hui fort peu de chose à ajouter à ce que j ai dit hier; elles obéissent autant, et plus que quiconque peut-être, à la loi universelle de la concentration qui, tout à Theure, fera graviter dans le même cercle, toute la production, toute la répartition de cette production, en même temps que toute la consommation. Comme les organismes auxquels ce livre est consacré, elles ne sont déjà plus que des succursales d'entreprises; en cette qualité, elles réalisent des bénéfices tout comme leurs concurrentes; les entreprises modernes procèdent du même principe initial, car la coopération s'affirme de plus en plus comme la pierre angulaire de notre évolution économique.
Si quelque obstacle, un jour, était susceptible d'entraver cette marche, notre ruine commerciale, industrielle, agricole, en serait la déplorable conséquence. Nous assisterions au phénomène regrettable de Tégrènement persistant de l'activité nationale, à l'heure où, précisément, il faut récupérer des producteurs. Le Bulletin de Statistiques et de Législation comparée, du Ministère des Finances, nous apprenait naguère que le chiffre de nos patentes était de 1 pour 20 habitants environ; c'est ainsi qu'en une seule année, Pau voyait s'élever de plus de 200 unités le chiffre de ses boutiquiers; Saint-Etienne, dans le même délai, voyait s'élever le sien de 1. 588 unités; Chalonsur-Saône, de 305; le Morbihan, de 1578. Ce sont là, il faut en convenir, des résultats plutôt attristants, car ils ne révèlent pas un surcroit d'activité économique, mais, au contraire, une véritable mort économique.
Tout le monde, en effet, se rend bien compte qu'il ne s'agit pas seulement de répartir des denrées. C'est là un acte secondaire. Ce qu'il faut, c'est produire, puisque produire, seul, peut nous permettre de consommer. La multipHcation invraisemblable du nombre des petits commerçants semble donc bien n'avoir d'autre résultat que d'arracher des bras à la terre et à l'usine, à un moment particulièrement critique. Si une maison qui réalise un million d'affaires, supprime cinquante boutiquiers, y a-t-il lieu de s'en montrer marri?... Assurément non, si l'on considère que la France a besoin de tous ses enfants; si elle a
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importe peu. Il y a, pour le consommateur, de longues années au cours desquelles il pourra bénéficier des avantages qui lui sont offerts. En attendant, protégeons de toutes nos forces les éléments précieux qui concourent à notre progrès social, ils constitueront, pour les arriérés, un encouragement, et surtout un exemple; notre effort doit tendre à la transformation radicale de notre commerce, de notre industrie, de notre agriculture, par la coopération progressivement plus complète. Tout ce qui serait de nature à empêcher la libre collaboration des intelligences, des énergies et des capitaux, doit être soigneusement écarté des lois et règlements qui constituent notre charte sociale. Notre idéal doit être qu'en France, tous les éléments d'activité collaborent, coopèrent entre eux, comme le font les cinq doigts de la main, comme le font nos bras et nos jambes, comme le font nos yeux et aussi ^ les rangées de dents supérieures et inférieures».
Il n'y à que les éléments parasitaires qui ne collaboreront point. Ils s'élimineront tout seuls. Nous ne les pleurerons pas, puisqu'ils retardent l'heure de l'harmonie économique, et qu'ils détniiraient même cette harmonie, si là coopération, matée d'une façon quelconque, ne s'opposait à leur déplorable multiplication.
Les Grands Magasins.
Ce sont les enfants de multimillionnaires partis de rien. Les Boucicaut, les Ghauchard, les Gognacq, les Bader, pierre à pierre, ont élevé des édifices grands comme tout un quartier, peuplés comme des villes de province, grouillants comme des fourmilières, rutilants et luxueux ainsi que des palais. Ils constituent la pléiade scintillante du firmament commercial ; chacune des étoiles grandit lustre par lustre, et même année par année. La plus récente est, sans conteste, « les Galeries Lafayette » ; elle ne tient point pour cela la dernière place. Gomme les autres, elle est le produit le plus jeune de l'évolution économique, engendrée par la concentration des capitaux, ellemême déterminée par Tiniiiative privée, la connaissance des besoins modernes, Tattrait des affaires.
Le grand magasin, dont on a dit tant de mal,
LKS GRANDS MAGASINS
n'a pas mérité tout le mal qu'on en a dit ; il a tout de même eu de la bienfaisance dans son action ; il a développé le goût du consommateur ; il a vulgarisé la mode française à l'étranger ; il en a imposé l'adoption ; il a accru le chiffre de notre production et, partant, celui de la fortune publique. Exportations de plus en plus nombreuses, de plus en plus variées : c'est à lui que nous les devons. Pour qui contemple le grand magasin et formule, sans parti pris imbécile, son jugement, on conviendra que cette vaste ruche scintillante et bourdonnante incarne, pour tout boutiquier, l'idéal le plus complet, le but merveilleux à atteindre, la chimère qui devrait être d'autant plus caressée, qu'elle est plus inaccessible. Gela, c'est la théorie. La réalité, c'est autre chose. La haine existe; la jalousie, l'envie, avec tout ce qu'elle a de mesquin et d'idiot, ne fait point place à l'émulation louable au cœur de tous les hommes. Il n'en demeure pas moins avéré que, si l'ambition légitime de parvenir demeure en nous, se confondant avec la soif ardente de la réussite, l'exemple de ceux qui sont <( arrivés », nous restera comme la garantie du succès convoité, la source d'énergie où plus d'un, le soir, sa journée terminée, viendra retremper sa force pour la lutte quotidienne qui ne cesse pas, qui ne peut pas cesser, même pour celui que la destinée a juché, comme sur un trône, sur le fauteuil directorial du grand magasin. Et c'est pourquoi un honnête commerçant, M. Magny, a pu dire, un jour, au Syndicat de l'Epicerie française :
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LES ËNTt\Et>RISËS MODERNES
« Je n'ai jamais critiqué les graiides maisons... Je^ les ai toujours défendues... Je n'admets pas qu'on les attaque, sous quelque forme que ce soit. Je les considère sans jalousie et plein d'admiration, en raison de l'énergie et dé l'intelligence qui présidèrent à leur éditication. Moi aussi, je veux prospérer et grandir! %.
^ Voilà, c'est net, c'est sincère ! Pourquoi chaque Français n'en dit-il pas autant? Nous nfe serions pas longs à devenir la première puissance commerciale du mondé. Evidemment, nous n'auriohs pas autant de grands magasins que nous avons de contribuables; là ri'est ni le but, ni la possibilité; mais nous aurions un regain d'activité qui nous profiterait sériéUsenitent et duquel nous avons bougrement besoin à l'heure actuelle où la vague de paresse rious atteint, nous submerge, occasionnaht une mort rapide, si hous n'y prenons garde.
Pour en revenir à l'èpiciér, il a raisOn. Gomment UU homme inlelligeuti eri effet, ne S'inclinerait-il pas (levant rexeelléncé des méthodes qui ont modifié si rapidement uue organisation commerciale et des pratiquer commerciales Séculaires? Passons au fcOhsommateUr, à feèlui qui n'a d'autrie ambition que dé trouver l'objet à sa convenance : comment m pas fcOUipréridrè et légitimer l'attrâctioU que lé hall merveilleux, l'étincellemerit des choses, lé chatoiement des couléUrâ, lés rutilauces du clinquant, exercent sur lui?... La mise en scèUe adéquate à la psychologie humaine, est un art véritable; c'est Uhé ilOuvellé brarlbhe
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de l'art ; elle se rattaché à l'art décoratif par plus d'urt côté. Elle résulte du goût cultivé, allié à 1 étude de la clientèle et de la marchandise.
L'étude de la clientèle et de lia marchandise se pratiquait autrefois plus qu'On ne la pratique aujourd'hui. Cela fait que le boutiquier, notre contemporain, ne se place pas autant au point de vue du public que ne s'y plaçaient ses prédécesseurs. Et c'est cette qualiléj j'allais dire cette vertu, dé ses prédécesseurs, qui l permis à rios as du Commerce de grand détail d'aboutir, avec un très petit capital souvent; mais, à l'insuffisance des capitaux, suppléait quelque chose : d'abord, eii tout premier lieu quelquefois; des circonstances favorables; mais, en premier lieu toujours, la connaissance de la clientèle et de ses goûts; Et c'est pourquoi de très humbles boutiques sont devenues promptement des embryons de grands ihagasifas ou des grands magasins.
Le commerçant d'aujourd'hui est en jiroie â la maladie courante; il voudrait Vivre et s'enrichir sans grand travail; il considère, bien à tort^ d'ailleurs'j que la clientèle est faite pour lui et non point lui pour la clientèle. SOn erreur est là cause la plus ordinaire de son piétinement; à peine estil aimable ! Dans ce cas, l'éch'ec le guette: Prétentieux, ne sachant pas vendre, il serait incompréhensible qu'il sût acheter. Eh ouvrant sa Doutiqué, il l'a garnie de marchandises variées qui finissent par être avariées, qui ne s'écouleront jamais ; après avoir voulu « épater » lé public, il s'aperçoit que le souffle lui manque; sa comptabi-
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lilé mêrre est en défaut; il s'en prend à tout, sauf à lui; il exècre ses concurrents et, surtout, il maudit le grand magasin.
Pauvre mentalité, qui donne de piètres résultats ! Il est bon peut-être de mettre sous les yeux de ceux qui luttent et qui espèrent, Thistoire succincte de ces grandes entreprises connues du monde entier, enviées ou honnies tour à tour, selon le tempérament de celui qui jette son regard vers elles. Et tout d'abord : les Galeries Lafayette, benjamin de cette pléiade de grosses affaires ayant acquis, dans le minimum de temps, le maximum de développement.
Leur origine ne se perd pas dans la nuit des temps; elle remonte à vingt ans à peine. Elles naquirent au coin de la Chaussée-d'Antin et de la rue Lafayette. C'était alors une toute petite maison, une boutique miniature, qui vendait quelques articles de modes, de menus objets de toilette féminine, des rubans et des voilettes particulièrement; elle n'ambitionnait même pas la clientèle des grandes dames du quartier; elle se contentait de celle des midinettes en quête du morceau de chiffon dont elles se parent adroitementde celle de la petite ouvrière qui ne paie pas cher la fleur, rose ou bleuet, ornant son chapeau. Le nombre des acheteurs grossissait peu à peu. La réussite se dessinait, grâce à la coquetterie de l'étalage, et aussi, il faut bien le dire, à la qualité des marchandises vendues.
C'est alors que le petit commerçant du n^ 1 sentit germer Tambition dans son cœur. 11 créa
d'autres rayons, s'adjoignit chemisettes et peignoirs. Oh! il était trop prudent pour envisager la grande confection!... Il y songea plus tard... quand il vit que la clientèle élégante franchissait volontiers, elle aussi, à l'occasion, le seuil de sa boutique. Nécessité fait loi. L'importance de la maison de commerce s'accentuait; celle des rayons devait croître parallèlement; c'est ainsi qu'un beau matin, on put voir, à la devanture, des articles touchant à la toilette des femmes. Surprise! On offrait des robes toutes faites!...
La petite boutique, il est vrai, s'était amplifiée déjà; elle avait un instant compris tout le rez-dechaussée de l'immeuble; elle s'étendait à présent, aux divers étages. Elle avait mué en magasin. C'est ainsi que fut acquise, par la force des choses, la maison voisine, len^ 3. Oh! il était impossible encore d'utiliser les locaux tous à la fois. Qui veut aller loin, ménage sa monture. La sagesse des nations est également celle des commerçants. Et puis, il fallait attendre que les baux des locaux prissent fin... Quand ce fut nécessaire, les départs s'activèrent à coup d'indemnités.
C'est alors que se dessina une espèce d'hésitation. Pour grandir encore, il fallait s'étendre sur la Chaussée-d'Antin ! Bien sûr. Mais la concurrence était là, qui veillait, apportant bientôt des entraves. Notre petit commerçant, qui était devenu moyen commerçant, n'hésita pas : il franchit la rue et eut boutique nouvelle de l'autre côté. Audaces fortuna j'uvat. Et il eut raison. C'était en 1899, lors de la formation des Galeries Lafayette
ti
o.nKn ''' ^^'^'*' anonyme, au capital de f.mO actions de lûQ francs, ce qui faisait 2.30Û.0ÛÛ francs. ' ^
Depuis, quel chemin parcouru!... La Société, aujourd hui, est au capital formidable de 40 mil-
or'.n^ ^'^^^^' ^^^^^ en plus, une émission de ^0 millions de francs d'obligations. Le chiffre d'aftaires, en quinze ans d'exjstence véritable etd'efiorts soutenus, est monté de un à cent cinquanH millions. L'entreprise s'est classée, d'un coup', au rang des grandes entreprises commerciales. Leschillres subjuguent; ils projettent une lumière éclatante sur les années d'espérance et de lutte au bout desquelles souriait l'attrayante chimère, la Victoire, pour parler juste!
Il vous semble que, pour réunir un capital aussi formidable, il faille un nombre d'actionnaires si grand, qu'il était, ce nombre, impossible à trouver'? Hirreur. Mais la confiance était nécessaire. Elle régnait. C'est ainsi que la souscriptipn s'effectua sans qu il fût utile de sortir du milieu des actionnaires primitifs. Et le magasin d'hier devint toute une ville. La maison se métamorphosa, pour ainsi dire, en l'important îlot immobilier qui s étend entre les mes de Mogador, de Provence, de la Chaussée-d'Antin et du boulevard liaussmann. Les dixmètrps carrés de la boutique d'autrefois s effacent très humblement dans les dix mille mètres carrés actuels, à peine suffisants à 1 exploitation. Quel esprit, devant la grandeur de 1 œuvre colossale, n'est pas enclin à l'admiration la plus sincère?
\m GRANÇ^S MAGASINS
Désormais, le rôle d^^ Galeries Lafayette est définitif. Elles serviront au déyeloppem^nt d^ la n:^Qde; elles preqçJront une allure essentiellemeiit parisienne, (( un chic ^ i^discuts^ble qui rapppil^r-a la joliesse, la grâce, la beauté sous tou^ se^ aspects, soqs toutes s^s forpies et soqs toutes ses couleurs. P^vis règne ^ur le mQpde p£^r' ^es richesses et sou bon goût... L.a Nouvpç^uté connaît désormais un essor mondicil en qvioi réside incontestablement les causes de %.m, ïnuUiples transformations. C'est par le fait d'efforts s^mblc^hlcs que le chiffre de no^ ej^portations s'accroît dfe pins en plus. L'exeniple est ^nivi par les concurrent^, les initiatives se multiplient, leg objets ^ont dfi plw9 en plus jolis, de pjlus en plus enviables, c|an3 Icnr
ensenable ; ils suivant toujours davantage le goût
dans ses évolutions. Le magasin qui vendait seulenaent du classique géyère, ton^be dan^ If^doiflaine des neiges d'antan et de l'histoire ancienne. Ce qu'il faut, ce sont les coupoles, élancées, las immenses baies lunaineusps, le^, enluminures de vitraux, les conlenr^ chantant pour les yeux lewF» réjouissantes harnioni^s... Ce qn'ii faut, c'est le confort moderne, ta inmière et l'espace ; des tapis pour les pieds, des ascenseurs pour les jambes paresseuses! Enfanter une oeuvre qui soit comme un impérissable monument ^. la gloire du commerce intérieur et à celle de la renommée française, qui s'accommode ^i bien de la ceinture dorée : voilà le but!... Cette o?wvre, colossale, existe; elle est due à un homme qui est devenu une des personnalités les plus en Yue du monde commer-
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cial, parce que la nature Fa doué d'une puissance de travail énorme, d'un esprit d'assimilation véritablement universel, grâce auquel il est la plus remarquable synthèse des hommes d'affaires de notre époque.
Vous tous qui peinez et rêvez d'un avenir souriant, vous avez en cet homme un modèle que le succès n'a pas grisé et qui ne s'endormira jamais sur ses lauriers. Comme autrefois, vous le trouverez le premier à la besogne ; vous l'y trouverez aussi le dernier, ne prenant jamais de vacances, s'occupant de mille détails, qu'il s'agisse des catalogues et de leurs dessins, des modèles et de leur choix, ou des rouages variés que compose le personnel.
Il serait injuste de dire que les 150 millions d'affaires d'avant-guerre ne sont pas aujourd'hui multipliés, en raison de l'augmentation du prix de tout, ou, pour parler plus exactement, en raison de la diminution de la valeur de l'argent. Et l'on doit dire aussi que les bénéfices n'ont pas forcément subi la même multiplication, à cause des charges dont le personnel grève, de plus en plus, les entreprises. Néanmoins,, le résultat est absolument typique; il a été favorisé, il faut bien l'avouer, par des liens étroits entre le Directeur, la Bourse et la Haute Banque; mais enfin, le résultat est là, et c'est bien l'essentiel.
Le type des grands magasins était connu, puisqu'ils datent de 1850. 11 n'y avait qu'à imiter; et les gérants, ayant, comme rémunération, un pourcentage des bénéfices, parleur dévouement, leurs
efforts, aidèrent à la prompte multiplication des rayons et à la progression, aussi constante que rapide, du chiffre d'affaires. On aperçoit, par là, que M. Bader n'est pas un patron dans toute l'acception du terme. Le véritable patron, c'est le capital souscrit par des financiers et des rentiers, pour qui les bénéfices des entreprises similaires étaient les appâts les plus tentants.
Faire des Galeries Lafayette le palais de la femme, dans notre époque de décomposition morale et sociale, fut, commercialement, une idée heureuse. Une certaine clientèle avait des besoins, elle a trouvé à les satisfaire, rien de mieux; ce n'est pas nous qui ferons grief aux Galeries Lafayette d'aider au gaspillage familial, en répandant le goût insensé du faux luxe et l'excitation des désirs malsains. Cela a de lointains rapports avec la morale, peut-être, mais cela n'en a point du tout avec le point de vue commercial.
Au reste, il faut bien convenir de ce que, si les vices sociaux servent au développement des grands magasins, ils n'y concourent point seuls. Les qualités commerciales ont une influence plus grande encore. Les expositions de blanc attirent aussi bien les coquettes que celles qui ne le sont pas; les occasions des soldes éblouissent la mère de famille la plus sérieuse, tout autant que la demi-mondaine dont le porte-monnaie s'efflanque tout à coup; les étalages séduisent l'unanimité du beau sexe, et la publicité, abondamment distribuée, sait capter jusqu'à la clientèle des plus obscures concierges, retirées au fond des loges.
LKS ENTRBI'RISES MODERfJKS
LES OpANDS MAGASINS
le directeur d'un grand magasin, ^'i\ n'^ pas les brUlfintps qualités stratégiques qui pourraient 1 ériger en générai sur ^^ phamp de balailie, est un chef tout de même. On pourrait dire un grand chef; il commande à des troupes dont l'elTeclif correspond h cplui d'wne division. L'objectif est déterminé; il s'agit de l'atteindre dans \e pUis bref délai, avec le minimum d^ risques — lisez de pertes, et le mot est exact. G'ost par 1^ que s'assure le mî^ximum de béqéfices. Le moindre des efforts ne peut pas plus être dans l'ombre, que le plu^ cousidérabje. îes. nouveaux services ne doivent pas plus cbômer que les anciens; les sousordres évoluent 1^ l'iustar du patron; le travail divisé assure la rentrée des fonds, la manipulation de ceux nécessaires aux açj^ats; une innombrable correspondance se classe comme par enchantement; îa plus insigniftante des lettres reçoit satisfaction ; la clientèle va, vient, circule, interroge, suppute ; les spécialités p'ont rien de caché pour le personnel, qui en parle de façon aussi savante que de l'article courant. Tout ce brouhaha, au fond, c'est de l'barmonie, et cette cacophonie, cette bigarrure de la foule qui s'empresse, c'est de la méthode et du ^ucpès. Biep mieux, on reprend, après une livraisou rapide eu vifle, dans la banlieue et jusqu'au fond des départements, les articles dont l'acheteur a pris po^ses^ion, mm qui ne lui plaisent plus!
Quel casse-tête ! Combien d'entre non^ fieraient capables de le supporter?... Vraiment, pour exercer un tel métier, bieu que la machine semble
rouler toute seule, il ne faut pa^ être le premier yenul « Un^ fois bien montée, dites-vous, on n'a presque pas besoin de ^'m occuper. » Qui, mais il fallait la paoïitev.
M. Ernest Cogn^i^q, çivec les grands magasins de la Sam^ritaiqe, Çist le dojefl de c^u^ qw\ oflt travaillé, mais qui ont réussi d^ns le genr^. Si Ton considère sa naissance et son éducç^^tifto, pu conviendra que rien ne paraissait le destiner d'uue façon plus particulière h sa haut^ fortune couimerciale, qui fut moins rapide qu^ celle de M. Bader, et qui, eu tout cas, est intinimeut plus sûre, puisque la légende s'est accréditée qu'il y a quelques années, le richissime propriétaire de la rue de la Monnaie avait tiré une épine sérieuse du pied de son çQucurrent. 11 s'agissait, tut-il tlit, de plus de 200 millions. Une paille \
Le petit-fils du bijoutier de la Rochelle, qù il naquit en 184Q, passe à juste titre, croyons-nous, pour la puissance d'argent la plus considérable, après M. Gaston Menier. Celui-ci, avant la guerre, avait large n^ent dépassé le milliard ; celui-là était tout près de l'atteindre. Si la prédiction en ayait été formulée, alors qu'il accomplissait ses études, grâce à une bourse, — il n'y a pas de hontes à l'avouer, — au petit Sémin^^irc de Pons, Qù il resta jus(ju'à quatorze^ ans, il n'eût pu, certainement, en croire ses oreille^.
Commerçant? Certes, il s^ doutait qu'il le serait un jour, car, très jeunçi, il se montrait disciple avisé de Mercure, et certains de ses conteuiporains qui Font connu» proçlannent que c'était du génie,
LES GRANDS MAGASINS
— peut-être parce qu'il a réussi. On a toujours du génie lorsque Fadversité, loin de frapper à votre 3orte, la fuit, pour ne point troubler, à votre seuil, a fortune qui s'y est installée. Le jeune Cognacq transformait son pupitre et l'armoire du vestiaire, en magasin d'appareils photographiques qu'il achetait à leur prix, naturellement, mais qu'il ne revendait pas à perte, aux touristes qui, d'aventure, s'avançaient en ces parages.
De longues années s'écoulèrent ainsi. M. Ernest Cognacq, un beau jour, comme ses camarades, atteignit la trentaine. Seulement, il avait pu réaliser un rêve : amasser un petit capital. Il allait pouvoir en réaliser un autre : venir à Paris, que ne cesse de régénérer la province.
Il loua, rue du Pont-Neuf, un magasin minuscule dans lequel il vendit, non plus des appareils photographiques, mais des étoffes. La boutique était louée au mois. Les ressources ne permettaient pas autre chose, et notre commerçant connaissait le proverbe : On ne s'embarque pas sans biscuit. En outre, voulant aller loin, il ménageait sa monture, comme on dit.
L'année suivante, 1870, fut une année de malheur pour nous, mais une année de bonheur pour lui. Sa bourse lui permettait de prendre la boutique à bail! Deux ans plus tard, il possédait 10.000 francs. N'était-ce point la possibilité d'entrer en ménage?... Mademoiselle Jay, « première au rayon de confection du Bon Marché, » devint madame Cognacq, en apportant une dot de vingt billets de mille, approximativement.
1871. Année plus douloureuse encore que la précédente pour notre pays, mais année plus heureuse encore que la précédente pour M. Cognacq. La boutique de la rue du Pont-Neuf s'est métamorphosée; ce n'est déjà plus une boutique; c'est un magasin; ce n'est même pas un petit magasin, mais un moyen magasin, un magasin honorable, où une bonne dizaine d'employés gravitent autour du comptoir. Chaque mois, en passant, affirme un peu plus de vogue; les employés s'ajoutent aux employés ; les centaines de milliers de francs s'additionnent aux centaines de milliers de francs et constituent un chiffre d'affaires qui atteint près du million, trois ans plus tard, exactement. Les millions s'additionnèrent aux millions, comme les centaines de milliers de francs s'étaient additionnées aux centaines de milliers de francs. Peu à peu, la boutique primitive devient un pâté de maisons, si bien qu'en 1906, une annexe est nécessaire. On la construit. Le chiffre d'affaires dépassait alors 100 millions. Il ne cesse de s'accroître. Nul ne peut prévoir quelle en sera la limite. M. Cognacq en est revenu à ses premières amours commerciales; il vend de nouveau des appareils photographiques; il ne vend pas que cela ; il vend de tout; de tout. En 1914, il ouvre un comptoir d'alimentation. La première année, ce comptoir réalise 400.000 francs d'affaires; l'année suivante, il en réalise pour quelques millions ; dès la troisième année, plus de 14 millions y sont dépassés.
M. Cognacq dort sur ses lauriers. Il se repose, croyez-vous. Quelle erreur ! Ni monsieur, ni ma-
LES ENTREt>HlSÈS MODEÏiNES
LES GRANDS MAGASINS
dame Cognacq n'ôtit cesSé de diriger en personne leur entreprise; à l'âge de quatre-vingts ans ils irlohtreht ehcOfe l'eiërWple du travail fet de là persevét-ahce. Ils n'oht troUVë dfe là joie quë dans le labeur qui leui- donna la fëUssîte. Ils rie iriUirbnt de la vie jamais; -jamais autrement qu'ils n'en ont JOUI. Les épicuriens èourieut et les paresâeux n eh reyienUfeni pas La vaillante cbmmei-ciale du hls du bijoutief de la Rdehellë fest intacte ; elle lui fait bi^Vfer les ertUniè inévitables, sUrtoUt pdf ces temps de lutte contre les nie^câhtis ; lés articles de J^Urri^u*; les rapports fcbt-së^ à îa Ghàtabre «tes députes, et qui vbulteht déhOhbei- d'èi âéandales, Ibs sais.èâ de comptabilité, n'ëtaëUvéht pomt le couple qui, après tout, y trOuve peut-
?^ ""! fPf.J'^»'^«^^c'e. - la jouissante supérieure et definilive qui rie les éttipôbhe poirit de se faire appeler, de temps à auti-te, « Garnégies ffançâis. 5) M. COgnacq, qui n'hésité pas à inter\?ëniten personne quand une athéteuse fait l'emplette
hL'î'i?! ''"' t ^'"^ '^^^ d'aiguiiles, mérité Biéri; apt-ès tout, l'honnéur qu'on lui fait et l« confeidërdtion qu'on lui donne.
Son histoire, au fohd, nous démontré tîuë l'ar ^bnt dépensé pour attirer lé publib, ri'ësl pas de 1 ai-gent pbfdu ; elle noué démOnti-ë aussi ddé si le public a l'habitude de franchir une BOfte il' ne perd pas aisément cette habitude. Dans Une grande cité corhme Paris, la foule prend les aspects dés vagues de 1 océan; il s'y détermine des cOuraUts. comme dans les mers ; le tout, c'est dé savoir attlfér ces courants vers la maison de commerce
que Vôh dîHgé, — Û, au bëâôiii, de les faire naître. Dans cet ordre d'idées, il serait irtjusle de passer sbUs silence TtieuVrë dies autres virtuoses dont l'odyssiéé t-eââerhblte & dei fcoht'es de fëës, où des héros firent la conquête de V<Sv avec une mise de fonds qui se IrésUUiait dans TâUdacé, daris Vesprit d'initiative^ dans riutëlligence, dahs l'énergie, pour l'application d'iitie idée nôUvëllë.
Tout lé rtidudé bohhaît le rtorh d'Alffted Chauchard^ lé fohdâteùr dés tîiagasihâ dU LouVre. Il aut-ait cent àU^ l'année prôthàine. — Les patriarches oUt vécU davantage ; ChëvréUl auàêi. — La carrière ëôintnércialé lé pHt à qliirlÉëanâ; sbh athbition, paraît-il, eût été dé cohtmuér âés étUdës, dé les terUiihél-d'tihè façon brillarile, c'èst-â-dirë, feothmè tout le monde, par l'obtentloil dé di^lôiiies parfois inutiles et s'ôliVfeUt Ubiâibleà. Ils éUâséiit pëUt-êtrfe été nùiâlbles Au jëuUë Chauchard ëU ce qu'ils eusseUl pu lUî doUher, de lUî-Uièhie, uhe bpirtlon que, certes, il U'iàVaitpas... Là |)rétention, le faux savoir, risquaient alors d'en faire, èoil UU âvô'càt-, sôil Uri officier, soit un hoUime de lettres, soit... liU t-ohd-dë-cuîf de pUisfeaHlé fet fainéante àdtttiriiêtraliDU. Ce qui fait le iliàlhëUt* de l'Un h'obca- Sîôhne |)àâ tÔUjôùi-^ lé iiiàlhëur de l'aUtre; lia prëUvë en est quë^ ce qUë beaUcOUp eussent cbtisidérë pour eux-mêmeis comrtte Uue catastrbphé-, n'ëU était point Une poUr Chauchard. Il se ptèparia au rude travail ël dêviUt employé aU mà^siu du Pauvre diabi'éy — un nom symbbliqUe, pour l'époqUé et pour Chauchard, dU molttâ^ — auk appointements de 100 francs par mois.
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Les choses prennent de la relativité lorsque le temps et Fespace les séparent. Les 100 francs d'alors, — on était en 1836 — correspondaient allègrement à 1.000 francs d'aujourd'hui. Enfin, bref, dix-sept ans plus tard, Chauchard, qui dépassait la trentaine, avait mis 40.000 francs de côté; l'amour de la brocante l'avait gagné et, lui, il avait gagné son argent — un autre amour! Cependant, pour se rendre indépendant, pour s'installer à son compte, et, dans ce cas, bien faire les choses, qu'était-ce que 40.000 francs? Bien peu, assurément. Tout au plus, 400.000 francs de notre époque. Mais Chauchard possédait en plus un don précieux : l'éloquence. Ce n'est point de la monnaie sonnante, mais, à l'occasion, elle est fort susceptible de s'y convertir. Elle aide à convaincre ceux que Ton rencontre ; elle force à nous écouter les gens les moins attentifs ; elle délie, finalement, les cordons des bourses les plus hermétiques, et provoque, quelquefois, des accès de- générosité. Chauchard en connut les bienfaits. Il s'associa avec M. Hériot, chef de rayon aux magasins de la Ville de Paris, avec lequel il avait noué quelques relations sous Tinfluence du rasoir, de la tondeuse el du schampoing; ce qui démontre Futilité du coiffeur pour ceux qui sont les assidus de son salon, ouvert à tout venant. Mais, si leur capital espoir, savoir-faire et volonté, était considérable, leur capital réel l'était moins; pour le grossir, ils s'adjoignirent un M. Faret qui, avec confiance, leur apporta 100.000 francs.
Débuts pénibles ! Les difficultés de toutes sorte»
LES GRANDS MAGASINS
surgirent; les bénéfices étaient inappréciables, autant dire nuls. M. Faret s'effara, et, en 18S4, se retira de l'aventure. C'était le coup dur; mais un coup dur se supporte comme un autre, quand il le faut. Chauchard prépara son boniment, prit son courage à deux mains, — peut-être celui que donne le désespoir — et s'en alla trouver le plus riche banquier de l'époque, M. Péreire.
— Je vous demande, lui dit-il, de me louer une partie des vastes immeubles que vous venez d'édifier en face du palais du Louvre!
C'était « du culot. » Péreire, ne jugeant point mauvaise l'opération, écouta Chauchard, qui le persuada; il lui céda à bail vingt mètres de façade sur la rue de Rivoli, vingt mètres sur la rue de Marengo, dix mètres sur la rue Saint-Honoré. Ce furent les magasins du Louvre !
La fortune, qui sourit habituellement aux audacieux, sourit une fois de plus à nos compagnons de déboires et de veine. Elle leur sourit tellement que M. Hériot, en mourant, dès 1879, laissa 70 millions. Il y a dix ans, les actions du Louvre, émises à S. 000 francs, rapportaient, chacune, annuellement, 20.000 francs I M. Chauchard, qui vécut jusqu'en 1909, laissa à des héritiers fameux, non par leur parenté avec Tillustre commerçant, mais par leurs qualités et leurs noms politiques, une somme de 250 millions, qu'ils se partagèrent, — naturellement. A l'Etat, M. Chauchard légua sa collection de tableaux, estimée à plus de 30 millions!
Pour gagner de l'argent quand on en dépense
34 LES ENTREPOSES MODERNES
beaucoup ou quand les affaires ne vont pas très
hLnTl faut savoir relever discrètement les pnx
n^^santlrS^e au public que la -f - ^ est
avantageuse et écoulée au. ^^^^^7;/^ ^^^j ^'f^ C'est là le grand rôle qu'ont à jouer les . occasions > Elles masquent la réaUté ma., pas a te po nt cependant; puisque les cUents. f J^;-^' f J^ ^^ rendent un compte cKact de la valeur des choses
envahissent les magasins de ^P^«*^^^f, 'J^^J^^^^ diaires entre le grand magasm de «o'^veautés et le petit détaillant-, là, la plupart du temps, ils trouvent plus de choix, à des prix égaux ou très peu supérieurs. C'est ce qm explique la prospecté des éUissements installés dans l'ambiance de ces grandes maisons qui ont les moyens d appeler à elles la foule, par l'attrait de leur clinquan Sa sonorité des échos qu'éveille une savante et large publicité, laquelle paie, en outre, les bienveillances de la presse. R^.,^ip«„f Le doyen de ces grands hommes. Boucicaut. connut la même vie agitée dans ses origmes modestes. Il était né à Ballème, dans le département de l'Orne, en 1810. A dix-huit ans, il était torain. Il déballait sous la tente, sur les marches du chetlieu de canton de la région, des marchandises de toutes sortes : des occasions ! Après sept ans de ce métier plus ou moins nomade, Aristide Boucicaut sentit les aspirations naître en ui ; Pans qui le fascinait le prit, le conquit. Une place, dans un magasin de nouveautés, lui assura son assiette, au propre et au figuré; comme il avait des aptitudes, il devint rapidement chef de rayon.
LES GRANDS MAGASINS
— Chef de rayon ? dit-il. Peuh ! qu'est-ce que cela? Rien, puisque je n'ai ni l'indépendance, ni tous les fruits que mon travail est susceptible de me donner.
Il résolut de s'établir à son compte, et, comme l'association, quand elle est sérieuse et bien étudiée, double les ressources de l'individu, si elle ne les multiplie, Boucicaut s'associa à un ami et fonda, en 1852, à l'angle de la rue du Bac et de la rue de Sèvres, le Bon Marché, alors tout petit magasin; magasin moins que boutique. Une veilleuse qui baigne dans l'huile et qui fume attire moins de papillons qu'une lampe électrique. Clientèle clairsemée. Affaires médiocres. Les tem- Dêtes quotidiennes; les caps jamais doublés ; le abeur, l'incertitude, la ruine au bout. Quelles perspectives! Comment surmonter toutes ces difficultés? Comment les vaincre? On sait le trait de génie d'Emile Menier, le père de Gaston Menier : il consista à dire, en souriant, devant des stocks de chocolat qui moisissaient :
« Le chocolat Menier, le nneilleur, puisque, le seul qui blanchisse en vieillissant! »
La fortune, c'est souvent un mot, une phrase, une formule, à condition que le mot, la phrase ou la formule, expriment, sinon une idée, dans le sens absolu, mais, du moins, quelque chose de neuf. Boucicaut, lui, proclama, en face du néant de sa caisse :
« La marchandise, ayant cessé de plaire, est remboursée! »
Voilà bien le trait de hardiesse et de génie I La
réputation du vendeur se répandit de rue en rue, de quartier en quartier; cette innovation jeta des quantités de femmes dans la boutique; elles s'y pressaient comme sardines en boîte, et, plus elles s'y pressaient, plus il en venait; du matin au soir, c'était la même cohue; la boutique eût été ouverte la nuit, qu'on y fût venu des quatre points de Paris. Il fallut f agrandir.
L'associé de Boucicaut frémit jusque dans les
moelles.
— Agrandir!... Penses-tu, Aristide?...
Et ses nuits se peuplaient de cauchemars. Son rêve, c'était la petite boutique pleine, toujours pleine. L'architecte, l'entrepreneur, ne lui disaient rien qui vaille ; ils symbolisaient le spectre de la misère, de la ruine, dans la satisfaction d'une ambition démesurée. Le pauvre homme était né pour être petit commerçant et pas autre chose : effrayé, apeuré, il se retira en 1863.
— Puisque je suis seul, se dit Aristide, c'est bien le moment de mettre les bouchées doubles 1
En avant!
De 1869 à 1872, l'immense bâtisse du Bon Marché moderne fut édifiée. Elle occupa plus de 6.000 employés, brassa des millions. En 1877, Boucicaut, en mourant, laissa une fortune de plus de 100 millions; sa veuve divisa le capital représenté parle Bon Marché, en 400 actions de 50.000 francs chacune, et en donna « gratuitement » 150 à son personnel, en lui laissant les plus grandes facilités pour acquérir le reste. Elles furent divisées en huitièmes, et les huitièmes rapportaient plus
LES GRANDS MAGASINS
de 3.000 francs par an avant la guerre. Le Bon Marché est devenu une espèce de coopérative ; la machine était bien montée ; elle marche en raison de la vitesse acquise; mais un peu de poussière tombe déjà sur les rouages ; on verra si le mécanisme doit garder toute son exactitude.
La réputation de chacune de ces grandes maisons a franchi les mers. La clientèle s'étend jusqu'en Amérique. Et pourtant, que sont nos grands magasins, en regard des grands magasins des importantes cités des Etats-Unis! Le nombre des employés du Louvre, du Printemps, du Bon Marché ou des Galeries Lafayette, est, là-bas, largement dépassé, et même de quelques milliers. Quant aux innovations de M. Gognacq, et relatives à l'adjonction de ralimentalion à la nouveauté, elles semblent pales à côté de celles de ses confrères américains. Ceux-ci, en effet, vendent tout ce que vendent M. Gognacq et consorts, mais ils vendent, en plus des cigarettes, des côtelettes, des singes ou d'autres pensionnaires de ménagerie.
On entrevoit d'ici le succès d'un rayon des tabacs à la « Samar », par ces temps de crise! L'embargo de l'Etat nous a empêchés de voir ça. Et, si nous avions pu le voir, nous n'aurions pas eu la crise. On n'a bien pas connu celle des petits pois ! Gela prouve la supériorité des hommes comme Gognacq sur tous les ministres, même ceux de nos malheureuses Finances publiques.
Nous nous américaniserons. Mais lentement. Ainsi, en dépit de la mauvaise réputation des
LES GRANDS MAGASINS
bouchers, parmi les consommateurs, on serait volontiers tenté de trouver des rayons de boucherie dans nos grands magasins, comme les Yankees en trouvent dans ceux de New- York. Ces rayons ne seraient, certes, pas les moins fréquentés, par les temps qui courent. Oui, mais il ne faut point faire les choses à demi : comme à la Siegel Cooper Company, les rayons d'alimentation, s'ils étaient complets, ou si, dans nos grands magasins, ils méritaient réellement cette dénomination, les rayons d'alimentation, dis-je, devraient s'étendre comme ils s'étendent là-bas, sur une grande longueur : plusieurs centaines de mètres. Voisinant avec l'épicerie, il faudrait des frigorifiques où s'étaleraient, sous vitrines, les denrées les plus diverses : fruits, poissons, viandes, salaisons, etc. La laiterie elle-même, installée de la façon la plus moderne, ne pourrait faire défaut; on y fabriquerait, par les procédés les plus perfectionnés, le fromage et le beurre ; on vendrait aux cuisines des plats tout préparés, et des maîtres-queux, cuisiniers habiles ou simples bonisseurs, donneraient des recettes aux clientes désireuses d'en connaître.
Ceux qui liront ceci ne manqueront pas d'observer :
« Mais, avec tout cela, nos Grands Magasins, qui sont déjà des capharnaûms, deviendront bien plus encore! Le diable lui-même n'y reconnaîtrait plus ses enfants 1 >
Evidemment, si l'on tient compte de l'agencement de nos Grands Magasins. Mais, s'ils étaient
installés à l'américaine, il n'en serait point ainsi. Chaque section, là-bas, occupe un étage, parce que les magasins sont en hauteur, alors que, chez nous, ils sont en longueur et en largeur. La disposition des sections par étage est, évidemment, la plus pratique : on superpose la nouveauté, l'habillement, l'ameublement, les antiquités, les curiosités artistiques, la bijouterie, l'horlogerie, l'alimentation solide, l'alimentation liquide, laquelle a sa place tout indiquée dans les sous-sols. Cela indique plus d'ordre, plus de méthode. Mais, ce qui est possible là-bas ne l'est pas ici. Il nous faudrait des gratte-ciels qui détruiraient les harmonieuses perspectives de Paris, qui nous sont si familières, et que les étrangers ne dédaignent pas. Cette impossibilité sera peut-être à jamais la cause d'une espèce de stagnation économique.
A cause de l'étendue que nécessiteraient de tels services ; à cause du prix exorbitant qu'atteint le sol parisien, mille services utiles ne peuvent être agencés chez nous comme ils le sont à la Siegel Cooper Company, où les salons d'essayage figurent tout aussi bien à l'ameublement qu'à la nouveauté. En effet, on essaye une chambre à coucher, un cabinet de toilette, une salle à manger, un bureau de travail, comme on essaye un pantalon, un pardessus, un chapeau ; il faut, en effet, des pièces ad hoc aux meubles ; les murs, leurs tapisseries, sont comme des cadres dans lesquels on met des natures mortes. Cela exige de l'harmonie. Chez nous, on achète à vue
Il 1 1» !■■ III mimi
LES GRANDS MAGASINS
de nez, on se représente tant bien que mal ce que cela donnera. Nous avons cependant la réputation d'être le pays du meilleur goût. Il faut croire qu'elle n'a pas été difficile à acquérir. Pour s'en convaincre, il n'y a, d'ailleurs, qu'à comparer l'installation d'un intérieur bourgeois dans notre pays, et l'installation d'un intérieur bourgeois dans la plupart des grandes villes étrangères. On 'conviendra rapidement que le confort n'est pas chez nous, ni le luxe non plus. Et c'est regrettable. Les Grands Magasins, qui ont eu sur les tendances du public une action heureuse à plus d'un point de vue, pourraient en avoir une bien plus heureuse encore en développant le goût de la foule qui les fréquente.
Ils y tendent, d'ailleurs; pour s'en convaincre, il n'y a qu'à considérer leurs étalages, où les couleurs ne crient pas, où tout s'harmonise de façon heureuse, en général. Mais, montrer aux clients un salon dans un cadre composé tout exprès, n'équivaut point à le montrer dans le cadre que Ton devra composer, et que l'on tapisse, et que l'on décore, sur-le-champ, au gré de l'acheteur, qui juge de l'effet des choses sur lesquelles il fixe son attention.
On reproche aux classes laborieuses françaises d'avoir pris goût au poulet, au gigot, aux pâtisseries diverses ; on leur fait un cinglant grief de s'être embourgeoisées ; voit-on, en effet, une femme du peuple se vêtir, non pas à l'instar des marquises, mais décemment, mais proprement, ayant l'amour du linge propre et des toilettes convenables?
— Quel scandale, ma chère! Ces gens, ça ne doute de rien !... Ça prend des bains trois fois par semaine! Comment ça pourrait-il avoir quatre sous devant les mains? Ça mange tout!
Qu'ajouterait la commère, si les gens du peuple se mettaient à essayer des salles à manger, des chambres à coucher?... Quel supplément de « raffut » dans Landernau !
— Ça vit comme des millionnaires ! Et ça devient fainéant!
Nous avons beaucoup à faire, ne nous le dissimulons pas, pour nous mettre au niveau des étrangers. Ailleurs, on mesure moins parcimonieusement la quantité de bien-être à donner aux travailleurs, et, quand ils arrivent à se procurer ce bien-être, on ne le leur reproche pas!
Quand on compare l'armée du travail, aux Etats-Unis, à l'armée du travail en France, on constate des différences énormes. Là-bas, paiement considérable, sobriété, laconisme, attention, nerfs calmes et pondérés. L'Américain mange plus de viande, il absorbe plus d'œufs, plus de sucre et de café que le Français ; il a des besoins intellectuels et professionnels que nos compatriotes ignorent; il lit, il assure sa vie plus confortablement; il s'amuse mieux, il trouve le moyen de consacrer un franc pour cent de son salaire, à la charité; trois pour cent aux livres et journaux; davantage au chômage, à l'amusement, au tabac, etc. Et l'on dit de lui qu'il est le premier ouvrier du monde, — avec raison, d'ailleurs.
Il y a là une différence d'éducation, tout sim-
LES ENÏP.EPRISES MODKRNES
LES GRANDS MAGASINS
plement. Eh bien ! cette éducation, les Grands Magasins peuvent contribuer à la donner, en propageant le goût du luxe, car nous devon» partir de ce principe : plus les ressources de Findividu seront tournées vers le confort, qui est toujours le luxe, moins ces ressources s'évanouiront en alcool, devant les comptoirs de zinc; on ne peut servir, avec des moyens médiocres, après tout, tant de maîtres à la fois.
Cette simple parenthèse montre bien le rôle social que pourraient jouer les Grands Magasins; ils le jouent déjà, c'est vrai, mais embryonnairement. Ils pourraient l'amplifier. Que sont, auprès de leurs mérites réels, les petits reproches qu'on leur adresse?... Assurément, pour des gens impartiaux, bien peu de chose !
Les Grands Magasins bien organisés augmentent Texigence des individus, au point de vue des commodités qu'ils doivent trouver sous leurs mains, pour les mille usages de la vie : si, comme en Amérique, le public y trouvait le moyen de ne point faire la queue à la caisse, et qu'un système de tubes pneumatiques, semblable à celui qu'emploie la Banque de France au visa des chèques, fonctionnât, du vendeur à la caisse centrale où la facture serait envoyée avec la monnaie, le public apprendrait que le temps est précieux, qu'il n'appartient à personne de gâcher celui d'autrui; dans ce cas, il aurait du mal à se soumettre à toutes les formalités des guichets de nos administrations; ses protestations s'élèveraient si fort, que la simplification des rouages
^îr
bureaucratiques serait bien obligée de s'effectuer. Si Ion ajoute à cela qu'en Amérique, tous les Grands Magasins donnent asile à des bureaux de poste, de télégraphe, de téléphone, en même temps qu'à un cabinet médical, à une pharmacie, à un grill-room, à un restaurant, on conviendra que celui qui y pénètre n'a guère de raison d'en sortir... à moins que ce ne soit pour retourner à son labeur.
L'évolution économique s'accomplit de telle façon, que nous verrons un jour, dans la capitale, il n'en faut pas douter, certaines de ces innovations.
Nous disons dans la capitale, car, à l'inverse de ce qui se passe aux Etats-Unis, nos grandes villes de province ignorent le Grand Magasin. En dehors de ceux de Paris, il n'en existe qu'un nombre excessivement restreint; il n'y en a pas une dizaine et leur grandeur est elle-même fort limitée. Il ne faut pas confondre, en outre, ces maisons avec les succursales de certaines sociétés : le Louvre possède une épicerie : les Comestibles Terminus; deux hôtels : l'Hôtel du Louvre et celui du Palais d'Orsay; comme le Bon Marché possède Lutetia, à Paris. Les succursales que des firmes importantes ont dans les départements, n'ont rien d'étranger avec le genre de commerce de la maison principale. On trouve partout, dans nos centres principaux, des succursales de : Paris-France, des Nouvelles Galeries, des Magasins Modernes, des Magasins Réunis. Nous aurons l'occasion d'y revenir au chapitre suivant.
li''
LES GRANDS MAGASINS
En résumé, et sans qu'il soit besoin de s'étendre davantage sur le sujet, les Grands Magasins sont nés de l'application d'une idée : la vente à prix fixe et connu, ainsi que les ventes-réclames. Ces deux procédés révolutionnèrent le commerce de détail. La vogue en naquit, déterminant une véritable émulation entre les initiateurs qui surgirent à quelques années d'intervalle. Des maisons de quartier, elles-mêmes, ont suivi le mouvement, telles la Place Clichy et quelques
autres.
Le chiffre d'affaires des dix firmes principales atteignait un milliard de francs, lorsque la guerre éclata. Etant donné que le prix des choses s'est multiplié et que leur consommation s'est à peine réduite, on pense bien que le chiffre d'affaires s'est considérablement enflé. Il s'enflera encore.
Le comptant, qui était de règle dans toutes les opérations avec les Grands Magasins, ne sera plus demain une règle absolue; il ne sera plus une règle absolue, parce que ' certaines sociétés, et non des moindres, ont pris pour base de leur système commercial, le crédit. Dufayel, qui incitait l'acheteur à se faire livrer des marchandises payables plus tard, a connu un véritable succès ; ne faut-il pas l'empêcher d'empiéter davantage?... Telle est la raison qui motive la nouvelle façon d'être des Grands Magasins avec la clientèle de choix. Ils consentent à ce que le paiement ne soit pas immédiat. C'est une autre évolution; elle produira des résultats, tandis que les principales maisons spécialisées généraliseront leur négoce.
C'est ainsi que le Bazar, qui ne fut jamais, à proprement parler, un Grand Magasin, tend chaque jour davantage à ne point rester un bazar. Celui de l'Hôtel-de-Ville, par exemple, se met peu à peu au niveau de ses devanciers.
D'un autre côté, les Grands Magasins d'alimentation : Potin, Damoy, Coûté, qui ont commencé par ne vendre que de l'épicerie, livrée aux quatre coins de Paris, se sont adjoint : la charcuterie, la boucherie, la pâtisserie, en même temps qu'ils installaient des dépositaires de leurs marques dans la capitale, dans sa banlieue, puis en province. Demain, cédant au mouvement de généralisation, ils vendront peut-être des chapeaux, des vêtements, de la bijouterie et de l'ameublement. Les autres n'ont-ils pas fait l'inverse?... Par la suite, il n'y aura plus qu'une forme commerciale : le Grand Magasin, dont les formes sont multiples, ainsi qu'on s'en rendra compte à la lecture des chapitres suivants de cet ouvrage.
LES GRANDS MAGASINS DE PHOVINCE
1 !ii
Les Grands Magasins de Province.
Les Grands Magasins de province sont des organismes formant, en quelque sorte, un faisceau commun; respectivement, et dans Tensemble, comme les Grands Magasins de Paris, ils n'ont conquis leur importance que par un travail opiniâtre de leurs propriétaires, sortis de Tornière commerciale par la pratique de la coopération dans les achats et leur collaboration mutuelle et réciproque dans les questions susceptibles de les intéresser. Ils ont été aidés dans cette tâche par les goûts du public qui fut, par sa constance et sa fidélité, l'ouvrier de la première heure, à Toeuvre entreprise.
Les Sociétés des Bazars, en des villes diverses, ne sont que la continuation de la théorie de Grands Magasins de Paris, florissant sur la province; c'est la continuation obligatoire du progrès,
qui exige la marche en avant pour assurer plus de bien-être.
En résumé, un rien qui croît, qui se développe, prend une importance qui finit par devenir considérable, sous l'impulsion d'un homme, le fondateur, et sous celles résultant des circonstances du moment; si bien qu'en somme, les Grands Magasins et les Sociétés de grands Bazars sont la résultante de la situation commerciale de la France, dont ils finissent par composer la plus grande partie de puissance commerciale, en ce qui concerne le pouvoir d'achat et les facultés de la répartition.
Le vrai type de sociétés, dans cet ordre d'idées, c'est, assurément, la Société des Nouvelles Ga^ leries Réunies, au capital de 40.000.000 de francs. Si l'on considère ses origines, on constate qu'elles sont des plus modestes; elles apportent une preuve frappante de ce que peuvent le travail et l'intelligence, dans la pratique, à jet continu, delà soli* darité la plus réelle.
En 1861, un groupe de marchands forains voyageant en France, rencontrant des difficultés nombreuses pour l'acquisition de leurs marchandises, désignèrent l'un deux pour s'installer h Paris et les alimenter des marchandises dont ils avaient besoin, moyennant une commission en espèces, à prélever sur le montant de ces achats : c'était la naissance de l'idée du groupement d'achats en commun.
Autour du groupe naissant, se réunirent les parents et les amis des fondateurs, ainsi que tous
•Il
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iTemS'^'' T7"",' '"P"^'^^' '' ^"^q"el« une première mise de fonds était consentie, en vue de
1 ouverture de Maisons en des cent;es cho.'is G est ainsi qu'en 1884. se créèrent et se dévelopl pèrent en province les premiers bazars
La communauté d'aspiration et d'efforts devait donner des résultats satisfaisants. Elle n'y manqua pomt. L appétit vient en mangeant, diion et 1 ambition naît des satisfactions. L'ensemble du groupement nouveau résolut de lui donner une P us grande extension, par une coalition d'intérêts plus considérable; ces intérêts fusionnèrent pa la fondation de la Société des Grands Bazars Re'u ms. au capital de 1.500.000 francs, souscrits unl quement par les membres du groupement m î devinrent ainsi, désormais, direfteurs Tn'ressé a sa prospérité. "iieresses
Ces premiers essais de Société ayant parfaitement réussi, les actionnaires de la Société des Grands Bazars Réunis fondèrent entre eux di
TJZT'm^""''''''^'''' P°"^ ^"t l'exploitation de Grands Magasins, en élargissant le cercle de
leurs actionnaires, de façon à y faire rentre' ceux de leurs collaborateurs employés dont [es
avances ' ^^^ '''^^'' ^'' P^-^^^^^res
zar^Rinnil' ^A ^l'v^'^- """"y""' ^«« G'-ands Bazars Réunis, dont l'unique objet, jusque là était
de faire la commission, ne suffisait plus pour rem
phr le but que ses fondateurs s'étaientTopost
c est alors qu'elle fut transformée en' SoS
LES GRANDS MAGASINS DE PROVINCE
des Grands Bazars et Nouvelles Galeries Réunis, au capital de 7.500.000 francs, dont les souscripteurs furent les actionnaires de la Société anonyme des Grands Bazars Réunis, à l'exclusion de tous les étrangers.
Les sociétés créées pour l'exploitation de magasins en diverses villes, désireuses de s'unir davantage entre elles et avec la Société des Grands Bazars, s'annexèrent, par voie de fusion, à cette dernière, qui devint alors la Société française des Nouvelles Galeries Réunies, telle qu'elle existe actuellement, c'est-à-dire un groupement de petits commerçants ayant su, par leur intelligence et leur travail, s'approprier aux nécessités de la vie moderne, et démontrer ainsi, une fois de plus, les résultats que l'on peut attendre de la coopération intelligente des intérêts. C'est là une évidente démonstration de l'efficacité des alliances pratiquées entre les commerçants, et qu'avant la guerre préconisait le Parlement, pour remédier à la crise, si tant est que cette crise existe, et dite du petit commerce. Il y a lieu de remarquer que la Société des Nouvelles Galeries Réunies, simple groupement, n'a pour ainsi dire rien créé par elle-même.
Elle se rattache, actuellement, à la Société française des Magasins Modernes, fondée en octobre 1896; à la Société Paris-France, fondée le 20 mai 1898, pour reprendre la suite de la Société en nom collectif Gompel et C'% elle-même existant depuis 1872; elle se rattache, en dernier lieu aux Magasins Réunis. A côté d'elle, poursuivant des buts analogues plus ou moins lointains, on
LKS ENTREPRISES MODERNES
LES GRANDS MAGASINS DE PROVINCE
trouve Dufayel qui, dans les départements voisins delà Seine, a plus d'une vingtaine de succursales; Thiéry et Sigrand ne s'occupent que de confection; Esders aussi; Raoul, V Incroyable, a, comme champ de travail, la chaussure.
Tels sont, à des degrés d'importance diverse, les Grands Magasins de province, dont certains ont fait du crédit la principale corde de leur arc, alors que d'autres ne s'étaient développés que par le comptant. C'est qu'une vérité domine toutes les autres: il n'y a rien de fixe ici-bas; les formes commerciales évoluent continuellement, sous la poussée du progrès. Celles de l'achat et de la vente n'ont jamais été immuables. Le troc, qui fut le début des échanges, redeviendra peut-être leur principe essentiel. Ce procédé reconnu, déclaré précaire, aléatoire, onéreux pour l'acheteur, de toute façon, insuffisant, n'est-il pas envisagé do nouveau comme le remède à tous leurs maux, par les nations que ruina la guerre, et dont la matière d'échange, l'argent, perd peu à peu sa valeur?...
L'exemple des puissances commerciales, basé sur la force des capitaux assemblés, montre cependant que la seule façon de bien assurer les échanges, c'était de faire intervenir la monnaie.
La puissance de l'argent a contribué à créer la puissance des débouchés, et c'est la puissance des débouchés qui empêcha la limitation et la circonscription des échanges. C'est pourquoi les Grands Magasins veulent attirer la foule, toute la foule, dans leur sein; c'est pourquoi de Grands Magasins vont la prendre, cette foule,
jusqu'au fond de nos départements, où ils apportent comme un reflet de Paris. L'ampleur des affaires assure la liberté et dissipe Tesclavage commercial, qui pèse aussi bien dans les rapports avec la clientèle que dans les rapports avec les pouvoirs publics, quand on est enserré par de multiples lisières.
Nous ne sommes pas au bout de cette évolution engendrée par celle des formes de Tachât, car, si des forains sont les pères des Nouvelles Galeries Réunies, il existe, à côté d'elles, désireuse de se fortifier et de grandir, une Union nationale des Sociétés d'achat en commun, dont le but principal est la suppression des intermédiaires qui sont une des causes importantes de l'élévation du prix pour le consommateur. Nous reviendrons sur ce sujet, dans les chapitres suivants, lorsque nous en serons plus particulièrement à l'Alimentation; nous y reviendrons d'autant plus volontiers, que nous considérons comme Entreprises Modernes, non seulement les entreprises qui ont une façade étendue et des capitaux importants, mais aussi celles oxx l'on professe des idées modernes que Ton applique, en tirant tout le parti possible de l'association, de la coopération.
La coopération, l'association, sont nées dans les Grands Magasins, qui en firent leur pierre angulaire, sous l'empire des nécessités de la vie.
C'est par elles que les conflits économiques entre commerçants d'un même pays, tendent à s'apaiser, et les intérêts, à s'harmoniser. L'ensemble du commerce, ramené, par les redoutables
'Vf-^
LES GRANDS MAGASINS DE PROVINCE
problèmes de Taprès-guerre, à une conscience plus juste des réalités, comprend de plus en plus la nécessité de s'adapter à des formes nouvelles, de se moderniser; il comprend de plus en plus que, pour lutter contre les outillages perfectionnés de l'étranger, il n'est qu'une méthode, pour le commerce comme pour l'industrie : mieux s'outiller, mieux s'organiser soi-même.
L'Etat ne peut que favoriser cette évolution vers le nouvel ordre de choses, en stimulant les grandes initiatives, les énergies, les intelligences, les bonnes volontés, capables de coopérer, dans un immense effort, au relèvement national.
11 faut le reconnaître, les nécessités sont le facteur le plus essentiel du progrès; elles ont une influence décisive sur la marche de l'évolutionelles la ralentissent ou l'accélèrent, selon les circonstances; elles font que notre société tend à devenir industrielle dans tous les genres de production, même agricole. Une société industrielle ne peut se dispenser d'être parallèlement commerciale. Les grandes entreprises sont l'aboutissement normal de tous les efforts; elles multiplient les moyens de servir utilement la masse des consommateurs, et même celle de leur main-d'œuvre. Les petits commerçants, par l'association, fonderont eux-mêmes de grandes entreprises; du moins, ils se mettront au niveau de celles-ci', par la discipline et par l'achat en commun.
Attendons-nous donc à toute une floraison de grandes entreprises.
Les grandes entreprises actuelles, qui sont déjà,
à des degrés divers, le fruit de l'association et de la coopération, ont de l'avance à l'allumage, comme on dit, parce que leurs membres sont d'une mentalité en progrès depuis longtemps. Et, comme on a vu l'association entre les individualités pour constituer la grande entreprise, on verra la coopération des sociétés pour constituer une entreprise plus grande encore. Les cartels ne sont pas chose nouvelle; les trusts n'en sont pas une davantage; on les a pratiqués en Allemagne et en Amérique; on les pratiquera chez nous, inévitablement. Pour ne pas être réduit à néant, il importe de ne point être néophyte d'occasion, aux efforts le plus souvent incohérents.
Tous les grands groupements, tour à tour, deviendront internationaux, au fur et à mesure que se régularisera la situation et que l'équilibre se rétablira ; peu importe leur point de départ, souvent obscur.
Une concentration d'efforts, quelle qu'elle soit, commence par être régionale; c'est le stade qui marque le degré inférieur de sa puissance; puis elle devient nationale ; c'est le second degré ; quand elle atteint au troisième degré, elle tend la main, par delà même les frontières, aux organisations analogues. 11 y a partout, à ce point de vue, dans le monde économique, des embryons qui deviendront des êtres complets. Leur évolution sera plus rapide que ne le fut celle des Confédérations ouvrières, parce que le bénéfice de la longue expérience acquise par les secondes, leur est assuré. Jusqu'à présent, on n'avait vu que des
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syndicats de résistance contre les entreprises de moindre importance, mais dont l'exclusivisme était dangereux et les prétentions, exorbitantes. Ces coalitions prendront un caractère plus général; elles n'avaient qu'un caractère économique; elles se doubleront d'un caractère social.
Le 25 février 1903, s'était formé, en Allemagne, le Syndicat des Directeurs de Grands Bazars. Il comprenait naturellement, et en tout premier lieu, tous les directeurs ^allemands des grands magasins, lesquels ne sont guère plus d'un demi-millier. Mais il groupait plus de quatre fois ce chiffre de directeurs- de grands magasins étrangers. C'était le Verband Waren und Kaufhaûser. Voyons ce qu'était cette puissante organisation, àlaquellela guerre n'aura pas porté le coup de grâce, étant données les exigences de demain :
D'après le programme avoué, selon M. Lambrechts, il fallait présumer que les fonds étaient employés en sommes inégales : 1° à lutter contre la politique des classes moyennes, notamment là où elle tendait à restreindre la liberté du commerce; 2° à maintenir un contact permanent avec les fonctionnaires compétents en matière industrielle, et avec les parlementaires; 3° à défendre les intérêts des bazars dans la presse; 4** à soutenir des procès importants; 5° à assurer le service du Bureau central.
Un Comité de seize membres, présidé par M. Oscar Tietz, dirigeait le syndicat.
C'étaient par dizaines de milliers que les lettres arrivaient au svndicat et en sortaient annuelle-
ment; c'est par centaines que se donnaient les
cartels .
L'organisation des achats, toujours selon M. Lambrechts, était le point sur lequel s'était 3orté l'effort le plus marquant des fondateurs des oazars. Malgré la puissance d'achat considérable de chacun d'eux, les grands bazardiers n'en avaient pas moins cru devoir recourir à la formule du syndicat, que les artisans allemands avaient pratiquée avant eux, mais avec moins d'énergie. Le Syndicat continental comprenait 264 associés, chefs de 402 bazars. 11 avait conclu avec les grands bazardiers américains une « communauté d'intérêts », copiée sur la clause de la nation la plus favorisée, inscrite dans les traités de commerce. Les noms et les tarifs de tous les fabricants étaient échangés, et, sitôt un rabais consenti à un endroit, tout le groupe en était
avisé.
Cette forme, plutôt primitive, du groupement des achats, ne pouvait convenir longtemps à des acheteurs comme les grands magasins. On lui substitua de plus en plus la politique des conventions, dont tirent mention si fréquemment les publications du syndicat. C'était une forme supérieure de l'achat en commun. Lorsque le syndicat se trouvait en présence des cartels des producteurs, il négociait de puissance à puissance. Ces négociations n'étaient pas toujours heureuses, ni paisibles. On assistait parfois à des hostilités suivies, refus de fournir aux bazars et boycottage réciproque de certains fabricants.
LKS Ex\TREPRISES MODERNES
LES GRANDS MAGASINS DE PROVINCE
La communauté d'intérêts qui englobait à la fois les bazars allemands, anglais et américains, consistait dans la communication réciproque des prix et des négociations en cours; elle se faisait par les secrétariats centraux. Il en résultait que les bazars étaient particulièrement armés pour peser sur le prix des articles dont ils étaient acheteurs, et pour paralyser les tendances des cartels. Ils pouvaient, le cas échéant, commanditer des firmes qui restaient en dehors des cartels, ou en provoquaient, grâce au groupement de la clientèle.
On ne conçoit pas que des gens capables de créer de telles organisations commerciales, ne soient pas capables d'en créer de plus parfaites demain. Si elles n'existent pas encore, c'est parce que les nécessités n'étaient pas impérieuses, et que la liberté, depuis des années, n'existe plus. Traiter de puissance à puissance, tout le problème est là. Contre une fédération si considérable, que peuvent les résistances de pauvres adversaires, d'où qu'ils surgissent?
« Mais, me dira-t-on, le siège de ce syndicat était en Allemagne, avec, comme principaux adhérents, des Américains et des Anglais. Il n'y a point là œuvre qui vive désormais : l'Allemagne, en effet, est vaincue; sa défaite est une défaite économique; les Anglo-Saxons et les Yankees, comme nous-mêmes, sont leurs ennemis. "»
Il ne nous appartient pas de démontrer ce qu'un tel raisonnement comporterait d'absence d'observation psychologique. Il reposerait sur la négation du sens commercial universel, ce qui
serait la pire des absurdités — et surtout des imprévoyances .
Que le syndicat change de domicile, passe encore. Qu'il s'éteigne, non pas! Nous le trouverons à New-York ou bien à Londres. On peut en être sûr. Pourquoi pas à Paris?... Et les adhérents de demain ne tarderont pas à être les adhérents d'hier. La paix n'est que le renouveau de la solidarité commerciale.
Pour notre propre compte, nous voyons très bien les sociétés viables d'achats en commun, s'affilier à de semblables organisations, qui existeront, non seulement pour les bazars, mais aussi, prochainement, pour toute l'alimentation. Déjà les marchands de gros se sont émus à la perspective de cette éventualité. N'ont-ils pas appris la constitution d'une société d'achats en commun créée au sein du Syndicat de l'Epicerie française?... N'ont-ils pas appris, au surplus, la création d'une Fédération des Sociétés d'achats en commun, sous les mêmes auspices, avec un siège à Paris, et qui serait, pour les sociétés d'achats en commun, ce qu'est le Magasin de gros pour les coopératives, ou la Maison-mère pour les suceur sales?... Un autre fait, encore, les a frappés : c'est que le Syndicat de l'Epicerie française, qui a tant lutté contre les Maisons à succursales, à présent, leur ouvre ses portes. Encore une manifestation de la solidarité commerciale!
Les résistances ne changeront point les issues certaines de la lutte. Des marchands de gros et des fabricants mal outillés, incapables de concé-
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der les avantages commerciaux qu'on leur demande, se sont émus. Certains en sont arrivés à refuser la livraison de commandes auxquelles, jusqu'à ce jour, ils avaient été habitués. Une Maison à succursales qui fait la mercerie, comme toutes les maisons similaires, achetait directement ses bretelles chez le fabricant. Les marchands de gros, qui s'approvisionnent chez le même fabricant, se sont ligués et ont exigé que toutes les com mandes de bretelles passassent, dorénavant, par leur intermédiaire. Pareille prétention ne pouvait prévaloir. Le marchand de gros doit, fatalement, être l'organisme sacrifié. La Maison à succursales en question, pour soutenir sa cause, trouvait aussitôt, cela va de soi, l'appui de toutes les autres Maisons à succursales, lesquelles représentent environ vingt mille boutiques. A ces vingt mille boutiques, se seraient joints tous les bazars de France. Les fabricants devaient s'incliner, car, s'ils ne l'eussent pas fait, les intéressés, s'estimant lésés, eussent pu commanditer eux-mêmes un autre fabricant ou, au besoin, selon les circonstances, monter leur usine commune de fabrication. Les préoccupations commerciales existant les premières, et presque uniquement pour l'instant, ont incité certaines firmes à s'unir, tant pour l'achat que pour la fabrication. C'est ainsi qu'à Nantes, vont voir le jour les Manufactures de l'Alimentation, rattachées directement aux Docks de rOuest, à l'Aquitaine, de Bordeaux ; aux Établissements Brisset, d'Angers; aux Grands Économats Parisiens, etc. ; c'est ainsi qu'à Paris,
s'est constituée une Société d'achats en commun pour l'Union -Approvisionnement, de Clermont-Ferrand ; les Docks de l'Union française, de Troyes; les Maisons Bleues, les Docks du Centre, de Tours; l'Épargne de l'Ouest, les Comptoirs de Bourgogne, de Dijon; c'est ainsi qu'à Paris est en voie de formation, une autre société visant au même but pour approvisionner ces autres firmes : la Société Nancéienne d'Alimentation, les Docks Lyonnais, l'Alimentation Moderne du Midi, etc. Un jour viendra, qui n'est pas loin, où toutes ces sociétés n'en constitueront plus qu'une seule. Le mouvement commence dans des groupes plus ou moins étendus, ou plutôt, plus ou moins restreints ; l'action régionale devient une action nationale, en attendant qu'elle devienne une action internationale, comme celle de laquelle nous avons parlé plus haut .
Ce sont les groupements de cette nature qui sont la base même de cette évolution économique. C'est en étudiant ce qui se passe sur un point, que nous pouvons arriver à déduire ce qui se passera, demain, logiquement, sur tous les points. Voyons donc la région du Havre :
Il y a trente ans, une importante firme de détail existait sur la place : c'était le Grand Bazar, magasin populaire, comme son nom 1 indique — et comme tous les bazars, d'ailleurs. En 1911, s'édifièrent les Galeries du Havre, à l'usage de la chentèle bourgeoise et mondaine; elles réafisèrent le maximum de confort et de luxe, et, dans ce coin de la France, elles furent une vé-
-t- j^MUjiJmimf^t»
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ritable révolution. Les deux magasins auraient pu parfaitement n'en constituer qu'un seul; n'étant guère éloignés l'un de l'autre, ils eussent pu être fondus, mais les promoteurs se rendirent compte qu'il valait mieux doubler les frais, que mélanger la clientèle. Les connaissances psychologiques sont nécessaires à ceux qui conduisent de grandes affaires.
La paix étant signée, des modifications s'annoncent; et, à mon sens, elles auront une influence qui court le risque d'être décisive; elle imprimera en d'autres régions une impulsion analogue, sous la poussée de la concurrence. Ce sont les autres entreprises qui s'implantent dans le pays, ainsi que la force croissante des coopératives, qui nécessitent des innovations, voire, les rendent impérieuses. Toutefois, elles apparaissent moins redoutables, que les entreprises plus ou moins similaires. Il fut question, un moment, de conclure avec elles une sorte de pacte, une alliance commerciale, en les métamorphosant en clientes, sur des modes à envisager, à découvrir; et qu'on aurait pu découvrir aisément avec un peu de persévérance dans la recherche. Mais étaitce bien là lutter efficacement?...
Le système qui consisterait à vendre les articles d'alimentation des coopératives, au strict prix de revient, emballages, transports, commissions, frais généraux compris, en partant du principe que la chose est possible pour des établissements auxquels Talimentation n'apparaît pas comme une nécessité de l'existence, mais un complément,
une adjonction, est susceptible de présenter, à un point de vue principal, une évidente utilité.
Cette manière de faire, qui semble onéreuse, et qui l'est dans une certaine mesure, n'est pas sans comporter quelques avantages matériels. Si, par exemple, on vend du café au prix de revient, il sera moins cher que dans les maisons qui le vendent avec primes. L'acheteur, attiré par la différence, sera privé de sa prime, mais il achètera peut-être, dans le Grand Magasin, les marchandises quela prime lui aurait values, au bout d'un temps indéterminé, et dont il a peut-être un besoin immédiat. Il résultera donc, d'une opération sans profit, une autre opération, mais avec profit, celle-ci.
De plus, un surcroît de vente possible diminuera les frais généraux de l'entreprise : si ces frais généraux sont évalués, au début, à 10 p. 100, et si le chiffre d'affaires, du fait de l'innovation, se multiplie par deux, ils ne seront pas diminués de moitié, certes, mais ils subiront quand même une réduction, — une réduction d'au moins du cinquième. Répercussion favorable sur l'amoindrissement des frais généraux, d'une part; d'autre part, bénéfice à peu près certain sur un autre article, procureront, sans qu'on l'ait véritablement cherché, un gain qui, bien que modeste, n'en sera pas moins appréciable.
De plus, vendant au prix de revient toutes les marchandises des coopératives, il est certain que les acheteurs nouveaux, alléchés par l'avantage réel qui leur sera offert, accourront et effectueront l'emplette de nombreux autres articles, sur les-
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quels le bénéfice sera normal. La clientèle prendra l'habitude de visiter les nriêmes* rayons; loin de décroître, donc, elle s'étendra.
On peut remplacer le mot coopératives pour mettre celui d'épiceries. On arrivera à la même démonstration. Telle est, au fond, la pensée qui a guidé tous les Grands Magasins dans l'établissement d'un rayon d'alimentation. Telle sera la pensée des Grands Magasins d'Alimentation qui, pour lutter, devront s'ingénier à offrir sans cesse de nouveaux produits qu'on ne rencontre pas chez leurs concurrents, ou à établir des rayons nouveaux qui visent l'article de bazar, la nouveauté ou diverses spécialités.
Ceci ne justifîe-t-il pas que, dans l'avenir, il n'y aura plus qu'une forme de commerce : celle du Grand Magasin, du Bazar, pour parler plus exactement, le rêve de toutes les formes nées ou à naître, paraissant invariable : augmenter leur chiffre d'affaires. Au reste, cette préoccupation, SI elle est nouvelle chez nous, ne l'est pas chez nos alliés. M. E. Servan, dans son livre, « l'Exemple américain >, nous conte un fait bien analogue, en matière de concurrence :
« Il existe à New- York une pharmacie du nom de Ricker et Hageman. Cette pharmacie a des succursales dans toutes les villes. Elle ne vend pas seulement des médicaments, car, en Amérique, les pharmacies vendent un peu de tout : de la teinture d'iode et des glaces à la vanille, des flacons de parfumerie et des tablettes de chocolat, du bismuth et des paquets de cigarettes.
c Ce sont même ces paquets de cigarettes qui sont la cause de la lutte fratricide qui a éclaté entre les pharmacies Ricker et Hageman et les bureaux de tabac des United Cigar Stores.
« Voici comment Ricker et Hageman, les pharmacies aux multiples succursales, se sont fait une petite fortune (d'aucuns disent une grande), en vendant des bonbons et du chocolat.
« Un jour, ils eurent l'idée, pour attirer la clientèle masculine, d'adjoindre à leurs succursales un rayon d'articles de fumeurs.
« Un paquet de cigarettes de bonnes marques se vend, à New-York, 16 centimes au détail et 14 centimes en gros. Nous, nous les vendrons 12 centimes au détail, se dirent Ricker et Hageman, Nous perdrons 2 centimes par paquet, mais tous les fumeurs de New-York seront obligés de visiter nos magasins et nous pourrons nous rattraper sur la vente des bonbons et des chocolats.
« Dès le lendemain, tous les journaux annonçaient que Ricker et Hageman vendaient les cigarettes à des prix extraordinaires de bon marché. Le résultat ne se lit pas attendre. Les pharmaciens vendirent tant de cigarettes, qu'ils perdirent 2.500 dollars par jour sur le rayon « fumeur», mais, par contre, ils réalisèrent, dit-on, 3,000 dollars de bénéfice en plus sur le rayon « confiserie j>.
« Pendant ce temps, les <( United Cigar Stores )> voyaient diminuer d'autant la vente de leurs cigarettes et... leurs bénéfices. Ils commencèrent par faire des remontrances amicales aux pharmaciens trop entreprenants, en les priant de vendre
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leurs cigarettes à des prix plus raisonnables. « Le commerce est libre, répondirent les pharmaciens pleins d'intransigeance. Nous avons le droit de perdre sur la vente des cigarettes et nous continuerons. »
€ Là-dessus, les United Gigar Stores se fâchent et déclarent aux pharmaciens que, s'ils ne cessent pas immédiatement de vendre des cigarettes, ils se mettront, eux, bureaux de tabac, à vendre à perte des bonbons et des chocolats. Et les pharmaciens de sourire.
« Aujourd'hui, ils ne sourient plus. A côté de chacun de leurs bureaux de tabac, les United Gigar Stores ont ouvert une boutique de confiserie. Le public de New- York, spectateur amusé de cette guerre commerciale, dont les combattants paient tous les frais, s'accommode pour le mieux de la situation anormale qui consiste à acheter des bonbons dans les bureaux de tabac, et des cigarettes dans les confiseries. »
Si les rayons d'alimentation de la Samaritaine et du Printemps sont nés sur l'application de principes analogues, c'est aussi sur des principes analogues qu'est né le Grand Bazar d'alimentation du Havre.
Est-ce que nous nous américanisons? On en jugera :
Il est ouvert rue Emile Zola. 11 est vaste, bien pourvu de toutes les denrées possibles. Tout au fond, s'élève un grand escalier. C'est celui qui va au premier étage, car, du bazar d'alimentation, on passe dans le bazar proprement dit. Après les
victuailles, voici les ustensiles de ménage, tous les ustensiles de ménage. N'est-ce pas bien compris?... Ges ustensiles, c'est tout le magasin primitif, la cellule, l'embryon. Gomme on en est loin! Après les ustensiles de ménage, c'est Tameublement, le vêtement, les accessoires, tout ce que l'on rencontre dans les Grands Magasins.
Si une ménagère entre par la rue de Paris et si elle achète une casserole, elle sort par la rue Emile Zola, pour se rendre acquéreur du cassoulet et du htre de vin. L'inverse est aussi vrai. Quand elle a le cassoulet, il lui faut la casserole pour le faire chauffer.
Bientôt, les Galeries du Havre seront pourvues du même agencement. Les maisons similaires de Honfleur, de Trouville, de Fécamp, de Pont- Audemer, de Bolbec, connaîtront la même transformation à leur tour. Les petits dépôts qui appartiennent à la même firme, à Montivilliers, Yvetot, Gany Saint- Valéry, Etretat, Dives-sur-Mer, la connaîtront aussi. Le Grand Magasin de la ville! Le Grand Magasin du chef-lieu de canton !
Ges petits dépôts ne sont pas vraiment des succursales ; ils ne sont pas autre chose que ce que leur nom indique, ils sont autonomes. Leur but est d'approvisionner totalement des localités de moindre importance. Ils prennent leurs marchandises au siège social, qui leur fait une remise sur le prix. Gette remise constitue le bénéfice du tenancier, qu'on débite par voie de crédit au comptant ; le règlement a lieu en fin de mois. La clientèle éloignée d'un centre important,
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trouve, dans sa boiirgade, les avantages qu'elle aurait dans la maison principale. Gela lui évite des dérangements.
Les comptes des dépôts, des stiôcursales, de la clientèle, sont réglés par l'intermédiaire du Progrès commercial, qui fait partie du Grand Bazar et des Galeries, comme le Bazar d'alimentation luîméme. Cela dispense la Société de tous les bons services que ne manqueraient pas de lui offrir les établissements financiers, dont la spécialité, ironiquement annoncée, on le sait, est le développement du Commerce et de Tlndustrie.
Les services en ont été créés le !•' décembre 1909, pour faciliter les achats par abonnements, au même prix que ceux effectués au comptant. Sa création repose sur les principes les plus absolus de loyauté et de moralité. lia conquis la faveur an public. La clientèle liai a valu un succès sans précédent. Aucune administration similaire ne peut lui être comparable; la caisse commerciale existe en dehors de toute spéculation financière.
Le Progrès commercial n'est pas une maison de vente à crédit, puisqu'il ne livre pas, par ses propres moyens, les marchandises pour lesquelles il ouvre des comptes. Il n'est pas assimilable aux maisons créées jusqu'à ce jour, qui sont ellesmêmes fournisseurs des marchandises dont les 3nx se trouvent forcément majorés, d'autant que e délai de paiement accordé est plus long. Son principe essentiel, c'est la certitude donnée à l'acheteur de bénéficier, quel q-u'il soit et quelle que
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soit l'occasion : prix de réclame, soldes ou prîmes, de bénéficier des véritables prix du comptant.
Un client se présente-t-il pour se faire ouvrir un compte? Il lui est remis un carnet de chèques à servir dans les Grands Magasins; ces chèques sont délivrés au gré des clients, soit à leur domicile, s'ils en formulent la demande, soit aux bureaux de la banque. Muni de ces chèques, l'acheteur se rend chez les fournisseurs ne vendant qu'au comptant; c'est la banque qui les accrédite; au moment du paiement, les espèces sonnantes sont remplacées par un chèque, et c'est tout.
Les conditions de délivrance des chèques sont les suivantes :
Il faut que le client présente des garanties de solvabilité, ou plutôt qu'il ait une réputation d'honnêteté. Dans ce cas, il consent un premier versement à valoir sur le règlement ultérieur; les autres versements sont effectués au gré de l'acheteur, jusqu'au solde définitif, soit à la caisse, soit par mandat-poste, soit à domicile, par traite mensuelle, ou par perception de receveur.
Nous savons bien que le crédit, quelle que soit sa forme, a ses détracteurs, s'il possède des défenseurs. Les détracteurs du crédit ont contre lui deux arguments principaux, si ce n'est trois • il désavantage l'acheteur, en lui faisant payer plus cher l'objet qu'il pouvait avoir, au comptant, à meilleur prix. Nous avons vu qu'ici, ce n'est point le cas. Passons. Le crédit incite à des dépenses inutiles, pour satifaire un caprice plutôt qu'une nécessité. Notez que la nécessité règne autant que
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le caprice. Enfin, le crédit cause souvent d'importants préjudices aux commerçants qui le consentent; il existe des gens malhonnêtes qui dupent les marchands et se conduisent envers eux un peu à rinstar des « escholiers » du temps jadis, à l'égard du chevalier du guet.
Le crédit se défend parfaitement, quand il est organisé, comme chez Dufayel, et mieux encore qu'il est plus parfaitement organisé, comme au Progrès commercial. Dès lors que, dans une société puissante, il cesse d'être une autre cause d'insuccès, et surtout d'être la rançon des prix majorés, il est licite, il est normal, et c'est à tel point, que ceux qui pourraient payer comptant, sont ceux qui en usent le plus. Le crédit consenti peut donc ne pas être la vente à crédit. Les deux sont distincts; il importe de ne point les confondre. Serait-il déshonorant d'être, à l'occasion, * le banquier du pauvre? Serait-ce accomplir un acte répréhensible que de consentir une avance à ceux en qui l'on a confiance et pour qui l'on éprouve un brin de compassion?
S'il est reconnu que le petit commerce a trouvé dans cette thèse les meilleurs de ses défenseurs, pourquoi les trouverait-il seul? Pourquoi oseraiton blâmer le crédit consenti, de même, après tout, que la vente à crédit, — puisqu'il ne concourt au suicide de personne, qu'il permet à certains de réaliser leurs rêves, — rêve d'acheteur satisfait, — rêve de commerçant qui travaille à l'épanouissement de ses affaires?
Laissons donc s'accomplir, sereinement, l'évo-
lution des méthodes d'achat et de vente. Laissons les Grands Magasins de Paris et de la province parachever leurs métamorphoses. C'est pour le jien-être de chacun. Que des installations comme le Grand Bazar d'alimentation du Havre poussent leur agencement au perfectionnement suprême, qui pourrait s'en plaindre?... Mais les Grands Magasins, ouverts dans une même région, pour 3eu qu'ils soient nombreux, auront besoin, pour eur approvisionnement régulier, d'un organisme central qui, au point de vue des denrées alimentaires, jouera le rôle du Magasin de gros des Coopératives et de la Maison-Mère des Maisons à succursales. Cet organisme, — l'entrepôt, — devra forcément être créé. Il est créé au Havre, sous la dénomination : Alimentation générale Noga. Une évolution comme celle du Grand Bazar du Havre, on le conçoit aisément, va entraîner celle d'autres firmes importantes, comme les Comptoirs Normands, dont le siège est à Graville-Sainte- Honorine. Au reste, cette évolution, si elle n'était pas déterminée par cela, le serait forcément par une floraison de succursales Potin, dans la même région. Présentement, c'est à qui louera de grands immeubles; les plus grands, les plus beaux, les mieux situés. Concurrence locative ! Elle est l'annonciatrice de l'autre, et le consommateur ne s'en plaindra pas. Attendons-nous à des répercussions dans la France entière. Quand les as du commerce s'en mêlent, ceux qui ne sont pas des as sont obligés de suivre s'ils veulent en être à leur tour !
LES MAISONS A SUCCURSALES d'ALIMENTATION 7*.
Les Maisons à succursales d'alimentation.
L'extraordinaire développement des Grands Magasins de Paris et de la province est consécutif à celui des grandes Banques qui, depuis trente ans, se sont répandues, par leurs succursales, dans tout le pays. Le grand commerce de détail a bénéficié d'une affluence de capitaux considérable, provoquée par la baisse des valeurs d'Etat ou leur faible rapport, ainsi que par la faiblesse d'intérêts des prêts hypothécaires ou autres. Joignez à cela l'affluence des populations dans les grandes villes, dans la capitale notamment, et jusque dans les moindres bourgades industrielles, et vous aurez une idée à peu près complète des causes qui déterminent le succès du pavillon de Mercure dans la France entière.
Le succès ne pouvait s'arrêter au Bon Marché, au Louvre, h Paris-France et à vingt autres. S'il existait à Lyon quatre grands magasins, par
exemple : les Deux-Passages, le Grand Bazar, le Magasin des Corcleliers, le Bazar des Terreaux, on ne pouvait manquer de voir surgir, dans un autre domaine, la Société économique d'alimentation et les Docks Lyonnais. Si les Galeries lilloises, fondées par un ancien employé de commerce, d'abord apprenti dans une quincaillerie des Vosges, prospéraient, il n'y avait pas de raison pour qu'à côté, les Nouvelles Epiceries du Nord et les Docks du Nord ne prospérassent pas.
Saint-Etienne réclame la paternité des Maisons à succursales d'alimentation ; elles y ont pris naissance, dit-on, après 1870. A Torigine, elles n'étaient que de petits groupements pour l'achat en commun, puis les marchandises furent déposées chez l'un des négociants; la Société, une fois fondée, s'étendit à toutes les branches du commerce.
Toutefois, il ne semble pas que le succursalisme eut son berceau dans la cité forézienne. Le berceau fut à Reims. La première maison y fit son apparition en 1866. C'étaient les Etablissements économiques des Sociétés de secours mutuels de Reims. L'entreprise et son but apparaissent clairement dans le titre. C'était l'application des principes de mutualité à leur aurore. Je n'insisterai point sur ce sujet, longuement traité dans mon livre : La Guerre, le Commerce français et les Consommateurs ; on ne trouvera ici que des détails inédits et complémentaires.
Vingt ans plus tard, surgirent les Docks Rémois, appelés encore le Familistère ; ils firent pour
Reims ce qu'avaient fait les Nouvelles Galeries à Paris ; ils franchirent le cercle de la ville ; seulement, au lieu de se répandre dans les cités, ils gagnèrent les campagnes, cherchant la clientèle jusque dans les moindres coins.
L'extension gagna tout le département de la Marne, puis les régions de l'Est et du Nord, et enfin, bientôt, la banlieue de Paris.
Les Docks Rémois, qui ont leur origine dans les anciennes maisons d'épicerie : Delabarre, Griffon, Quentin, Georget, sont une Société anonyme par actions ; ils avaient, avant la guerre, 800 succursales, dont le rayonnement s'étendait jusque dans le centre de la France. Leurs entrepôts immenses, reliés à la ligne de Châlons, occupaient une superficie de 100.000 mètres carrés. Agencements modernes de construction, de roulage, de manutention, de fabrication, y étaient installés, et les bâtiments spécialisés étaient séparés par des quais au long desquels abordaient les wagons.
Nous parlons au passé, car le présent, hélas! ne lui ressemble pas. La guerre est venue, et la dévastation!... Les ruines ne sont pas relevées encore.
D'autres maisons eurent le même sort, — ou du moins un sort approximativement le même, — après avoir eu de la similitude dans l'origine et dans la prospérité : les Comptoirs français, dont la Maison-Mère est rue Vernouillet, et qui a sa souche dans la maison Bonant etMignot, laquelle s'occupait des vins et spiritueux, et qui se transforma en épicerie de gros. M. Mignot, resté seul
propriétaire, sut assurer à son œuvre une rapide prépondérance dans le monde de l'alimentation, tant par son savoir-faire que par l'importance : à lui seul, en effet, il assume la direction de l'Administration de ses 600 succursales.
Durant la guerre, le Familistère et les Comptoirs français s'installèrent dans la région parisienne, à Pantin, où se conservera, à coup sûr, le centre d'action établi.
^ Goulet-Turpin, épicier en gros, fonda les Etablissements qui portent son nom, avec 400 succursales environ; la maison Ch. Mauroy, épicerie et vins en gros, devint les Etablissements Ch. Mauroy, avec environ 200 succursales. Le phénomène inévitable se produisit : à côté de ces Maisons à 'succursales puissantes, s'établit la Société rémoise de l'Epicerie. Nous avons vu le même cas à Saint-Etienne, centre aussi important de succursalisme, et où l'Alimentation du Forez est en pleine prospérité. Dans les deux cas, les actionnaires sont de petits épiciers et fruitiers, qui s'approvisionnent à des prix plus avantageux à la Maison- Mère qu'ils ont fondée, et qui agit à l'instar de la Maison-Mère des succursales.
Les actions de ce genre d'affaires se plaçant facilement dans la région, d'autres Sociétés apparurent : la Société anonyme des Etablissements fi. Miellé et C'% à Châlons-sur-Marne, qui ont environ 400 succursales ; la Ménagère française, qui en a 250; les Etablissements Lucien Lépine et G'% à Suippes; les Docks de l'Aube, à Troyes, etc., etc.
Reims étant un centra, un second centre ne tarda pas à se créer, dans le Nord, avec les Etablissements Wibault, à Sin-le-Noble, en 189^0. Puis sont venus les Nouvelles Epiceries du Nord, les Docks du Nord et les Etablissements Dreux, d'Arras.
En 1897, la Loire suit le mouvement qui, dès lors, se généralise et s'étend au Midi, à TOuest, au Centre. Le principe est le même : attirer le client par le bas prix des articles, et surtout dans les quartiers populeux. Rennes voit éclore 6 Etablissements ; les fondateurs des Etablissements économiques de Rennes sont : un mercier, un épicier, un marchand de vins, un directeur de boucherie. Les administrateurs ont les coudées franches, ce qui permet à leurs initiatives de se manifester. LeDoubs voit éclore les Etablissements Bisontins, les Docks Francs-Comtois; la région dauphinoise, dans tous ses centres industriels, accueille favorablement les succursales qui s'ouvrent une à une; en Bretagne, c'est également une véritable floraison.
Les petits commerçants ne tardent pas à s'inquiéter. Berry, député de Paris, surgit à l'instigation du Syndicat de l'Epicerie française, où la Maison Potin mène le combat contre des concurrents qui la gênent; on vote des lois d'exception, et Jaurès lui-même pousse le cri d'alarme, dans un esprit de justice qu'on ne saurait assez reconnaître ni louer, il s'agit, à cette époque, tout simplement d'enrayer Tessor des Maisons à Succursales, et certains, même, parlent de les sup-
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primer. Rien que cela ! Le Français est sur la pente des pires abus pour entraver le travail de ses propres capitaux, sur son sol; ce qui facilitera, sans aucun doute, l'émigration d'une partie de ses capitaux à l'étranger, pour notre plus grand dam, on le sait. 11 est donc parfaitement inutile d'insister sur ce point.
Il faut malheureusement reconnaître qu'il est beaucoup plus aisé, pour les petits commerçants, de réclamer à cor et à cri la protection de l'Etat, que de s'organiser comme l'ont fait ceux qu'ils considèrent comme leurs ennemis, ou comme les épiciers de Reims et ceux du Forez.
Ainsi que l'a remarqué l'Association des Commerçants de Toulouse : « Certains points de vue çiesquins empêchent cette réahsation que serait l'achat en commun.
« Et puis, bien fort serait celui qui pourrait rallier tous les suffrages de ses collègues, pour acheter au nom de tous : chacun voudrait être celui-là.
« Enfin, il faut reconnaître que ce qui est possible pour une Maison à Succursales, cesse de lètre pour une réunion de Maisons indépendantes les unes des autres. La Maison à Succursales peut passer des marchés' importants, parce qu'elle peut imposer à ses succursalistes la marchandise qu'elle aura achetée. Et notons, en passant, que, pour certaines grandes maisons de province, succursales de Paris, c'est là souvent une cause d'infériorité quand la marchandise n'est pas appropriée au goût de la clientèle; les commer-
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çants pris séparément ont, au contraire, chacun leur genre de vente, et, de leur réunion, ne pourra pas sortir forcément Tunité d'achat, parce que, même dans la même ville, selon les quartiers ; même dans le même quartier, se.lon la clientèle, les besoins seront différents. Et puis, il faut compter sur la défiance que, malgré tout, le petit commerçant éprouve toujours pour son concurrent. Combien se refuseront à acheter la même marchandise que leur voisin! Ne s'imaginent-ils pas toujours être plus forts que lui?
« Il y a cependant une branche de commerce où les achats pourraient et devraient être faits depuis longtemps en commun. C'est l'alimentation. L'alimentation est, de tous les petits commerces, celui qui a le plus à souffrir actuellement de la concurrence des grandes Sociétés, parce que la variété des marchandises y est de beaucoup plus réduite, par exemple, que dans le commerce d'habillement; il y a d'abord les aliments de première nécessité qui sont, forcément, les mêmes chez tous, à qualité égale bien entendu ; il y a ensuite les marques; tout cela pourrait être acheté en commun. 11 est incontestable que le petit épicier de province végète ; il végétait même avant l'apparition des Sociétés à Succursales multiples, parce qu'il dépendait, à ce moment déjà, de la maison de gros, et c'est ce qui a fait dire à plusieurs grosses Sociétés d'alimentation, qu'elles n'ont fait, en supprimant les petits marchands, que leur rendre service. Sans aller aussi loin dans ce plaidoyer pro domo des grandes
Sociétés, il faut reconnaître que, depuis longtemps, les petits marchands d'alimentation auraient pu secouer le joug de leurs gros concurrents et de leurs fournisseurs, marchands en gros, en se syndiquant pour les achats, car ils ont un des rares métiers où cela est possible. C'est là une éducation qui est entièrement à faire. »
La guerre survient ; les petits commerçants oublient leurs misères, pour ne plus songer qu'à l'œuvre commune : vaincre, chasser l'ennemi!... Puis surgissent, pour le pays, les difficultés de ravitaillement; difficultés nées des réglementations, et, en tout premier lieu, des transports. L'extension de certaines firmes a lieu à la faveur >de ces difficultés ; les maires des localités les plus diverses leur télégraphient assidûment pour signaler, comme celui de Chambon-Feugerolles, dans la Loire, que « quatre boulangers sur huit passent le conseil de révision et qu'ils ne pourront plus faire le pain; qu'il importe d'augmenter les envois de pain dans les succursales. > D'autres, comme le maire de Solzet-le-Froid, dans le Puy-de-Dôme, demandent l'ouverture d'une Succursale, en raison de l'insuffisance de l'approvisionnement et des boutiquiers existants ; les habitants d'Arcet et de Lamotte, dans le même département, adressent la même supplique ; ceux de Coublanc, en Saône-et-Loire, en font autant, parce que le peu qu'on trouve, on le paie au « prix de l'or » : le Secrétaire de mairie de la Chapelle-Laurent, dans le Cantal, devient un interprète animé de sentiments analogues ; dans
les grandes villes, à Lyon, même, des groupes d^habilants sollicitent la même installation pour leur quartier ; enfin, un peu partout, des récriminations d'un autre genre se font jour : des épiciers déclarent que si les Maisons à Succursales vendent davantage certains produits, c'est parce que ces produits sont écoulés, chez eux, à meilleur compte qu'ils ne le sont ailleurs, ce qui n'empêche pas les municipalités, les comités départementaux, de sacrifier les intérêts des consommateurs à ceux de quelques patentés dénués de scrupules, de mercantis, serait mieux le mot.
Présentement, les Maisons à Succursales d'Alimentation vendent de tout et sont devenues de véritables bazars ; les consommateurs, qui y trouvent des avantages sérieux d'économie, s'affirment satisfaits. Certaines entrent dans la voie tracée par Potin et Damoy ; elles ont créé des dépôts pour la vente de leurs produits ; elles passent des contrats avec des commerçants, s'engageant à réaliser un certain chiffre d'affaires, et leur laissant le monopole de leurs produits dans la localité. D'autres confient à un commerçant déjà établi les marchandises et les produits de leur marque, que ce dernier s'engage à vendre au prix convenu. Aucun chiffre d'affaires minimum n'est exigé, mais ces dépositaires doivent s'approvisionner exclusivement des marchandises désignées, dans la maison d'alimentation qui leur a confié le dépôt. Pour les autres, dont le monopole ne leur a pas été concédé, ils gardent leur entière liberté.
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LES MAISONS A StJCC0RSAlES D^ALmENTATION "79
Ces dépositaires sont de véritables petits commerçants qui opèrent uniquement pour leur
^ compte, paient leur patente, leur loyer, leurs frais d'installation. La maison qui les fournit remplit, vis à-vis d'eux, le rôle d'épiciers de gros, sans qu'ils aient à courir aucun risque, chacune des deux parties étant libre de rompre son engagement quand il lui plaît.
Les Magasins du Casino, de Saint-Etienne, et les Etablissements Lépine, de Suippes, semblent plus particulièrement disposés à adopter ce mode commercial, qui est le point de départ d'une nouvelle évolution dans les Maisons à Succursales, d'autant plus qu'elles s'acheminent vers la fabri-
, cation.
Quoi qu'il en soit, les Maisons à Succursales, qui réalisent, à l'heure actuelle, un chiffre d'affaires d'environ cinq miUiards, se répartissent ainsi, avec leurs 14.000 succursales :
Ardennes :
Docks Ardennais, Charleville-Mézières.
Aube :
Etablissements économiques Troyens, à
Troyes ; Docks de l'Union française, à Troyes- Ruche Moderne, à Troyes.
Aud(3 ;
Etoile du Midi, à Carcassonne.
Basses-Pyrénées :
Société Guyenne et Gascogne, à Bayonne.
If
Bas-Rhin :
Société d'Alimentation d'Alsace et de Lorraine, à Strasbourg.
Bouches-du-Rhône :
Alimentation Moderne du Midi et Docks Phocéens réunis, à Marseille.
Calvados :
Société Normande d'alimentation, à Gaen.
Côte-D'Or :
Comptoirs de la Bourgogne, à Dijon ; Société Bourguignonne d'Alimentation, Dijon.
Doubs :
Docks Francs-Comtois, à Besançon; Etablissements Economiques Bisontins, à Besançon.
Drame :
Etablissements Guérin, Père et Fils, à Valence-sur-Rhône.
Finistère :
Economie Bretonne, à Brest.
Gironde :
L'Aquitaine, àBègles-Bordeaux; Docks du Sud-Ouest, Impasse Saint-Projet, Bordeaux.
Haute- Garonne :
L'Epargne, à Toulouse.
LES MAISONS A SUCCURSALES d'aLIMENTATION 81
Haute-Vienne :
Alimentation du Centre, à Limoges.
Hérault :
Ruche du Midi, à Béziers; Docks Méridionaux, à Béziers ; Semeuse du Sud, à Montpellier.
Indre-et-Loire :
Docks du Centre, à Tours; Etablissements de Touraine, à Joué-les- Tours.
Loire :
Magasins du Casino, à Saint-Etienne ;
Docks Foréziens de l'Alimentation, à Saint- Etienne;
Etablissements Zanzibar, à Saint-Etienne ;
Alimentation Stéphanoise, à Saint-Etienne ;
Etoile Blanche, à Saint-Etienne;
Etabhssements Economiques du Printemps, à Saint-Etienne ;
Etablissements E. Géry, à Saint-Etienne ;
Etablissements Faure et Bonjour, à Saint- Etienne.
Loir-et-Cher :
Etabhssements Fournier, à Blois.
Loire-Inférieure :
Docks de l'Ouest, à Nantes ; Epargne de l'Ouest, à Nantes.
Lot-et-Garonne :
Ruche Méridionale, à Agen.
Maine-et-Loire :
Etablissements Brisset, à Angers.
Marne :
Comptoirs Français, à Reims; Docks Rémois, à Reims; Etablissements Ch. Maiiroy, à Reims ; Etablissements B. Miellé et C'% à Ghâlons-
sur-Marne ; Etablissements L. Lépine et C'% à Suippes Ménagère française, àChâlons-snr-Marne ; Etablissements Economiques de Reims, à
Reims ; Etablissements Goulet-Turpin, à Reims.
Meurthe-et-AIoselle :
Docks de TAlimentation, à Nancy; ' ^
Docks Saint-Georges, à Nancy.
Moselle :
Etablissements G. Miellé, Cailloux et C'% à
Metz ; Ruche Lorraine, à Metz,
Nièvre :
Docks de Nevers, à Nevers.
Nord :
Docks du Nord, à Marquette-lez-Lille;
Nouvelles Epiceries du Nord, à la Madeleinelez-Lille ; Etablissements Wibault, à Sin-le-Noble.
Pas-de-Calais :
Etablissements Dreux, à Arras.
LES MAISONS A SUCCURSALES d'aLIMENTATION 83
Puy-de-Dôme :
Union-Approvisionnement, à Clermont-Ferrand;
Economats du Centre, à Clermont-Ferrand.
Rhône :
Société économique d'alimentation, à Lyon ; Docks Lyonnais, à Lyon-Vaise; Société Moderne d'alimentation, à Lyon; Etablissements Modèles d'alimentation, à Lyon.
Sarthe :
Grands Docks de la Sarthe, au Mans.
Seine :
Grands Economats Parisiens, à la Plaine- Saint-Denis;
Docks Rémois, à Pantin;
Comptoirs Français, à Pantin;
Etablissements Economiques de Reims, au Pré-Saint-Gervais ;
Société Parisienne et Séquanaise d'alimentation, 132, Faubourg Saint-Denis, à Paris;
Entrepôt de Grenelle, 51, quai de Grenelle, à Paris ;
Nouvelle Coopérative, 36-38, rue de Wattignies, à Paris.
Seine-et-Marne :
Union Commerciale, à Villenoy-Meaux.
Seine-et-Oise :
La Gauloise, à Versailles, 105, rue des Chantiers.
Seine-Inférieure :
Comptoirs Normands, à Graville-Sainte-
Honorine; • Etablissements Rouennais et de Normandie,
à Rouen; Société d'Alimentation <( L'Aiglon )>, au
Havre.
Somme :
Ruche Picarde, à Amiens.
Vaucluse :
Docks de Provence, à Avignon.
Les Maisons à Succursales de Spécialités.
Si les Maisons à Succursales ont eu une floraison si brillante en si peu de temps, c'est parce que le Grand Magasin proprement dit ne représentait pas le dernier cri de l'évolution commerciale. Si les Maisons à Succursales-Bazars représentaient ce dernier cri, elles n'auraient point vu, à leurs côtés, la création des Maisons à Succursales de spécialités ; celles-ci opèrent avec les vins, le lait, la chaussure, la chemiserie, l'hôtellerie, le restaurant, la bijouterie, la droguerie, la papeterie, la librairie et la banque. Le principe qui consiste à cueillir le client là où il se trouve, demeure partout le même. La clientèle des Maisons à Succursales est, de toutes les clientèles, la plus fidèle." Les négociants en vins s'en sont aperçus, et ils ont édifié des affaires commerciales de tout premier ordre, en appliquant les données connues quej'ai
mises en relief dans mon livre : La Guerre, le Commerce français et les Consommateurs .
La maison type est « La Vigneronne », créée en 1894, et qui s'appelait tout d'abord : « Société des Vins naturels, » puis <( Compagnie des Etablissements économiques. » C'est à la suite de l'achat de quelques dépôts qui venaient de s'ouvrir dans Paris, que le titre a La Vigneronne » fut employé; 1% p. 100 des boutiques le portent actuellement; les autres portent le second; le premier n'existe plus.
Lors de la création de leur affaire, MM. Loévi et Jauriat étaient négociants en vins; ils pratiquaient ce commerce avec les négociants des Entrepôts de Paris et de province. Ils achetaient leurs marchandises directement à la propriété, méridionale ou algérienne.
A cette époque, l'octroi sévissait; la consommation de vin, dans la capitale, était moins importante qu'elle ne l'est aujourd'hui; le débit d'un magasin de détail n'était guère que de cinq à six pièces de vin par mois, en moyenne. De plus, les tenanciers avaient des frais généraux très élevés ; ils payaient leurs fonds des prix exorbitants et d'un rapport généralement éloigné de leur chiffre d'affaires. La conséquence toute naturelle était ce qu'on a appelé la mévente des vins à la propriété, par conséquent Favilissement des cours.
Les fondateurs de la Société des Vins naturels comprirent qu'il fallait vendre, non pas cinq ou six pièces de vin par mois, mais cette quantité journellement. Persuadés de l'inutilité du luxe
dans les installations nécessaires, ils ouvrirent leurs premières maisons dans le X* arrondissement, et, en dépit des critiques qui prenaient racine dans la jalousie des négociants en vins, leurs concurrents, et dans le mécontentement des débitants, leurs clients primitifs, la nouvelle firme n'en parcourut pas moins son orbe pour occuper, dans le commerce parisien, la place prépondérante qui est la sienne actuellement.
En 1908, la Vigneronne s'adjoignit la vente du pain et de certaines denrées alimentaires. En matière d'alimentation, soit solide, soit liquide, on ne peut guère s'en tenir sur une spécialité. Au début de la guerre, 134 dépôts existaient dans
Paris.
' Aujourd'hui, l'ensemble des Maisons à Succursales de vins représente une trentaine de firmes disposant d'environ 1.800 succursales. Parmi les plus importantes, citons les Etablissements Nicolas, les Entrepôts de Grenelle, la Société parisienne des Vins : Paris-Médoc ; la Société Bourguignonne et Bordelaise ; Biard et C'% etc., etc.
Ces maisons, au cours des six dernières années, ont contribué à empêcher la hausse exagérée des vins ; elles ont été une entrave continuelle à la hausse qui menaçait sans cesse de se produire dans le détail; leur influence a été moindre sur les prix pratiqués pour les autres denrées alimentaires; toutefois, cependant, on peut signaler que la Vigneronne a toujours vendu son pain 0 fr. 65 de moins, au kilogramme, que ne le vendaient les boulangers parisiens, et cela, jusqu'au mois de
juin 1918, époque à laquelle FUsine de Panification a été réquisitionnée par l'Administration; et ceci prouve, une fois de plus, que les Sociétés à Succursales peuvent faire mieux et à meilleur compte que le Commerce individuel, si perfectionné soit-il.
Le tableau ci-dessous montrera les prix pratiqués pour les vins rouges ordinaires, de 10 degrés, pendant toute la période de guerre :
Juillet 1914 0 40
De > à mars 1915 0 40
y> mars 1915 à juin 1915 0 .35
Juillet 1915 0 50
Septembre 1915 0 55
Octobre 1915 0 60
Novembre 1915 0 65
Décembre 1915 0 70
Janvier et février 1916 0 75
De mars à mai 1916 0 80
)) juin à décembre 1916 0 85
Janvier 1917 0 90
Février y> 0 95
De mars à juillet 1917 1 15
Août 1917 1 ^20
Septembre-octobre 1917 1 30
Novembre 1917 à janvier 1918 1 40
Mars à juin 1918 1 50
Juillet 1918 1 60
Août 1918 1 75
Septembre 1918 à mars 1919 1 90
Avril 1919 1 70
Mai 1919 1 50
Etant donné que le prix de l'hectolitre nu, à la propriété, a subi une progression aussi énorme que constante, il faut reconnaître que Feffort des Maisons à Succursales de vins a été considérable et bienfaisant. On en jugera mieux en comparant les prix ci-dessous, de Thectolitre de vin, pris à la propriété, et grevé, en supplément, de tous les frais afférents aux transports, au camionnage, aux prix de la verrerie, des bouchons, des étiquettes et de toute la main-d'œuvre, en général:
Juillet 1914 23 frs.
Janvier 1920 110 à 130 frs.
Il faut considérer qu'une foule de facteurs entraient en ligne de compte; les dépôts ne furent régulièrement et normalement approvisionnés que jusqu'en 1916. Mais, à partir de 1917, par suite de manque de moyens de transports, par suite surtout d'une inconsidérée réquisition des wagonsréservoirs, les marchandises nécessaires à la vente, donc à la consommation, faisaient défaut plusieurs jours par semaine. Le chiffre d'affaires de chaque maison s'en est ressenti; pour certaines, il est tombé de plus de 45 p. 100 en 1918. Pour d'autres, il est tombé davantage.
Les sollicitudes de l'Administration et des Pouvoirs publics, à aucun moment, ne se sont mani-
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