STATION. — RUEIL
14 kil. de la nia Saint-Lazare, 6 kil. de Saint^Germain. — Le village est à : 1 kil. de la station, 13 kil. 500 met. de Paris, 2 kil. de Nanterre (lés deux églises), 1 kil. de la Malmàison, 2 kil. de la Jonchère, 3 kil. 1/2 de Bougival, 8 kil. de Marly, 11 kil. de Versailles, 5 kil. 3/4 de Garches, 7 kil. de Saint-Cioud.
Rueil *, V. de 8,216 hab., est situé au pied d*une colline plantée de vignes, sur la route de Paris à Saint- Germain, à 1 kil. de sa station.
Suivant Grégoire de Tours, Rueil fut un des lieux de plaisance des rois de la première race : il s'appelait alors Botolajum. Childebert !•', fils de Clovis, est le premier des rois francs dont les chroniques constatent le séjour à Rueil. Sous Charles le Chauve la châtellenie de Rueil passa en la possession des moines de Saint-Denis qui la gardèrent pendant de longues années. Rueil, incendié parle prince Noir, en 1346, répara lentement les traces de ce désastre, et ce n'était guère qu'un village sans importance, lorsque Richelieu s'y fit construire un château entouré de fossés profonds et d'un parc immense. Le célèbre P. Joseph mourut dans ce château, le 18 décembre 1638. Richelieu légua à la duchesse d'Aiguillon, sa nièce, la propriété de Rueil, qui excita un moment la convoitise de Louis XIV. Le château fut vendu par un des héritiers de la duchesse d'Aiguillon à un spéculateur qui le dépeça. En 1793, la nation s'empara de ces derniers débris ; plus tard, Masséna l'acheta pour le rétablir. Il n'en reste aujourd'hui aucun vestige.
Le 3 avril 1871, les insurgés parisiens se jetèrent sur la route de Rueil, au nombre de 30,000 environ, commandés par Flourens et Duval. Ils furent d'abord ébranlés par Tartillerie du Mont-Valérien, sur le silence de laquelle ils avaient compté, croyant la garnison secrètement dévouée à leur cause. Ils parvinrent cependant à occuper la ville de Rueil et même à s'avancer jusqu'à la Malmaison; mais, voyant que l'armée de la République opérait pour les envelopper, « ils quittèrent Rueil au plus vite, traversèrent Nanterre à la débandade, puis, n'osant plus passer à portée du Mont-Valéricn, dont ils venaient d'éprouver les intentions véritables, il traversèrent la plaine en s'abritant derrière le remblai
du chemin de fer, et rentrèrent enfin dans Paris par le pont d'Asnières. » Flourens, surpris dans une maison de Nanterre, fut tué au moment où il se mettait en défense.
Au milieu de la place principale de Rueil, s'élève Téglise, dont la première pierre fut posée, en 1584, par Antoine I®', roi de Portugal, et ses fils, exilés de leur pays. Entièrement démolie sous le règne de Napoléon III, elle a été rebâtie sur le même plan par M. Lacroix, architecte de l'empereur. La nef, flanquée de bas - côtés, et le chœur, beaux spécimens de la Renaissance, ont été rétablis dans Tétat ancien.
Le transsept offre le style de la fin du XIV® s., et le clocher, placé au centre, appartient au style roman.
Cette belle tour est composée de deux étages : le premier est carré et percé sur chaque face de deux fenêtres séparées par un contrefort; le second, octogonal, est couronné d'une flèche en ardoises. La façade occidentale, semblable à l'ancienne, qui avait été bâtie par Lemercier, offre les deux ordres dorique et ionique dans ses pilastres superposés. Deux portes latérales s'ouvrent de chaque côté de la nef, près du transsept. Celle du N. porte les dates de 4603 et 1857. Les tombeaux de l'impératrice Joséphine, du comte Tascher de la Pagerie, de la reine Hortense (dans le caveau) et un monument élevé en l'honneur de cette dernière princesse ornent l'église de Rueil. Le tombeau de Joséphine (à dr. du maître-autel), tout entier en marbre blanc, est l'œuvre de Gilet et de Dubuc. Il a été élevé en 1825, aux frais d'Eugène et d'Hortense Beauharnais. La statue de l'impératrice, en marbre de Carrare, a été sculptée par Cartellier.
Joséphine est représentée en costume de cour, agenouillée sur un carreau, près d'un prie-Dieu.
A côté de ce tombeau se voit celui du comte Tascher de la Pagerie.
Ce dernier a la forme d'un tombeau
DE PARIS A SAINT-GERMAIN
antique, au moins telle qu'on Tentendait sous la Restauration ; il n'offre , du reste , rien de remarquable.
Le monument élevé par Napoléon III en rhonneur de sa mère , a été placé dans le chœur, à g. du maître-autel. Ce monument, œuvre du sculpteur Bar, ressemble beaucoup au tombeau de l'impératrice Joséphine. Il est aussi en marbre de Carrare. La statue de la reine est agenouillée sur un coussin , dans l'attitude de la douleur et de la prière. Elle a perdu son rang et sa couronne et se jette dans les bras de la religion . Son ange gardien (belle statue en marbre blanc) plane au-dessus de sa tête et tient ses mains levées comme pour la bénir. Au-dessous de ce monument s'ouvre un petit caveau construit dans le style roman (s'adresser au sacristain, qui demeure au S. de l'église, derrière le chœur; pourboire) ; on y descend par un escalier pratiqué à g. du maître-autel.
C'est là que reposent les restes de la reine Hortense , dans un tombeau formé d'une immense pierre toute couverte de sculptures (abeilles dorées, branches de palmiers, guirlandes de lierre).
Le beau buffet d'orgues, richement sculpté, peint et doré, porte cette inscription :
OUVRAGE DU SCULPTEUR FLORENTIN BACCHIO D'aGNOLO, EXÉCUTÉ A LA FIN DU XV® s. POUR l'éguse SAINTE-MARIE- NOUVELLE DE FLORENCE , ACQUIS EN MDCCCLXIII ET DONNÉ A l'ÉGLISE DE RUEIL PAR l'empereur NAPOLÉON III.
Signalons , en outre : le bas-relief en bronze doré (le Christ au tombeau) qui orne le devant du maîtreautel et qui provient de la chapelle de la Malmaison ; un bon tableau {Y Assomption), dans la chapelle de la Vierge et une jolie chaire sculptée ; un bénitier du xii® s. supporté par trois têtes, dont une est coiffée d'une mitre et les deux autres de couronnes.
Rueil possède une belle caserne (fronton sculpté) dont la façade monumentale est précédée d'ime cour devant laquelle s'étend une place plantée d'arbres.
Pour Saint-Cucufa , Bougival , la Celle - Saint - Cloud , Louveciennes , Port-Marly, la machine de Marly, Marly-le-Roi, etc., V. ci-dessous: De Paris à Bougival , Marly et Port- Marly.
A peine s'est-on éloigné de la station de Rueil que l'on aperçoit, à dr., le village de Chatou; à g., la vue s'étend plus librement sur les charmants coteaux de Bougival , de Louveciennes et de Marly ; on franchit la Seine et une petite île, qui la divise en deux bras, un peu au-dessous du pont de la route de terre,