II. LA PÉRIODE HU^TÉR1E^NE
Voici comment parle John Hlnter (4) du gubernaculum lestis, du crémaster et de leurs rapports réciproques (je suis obligé de faire une longue citation) : « A cette époque de la vie, le testicule a des connexions très intimes avec les parois de l'abdomen au niveau du point par oii sortent les vaisseaux spermatiques et avec le scrotum. Cette union a heu par l'intermédiaire d'une substance qui se rend de l'extrémité inférieure du testicule au scrotum et que j'appellerai désormais le ligament du testicule ou gu-
H) DioMs : Loco cilalo, p. 226.
(•2) Bkunaiidi Sieokhidi Albini : flistoria masculorum hominis, p. 294. Chez Theodorum Haack, Leidai, 1734.
('■)) J.\f:Qi;Ks-FiiA\(;()is-M\KiE du Veuney: Essai d'anal omie en tableaux impnmrâ, comprenant « {grandes planclies, dessinées, peintes, gravées et iin|)rinn('"es en couleur et grandeurs naturelles. Chez le sieur Gautier, Paris, 1745.
(4) ioHs HuNTKK : Loco cilalo, p. 67, 68, 69, 70.
hernaculam leslis. Le créinasler ou musculus teslis paraît se composer, chez le fœtus, des fibres inférieures des muscles oblique interne et transverse qui se rétléchissent en haut et se répandent sur la surface antérieure du gubernaculum immédiatement au-dessous du péritoine ; il paraît se perdre sur le péritoine à peu de dislance du testicule. Il est difficile de dire quelle est la structure ou la composition de ce ligament ; il est certainement vasculaire et fibreux, et les fibres suivent la direction du ligament lui-même qui est recouvert par les fibres du crémaster ou musculus testis. Cette circonstance n'est pas facile à constater chez l'homme, mais elle est très évidente chez les autres animaux. Chez le bélier dont le testicule est encore suspendu dané la cavité abdominale, le crémaster, au lieu de se diriger vers le scrotum, comme chez le bélier adulte, se réfléchit en dedans et en haut et se perd sur le repli péritonéal qui recouvre le ligament qui attache le testicule aux parois de l'abdomen et qui, dans cet état de l'animal, a environ un pouce et demi de longueur. Chez le fœtus humain, tant que le testicule est retenu dans l'abdomen, le crémaster est si mince que je ne puis le suivre d'une manière qui me satisfasse et déterminer s'il monte vers le testicule ou s'il descend vers le scrotum. Cependant, on peut admettre, par analogie, qu'il se dirige en haut vers le testicule, puisque chez l'adulte on le voit s'insérer ou se perdre sur la partie inférieure de la tunique vaginale, de la même manière que chez les quadrupèdes adultes » . Cela est donc bien clair; Hunïer distinguait le gubernaculum du crémaster ; il appelait le premier ligament du testicule et le second muscle du testicule: il considérait enfin celui ci comme une dépendance des muscles abdominaux, mais avouait très simplementne pas savoir si, sur le fœtus, ses fibres se dirigent vers les bourses ou vers le testicule.
Beaucoup d'auteurs, Robin, entre autres, ont attribué à IIuNTER une confusion qu'il n'a jamais faite : celle du gubernaculum et du crémaster. Je n'ai guère trouvé d'exacte interprétation du travail de Hunter que dans l'article de Brissaud (1); beaucoup, sans doute, ont parlé du mémoire sans l'aA'oir lu.
(1) E. Brissaud : Article Tesliciile du Nouveau didionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, i. XXXV, p. 237. Chez J.-B. Baillière, Paris, 1883.
m. PÉRIODE POST-HUNTÉUIENNE
a) De Hunier à Curling el à Robin.— Les anaLomisles qui vinrent après Hl ntkh lirent. à leur tom\ la clislinclion que colui-ci avait failc; les uns, qui, dans leurs ouvrages, ne traitèrent que de la topographie des organes et de ses applications chirurgicales, n'eurent naturellement à s'occuper ni du gubernaculum ni de la descente du testicule: les autres, qui écrivirent une anatomie de détails, durent exposer les phénomènes de la migration testiculaire: mais tous continuèrent à considérer le crémaster comme un faisceau détaché de la ceinture musculaire de l'abdomen et, par conséquent, conservèrent intacte, implicitement ou explicitement, la description donnée par Hu^iTEU.
« Il est composé de trousseaux musculeux qui proviennent du bord inférieur des muscles transverse et petit oblique, ce qu'il est aisé de démontrer » écrit Axtoiae Port.\l(1). C'est encore l'opinion d'ALEXis Boyer (2), de Frédéric BlAXDIX (3), d'HiPPOLYTE ClOQUET (4), d'ALEX.VNDRE
Lauth (5), de Fraxçois Malcugne (G), de Friedreich Meckel (7), de E. Hushke (8), de Xavier Bichaï (9), de E. GosTE (10), et aussi la théorie successivement défendue,
(1) ANTOINE PoRTAL : Cours d'analomie médicale ou Eléments d'analomie de l'homme, t. II (Myologie), p. 171. Chez Baudouin, Paris, an XII (1803).
C2j A. BoYEu : Traité complet d'analomie, 3= édition, t. IV, p. 497. Chez Migneret, Paris. 1810.
(3) Ph.-Fréd. Blandin : Traité d'analomie lopocjraphique, p. 408. Chez Mme Auger-Méquignon, Paris, 1826.
(i) Hipp. Cloquet : Traité d'analomie descriptive, 5° édition, t. II, p. 652. Chez Crochard, Paris, 1832.
(oi Eux. Ai.Ex. Lautii : Nouveau manuel de Vanatomiste, 2° édition, p. 337. Chez Levrault, Paris, 1835.
(6) J.-F. Malgaig.ne : Traité d'analomie chirurgicale, p. 292. Société encyclographique de Bruxelles, 1838.
(1) .1. F. Meckei. : Manuel d'analomie générale descriptive, traduit par Jourdan et Breschet, p. 628. Chez J.-B. Baillière, Paris, 1825.
i 8; E. Hlsiike : Traité de splanch. et des organes des sens, traduit par .Fourdan, p. 360. Chez J.-B. Baillière, Paris, 1845. (T. V de ÏEncyclopédie analomique.J
(9) X. BicHAT : Encyclopédie des sciences médicales, t. II, l" division, 2' volume, p. 312, Paris, 1834.
(U)) E. CosTE : Manuel de dissection, p. 542. Chez .I.-B. Baillière, F'arls, 1847,
dans leur travail inaugural, par Auguste Roustan (1), qui avait vu le crémaster se détacher du transverse, et par Cii-VHLKs RoBJN (2), qui disait de lui : « Il est formé par quelques faisceaux inférieurs du petit oblique sortant plus pâles que les autres par l'anneau inguinal externe ». Robin, d'ailleurs, ne devait pas tarder à changer d'opinion.
Mais, de tous, c'est assurément Jules Cloquet (3) qui, dans son fameux mémoire sur les hernies, a le plus heureusement décrit la formation crémastérienne. « Le muscle crémaster n'existe pas avant la descente du testicule; il se forme à mesure que cet organe, tiré par son gubernaculuni, se porte de l'abdomen dans le scrotum. Je me suis assuré de ce fait en disséquant ces parties .sur un assez grand nombre de fœtus, avant, pendant et après la descente du testicule. Les fdDres inférieures du petit oblique, en se portant de l'arcade crurale où elles s'insèrent, au pubis, passent devant le gubernaculum testis auquel elles adhèrent assez intimement par leur partie moyenne. En tirant le gubernaculum et en simulant ainsi la descente naturelle du testicule, je suis parvenu à former accidentellement le crémaster. Si on fait rentrer le testicule dans le ventre, en le tirant par sa partie supérieure, alors, on fait en quelque sorte retourner le crémaster sur ses pas, ou plutôt on rend au petit oblique les fibres qu'il a prêtées pour sa formation. Alors les arcades musculaires remontent les unes vers les autres, se rapprochent, rentrent dans le canal inguinal, et reforment le bord inférieur du muscle petit oblique qui est alors flasque et plissé sur luimême. Dès qu'on fait ressortir le testicule, le crémaster renaît et ses deux faisceaux triangulaires reparaissent. Chez la plupart des sujets, le cordon testiculaire passe simplement au-dessous du bord inférieur du petit oblique qu'il entraîne avec lui, comme je l'ai dit, pour former le crémaster, dont on ne retrouve alors que les arcades antérieures ; d'autres fois, au contraire, il traverse bien évidemment les fibres de ce muscle, et les arcades existent,
(1) Aug.Roustan: De In hernie interstitielle. Th. in 1843, n°38,p.l0, Paris, 1843.
(2) Ch.-Ph. Robin : Anatomie de la région de Vaine. Th. in n° 190, p. 30, Paris, 1846.
(3) Jules Cloquet : Recherches amloiniqaes sur les hernies de l'abdomen, à Paris, chez Méquignon-Marvis, 1817, p. 15.
non seulement en avant, mais aussi en arrière du cordon et du testicule qui s'en trouvent enveloppés de toutes parts. Les postérieures sont toujours moins prononcées que les antérieures ». J'ai dù, pour raccourcir la citation, tronquer le texte.
Cloquet a écrit son mémoire en 1817, après avoir examiné un grand nombre de cadavres de fœtus, d'enfants, d'adultes hommes et femmes. On peut dire qu'il a donné la première et la meilleure description du crémaster et de ses arcades; avant lui, personne n'avait montré la genèse des anses érythroïdiennes sous l'influence du passage, dans le canal inguinal, du gubernaculum et du testicule. Le travail de J. Cloquet est véritablement parfait.
Mauc-Je.vn Bourgery('I), quelques années plus tard, reprit pour son compte la thèse de Cloquet, établit, à son tour, d'une façon très nette (sinon très personnelle) l'origine du crémaster et combattit la confusion qu'à la même époque les travaux de Curling venaient de faire naître dans l'esprit des anatomistes entre le gubernaculum et le crémaster : « Pour bien comprendre la tunique érythroïde, écrit-il, il faut se reporter au foetus avant la sortie du testicule hors de l'abdomen. Alors on voit que cette tunique n'existe pas, que le muscle petit oblique, qui doit plus tard la former, est disposé en une cloison qui bouche l'ouverture triangulaire du grand oblique qui sera plus tard l'orifice externe du canal inguinal, et que cette cloison est traversée par le gubernaculum testis qui, quelquefois, passe sous son bord inférieur au lieu de traverser ses fibres ù. Et, comme pour bien montrer comment le simple fait de voir les faisceaux du crémaster, en apparence tout à fait isolés du muscle dont ils sont nés, s'attacher quelquefois à l'épine du pubis ou à l'arcade crurale, ne suffit pas pour qu'on soit en droit de nier leur dépendance de la ceinture musculaire de l'abdomen, Bourgery, après Cloquet, ajoute : (' Les extrémités des anses ou arcades renversées du crémaster se réunissent vers l'anneau inguinal en deux fais ceaux triangulaires, l'un, interne, plus petit, fixé à l'épine du pubis, et l'autre, externe, plus volumineux, attaché à l'arcade crurale ».
("11. T. -M. BoLiuJKRY : Traité complet de l'anatomie de l'iiommc, t. V. p. 246. Chez Dclaunay, Paris, 18J39.
j3) Curling ei Robin. — Mais, avec Cuhling, venait de naître la con fusion. Dans son traité des maladies du testicule (1) [mais il avait antérieurement produit d'autres mémoires sur ce sujet], Cuhling décrit au gubernaculum trois prolongements: « L'externe, qui est le plus long, s'attache au ligament de Pour art dans le canal inguinal ; le moyen forme une bandelette allongée qui, s'échappant par l'anneau inguinal externe, descend jusqu'au fond du scrotum 011 il rencontre le dartos ; l'interne se dirige en dedans pour s'attacher solidement au pubis et à la gaine du muscle droit ». Curling avait bien vu « un certain nombre de fibres se réfléchir de l'oblique interne sur la partie antérieure du gubernaculum » ; mais il ne s'était pas embarrassé de si peu, et, dans sa description, on le vit employer indifféremment les termes de crémaster ou de gubernaculum; bien mieux, au moment même oi^i, dans son traité, il vient de faire remarquer qu'à côté du gubernaculum, qui s'insère, d'après lui, dans le scrotum et sur le ligament de PouPART, existent des fibres certainement détachées du petit oblique abdominal, Curling ajoute avec sérénité : u On voit donc que les attaches du muscle du gubernaculum et celles du crémaster chez l'adulte sont exactement les mêmes. J'ai réussi à suivre le gubernaculum à des époques différentes, avant la descente du testicule et immédiatement après (? et je ne peux conserver aucun doute sur l'identité des deux muscles » . La contradiction n'effrayait pas Curling. Aussi Bourgery eut-il vite fait de réduire à néant la conception du chirurgien anglais ; « Une opinion de M. Curling qui est inadmissible, c'est que, plus tard, les fibres musculaires du gouvernail forment le crémaster. Cette opinion est inadmissible parce que ces fibres musculaires qui sont disposées à la surface externe de ce cordon, pendant qu'il est contenu dans le ventre, devraient occuper la surface interne après la descente du testicule, et se trouver appliquées directement sur la tunique A^aginale dont elles sont pourtant séparées par la tunique fibreuse du testicule et du cordon spermatique ».
Quelques années après Curling [car Curling publia. Je crois, ses premières études sur la descente du testicule en
(1) T.-B. Curling : Traité pratique des maladies du testicule, Iraduil par Gosselin, p. 18. Chez Labé, Paris, 1857.
|«U (])|. Cil. IlouiN m paraître clans les mémoires de la Société de Biologie {i) un travail sur le gubernaculum leslisct la situation du testicule dans l'abdomen. Dans ce travail, Robin confond absolument le crémaster et le gubernaculum: il y dit partout : « Le gubernaculum teslis, ou crémaster, ou musculus testisde lluxNTiiu », tout comme si Hlntkh n'avait établi aucune distinction entre ces organes. 11 écrit même, dans les dernières lignes de sa publication : « Au lieu d'appeler le gubernaculum ligament du testicule, Huntek aurait dû continuer à l'appeler muscle du testicule, musculus leslis, comme il le fait en commençant». Robin, je pense, a dû mal lire ou mal comprendre. Nulle part, dans son mémoire, pas plus au commencement qu'à la fin, Hunteu ne fait la confusion que Ch. Robin lui attribue.
Dans le mémoire de Ch. Robin, il n'est question ni du petit oblique, ni du transverse de l'abdomen. Comme Curling, Ch. Robin décrit au gubernaculum trois faisceaux d'insertion inféi'ieure : « Hunteh, dit-il, n'a décrit que le faisceau médian. » C'est là une erreur : je montrerai plus loin que les deux faisceaux périphériques de Curling et de Robin ne sont pas autre chose que les fibres des muscles larges qu'Hu^TEK avait déjà signalées comme se détachant du bord inférieur de la sangle abdominale pour se perdre sur la face antérieure du gubernaculum.
7) Après Curling et Robin. — Curling et Robin venaient de publier leurs mémoires; les contemporains adoptèrent leurs idées. Ainsi, Ernest Godard (3), sans plus ample vérification d'ailleurs, défendit la théorie et adapta à l'interprétation de plusieurs faits pathologiques les hypothèses de ses deux prédécesseurs. Bref, tous ces travaux embrouillèrent tant et si bien la question que, malgré les affirmations catégoriques de chaque auteur, le difl'érend dure encore.
(1) T.-B. Curling : Observations on Ihe structure of Ihe gubernaculum and on Ihe descenl of Ihe teslis in the fœtus. In London Med Gazette, 10 avril 1841.
{■2) Pu. -Ch. Uoiji.n : Recherches sur la nature musculaire du gubernaculum leslis. In Mcm. de la Société de biologie, p. 1, Paris, 1849.
Eit.v. GorMito : Etude sur la nionorch. et la cryplorch. chez l'homme. In C^omptcs rendus des séances et mémoires de la Société de biologie, t. III, p. 'm et 338, Paris, 1856.
Quatre opinions se partagent aujourd'hui la faveur des anatomistes : les uns considèrent le crémaster comme le vestige du gubernaculum testis; les autres (ce sont les plus nombreux) en font une dépendance des muscles abdominaux: les troisièmes admettent que la tunique érythroïde est formée tout à la fois par le gubernaculum et par des faisceaux de la ceinture musculaire du ventre; les derniers, enfin (je ne devrais pas parler au pluriel car je n'en connais qu'un), le dernier, dis-je, veut que le crémaster soit indépendant du gubernaculum et des muscles abdominaux et le considère comme un organe autonome.
'1° Le crémaster est un vestige du gubernaculum.
C'est l'opinion que défend Pu. Sappey dans son traité d'anatomie('l). «Le crémaster, dit-il, aété considéré comme une dépendance du petit oblique et du transverse. Cependant, depuis longtemps, l'observation a démontré de la manière la plus nette qu'aucun de ses faisceaux ne présente une pareille origine » ; en eft'et, ces faisceaux ne décrivent pas des anses à concavité supérieure, comme le croyait M. J. Cloquet, mais « tous suivent une direction longitudinale et parallèle, tous dépendent du gubernaculum testis qui leur donne naissance en se retournant au moment de la descente du testicule. » Et pourtant, Pn. Sappev fait remarquer, quelques lignes plus loin, que si a le dartos se contracte sous l'influence du froid, de la douleur, du spasme vénérien », on voit, au contraire, « le crémaster se contracter sous l'influence de toutes les causes qui mettent en jeu les muscles abdominaux, telles que la toux, les cris, le coït, etc. Son action, ajoute-t-il, est intimement liée à celle de ces muscles ». Le P' TiLLAux (2) pense comme Pu. Sappey : « Lorsque le testicule est descendu, le gubernaculum présente une direction inverse de la direction primitive; il se trouve retourné comme un doigt de gant et constitue le crémaster, en sorte que ce muscle ne doit pas être considéré comme un prolongement des fibres les plus inférieures des muscles petit oblique et transverse ».
(1) Pu.-C. Sappey : Loco cilato, p. 599.
(2) P.TiLLAux : Traité d'anatomie topoqrnphique. Chez. Asselin, Paris. 1879, 2" édition, p. 789.
Le cirniasler est une dépendance des muscles abdominaux.
A coté de ceux qui, comme .Ikan-Fhançois Jaujavav (I), Fort (2), Chuistophku Hi^atii (3), se contentent de rapporter, sans prononcer entre elles, les opinions des auteurs (lui les ont précédés, un grand nombre d'anatomisies font provenir le crémaster de la ceinture musculaire de l'abdomen. A citer parmi eux : Erasmus Wilson (4), VYilhelm Theile (5), Emil Hushke (6), Elkonoud Petrequin (7), J. Hyrtl (8), Alfred Velpeau et Bruno Béraud(9), Alfred RicuEr(lO), Luschka(II), Henle(12), Sarazln(13), Gray (14), qui s'attache à démontrer pourquoi le crémaster se présente sous un aspect et avec une importance qui peuvent varier d'un sujet à l'autre. Après Cloquet et après Bourgery, l'anatomiste américain montre, en elTet, que le testicule, dans sa migration, passe soit au-dessous, soit au travers du petit oblique, et revenant ainsi sur ce point d'anatomie qui divisait (avec bien d'autres points encore) le Fran-
(1) J.-F. Jaujavay: Traité d'anatomie chirurgicale. Chez Labé, Paris, 1854, t. II, p. 563.
(2) J.-A. Fort : Analoinie descriptive et dissection. Chez Delahaye, Paris, 1886, 4-= édition, t. III, p. 390.
(3) Cristopher Heath : Practical analomy. Chez A. Cliurchill, Londres, 1885, 6' édition, p. 198.
i4) Erasmus Wilson : The anatoinisfs vade-inecum. Gliez J. Churchill, Londres, 1842, 2« édition, p. 187.
( 5'\ F.-G. Theile : Encyclopédie anatomique, Iratuite par A.-J.-L, Jourdan. Chez J.-B. Baillière, Paris, 1853, t. III, p. 180.
(6) E. Hl-shke : Idem. 1845, t, V, p. 361.
(7 ) J.-E. Petrequin : Traité d'anatomie topographique. Chez Victor Masson, Paris, 1857, 2" édition, p. 351.
(8) Jos. Hyrtl : Handbuch der praklischen Zergliederungskunst. Chez Wilhem Braumviller, Wien, 1860, p. 181.
('9j k. Velpeau et B.-J. Béraud : Manuel d'anatomie chirurgicale. Chez Germer Baillière, Paris, 1862, 2° édition, p. 419.
(10) A. Riciiet : Traité pratique d'anatomie médicale et chirurgicale. Chez Lauwereyns, Paris, 1877, b" édition, p. 835.
dl) Hubert Luschka : Die Anatomie des Menschen. Zweiter Band, p. 110. Tubingen, 1863.
n2) J. Henle : Handbuch der syslemalischen Anatomie des Menschen. Zweiter Band, p. 441. Friedrich und Sohn. Braunschweig, 1874.
C13) Cir. Sarazi.n : Art. Inguinal in Nouveau Dictionnaire de médecine el de chirurgie. Chez J.-B. Baillière, Paris, 1894, t. XIX. p. 4.
(14) He.nry Gray : Anatomy descriptive nnd surqical. Chez Henry Lca. Philadelphie, 1878, p. 881.
çais Gakangeot et rAllcmaiid Hkistkk, il les met d'accord en leur donnant à tous deux salislaction.
A cette opinion se rangent encore Cu. Mouel et Math. DuvAL (1), Faneuil D. Weisse HErrzMANN (3), De- BiERRE (4), Krause (5), GeCxEnbaur (fi), QuAiN (7), Oscar Hertwig (0), Klaatsch (9), Rudinger (1 0) et 1 Iknuy Morris (11) qui, tout récemment encore, écrivait : u Le crémaster est réeilemenL une partie détachée de l'oblique interne ». C'est, enfin, l'interprétation donnée par Testut (12).
5° Le crémasler est à la fois formé par le gubernaculum et par les muscles abdominaux.
Quelques auteurs pensent qu'aux fibres du cordor» gubernaculaire se joignent, pour former le crémaster, des faisceaux qui se détachent des muscles abdominaux.
Chez la femme, au dire de Rouget (13), u les muscles transverse et petit oblique, conservant pendant toute la
(1) Charles Morel et Mathias Duval : Manuel de l'analomie, p. 1084. Chez Asselin, Paris, 1883.
(2) Faneuil D. Weisse : P radical human anatomy, p. 49. Chez William Wood, New- York, 1886.
(3) C. Heitzmann : Die descripl. und topogr. An. des Menschen, p. 164 et 68. Chez Braumviller, Wien, 1887.
(4) Ch. Dkuierre : Traité élémentaire de l'anatoinie de Vhomnie, p. 646. Chez Alcan, Paris, 1890.
(5) W. Krause : Manuel d'anatomie humaine, traduit par Louis Dollo, t. I, fasc. 2, p. 220. Chez Masson, Paris, 1888.
(6) C. GEGENBAb'R : Traité d'anatomie humaine, traduit par Ch. Julien, t. II, p. 678. Chez Reinwald, Paris, 1889.
(7) R. Quain's Eléments of anatomy, vol. I, part. 1, p. 126. Chez Longmans, London, 1892.
(8) Oscar Hertwig : Traité d'embryologie de l'homme et des vertébrés, p. 354. Chez Reinwald, Paris, 1891.
(9) Klaatscu : JJeber dendescensus testiculorum, in morph. Jahrbuch XVI, 4, analysé par Prex\ant, in Revue des sciences médicales d'Hayem, 1892, p. 17.
(10) N.RuDiNGEii : Précis d'anatomie topographique, traduit par Paul Delbet, p. 186. Chez J.-B. Baillière, Paris, 1894.
(11) Henry Morris : A treatise of hum. anatomy, p. 432. Chez J. et A. Churchill, London, 1893.
(12) L. Testut : Traité d'anatomie humaine, 1" édit. et 2' édit., fasc. 3, p. 958. Chez O. Doin, Paris, 1894.
(13) Charles Rouget : Recherches sur les organes érectiles de la femme et sur V appareil musculaire lubo-ovarien, in Journal de la physiologie de rhoinme et des animaux de Brown-Séquard, 1858, t. I, p. 489.
vie lu disposition que les faisceaux stries du gubernaculum lestis (futur créniaster) présentent chez les fœlus et les maies des rongeurs et des insectivores, projettent dans le centre du ligament rond des anses très allongées qui dépassent la partie moyenne de ce ligament ». Je reviendrai plus loin sur ce point particulier de la question.
C'est cette hypothèse de la dualité du crémasler que semble adopter Jean Cruveilhier (1) : « Toutefois, dit-il, ces anses si bien décrites par J. Cloquet sont très variables et ne me paraissent nullement constituer tout le muscle crémaster. Les anses les plus inférieures du petit oblique et du transverse, quand elles existent, en sont complètement distinctes. Le crémaster, voilà donc le vrai gubernaculum » .
Y. Paulet (2) est plus explicite, quand il écrit: « Outre ce muscle propre formé de deux faisceaux, l'un interne qui s'insère à l'épine du pubis, l'autre externe qui naît de la face supérieure de l'arcade crurale, la tunique érythroïde renferme encore un certain nombre de fibres ansifoi"mes ou plutôt d'anses musculaires à concavité supérieure, dont les deux extrémités remontent dans le canal inguinal, dont la convexité descend plus ou moins bas ; quelques-unes atteignent le fond du scrotum ; il est à remarquer que ces anses sont toutes rassemblées en avant du cordon, ce qui s'explique par leur mode de formation; elles sont, en effet, constituées par les fibres les plus inférieures du petit oblique et du transverse entraînées hors de l'abdomen au moment de la descente du testicule ». Mais Paulet se déclare incompétent pour résoudre la question de savoir si le crémaster propre est ou non formé par le retournement du gubernaculum.
Chez mon maître le P"' Farabeuf (3) apparaît une pointe de scepticisme : <( Le crémaster, écrit-il, dérive probablement du gubernaculum testis ; l'on a coutume d'admettre
(1) J. CuuvEiLHiER : Traité d'analomie descriptive, revu et augmenté par Makc Ske et Cnuvi:iuiiKii ru.s, 4° édit., t. I, p. 523 et t II p. 3.75 et 381. Chez Asselin, Paris, 1865. ' '
(2) V. PAUf.ET : Traité d'anatotnie topographique, 1" partie, p. 633 et 615. Clicz Masson, Paris, 1867, et Résumé d'analomie appliquée, d 293 Chez G. Masson, 1875. ^ ^
(3jL.-H. Fakaiiecf : Diclionnairc encyclopédique des sciences médicales. Chez Masson, t. \XIII, 1" partie, art. Crémaster, p. 3.
que la partie centrale ou scrotale de ce gubernaculum, continuant à se raccourcir et agissant comme le bras introduit dans un bas pour le retourner, retourne la partie engainante ou inguinale du gubernaculum, et entraîne dans ce tube musculaire le testicule et tous les éléments du cordon. Si cette théorie est vraie, et Curling n'en doute pas, le crémaster n'est pas autre chose que la partie périphérique du gubernaculum testis. J. Cloqueï a pensé que les anses musculaires qui enchâssent le cordon et le testicule n'étaient que des fibres du muscle petit oblique très allongées, dont le testicule s'était coiffé en perforant la partie abdominale pour eflectuer sa descente. Il existe, en effet, généralement, devant la racine du cordon, des anses d'une flèche très courte, qui paraissent appartenir nettement au muscle petit obhque ; et l'on explique les variétés que Ton remarque dans le nombre des faisceaux du crémaster, en disant que le testicule a pu sortir soit au-dessous du muscle petit oblique, entraînant à peine quelques-uns de ses faisceaux inférieurs, soit un peu plus haut, mais alors en se coiffant, en avant, en dessous et même en arrière, avec les fibres des muscles Iransverse et petit oblique ».
Beaunis et Bouchard (1) pensent « que la gaine musculaire du gubernaculum constitue une portion du crémaster, mais que celui-ci se compose aussi en partie de fibres provenant du petit oblique et en très grande quantité du transverse » . Adrien Charpy (2) croit que le crémaster n'est pas autre chose que la gaine striée du gubernaculum : « Ce n"est pas, dit-il, une continuation des muscles larges de l'abdomen, bien qu'on le voie se contracter énergiquement avec eux dans la toux, le rire, l'effort », mais à lui « peuvent s'ajouter des fibres accessoires du petit oblique et du transverse ». Et Kuborn (3) défend, avec CunmngiLUi, cette espèce de dualité de la tunique érythroïde.
(1) H. Beaunis et A. Bouchaud : Nouveaux éléments d anatomie descriptive. Chez J.-B. Baillière, Paris, 1885, 4« ediL, p. 812 et 1041 el 5* édit., p. 825 et 1050.
('^) Ad. CiiAUPY : Organes génilo-urinaires. Leçons publiées par Armand Luis, p. 114. Chez Cassan fils, Toulouse, 1890.
(3) P. Kuborn : Guide de dissection et résumé d'anatoniie topographie que, p. 288. Chez Marcel Nierstasz, Liège, 1890.
Eiiliii, plus iccoiiunonl, Bu.vMA>N(l)a plaidé pour l'idcntiti' du créiuasler et du gubcrnacnluui leslis dans un mémoire très étudié sur la migration Icsticulaire. Au dire de liu.vMANN, le gubernaculum est formé, au centre, de tissu cellulaire et de vaisseaux; par-dessus ceux-ci s'appliquent un nianehon celluleux et des fdDres musculaires striées, transversales en bas, obliques en haut (qu'on n'oublie pas ce détail important): puis, le fascia transversalis et le péritoine recouvrent le tout. La couche musculaire du gubernaculum est le crémaslcr préformé: elle émane du petit oblique. Avant la descente du testicule, il n'y a donc pas de crémaslcr scrotal; le crémasler est abdominal. Et la preuve, dans la pensée de Bramann, que cette gaine striée du gubernaculum est bien le futur crémaster scrotal, c'est qu'elle est animée par le filet externe du rameau génital de la branche génito-crurale, fdet qui, plus tard, quand le testicule a accompli sa migration, se perd dans les bourses.
11 faut dire que Br.vimaisn a étudié le gubernaculum testis sur cinq fœtus de 6 à 7 mois, c'est-à-dire, sur des sujets qui, de son aveu même, ont le testicule tout près de l'orifice profond du canal inguinal « à moins de 5 à 8 millimètres ».
U° Le crémaster ne provient ni du gubernaculum ni des muscles abdominaux.
C'est, sans doute, l'opinion de Barrois, quoiqu'il ne la soutienne pas sous la forme que je viens de lui donner. Barrois (2) dit, en effet, d'une part : « L'opinion de Cloqlkt, celle qui fait du crémaster une dépendance des muscles abdominaux, basée évidemment sur des dissections incomplètes et peut-être aussi sur des idées préconçues, est absolument rejetée maintenant ». Il serait choquant de voir Barrois porter un jugement si léger sur le mémoire, de tous points très remarquable,
(1) F. BiiAMANN : Beitrag zur Lehre von dem Desceimis lesliculorum unddem Gnhernncnlutn llunlcri des Mensclicn, in Arcli. fiir Anat. und fMiviclielunfjstjesch, von Ilis und llraunc. 1884. Traduil'par 1-'. TounyKV\ cl G. Ukiima.n.n, in art. Teslicule du Didioiinairc encyclopédique des .icimci's médicales, t. XVI, 3« .série, p. 561, à Paris, chez .Masson; et traduit par I'al/. Hi:za\ço\, in Elude sur l'cctopie lesliculaire du jeune arje e.l son Irailement, thèse in Paris, 1892, n" 231, p. 10.
(2jTii.-Cn. Baiuiois : Conlribulion à l'élude des enveloppes du\ieUicule, thèse in Lille, 1882, n" 34, p. 17.
écrit par Cloquet, s'il n'était facile de se convaincre, en lisant la thèse, du reste très étudiée, de l'auteur, qu'il a attaqué, sans Favoir suffisamment médité, un travail qui est, au contraire de ce qu'il affirme, tout à fait riche en documents. Ailleurs, on lit dans la brochure de Bahuois^ : « Chez des embryons où le testicule était encore situé très haut dans l'abdomen, je n'ai jamais ])u constater la présence du faisceau externe et strié du gubernaculum qui doit devenir plus tard le crémaster externe ». Ce qui veut dire, si je ne m'abuse, que Barrois ne croit pas à l'existence des faisceaux périphériques du gubernaculum qui, au dire de Curling, deviendraient, après la migration du testicule, le muscle crémaster strié. Enfin, B.vrrois n'accepte pas davantage que l'origine du crémaster strié soit le faisceau central du gubernaculum, puisque, dit-il (p. 52), « malgré les plus minutieuses recherches, il lui a été impossible de découvrir, dans ce faisceau central, la moindre trace de fibres striées ». Ainsi donc, le crémaster ne dépend ni de la ceinture charnue de l'abdomen, ni des faisceaux périphériques du gubernaculum, ni du faisceau central de celui-ci : « C'est donc un muscle spécial et indépendant » (p. 17). Pour Barrois, sans doute; mais je ne crois pas qu'on soit, comme il le dit, « généralement d'accord » avec lui sur ce point.
B. La disposition du crémaster.
Voilà en abrégé, l'histoire du crémaster. Je dois dire que, depuis le jour où le manuscrit de ce mémoire a été déposé sur le bureau de la Société de Biologie (lo octobre 1894) A.-H. SouLiÉ (de Toulouse) a écrit, sur la poche cremastérienne et la migration des testicules, un travail important et très étudié (1), amplification documentée de deux publications antérieures (2 et 3). J'aurai l'occasion
n) A -H SouLiÉ : Recherches sur la migralion des teslicules dans les iJàcipaux groupes de mammifères. A Toulouse, chez Douladoure- Privat, 1895.
(9\ M -A SouLiÉ : La poche crémastérienne chez les insectivores et chi^^lfs-r^igears. In Combles -ndus hebdomadaires des ^c^^^^^^ d Société de Biologie, 23 novembre 1894, n" 29, p. 727. A 1 ans, cne^ Masson. , .
(3^ M -A. SouLiÉ : Sur la structure de la poche crcmaslerienne chez les rongeurs et chez les insectivores. In Bibliographie anatomique, 1895, tome 1.
d'en reparler. Je mus mainlenant essayer de Iranchcr le ditlerend. L'anatomie comparée peut seule éclairer les débals. Il faul savoir d'elle :
1° La disposition du crémasler et du gubernaculum chez les animaux dont les testicules sont perpétuellement cachés {absence de migralion).
La disposition du crémaster et du gubernaculum chez les animaux dont les testicules sont temporairement et périodiquement cachés (migralion temporaire).
S" La disposition du crémaster et du gubernaculum à l'état fœtal et à l'état adulte chez les animaux dont les testicules sont, après la naissance, perpétuellement visibles {migration définitive).
Puis, muni de ces données, j'étudierai :
4° La disposition du crémaster sur l'homme fœtus et sur l'homme né.
1° Le crémaster et le gubernaculum chez les animaux dont les testicules sont perpétuellement cachés.
« Les espèces dans lesquelles les testicules restent dans la cavité abdominale, en avant ou en dessous des reins, sont les monotrèmes, beaucoup d'édentés, tous les cétacés vrais et herbivores, et certains pachydermes comme l'éléphant, le rhinocéros et le daman (1). » Chez ces véritables « testiconda », dont quelques-uns ont une migration testiculaire, mais une migration partielle et incomplète, toujours intra-abdominale, il n'existe ni gubernaculum, ni crémaster : il n'y a point, en effet, c de raison apparente qui motive chez eux l'existence d'un tel muscle » . Aussi, les testicules, dit Richard Oaven (2), « sont-ils simplement soutenus par leurs vaisseaux et par un repli du péritoine analogue aux ligaments larges de l'utérus et des ovaires ». Ce repli est un véritable méso-vasculaire : c'est en cheminant au milieu de la lame de tissu cellulaire lâche qui sépare les deux feuillets que les vaisseaux arrivent à la glande. Rien n'existe, sur ces mammifères sans migration testiculaire, qui rappelle le gubernaculum.
l'I) C.-Th. dk Siebold et H. Stannius, traduit par A. Sprinckh et Tu. Lacokimiiik: /Ina/omie comparée. Encyclopédie Rorct, l. II. p. 509, l'aris, 1850.
(2) Richard Owe.n : Notes aux œuvres complètes de John Hunier. Loco cilalo, t. IV, p. 68.
2" Le crémaster et le gubernaculum chez les animaux à testicules temporairement et périodiquement cachés.
C'est des rongeurs et des insectivores qu'il s'agit ici. « C liez eux, le canal vaginal reste toujours ouvert, ce qui amène cette conséquence que les testicules, sur la tunique vaginale desquels s'épanouit le muscle crémaster, mîtrentdans la cavité abdominale pendant l'époque du rut. )> Tel est le cas, encore, des marsupiaux, des chérioptères, des phoques, etc. Je ne suis pas naturaliste : je ne sais donc pas qui a raison de Siebold et Stannius (1) qui parlent ainsi, ou de Richard Owen (2) qui dit, au contraire, « que dans la saison de V accouplement, les testicules subissent une augmentation périodique de volume et qu'ils sortent de l'abdomen sous l'influence des actions expulsives du diaphragme et des muscles abdominaux»; mais peu importe; chez ces animaux, les testicules entrent dans l'abdomen et en sont expulsés à époques déterminées ; on dit même qu'il s'agit chez eux d'une migration volontaire.
Voilà le fait.
A. A l'état fœtal.
J'ai examiné des fœtus de lapins et de cobayes; chez tous, quel que soit leur âge, voici ce que j'ai vu :
Le gubernaculum se détache de la queue de l'épididyme, pénètre, par l'orifice profond du canal inguinal, dans l'épaisseur de la paroi abdominale et se confond avec la musculature de celle-ci au point que l'on ne peut l'en séparer. Quand on exerce, de bas en haut, une traction sur le testicule, comme pour allonger le gubernaculum, on voit très nettement les fibres inférieures des muscles abdominaux profonds entrer dans la cavité ventrale et former, pour suivre le gubernaculum, une espèce de cône musculaire dont le sommet se continue avec le gubernaculum et dont la base s'épanouit sur la paroi abdominale. Ce sont là les faisceaux retournés du petit oblique et du transverse, entraînés par les efforts qu'on exerce sur le ligament du testicule auquel ils adhèrent d'une façon intime. Mais ce cône a une existence tout à fait artificielle : il ne se forme que par l'ascension forcée du testicule. Je parle ici, cela s'en-
(1) G.-Th.de Siebold et H. Stannius : Loco cilalo, p. 509.
(2) Richard Owen : Loco citato, p. 69.
tend, d'un cône apparent, et non pas des quelques fibres striées que le microscope décèle dans le segment inférieur du gubernaeulum, et dont lu présence est due, sans nul doute, ù ce que le testicule, dans sa migration, subit, par périodes, une légère ascension momentanée et entraîne alors vers lui, comme tout à l'heure la main de l'anatomiste, quelques fibres musculaires de la ceinture abdominale. Mais l'existence de ce « cône inguinal » naturel, ainsi que dit Kl.vatscii (1), ne détruit en rien la double individualité du gubernaeulum d'une part et, d'autre part, des quelques faisceaux striés qui l'entourent près du point ovi il pénètre dans la paroi de Tubdomen.
B. A l'élal adulte .
Debierke et Pravaz (2) ont étudié des lapins et des cobayes et ont pu, sur eux, distinguer le crémaster du o-ubernaculum testis. Le crémaster, à leur dire, se compose de deux faisceaux : l'un, externe, se continue avec le petit oblique et le transverse ; l'autre, interne, émane de la gaine du grand droit. Le gubernaeulum, d'après leur description, est une sorte de pyramide musculaire fine et éraillée qui s'attache en haut au pôle inférieur du testicule ainsi qu'à la queue de l'épididyme, et qui, en bas, tapisse le fond de la tunique fibreuse en lui adhérant. Les fibres du crémaster sont nettement striées ; celles du gubernaeulum sont lisses, quoique, à vrai dire, la ponctuation de leur noyau marque, de leur part, une tendance à la striation.
Debierre et Pravaz font aussi remarquer que le crémaster ne saurait faire descendre le testicule dans les bourses, puisque les attaches supérieures de ce muscle sont situées sur un plan plus élevé que l'anneau inguinal intérieur; aussi bien le crémaster est-il, au contraire, d'après eux, l'agent qui attire la glande génitale dans le ventre ; il lui forme comme une espèce de bonnet dont elle se coiffe ou se décoiffe suivant qu'elle descend ou monte.
(1) H. Klaatscii : Ueher den Descensus tesliculoriim, in MorpholofjUches Jahrbuch. Bd. XVI, p. 4. Leipzig, 1890. Analysé par Prenant, in fievue des sciences médicales, 1892, p. 17.
(2) Ch. Debieriie et J. Pravaz : Conlribation à l'élude du muscle crémasler, du gubernaeulum leslis el de la migration, testicvlaire. Lyon médical, 6 juin 1886. n- 23, p. 167.
Dans un mémoire déjà vieux, Auloing (1) avait signalé, en passant, rindépendancc, chez le lièvre et le lapin, du crémaster et du gubernaculum. « La gaine vaginale, dil-il, est doublée d'une couche musculaire dans toute l'étendue de sa face externe. Cette membrane contractile appartient au muscle crémaster; la queue de l'épididyme est engagée dans le collet de la gaine vaginale, et son sommet est fixé au fond des bourses par un gubernaculum testis très court (lapin mâle) ; le sommet de la queue de l'épididyme est fixé au fond de la gaine vaginale, ou plutôt adhère à la face interne du crémaster par l'intermédiaire d'un très court cordon blanchâtre qui est le vestige du gubernaculum testis ».
J'ai disséqué plusieurs lapins et plusieurs cochons d'Inde. Yoici, en réalité, comment sont les choses :
Quand le testicule est hors du ventre, il est enfoui dans une enveloppe vaginale doublée d'un scrotum rudimentaire. Le crémaster qui se détache des muscles de la ceinture abdominale, ainsi que l'ont indiqué Debierre et Pravaz, s'épanouit, blanc et ténu, sur la face externe de cette vaginale à laquelle il forme comme un sac musculaire à jour (poche crémastérienne) et dont il atteint, du reste, le fond. De la queue de l'épididyme part un petit cordon blanchâtre, assez fragile mais facilement séparable (ligament de l'épididyme), qui vient se fixer au fond de la poche crémastérienne et à la face profonde de la peau du scrotum — elles adhèrent en ce point l'une à l'autre — et sur lequel la vaginale se réfléchit : quand on tire sur le testicule comme pour le remonter dans le ventre, le scrotum suit ce testicule et rentre, pour ainsi dire, en lui-même; il en est de même du sac crémastérien dont les parois s'invaginent, comme la peau, dans la propre cavité qu'elles limitent, et forment ainsi un véritable cône musculaire qui est l'image de celui qu'on trouve, sur les fœtus, à la partie terminale du gubernaculum. C'est là, du reste, l'image de ce qu'on observe sur le lapin dont le testicule est dans le canal inguinal, à moitié sorti, ou bien en pleine cavité abdominale, tout à fait rentré. On trouve alors le scrotum
(1) P. Arloing : Elude comparative sur les organes génitaux du lièvre, du lapin et du léporide, in Journal de l'anatomie et de la physiologie. Chez G. Baillière, Paris, 1868, p. 449.
déprimé en cul-de-sac et le gubernaculum comme entouré d'un cylindre musculaire strié au milieu duquel il n'est diiïic'ile ni de le distinguer, ni de l'isoler. Ce cylindre musculaire, c'est le crémasler retourné en doigt de gant.
C'est précisément dans cette situation que John IIun- TER (1) a surpris le gubernaculum sur le hérisson ; il n'a étudié qu'un individu, et celui-ci avait précisémenlle testicule dans le ventre. « Chez le hérisson, dit-il, les testicules restent pendant toute la vie logés dans l'abdomen, dans la même situation que chez le fœtus humain — Hunter ignorait, sans doute, la migration périodique — et ils adhèrent par un ligament semblable (c'est du gubernaculum qu'il veut parler) à la surface interne des parois de l'abdomen au niveau de l'aine. Or, chez cet animal, les fdDres inférieures du muscle oblique interne, qui constituent le crémaster, se contournent en dedans à l'endroit où, chez les autres animaux, les vaisseaux spermatiques sortent au dehors; elles forment, par leur renversement, un bord ou une lèvre lisse, et elles remontent ensuite sur le ligament jusqu'à l'extrémité inférieure du testicule » .
Mes études sur l'appareil crémastérien des rongeurs complètent donc, comme on peut le voir, celles de De- BiERRE et Pravaz; les conclusions auxquelles je suis arrivé confirment celles qu'ils avaient tirées de leurs observations. Au reste, ils n'ont fait que voir et dire, eux-mêmes, ce qu'avait très bien vu et très bien dit John Hunter, dont on a si souvent travesti la pensée : à savoir que le ligament du testicule et le muscle du testicule forment deux organes tout à fait distincts.
Le gubernaculum, en traversant la paroi abdominale, prend adhérence avec les fibres musculaires striées de cette paroi, et dès lors ces fibres musculaires striées sont liées aux modificalions de longueur que subit le gubernaculum et à la migration testiculaire qui en est le corollaire : le testicule remonte-t-il, les faisceaux striés remontent aussi, entraînés par le gubernaculum, et forment, dans l'intérieur du ventre, le cône inguinal; le testicule descendil, les faisceaux striés descendent aussi, tirés par le gubernaculum et forment la poche crémastérienne.
Quant au rôle respectif que jouent plus tard, chez l'ani-
(1; John Hustbr : Loco citato, p, 69.
mal adulte, le crémaster et le gubernaculum lestis dans la descente périodique du testicule des rongeurs, je n'en veux dire que quelques mots ; aussi bien ce mécanisme est-il tout à fait obscur, comme celui de la migration du testicule humain; l'on pourra, je pense, discourir longtemps sur ce « magna problemum » de Langenbeck sans le résoudre. A priori, il me semble vraisemblable que dans cette descente périodique du testicule des rongeurs, le gubernaculum doit servir de simple fil conducteur et que le rôle important incombe aux muscles larges de l'abdomen qui expulsent, sans doute, l'organe par leur contraction. Même, il ne me répugnerait pas d'admettre, à l'encontre de r3EBiEURE et Pravaz, que le crémaster invaginé dans le ventre fût, en partie tout au moins, l'agent de cette migration. Il ne faut pas oublier qu'un muscle, en se contractant, rapproche son point d'insertion mobile de son point d'insertion fixe. Quoi d'étonnant à ce que les contractions du crémaster amènent jusque dans le canal inguinal (point d'insertion fixe qui est extra-abdominal) la tunique vaginale et le testicide (point d'insertion mobile qui est intraabdominal) !> Une fois arrivé dans le canal inguinal, le testicule en serait ensuite chassé par la contraction des muscles du ventre. En ce qui concerne la réintégration par le testicule du domicile péritonéal, il ne me paraît pas douteux qu'il faille en attribuer le mécanisme aux fibres crémastériennes, soit que l'enveloppe érythroïde, comme le prétend Richard Owen (1), se contracte sur la glande et la ramène dans l'abdomen en la poussant (mécanisme de la pression), soit que les faisceaux musculaires la rapprochent du canal inguinal en la tirant (mécanisme de la traction). Peut être l'application de l'électricité sur la poche musculaire du testicule pourrait-elle éclairer cette question. Mais, dans l'espèce, tout cela importe peu.
3° Le crémaster et le gubernaculum chez les animaux à testicules perpétuellement visibles.
A. CHEZ LES ANIMAUX A l'ÉTAT FœTAL
Mes études ont porté sur plusieurs classes des mammifères ; parmi les ruminants, j'ai choisi les ovidés et les bovidés: parmi les solipèdes, le cheval.
(1) Richard Owen : Loco citato, p. 69.
x) Ovidés et bovidés. — J"ai disséqué beaucoup de fœtus dovidés et de bovidés; j'ai examiné des sujets à tous les âges de la vie utérine.
Les fœtus des ovidés et des bovidés sont loin de présenter, en ce qui concerne l'étude de la migration testiculaire, les avantages que présentent ceux des pachydermes solipèdes: chez ceux-là, en eflet, la descente s'opère de très bonne heure, tandis que chez ceux-ci le testicule ne descend souvent dans les bourses qu'après la naissance.
Pour les premiers, on ne peut donc utiliser, en ce qui a trait à l'étude des organes dont le développement est lié à la migration testiculaire, que des sujets très jeunes dont les tissus mous et gélatineux sont d'une dissection difficile. Ainsi, sur un fœtus de brebis long de quinze centimètres (je mesure du point culminant de la tête à la naissance de la queue) le testicule est déjà à l'entrée du canal inguinal, quelquefois même dans le canal inguinal. Sur les fœtus de vache, la descente est aussi très précoce.
« Chez le bélier dont le testicule est encore suspendu dans la cavité abdominale, dit John Hunter dans son remarquable mémoire, le crémaster existe également, quoiqu'il soit alors plus faible; au lieu de se diriger de haut en bas, comme dans le cas où le testicule est descendu, il se réfléchit de dehors en dedans et de bas en haut et se perd sur le repli péritonéal qui recouA're le ligament qui attache le testicule aux parois de l'abdomen et qui, dans cet état de l'animal, a environ un pouce et demi de longueur ». Jene sais si John Hunter entend parler du bélier fœtus ou du bélier adulte dont le testicule n'aurait pas accompli sa migration, — accident qu'il prétend fréquent et que je juge, au contraire, assez rare d'après les observations que j'ai faites aux échaudoirs et les questions que j'ai posées aux tueurs (ceux-ci donnent au bélier cryptorchide le nom de bique-bouc) — ; mais ce que je puis affirmer, c'est que rien de semblable à la disposition que signale Hunter n'existait chez les fœtus (et ils sont nombreuxj que j'ai examinés. Voici, en réalité, ce qu'on voit :
1" Avant que le lesUcule ail pénétré dans le canal inguinal.
On dépouille le ventre de l'animal ; cela est facile et la peau vient tout d'une pièce ; on ouvre l'abdomen en croix. Un peu au-dessus de l'orifice profond du canal inguinal, à
un ou deux centimètres, le testicule apparaît tout à fait blanc, gros comme un grain de chcnevis chez le bélier, un peu plus volumineux chez le taureau. Il est entoure par le péritoine ; derrière lui se développeun méso bien marqué ; il est coiffé par l'épididynie ; à son pôle inférieur s'attache un cordon blanchâtre, élastique, recouvert par le péritoine qui forme aussi derrière lui un méso. Ce cordon plonge dans le canal inguinal. Quand on saisit ce cordon entre les mors d'une pince et qu'on l'attire dans l'intérieur de la cavité abdominale, la poche des bourses, qui est déjà formée, se fronce à sa partie inférieure et rentre, pour ainsi dire, en elle-même; elle se retourne si on augmente la traction et peut ainsi, complètement invaginée, entrer tout entière dans la cavité abdominale, suivant le gubernaculum avec lequel il est facile d'observer sa continuité.
Si on étudie cette poche des bourses, en place, après dépouillement, voici ce qu'on voit. Elle est formée par des libres musculaires qui viennent de la partie inféiieure des muscles abdomidaux et sortent par l'orifice inférieur du canal inguinal ; ces fibres sont étalées de façon à former une tunique complète, érail'lée pourtant en certains points. Elles sont surtout nombreuses et épaisses en dehors, où elles sont formées par l'épanouissement d'un faisceau qui se rend vers la ceinture musculaire abdominale, se confond avec elle, mais peut être artificiellement isolé parla dissection du corps du petit oblique dont il forme manifestement les fibres inférieures, et être suivi ainsi jusque sur la forte aponévrose qui recouvre le psoas iliaque. Les fibres postérieures et internes s'attachent sur l'arcade crurale. Il s'agit donc là d'une véritable tunique érythroïde préformée, émanée du petit oblique et formant une poche tout ouverte devant le testicule. Quand, de la cavité abdominale, on essaie de glisser un stylet dans la poche érythroïde par le canal inguinal, en suivant le gubernaculum, on constate que le bec de l'instrument bute un obstacle et est bientôt arrêté. En effet, on voit bien le péritoine plonger, avec le gubernaculum et sur la face antérieure de celui-ci, dans le canal inguinal; mais il n'y forme qu'une fossette peu prolongée: c'est le fond de cette fossette qui arrête la pointe du cathéter. En arrière et sur les côtés, on ne peut même pas introduire l'instrument, le petit méso du guber-
naculum s'y opposant; mais si l'on délruit ce méso, le stylet, den-ièiT Ictaisccau gubernaculaire, s'enfonce facilement et plonge clans la bourse érythroïde.
2" Quand le leslicule a franchi le canal inguinal.
L'enveloppe érythroïde apparaît alors très rouge, très développée, très épaisse, surtout en dehors. On peut étudier plus facilement encore l'origine des faisceaux musculaires qui la forment. A cet égard, rien à ajouter à ce que j'ai dit plus haut. On ouvre les bourses par une petite incision antérieure, et, à une hauteur variable suivant l'âge de l'animal, on trouve le testicule vertical, n'ayant pas encore accompli sa migration complète et toujours situé à une certaine distance au-dessus du fond de la poche. Du pôle inférieur de ce testicule se détache le gubernaculum: ce gubernaculum, dont le volume, sur les fœtus de cet âge, est beaucoup plus considérable, n'estpas très gros à son extrémité testiculaire, mais il s'enfle bien vite, se double, durcit et va s'attacher tout au fond de la gaine musculaire; quand on palpe les bourses avant de les avoir incisées, on dirait qu'elles sont remplies par deux testicules de chaque côté : l'un supérieur, petit et mou, l'autre inférieur, volumineux et dur. Ce faux testicule inférieur c'est, en réalité, la queue du gubernaculum.
La poche érythroïde a la forme d'une gourde, d'une cornue à col droit; elle est pyriforme. Le col est en haut, attaché à la paroi abdominale; le ventre est en bas, pendant entre les cuisses. Si, dans le haut du col de cette gourde, on pratique un orifice et que, par cet orifice, on glisse un stylet dans la cavité de la poche, on peut se convaincre que ce stylet pénètre jusqu'au fond, en suivant le gubernaculum; ce stylet, promené tout autour du gubernaculum, le circonscrit de tous côtés, cheminant entre lui et la face profonde de la gaine érythroïde; en arrière, cependant, sa course circulaire est arrêtée: là, il y a une barrière tendue entre le faisceau gubernaculaire etl'érythroïde. La cavité où se promène ainsi le cathéter est la cavité vaginale; cette cavité vaginale n'est donc pas seulement péritcsticulaire, elle est encore sous-testiculaire, c'est-àdire périgubernaculaire.
En incisant la poche érythroïde, on peut se rendre compte des rapports qui existent entre ses faisceaux et le
gubernaculum. On voit ce gubeniaculum, tout à fait en bas, au fond du sac, adhérer d'une façon très intime à la face profonde de l'enveloppe crémastérienne au milieu de laquelle il est inclus. Cette adhérence est telle qu'il y a véritablement fusion entre l'un et l'autre. En tirant le gubernaculum A'crs l'abdomen, on peut l'extraire de sa gaine érythroïdienne qui le suit alors, se retourne et se met, pour ainsi dire, à l'envers. C'est ainsi qu'on peut facilement étudier la continuité des deux organes : au point ovi ils se confondent, un sillon peu profond mais indiscutable, sillon visible à l'œil nu, mais surtout très apparent à la loupe, et un changement de couleur assez prononcé (le crémaster est plus rouge que le gubernaculum) marquent leurs limites réciproques. Au reste, s'il pouvait subsister quelque doute à cet égard, le microscope trancherait la question. C'est lui que Debierre et Piravaz (1) ont interrogé ; voici comment ils formulent le résultat de leurs recherches : « Le gubernaculum testis est de nature musculaire. Ses éléments sont composés d'une série de cellules fusiformes à noyau ovoïde fortement coloré parle carmin, soudés bout à bout et réunis en faisceaux. La poche érythroïde, bien que formée d'éléments musculai res jeunes, laisse néanmoins entrevoir que ces éléments sont des fibres striées ».
Le gubernaculum n'adhère pas seulement à la tunique érythroïde laar sa queue; il lui adhère encore en arrière par son dos ; celui-ci s'accole aux faisceaux crémastériens postérieurs avec lesquels il semble faire corps. C'est celle espèce de médiaslin postérieur qui empêche le stylet de circuler librement tout autour du gubernaculum dans la poche érythroïde et c'est sur lui que la vaginale se replie de l'un sur l'autre.
Telle est la disposition du crémaster et du gubernaculum sur les fœtus des vaches et des brebis. Au résumé, le crémaster forme, chez eux, une véritable bourse éraillée qui est en continuité avec la ceinture musculaire abdominale; celle poche se développe avant le moment oii le testicule voyage dans le canal inguinal. Dans son fond vient s'attacher le gubernaculum testis et c'est, à n'en pas douter, ce gubernaculum qui, en passant au travers des
(1) Ch. Debierhe et J, Phavaz : Loco oilalo, p. 170.
faisceaux du petit oblique et du Iransverse, entraîne ceux-ci avec lui. L'épaisseur croissante de la queue de ce gubernaculuui semble indiquer que c'est en se ratatinant et en se ramassant sur lui-même par en bas qu'il fait descendre le testicule. C'est aussi par cette rétraction progressive qu'il entraîne avec lui le péritoine qui lui adhère; ce péritoine forme d'abord, dans le canal inguinal, un petit cul-de-sac qui précède le testicule et qui bientôt plonge dans la poche crémaslérienne. De sorte que le gubernaculum est en même temps l'agent de la migration du testicule et de la formation delà vaginale, et que le testicule, en descendant, plonge toujours, je ne dirai pas dans un sac péritonéal préformé, mais derrière un sac péritonéal préformé. Comme on peut le voir, la disposition du crémaster des fœtus des ruminants n"a rien de commun aA^ec celle qu'a décrite Hunteu : c'est donc bien du bélier adulte à testicule intra-abdominal qu'a voulu parler le savant anatomiste anglais; je dirai plus loin comment il faut interpréter le cas qu'il a observé.
Ainsi, à aucune période de la vie fœtale, on ne peut observer, ni chez les ovidés ni les bovidés, que des faisceaux se détachent des muscles de l'abdomen et montent vers le testicule : voilà un premier point. De plus, le testicule est encore dans la cavité abdominale quand la tunique érythroïde est formée : voilà un second point. Une conclusion s'impose donc : la formation de cette tunique érythroïde n'a rien à voir avec le prétendu retournement de fibres striées qui, parties de la ceinture abdominale, iraient, en remontant dans le ventre, former comme une enveloppe à la portion abdominale du gubernaculum. La genèse du crémaster, étant donné que sa dépendance du petit oblique ne peut être contestée, ne peut s'expliquer que de la façon suivante : le gubernaculum, en s'allongeant pour atteindre le fond des bourses, ou peut-être en se rétractant, une fois qu'il l'a atteint, de façon à assurer la migration testiculaire, emporte avec lui, dans la première hypothèse, ou tire à lui, clans la seconde, les faisceaux du petit oblique auxquels il adhère.
Dkbieiuœ et PuAVAz avaient vu, avant moi, que la poche érylhroïdienne est déjà formée chez les ovidés et les bovidés alors que le testicule et le gubernaculum sont encore, pour ainsi dire, tout entiers renfermés dans le ventre, et
Kl.vatsch (1) qui admet, pour toutes les espèces animales, l'existence d'un cône inguinal, c'est-à-dire l'existence de faisceaux allant, du petit oblique et du transverse, rejoindre le gubcrnaculum en s'invaginant dans l'abdomen, est obligé de reconnaître qu'il n'a jamais observé ce cône inguinal chez les marsupiaux, les carnivores et les ruminants. Il dit bien, à la vérité, que cela tient à ce que ses recherches n'ont pas porté sur des stades suffisamment jeunes; mais ces stades, je les ai étudiés, et jamais, je le répète encore, je n'ai vu de fibres abdominales pénétrer dans le ventre à la recherche du gubcrnaculum.
j3) Chez les pachydermes. — Voici ce que j'ai observé sur deux fœtus dejument : l'un avait douze centimètres (de la tête à la racine de la queue) ; l'autre dix- sept.
Le scrotum n'est pas formé; il est marquéparune saillie à peine apparente ; la verge est bien formée.
La peau du ventre enlevée, on tombe sur le tendon plat, mince, gélatineux du grand oblique qui, en bas, tout près de l'arcade crurale, est traversé par le gubernaculum ; celui-ci se pei'dgros, ramassé, gélatineux, paraissant libre de toute attache aux plans fibreux et osseux de la région, dans le tissu cellulaire qui recouvre l'orifice extérieur du canal inguinal.
Le tendon du grand oblique enlevé, on voit, creusé dans le petit oblique, près de son bord inférieur, un orifice dont les contours musculaires sont parfaitement nets.
Le ventre ouvert, apparaît le testicule, j^lacé en dehors du rein, le hile tourné en dedans ; les vaisseaux qui abordent ce hile traversent perpendiculairement la partie inférieure de la face antérieure du rein, dans un repli du péritoine.
Le canal déférent naît de l'extrémité supérieure du testicule, côtoie le bord externe du rein et plonge dans le petit bassin, en passant en dedans de l'artère ombilicale.
Le gubernaculum se détache, très mince, du pôle inférieur du testicule, passe, toujours grêle, par-dessus le canal déférent et en dedans de lui, puis, aussitôt après l'avoir croisé, s'engage, augmentant alors considérablement de
(1) II. Klaatsch : Ueber den Descensus tesliculorum. In Morphol. Jahrbuch, Bd XVI, 4, Leipzig, 1890. Analysé par Rénaux, in Revue des Sciences médicales, 1892, p. 17.
volume et de résistance, dans l'orifice profond du canal injjuinal.
Cet orifice est limité par des bords bien nets, formés par des fibres musculaires. Ces fibres ne font aucune saillie en dedans et Von n'en voit point qui montent vers le ventre à la rencontre du gubcrnaculum : celui-ci aiwive seul, sans gaine musculaire, jusqu'au petit oblique, mais là, au point où il le traverse, il adhère à ses fibres. En A'oici la preuve. Quand on tire en haut le gubcrnaculum, les faisceaux inférieurs du petit oblique obéissent à la traction et forment alors un cône creux qui saille dans l'abdomen, une sorte de gaine au centre de laquelle paraît plonger ce gubernaculum. Quand, au contraire, on tire sur l'extrémité inguinale du gubcrnaculum, on voit, dans le ventre, se former une dépression; le péritoine descend en manière de petite vaginale et émerge de l'abdomen, doublé de fibres musculaires émanées du petit oblique qui lui forment comme une tunique érythroïde artificielle.
Il n'existe donc pas de « cône inguinal » sur le cheval fœtus, et le crémaster ne provient point de fibres musculaires retournées : comme chez le mouton et le taureau, la formation du crémaster est, chez les solipèdes, la conséquence de la simple rétraction d'un gubernaculum adhérent aux faisceaux du petit oblique.
B. CHEZ LES AMMAUX A l'ÉTAT ADULTE
a) Chez les bovidés et les ovidés. — Sur le taureau on A^oit, par l'orifice extérieur du canal inguinal, émerger un gros faisceau musculaire qui se dirige en bas et en dedans pour gagner le cordon spermatique en dehors duquel il descend, puis en avant duquel il se place au moment d'aborder les enveloppes du testicule.
Lorsqu'on a décollé le tendon plat du grand oblique, les fibres inférieures du petit oblique apparaissent transversales, dirigées de la moitié externe de l'arcade crurale vers le bord distal du muscle grand droit. Les fibres du muscle transverse descendent beaucoup moins bas que celles (lu petit oblique; elles sont détachées du domaine de la région inguinale et ne peuvent avoir aucun rapport avec le crémaster.
Ce crémaster apparaît de suite, avant que la dissection l'ait isolé, comme formé par les faisceaux inférieurs du
petit oblique dont il ne semble pas séparable et qui, pour clescenclie vers le scrotum, auraient déviédeleur direction transversale et obliqué en bas.
Cette apparence répond, en eflet, à la réalité; mais on peut, avec le bistouri, isoler les fibres du crémaster et étudier alors d'une façon précise le point où elles s'attachent et les véritables relations qu'elles conservent avec les faisceaux qui forment le liséré inguinal de l'oblique interne. Ainsi, l'on peut se rendre compte tout d'abord que le crémaster n'est point en continuité avec les faisceaux superficiels de ce muscle oblique interne; tout au contraire, on le voit s'engager sous l'arcade que forme le bord inférieur de celui-ci, dans l'espèce d'anneau circonscrit par ce bord et le ligament de Poupauï. Là, il disparaît.
Pour le suivre, il faut faire une section verticale du petit oblique passant un peu en dedans de l'origine apparente du crémaster; on obtient ainsi deux volets, l'un interne qu'on rabat en dedans vers le grand muscle droit, l'autre externe qu'on raljat en dehors et dont on peut ainsi facilement étudier la face profonde. Alors il devient facile de voir l'origine véritable du crémaster.
On peut d'abord constater, en regardant par transparence le petit oblique soulevé, que le crémaster ne jouit d'aucune indépendance et qu'il est vraiment formé par les faisseaux inférieurs et profonds du petit oblique déviés de leur direction et chassés, pour ainsi dire, en dehors de l'abdomen qu'ils auraient abandonné en s'insinuant sous les faisceaux inférieurs superficiels. Entre le petit oblique et le crémaster, pas la moindre trace de séparation ; il n'est ni plus ni m.oins facile d'isoler ces deux muscles que d'isoler l'un de l'autre deux faisceaux quelconques du petit oblique : on n'y arrive qu'au prix de déchirures musculaires.
Ce petit oblique, on le voit très nettement s'attacher à la moitié interne de l'arcade crurale, ou plutôt, puisque cette arcade crurale, chez le taureau, a une indépendance beaucoup moins marquée que chez l'homme [disposition qui corrobore la vieille théorie très heureusement défendue, ces années dernières, par Nicmse (1)], on voit plutôt.
(1) M. INicAisE : Notes sur l'analomie de la région inguinale. In Arch ves générales de médecine, juillet cL décembre 1866. — Des insertions t l'aponévrose du grand oblique. In Journal de l'Analomie et de la Pliysh logie de l'homme et des animaux, 1889, t. XXV, p. 562.
dis-je, le petit oblique s'implanter, supcrficiellemenl, sui' la tiice profonde de la partie inférieure du tendon du grand oblique, et, profondément, sur la face superficielle de la gaine qui recouvre le muscle iliaque. Il y a là une intersection et une intrication de fibres absolument complète.
Le crémastor, formé par les . faisceaux tout à fait inférieurs du petit oblique, s'attache donc, lui aussi, à l'arcade crurale, continuant sans interruption la ligne d'insertion de ce petit oblique, Là, ses faisceaux s'étalent en largeur, comme pour bien marquer leur identité aA^ec ceux de l'oblique interne ; plus on se dirige vers l'épine du pubis, plus on les voit, abandonnant l'arcade crurale proprement dite, envahir le territoire de la fosse iliaque et se confondre avec son aponévrose, si bien que, sur plusieurs sujets, j'ai vu les fibres les plus internes s'attacher très solidement sur cette aponévrose, juste au niveau du point OTÎ elle recouvre d'une gaine puissante l'artère iliaque externe.
Je n'ai jamais trouvé le faisceau crémastérien interne, venu, chez l'homme, de l'épine pubienne ou de son voisinage.
Ainsi implantées sur le bassin, les fibres du crémaster, identifiées, jele répète, avec les fibres inférieures profondes du muscle oblique interne, s'unissent et se constituent en un vigoureux muscle qui commence à s'arrondir, sort par l'orifice extérieur du canal inguinal, s'applique sur le flanc externe puis sur le front du cordon sperma tique, et va enfin s'attacher à la face externe de la tunique fibreuse, de la manière que, pour éviter des redites, je montrerai plus loin en décrivant le crémaster du mouton.
11 y a peu de différences, en eftct, entre le crémaster des ovidés et celui des bovidés.
Voici la description d'un des nombreux sujets que j'ai disséqués. J'y indiquerai les rapports du muscle avec les vaisseaux et les nerfs de la région.
CfUé (jauche {région antérieure). — Le tendon du grand oblique a été décollé cl coupé tout le long de son attache à l'arcade crurale. Le petit oblique apparaît. Kn haut, ses faisceaux contournent le flanc et vojit se ])crdre sur une aponévrose qui ne paraît pas dans une vue antérieure de la région cl qui s'attache à la colonne lombaire. Plus bas, un large faisceau, dispose en éventail, s'implante sur
l'épine iliaque antcro-supéricure. En dessous, les iibres s'altaclicnt au tiers exLerne du ligament de Poupaut. Les premières se portent en haut et en dedans, les secondes sont transversales : les troisièmes sont légèrement obliques en bas eten dedans. Toutes se dirigent vers le bord externe du grand droit (fig. 2).
Le bord inférieur du muscle s'incurve en une sorte d'arcade sous laquelle émerge du ventre le muscle crémaster, aplati. Juste au-dessous du faisceau qui s'implante sur l'épine iliaque, sortent, en dehors du crémaster, un nerf (rameau du plexus lombaire) accompagné d'une artère et d'une veine, venues toutes les deux des vaisseaux iliaques.
Fig. 2 (d'après nature).
Le petit oblique et le crémaster sur le mouton (région antérieure).
Sous le crémaster, près de son émergence, passe l'artère fémorale qui donne, un peu plus bas, la fémorale profonde d'où naissent, se dirigeant en dedans, deux artères honteuses extérieures. Sous le crémaster aussi, sur le côté interne de l'artère, passe un filet crural du génito-crural.
Le crémaster descend, oblique en bas et en dedans, et couvre les éléments du cordon qu'il masque complètement ; il arrive ainsi jusqu'au niveau du testicule et s'implante sur la tunique fibreuse, ainsi que je le montrerai plus loin.
COlé droit {région poslérieure). — Le petit oblique a été"
- /Iî) —
sectionné verticalcnicnl; son volet externe a été i-abattu en dehors. On voit la face profonde du muscle, la région lombaire, la fosse iliaque. L'arcade crurale a été conservée.
La plus grande partie des fibres du petit oblique se perd sur un tendon large qui va s'inqjlanler sur le sommet des apophyses transverses. Plus bas, d'autres s'attachent sur la face pelvienne de l'arcade crurale et empiètent sur l'aponévrose iliaque.
Les dernières, enfin, qui s'unissent pour former le crémaster. dépassant l'arcade crurale, s'insèrent sur l'aponévrose iliaque, un peu en dedans de l'artère iliaque externe. Rien ne sépare ces dernières de celles qui les précède : le crémaster fait partie intégrante du petit oblique (fig. 3).
Fio. 3 (d'après nature).
Le petit oblique et le crémaster (région postérieure).
En haut le grand abdominal et, un peu au-dessous, le petit abdominal émergent entre les faisceaux du psoas qui s'attaclicnt au sommet des apophyses transverses et ceux qui s'attachent à la face antérieure de ces apophyses.
Plus bas, les Tdets d'origine du génito-crural sortent entre ces derniers faisceaux et ceux qui émanent des corps vertébraux.
On voit le génito-crural animer, par ses branches externes, les fibres tout à fait inférieures du petit oblique et le crémaster ; elles passent toutes en avant de l'artère circonflexe-iliaque. Plus en dehors, un autre rameau du plexus lombaire passe en arrière de celle-ci et descend, s'engageant par-dessous l'arcade crurale, vers la face antérieure de la cuisse à laquelle elle apporte une petite arlériole arrachée à la circonflexe.
Voici, maintenant, comment se termine en bas le crémaster des ovidés et des bovidés.
J'ai déjà dit qu'il descendait vers le testicule, masquant les éléments du cordon. 11 est, en effet, ce crémaster , formé d'un gros ventre placé tout à fait en avant du cordon spermatique, mais qui contourne, en s'amincissant beaucoup, le flanc funiculaire externe: le cordon est donc à peu près complètement entouré sur deux de ses faces par le crémaster. La dissection permet de dissocier ce muscle en trois ou quatre trousseaux principaux qui se laissent assez bien isoler. Tous Aàennent se perdre sur la tunique fibreuse, au niveau du pôle supérieur du testicule.
Chaque fascicule musculaire se termine par un grêle
FiG. 4 (d'après nature).
L'insertion inférieure des faisceaux du crémaster sur le bélier.
tendon qni lait bientôt corps avec la fibreuse; l'union est intime (lig. 4).
H n'y a donc rien, dans cette disposition, qui rappelle, au sens propre du mot, une tunique érythroïde ; non seulement le crcmaster ne s'épanouit pas sur la fibreuse pour l'envelopper, mais Ton ne voit même pas ses fibres descendre au-dessous du niveau du pôle supérieur du testicule. Je ne crois donc pas, comme mon maître le Fa- UABEUF (1), que le crémaster des grands animaux domestiques mérite de porter le nom de « vraie tunique érythroïde » ; tout au contraire, c'est sur eux que les faisceaux de celle-ci sont le plus ramassés et que le corps crémastérien est le mieux individualisé. Gu^.vldès (1), en 1810, avait déjà signalé cette disposition et montré à la Société anatomique, pièces en mains, « que chez les béliers et le cheval le crémaster ne l'orme pas, ainsi que le prétendent beaucoup d'anatomistes, des anses qui contournent le testicule, mais qu'il s'insère sur la membrane fibreuse qui enveloppe la tunique vaginale au niveau, à peu près, de la partie supérieure de la glande spermatique ».
Chez les pachydermes. — Sur le cheval, je n'ai pas pu étudier les insertions supérieures du crémaster, n'ayant pas eu de sujet tout entier à ma disposition. Le crémaster est un puissant muscle qui recouvre la face externe du cordon et empiète sur ses faces antérieure et postérieure, plus épais, du reste, en arrière qu'en avant. Arrivé sur la fibreuse, il s'étale largement sur la face externe de celle-ci et atteint presque le niveau du bord inférieur du testicule. La dissection le divise facilement en plusieurs faisceaux qui se réunissent, vers le tiers supériein- du cordon, en un gros ventre charnu. De ces faisceaux, les uns sont superficiels et ne s'attachent à la tunique fibreuse qu'au moment oii ils vont prendre fin : là, ils se confondent avec elle par l'intermédiaire de petits tendons qui pénètrent sa charpente. Les autres, beaucoup moins nombreux et très grêles, ne peuvent se voir que quand les premiers sont rabattus; ils cheminent, plats et minces, collés sur la
(1) L.-H. Farabelf : Article Crémaster. In Dictionnaire encyclopêdifiue des Sciences médicales. T. XXIII, 1" parlio, p. 4, à Paris, chez .Masson.
FiG. 5 {d'après nature).
L'insertion inférieure des faisceaux du crémaster sur le cheval.
fibreuse et comme taillés sm- elle en léger relief ; ils descendent moins bas que les précédents et se terminent de la même façon (fig. 5).
4° Le crémaster et le gubernaculum chez l'iiomme.
A. CHEZ l'homme A l'ÉTAT FŒTAL
On trouvera plus loin la description complète du gubernaculum testis ; j'ai dn la laisser à une autre place pour ne pas détruire le plan général d'après lequel est conçu ce
mémoire. Mais, en ce qui concerne les relations du crémasler el du gubcrnaculum, voici ce que j'ai vu.
Je dois dire, d'abord, qu'il est impossible de trouver trace du crémaster dans les bourses tant que le testicule n'a pas francbi le canal inguinal; sur ce point, mes dissections conlirmcnl les conclusions des recherches de Jules Cloqlkt (1). La formation du crémaster est donc la conséquence de la migration testiculaire. Mais par quel mécanisme ? C'est ce que peut seul apprendre l'examen comparé de plusieurs fœtus avant, pendant et après le passage du testicule dans la filière inguinale.
Quand le testicule est dans le ventre, on voit, au niveau de Torifice profond du canal inguinal, le gubernaculum s'engager soit au-dessous du bord inférieur du petit oblique et du transverse, soit au travers de leurs fibres, dans un oi'ifice abords ordinairement très nettement marqués, arrondis ; là, le guliernaculum prend adhérence avec les faisceaux musculaires, mais chez la plupart des sujets on peut, avec la sonde cannelée, l'en séparer au prix de quelques déchirures. En tous cas, jamais l'on ne voit des faisceaux se détacher des muscles abdominaux pour aller, dans le ventre, à la rencontre du gubernaculum. Lorsqu'on tire sur le testicule, comme pour le remonter vers le diaphragme, le gubernaculum s'évagine, se « désinvagine » d'une façon très évidente et amène avec lui, quand on exagère la traction, les faisceaux du petit oblique ou du transverse avec lesquels il a pris adhérence et qui rentrent alors dans l'abdomen pour y former comme un crémaster renversé. Quand, au contraire, on tire sur l'extrémité périphérique du gubernaculum par l'orifice extérieur du canal inguinal, le testicule descend, le gubernaculum s'allonge et entraîne avec lui les mêmes faisceaux musculaires qui, au dehors du ventre, « se déploient en arcades renversées », image du véritable crémaster.
Tant que le testicule est enfermé dans le canal inguinal, le crémaster n'est pas encore formé; on voit seulement, au-devant de lui et au-devant du gubernaculum, les fibres inférieures de la sangle abdominale, lâches et déjà disso-
(1) Jules Cloquet : Recherches analoiniqucs sur les hernies de l'abdomen, p. 15, chez Méquignon-Marvis, I^aris, 1817.
ciées, former à l'un et à l'autre comme une sorte de fronteau éraillé.
Enfin, quand le testicule apparaît dans la région inguinale et au fur et à mesure qu'il descend dans les bourses, le crémaster se développe ; mais ici deux l'aits sont à noter : le premier, c'est que la poche érythroïdienne descend plus bas que le testicule jusqu'au jour, où celui-ci tombe définitivement au fond du scrotum : le second, c'est que la dissection peut très bien poursuivre une partie des faisceaux qui la constituent jusqu'à la queue du gubernaculum : là, il y a fusion entre les fibres striées et les fibres lisses, et au point où s'opère cette union, il existe, à l'extrémité gubernaculaire, une tuméfaction, une nodisité très apparente, image de celle que j'ai décrite sur les foetus des ruminants.
De ces différentes constatations, il faut conclure : 1° que le gubernaculum ne reçoit aucun faisceau des muscles de l'abdomen; 2" que la formation du crémaster est exclusivement sous la dépendance de la migration extra-abdominale du testicule; 3" que les fibres de la tunique érythroïdienne — au moins une bonne partie — sont entraînées, non pas par le testicule lui-même, mais bien par le gubernaculum qui les emporte dans l'invagination ou la rétraction progressive qu'il subit. Cette dernière considération a son importance : elle explique comment on peut trouver, sur un sujet atteint d'ectopie inguinale, un crémaster descendant, le long du cordon spermatique, audessous du testicule.
B. CHEZ l'homme A l'ÉTAT iVD.ULTE
Le crémaster de l'homme se compose d'une série de faisceaux qui descendent de la paroi abdominale vers le testicule, tapissant le front, le flanc et quelquefois le dos du cordon spermatique d'une couche musculaire qui est assez épaisse en haut, près du canal inguinal, mais qui s'amincit à mesure qu'elle descend et ne forme plus, au niveau du testicule, -qu'une tunique éraillée, à mailles lâches et irrégulières. Ces faisceaux musculaires sont rouges, épars; ils sont plus ou moins longs et plus ou moins volumineux suivant les sujets. J. CloquetIbs a vus ne pas dépasser d'un centimètre l'orifice inguinal; en règle, ils arrivent jusqu'au niveau du testicule. Tous éma-
lient de deux bandelettes charnues qui prennent sur la paroi abdominale une insertion supérieure dilTérente, mais qui, plus bas, s'épanouissent toutes les deux sur le cordon et sont réunies l'une à l'autre par des fibres disposées en arcades à concavité supérieure.
De ces bandelettes, l'une est interne et généralement grêle, l'autre est externe et toujours forte.
Je dis que la bandelette interne est mince: on prétend même généralement qu'elle fait défaut à un assez grand nombre de sujets. Pour ma part, je l'ai presque toujours découverte dans mes dissections. Gomme le fait très heureusement remarquer J. Cloqueï{']), elle n'est pas charnue jusque dans sa partie supérieure chez tous les sujets ; quelquefois elle émane de petits tendons grêles, effilés et longs : ceux-ci descendent sur le côté interne du cordon et se transforment en fibres musculaires qui s'épanouissent dès leur naissance sur la tunique fibreuse (au lieu de se réunir, comme cela est l'habitude, en faisceau), et viennent se joindre, sous forme d'arcades, aux fibres de la bandelette externe dont elles paraissent être alors la continuation. Les insertions supérieures de cette bandelette interne sont irrégulières : elle s'attache, suivant les cas, à la crête ou à l'épine du pubis, au ligament de Poupart, à la gaine du grand droit abdominal, sur la face postérieure du pilier inférieur de l'anneau inguinal extérieur.
La bandelette externe est plus puissante : elle pénètre dans le canal inguinal, comme la précédente, et A^a, disposition invariable, se continuer avec les fibres du petit oblique, ou peut-être, à ce qu'il m'a semblé, avec les fibres du muscle transverse. La distinction, du reste, n'est pas si simple qu'on pourrait le penser à première vue. Mais je reviendrai sur cette question.
Les fibres des deux bandelettes du crémaster descendent donc l'une et l'autre le long du cordon. Celles de la bandelette externe forment deux groupes : les unes, après un trajet vertical, vont se perdre sur la face extérieure de la tunique fibreuse et s'y attachent, représentant ainsi le gros muscle crémaster du cheval, du taureau, du bélier ; les autres se recourbent en anses et vont se continuer avec les fibres de la bandelette interne qui forment,
(1) Jules Glocquet : Loto cilalo, p. 19,
comme elles, des arcades à concavité supérieure. Ces arcades siègent en deux points : les unes, dans le haut du cordon, sont constituées par des fibres ansiformes courtes, qui apparaissent de toute évidence comme les faisceaux inférieurs dissociés du petit oblique éraillé; les autres, au niveau du testicule, s'étalent entre la tunique celluleuse et la tunique fibreuse, se disposent en longues anses plexiformes et constituent comme une sorte de sangle à jour, de filet à mailles irrégulières et larges, englobant et soutenant le testicule.
Trois points de l'anatomie du crémaster ont été particulièrement discutés. Les voici : 1° Les faisceaux du crémaster recouvrent-ils seulement la face antérieure du testicule et du cordon, ou bien quelques-uns d'entre eux s'insinuent-ils aussi sous la face postérieure de ceux-ci 1* 2° Dans sa migration inguinale, le testicule s'engage-t-il sous le bord inférieur du petit oblique et du transverse, ou bien, au contraire, fait-il effraction au travers de leurs faisceaux? 3" Dans quelles proportions respectives le petit oblique et le transverse prennent-ils part à la constitution du crémaster ?
1" Y a-l-il des faisceaux du crémasler en avant et en arrière du cordon et du testicule ?
En règle, c'est seulement en avant du cordon que s'allongent les anses crémastériennes ; mais on en trouve quelquefois aussi en arrière : celles-ci sont toujours beaucoup moins nombreuses, beaucoup plus dissociées. J. Cloquet les a observées; personnellement, je les ai rencontrées d'une manière tout à fait exceptionnelle, chez trois ou quatre sujets seulement.
2° Le testicule, dans sa migration, s'engage-t-il sous le bord inférieur du petit oblique, ou bien au travers de ses faisceaux ?
La plupart du temps, le testicule s'insinue sous le bord inférieur du petit oblique et ne perfore point le muscle. On se rappelle, du reste, la critique un peu âpre que Croissant de Garengeot (1) adressait autrefois sur ce point
, (1) René Croissant de Garengeot : L'anatomie des viscères, 2° édit. Chez Ch. Osmont, t. I, p. 137, Paris, 1742.
d anatomie — comme sur tant d'aulros — à son rival' IIkkstku: Guoiss.vNT de Gvrengeot niait en eflet, à rencontre d'HEisTKU, la perforation des muscles petit oblique et transverse par le testicule en migration ; mais ses observations ont été depuis longtemps infirmées par celles de A. Cooi'Eu (1), de Rougemont (2), de Jules Cloquet (3). Moi-même j'ai vu, sur plusieurs fœtus, la glande génitale s'engager entre les faisceaux du petit oblique.
Celte disposition donne précisément la clef des variétés que pi'ésente la topographie des anses crémastériennes. Quand celles-ci, ce qui est Texception, tapissent la face antérieure et la face postérieure de la fibreuse funiculotesticulaire, c'est, d'après J. Cloquet, M.vlgaigne (4) et Gr-vy (5), que la glande, en émigrant vers le scrotum, a traversé le petit oblique, s'emprisonnant, pour ainsi dire, tout entière dans les mailles du filet formé par les faisceaux dissociés de celui-ci.
3" Dans quelles proportions respectives le petit oblique et l& transverse prennent-ils part à la formation du crémaster?
La plupart des anatomistes considèrent le crémasten comme un faisceau détaché du petit oblique; d'autres le prennent pour une émanation du petit oblique et du transverse; je n'en sache pas qui lui donnent le transverse comme unique origine. En réalité, comme je l'ai dit déjà, la solution de ce problème n'est pas si simple qu'elle paraît être, et la raison en est tout entière dans cette phrase d'ÂLBiNus (6) : « Siquidem ab inferiore parte obliqui interni et transversi, quà illi a margine aponeurosis externi ante os ilium oriuntur, quàque eos conjunctos in-
(1) A. CoopER : Analomie du testicule. Traduit par Richelot et Ciias- SAiG.VAC, p. 416, Paris, 1823.
(2; J.-C. Rougemont : In Trailé des hernies, de Richteu. Traduit de l'aliemand par Rougemont, 2° cdit., t. I, p. ,39, Cologne, an VII.
(.^3) Jules Cloquet : Reclierches analomiqaes sur les liernies de l'abdomen, p. 23. Chez Mcquignon-Marvis, Paris, 1817.
(A) .J.-F. Malgaig.ne : Trailé d'analomie clùrurgicale. Société cncvclopédiquc de Bruxelles, 18.33, p. 292.
C5; Hkmu Ghay : An. descripl. and surgical, p. 881. Chez Henri-C. I.ea, Philadelphie.
(dj BRriNAKDi Siegfried Alblm : Ilistoriamusculorum /lomims, p. 294 (;hez Thcodorum Haack, Lcida; Balavorum, 17.34.
ter se isse diximus ». C'est, en ellet, que sur beaucoup cic sujels le bord inférieur du petit oblique et celui du transvei'se sont unis au point de ne pouvoir être séparés par le scalpel. Jules Cloquet (1) en avait déjà fait la remarque; tout récemment, Blaise (2), dans un bon travail, a bien décrit cette fusion des deux muscles. Voici ce que mes dissections m'ont appris : d'une part, le petit oblique et le transverse se donnent réciproquement, dans la région inguinale, des faisceaux anastomotiques — ils adhèrent ainsi l'un à l'autre et ne peuvent être dissociés que par déchirure — ; d'autre part, ils occupent l'un et l'autre, par rapport au cordon spermatique, une disposition variable : ordinairement, c'est le petit oblique qui descend le plus; quelquefois, c'est le transverse. Voilà, sans doute, les deux raisons pour lesquelles Scarpa (3), que celte question intriguait autrefois, n'avait pu arrivera déterminer la part respective que prend chacun de ces deux muscles dans la formation du crémaster. Pour J. Cloquet, c'est presque toujours du petit oblique que le crémaster tire son origine ; cette disposition, du reste, paraît en harmonie avec celle qu'on observe sur le taureau et sur le bélier chez lesquels le transverse, qui est beaucoup plus éloigné que chez l'homme de l'arcade crurale, ne donne certainement pas naissance aux faisceaux créraastériens.
Pour ma part, cependant, j'ai souvent pu suivre jusque dans le muscle transverse un bon nombre des fibres du crémaster; il m'a semblé même, après plusieurs dissections — mais j'ai dû, par suite, revenir sur cette opinion certainement trop absolue — • que ce muscle était bien la source principale, sinon l'unique source de la tunique érythroïde. Un fait, d'ailleurs, confirme cette interprétation. J'ai régulièrement observé qu'une partie des fibres du faisceau crémastérien externe allait s'insérer, en formant un petit trousseau musculaire facile à isoler, sur la face superficielle du fascia trans ver salis, là où celui-ci se déprime pour former le long tube celluleuxdans lequel s'engagent
(1) Jules Cloquet : Recherches sur les hernies de l'abdomen, p. 13 et 23. Chez Méquignon-Marvis, Paris, .1817.
(2) Paul Blaise : Canal inguinal chez l'adulte. Th. in Paris, 1894, n° 118, p. 42. Chez Stcinhcil.
(3 1 Antoine Scaupa : Traité pratique des hernies, Traduit de l'italien par Ollivieu, Paris, 1812-1823.
les vaisseaux spcrmaliques, là où, doublé des fibres incurvées du tendon conjoint, il forme la paroi postérieure du canal inguinal. J. Clo(olet (1) est, je crois, le premier qui ait vu ces libres transversaliennes du crémaster ; « disposées sous forme de cordons arrondis, écrit-il, elles ont une direction verticale; elles naissent à deux ou trois pouces au-dessus de l'ouverture supérieure du canal inguinal, sur la face postérieure du muscle transverse, devant le feuillet libreux qui la recouvre en arrière (fascia transversalis). Debieure etPRAVAZ (2), à leur tour, ont disséqué ce petit trousseau de fibres ; ils ont même cru en avoir fait la découverte, ce qui est une erreur, et Font cherché puis trouvé chez le chien, après en avoir étudié la disposition chez l'homme. L'adhérence intime qui, dans la région inguinale, unit l'un à l'autre le muscle transverse et le fascia transversalis et en fait deux organes véritablement fusionnés — le muscle et sa gaine — indique assez que c'est bien du premier que dépendent les fibres crémastériennes qui s'attachent sur le second. A vrai dire, on peut m'objecter que ce n'est pas proprement du fascia transversalis, mais bien plutôt des fibres de renforcement qui lui sont données par le tendon conjoint, que part le petit faisceau dont il est question, et que ce tendon conjoint est aussi bien le tendon du petit oblique que celui du transverse: cela est vrai, mais l'impression qui reste de l'examen des insertions supérieures de ce grêle trousseau musculaire n'en est pas moins celle-ci : c'est bien du transverse et non du petit oblique que paraissent dépendre ces fibres particulières du crémaster. Au reste, c'est attacher trop d'importance à une question d'ordre secondaire. En tous cas, ce qui est important, c'est qu'on entend ici parler d'un beau faisceau rouge, parfaitement isolé, facile à disséquer et à poursuivre, qui va rejoindre la bandelette externe du crémaster, ou même se confondre avec elle. Aussi ne saurait-on, à mon avis, prétendre qu'il s'agit, dans l'espèce, du crémaster interne de IIenle; je pense donc que Debieuue et Phavaz ont fait une confusion quand ils ont
(1) Jules Cloqlet : Loco cilalo, p. 22.
(2) Ch. DEiuEiutE et .1. Pravaz : CoiUribulion à l'élude du muscle crémasler, du gubernaculum. lesUs et de la migration lesilculalre. In Lyon médical, m mai 1886, n" 2-3, p. i;j2.