LOUVECIENNES
19 kil. 1/2 de Paris, 2 kil. de Bougival,
1 kil. de la grille Royale, 2 kil. de Marlyle-Roi (lès deux églises), 3 kil. 1/2 de Rocquencourt, 1 kil. 1/4 de la machine de Marly, 2 kil. 1/2 de Port-Marly,
2 kil. 1/2 de la Celle-Saint-Cloud.
La première route que Ton trouve à dr., quand on s'éloigne de la Seine pour entrer dans la vallée de Bougival, monte à Louveciennes. La pente en était trop raide pour les voitures.
Une autre route, d'un accès plus facile ^ a été ouverte près de l'église de Bougival. Elles se rejoignent à mi- .
côte. Ombragée çà et là de noyers, dominée à g. par un petit coteau planté de vignes, la route domine à dr. les parcs des propriétés qui bordent la rive g. de la Seine. Les arbres interceptent trop souvent la vue. Si Ton veut aller directement au centre de Louveciennes, il faut abandonner la route départementale qui mène au hameau de Voisin, laisser à g. l'embranchement qui conduit au hameau de Maubuisson et prendre sur la g.
un chemin intermédiaire. Du reste, des poteaux indiquent le chemin aux
BOUOIVAL. -^ LOUVECIENNES.
promeneurs. On atteint en 8 ou 10 min. la place principale du village, sur laquelle se trouvent réunies Téglise et la mairie.
Louveciennes , 970 hab., bâti à 125 met. d'alt., sur le penchant d'un coteau de la rive g. de la Seine, est un des plus charmants séjours des environs de Paris. I/air y est sain; de nombreuses sources l'arrosent; on y découvre des points de vue magnifiques sur la vallée de la Seine et le vallon de Bougival ; tous les chemins qui y aboutissent sont de délicieuses promenades. Au N., on peut descendre au bord de la Seine ; au S., le bois Brûlé offre d'agréables dmbrages; à l'O., se dresse l'aqueduc deMarly; à TE., s'étendent les belles châtaigneraies de la Celle- Saint^Cloud. Aussi Louveciennes possède-t-il de nombreuses maisons de campagne.
Ij^ église, bâtie au xui® s., reconstruite en partie depuis, a conservé intacts son joli chœur et la curieuse rose terminale de son chevet. L'autel consacré à sainte Geneviève est orné d'un tableau (Sainte Geneviève) peint par M™® Lebrun. — Un édifice moderne assez considérable, construit sur la place à côté de l'église, contient la mairie et les deux écoles.
Les belles propriétés sont nombreuses à Louveciennes. On y remarque surtout : 1° au sommet de la colline, près de la tour de l'aqueduc, le château qui a appartenu dans l'origine à M™® la princesse de Conti ; 2° sur la place de l'Église, la jolie propriété qui a compté parmi ses possesseurs le maréchal Magnan; 3° le pavillon Du Barry , construit sous Louis XV par l'architecte Ledoux pour la favorite du roi, défiguré par des restaurations ; 4° l'ancienne propriété de Pierre Laffitte, dont le pavillon Du Barry faisait autrefois partie et qui offre de magnifiques ombrages ; 5<^ le château de Prunay^ situé à mi-côte, entre la machine de Marly et Port-Marly.
C'est près de Voisins (15 ou 20
min. de la machine de Marly ) que commence l'aqaeduc de Marly, qui
attire de si loin les regards des promeneurs, au sommet de la colline boisée qu'il couronne. Cet aqueduc^ construit sous Louis XIV, pour porter à Versailles l'eau de la Seine, se compose de 36 arches ; il a 643 met.
de longueur et 23 met. d'élévation.
Il est construit en pierre brute.
De Bougival on peut, en longeant la Seine, gagner en 10 min. à pied Marly-la-Machine *, petit hameau situé sur la rive g. du fleuve , où fut établie, sous le règne de Louis XIV, une machine qui passa longtemps pour un chef-d'œuvre de mécanique.
Cette machine avait été inventée par un charpentier de Liège, nommé Rennequin Sualem, qui ne savait pas lire, et exécutée sous l'inspection du chevalier Deville, aussi Liégois, qui s'en attribua le mérite et qui en recueillit la récompense.
La machine de Marly devait faire monter les eaux de la Seine sur Taqueduc de Marly. a 14 roues d'environ 12 met. de diamètre faisaient mouvoir 221 pompes aspirantes et foulantes étagées sur le flanc du coteau. Les pompes inférieures, au nombre de 64, envoyaient les eaux par 5 conduites dans des puisards situés à 50 met. environ au-dessus de la Seine. Là, elles étaient reprises par 79 autres pompes qui les portaient à 50 met. plus haut, dans un autre puisard, d'où elles étaient élevées par une troisième série de 78 pompes à 155 met. au-dessus du niveau de la Seine, au sommet de la tour élevée à Torigine de l'aqueduc de Marly à plus de 1,200 met. du bord de la rivière. Les pompes des deux étages supérieurs recevaient le mouvement au moyen de tringles disposées suivant la pente du coteau et reliées, par des boulons, à dés supports oscillants, dits varlets, fixés &u sol. »
Cette machine, qui avait coûté plus de 8 millions, commença à fonctionner en 1682. Comme son produit décroissait à mesure que les frais d'entretien augmentaient (en 1803, elle n'élevait plus que 240 met. cubes d'eau par jour après en avoir élevé 5,000 à l'origine), un charpentier, nommé Brunet^ ût monter d'un seul
DE PARIS A BOUGIVAL, A'MARLY, ETC
la conduite. Ce système doabls la qii tilé d-eau amenée k Versailles, n ne fui point appliqué aux 13 aul
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DE PARIS A BOUGIVAL, A MARLY, ETC
« Vers la droite de la rivière et en amont, se trouvent un grand déversoir et de grandes vannes de décharge qui donnent écoulement à la masse d'eau considérable que les moteurs hydrauliques n'utilisent pas.
« De la chambre des roues partent deux conduites ascensionnelles, établies primitivement pour la machine à vapeur, et qui montent à découvert, appuyées sur le sol, jusqu'à l'aqueduc de Marly.
« Les nouvelles roues ont 12 met. de diamètre sup une épaisseur de 4 met.
50 cent. ; elles sont exactement emboîtées dans des coitrsiers en maçonnerie, de sorte que l'eau ne peut se déverser latéralement , et agit par son poids sur les aubes ^ Avec une largeur de roue aussi considérable, les vannes ont naturellement «n grand poids ; l'emploi de la tôle a permis de réduire, dans une notable proportion,; le poids des vannes, tout en leur conseiivant une force suffisante pour résister à l'effort qu'elles ont à supporter.
« Chaque roue commande quatre pompes horizontales à piston plongeur et à simple effet. Le diamètre intérieur de chaque corps de pompe est de 39 cent, et l'épaisseur de 3.
« L'arbre de chaque roue hydraulique est muni à ses extrémités de deux fortes manivelles, calées à angle droit. Sur le bouton de chacune d'elles sont ajustées les têtes de deux bielles, de sorte que le mouvement est communiqué directement aux pistons de quatre pompes à la fois. A l'une des extrémités du corps de pompe, on a ménagé une tubulure sur laquelle est fixé, le tuyau destiné à amener l'eau; c'est à cet endroit que se trouve placé le clapet d'aspiration. Quand le piston refoule, ce clapet redescend naturellement, et, venant s'appuyer sur son siège, rend la fermeture hermétique. Les clapets d'évacuation s'ouvrent alors pour laisser l'eau, primitivement aspirée, s'échapper par la conduite de refoulement.
« Les conduites de refoulement communiquent avec deux grands réservoirs en fonte, qui ont pour but de régulariser la pression de l'eau par la pression plus'ou moins grande de l'air qu'ils contiennent. Cet air est refoulé par les pompes mêmes, au moyen d'un petit appareil très-simple, appliqué sur les couvercles des boîtes à clapet d'aspiration. A chaque aspiration du piston, l'air s'introduit par un petit tube, muni d'un robinet que l'on ferme
lorsque la quantité d'air refoulé est suffisante.
« L'air, refoulé par toutes les pompes, est amené à l'intérieur des grands réservoirs, où il acquiert une pression de 16 à 17 atmosphères, c'est-à-dire une pression supérieure à celle de l'eau dans la conduite générale.
« La quantité élevée par chaque roue varie entré 1,500 et 2,400 met. par jour. L'effet utile moyen des trois premières roues installées, en tenant compte du chômage résultant des fêtes, hautes eaux, glaces et réparations des machines, est représenté par un volume de 560 met. cubes d'eau montée au réservoir des deux portes par chaque jour de Tannée. >»
Peu de temps après avoir dépassé (à g.) le château de Prunay^ on atteint, en suivant la rive g. de la Seine, le V. de Port-Marly (531 hab.), situé à 1,500 met. environ de la machine de Marly, 2 kil. 1/2 de Louveciennes, 2 kil. 1/4 de Bougival, 1 kil. 1/2 de Saint-Germain, 2 kil.
de Marly-le-Roi. Port-Marly n'a de remarquable que sa situation. Une partie de ses habitants exploite des carrières de plâtre, et fabrique du blanc de Marly ou de la chaux.
Sur le côté g. de la route, entre le Bas-Prunay et Port-Marly, on remarque le joli château des Lions, Ce château a été construit par Barjac, valet de chambre du cardinal de Fleury. On y voit encore de trèsbelles peintures murales du temps.
La route de Port-Marly à Marlyle-Roi (route de Saint-Germain à Versailles) se bifurque à 800 met.
de Port-Marly, qu'il quitte près de V abreuvoir, pour monter à dr., par une avenue plantée le long de l'ancien mur du parc royal, jusqu'à l'extrémité supérieure du village.
MARLY-LE-ROI
21 kil. 1/2 de ^aris, par la route de Saint- Germain, 4 kil. 1/4 de Bougival, 2 kil. de Port-Marly, 2 kil. de Louveciennes, 4 kil. 1/2 de Saint- Germain, 4 kQ. 1/2 du Pecq, 1 kil. 1/2 de l'Étang-la-Ville, 2 kil. de Mareil, 3 kil. de Fourqueux. 4 kil. de Rocquencourt, 8 kil. de Ver-
DE PARIS A BOUGIVAL , A MARLY, ETC
saiUes, 3 kil. 1/2 de BaiUy, 3 kU. 1/2 de Noisy-le-Roi, 8 kil. de Saint-Cyr.
Marly-le-Roi * , ch.-l. de c. de 1,250 hab., agréablement situé à plus de 120 met. d'alt., est entouré de charmantes maisons de campagne (château de M™® la baronne Dupuytren; château de Montmorency y à M. Victorien Sardou; château de l'abbé Sieyès, à M. Guérin). On y jouit.de beaux points de vue, mais il offre un aspect désert et mélancolique. Il ne mériterait pas une visite, s'il ne se trouvait à Tune des portes de la belle forêt à laquelle il donne son nom , et s'il ne devait une célébrité historique à son château royal aujourd'hui détruit.
On peut du reste se rendre de Paris à Marly-le-Roi par plusieurs chemins. — Le plus direct quand on vient de Paris est la route de Saint- Germain (V. Moyens de transport, en tète du volume).
Si Ion veut faire une agréable promenade , on doit quitter la voiture du chemin de fer de Rueil soit à Bougival, soit à la machine de Marly , et monter à l'aqueduc de Marly (30 min. par Louveciennes, 20 min. par Voisins). A l'extrémité méridionale de l'aqueduc (10 à 15 min. ) s'ouvre la grille Royale du parc.
Le chemin de Saint-Germain est indiqué ci-dessous, p. 181.
Marly est un bourg fort ancien, car il se trouve mentionné, à en croire certains historiens, dans une charte du roi Thierry III, datée de 678. On l'appelait alors Marlacum. Le premier de ses seigneurs dont l'histoire nous ait conservé le souvenir est un nommé Hervé de Marleio, qui assista, en 1067, à la dédicace de Saint-Martin-des-Champs, près de Paris.
Le fils de cet Hervé, appelé Bouchard, fut le père de Mathieu de Montmorency, seigneur de Marly vers 1150. Le dernier des Montmorency étant mort en 1356 sans postérité, la seigneurie passa aux chevaliers de Lévis. En 1660, Pierre de Hodu, conseiller au Parlement, la fit ériger en comté. En 1693, Louis XIV^ qui l'avait acquise par échange contre
Néaufle- le -Château et ses dépendances de Louis Phélypeaux, comte de Pontchartrain, l'incorpora au domaine de Versailles, et y construisit un château royal.
Il y avait autrefois deux paroisses sur le territoire de Marly-le-Roi, appelées, l'une, Marly-le-Châtel, l'autre, Marly-le-Bourg. Ces deux paroisses turent réunies en une seule, et, comme V église de Marly-le-Châtel, qui devait être conservée, tombait de vétusté, Louis XIV la fit rebâtir sur le même emplacement , dans le style de celle de Notre-Dame de Versailles. Cette église renferme d'anciens tableaux sur bois, doiïtY\in(V Ensevelissement) porte la date de 1512.
A rO. du bourg, à la base du coteau de Port-Marly, s'élève une maison de campagne dite Monte-Cristo, que Alexandre Dumas père avait fait construire à grands frais (elle lui coûta plus de 250,000 fr.) et qui appartient à M. Lejeune. Chaque fenêtre a un cadre de pierre moulé sur des sculptures de Jean Goujon ; au-dessus est un médaillon conte^ nant un portrait (Dante, Corneille, Virgile, Lamartine, Chateaubriand, Victor Hugo, etc.) et soutenu par deux licornes fantastiques dues au ciseau de Choiselat. La pièce la plus curieuse du château est une salle moresque sur le modèle des murs à caissons de l'Alhambra. Elle a été sculptée par des ouvriers maures qu'Alexandre Dumas avait ramenés d'Algérie.
Le palais, ou, comme on disait au temps de Louis XIV, Vermitage de Marly n'était point, à vrai dire, un château ni un palais ; c'était un groupe de douze petits pavillons faisant escorte à un pavillon central de plus grande dimension, et figurant ainsi le soleil entouré des douze signes du zodiaque. Les plans en avaient été faits par J.-H. Mansart. Les petits 'pavillons, rangés six par six, à dr. et à g. du parterre, étaient reliés entre eux et rattachés au grand pavillon, par des berceaux de tilleuls. Les jardins étaient magnifiques ; on y voyait notamment une rivière tombant sur 63 marches de marbre blanc et formant une cascade à lar-
DE PARIS A BOUGIVAL, A MARLT, ETC
ges nappes, admirable par le volume et le bruit de ses eaux. Peu fréquenté par Louis XV, à peu près abandonné par Louis XVI, Marly fut vendu pendant la Révolution; on en retira préalablement les statues qui, presque toutes, décorent aujourd'hui le jardin des Tuileries. Les groupes de chevaux, placés, k Paris, à l'entrée des Champs-Elysées, œuvre de Coustou, proviennent de l'abreuvoir de Marly. Le château fut alors détruit ; il n'en reste plus aujourd'hui que des ruines informes, couvertes de lierre, une partie des beaux ombrages du parc et l'abreuvoir (mon. hist.), où se rendaient toutes les eaux des jardins.
Saint-Simon raconte ainsi ce que Louis XIV voulait faire de Marly et ce qu'il en ût:
u Le roi, lassé du beau et de la foule, se persuada qu'il voulait quelquefois du petit et de la solitude. Il chercha autour de Versailles de quoi satisfaire ce nouveau goût; il visita plusieurs endroits, il parcourut les coteaux qui dominent Saint- Germain et cette vaste plaine qui est au bas. On le pressa de s'arrêter àLuciennes; mais il répondit que cette heureuse situation le ruinerait, quMl voulait un lieu qui ne lui permit pas de songer à y rien faire.
« Il trouva derrière Luciennes un vallon étroit, profond, à bords escarpés, inacessible paries marécages, sans aucune vue, enfermé de collines de toutes parts, extrêmement à l'étroit, avec un méchant village sur le penchant d'une de ses collines, qui s'appelait Marly. Cette clôture, sans vue ni moyen d'en avoir, fit tout son mérite ; l'étroit du vallon où l'on ne pouvait s'étendre y ajouta beaucoup : il crut choisir un ministre, un favori, un général d'armée.
« L'ermitage fut fait: ce n'était que pour y coucher trois nuits, du mercredi au samedi, deux ou trois fois Tannée, avec une douzaine de courtisans en charge, les plus indispensables ; peu à peu l'ermitage fut augmenté. D'accroissement en accroissement, les collines furent taillées pour faire place et y bâtir, et celles du bout légèrement emportées pour donner au moins une échappée de vue fort imparfaite. Enfin, en bâtiments, en jardins, en eaux, en aqueducs, en ce qui est si curieux sous le nom de machine de Marly, en parc, en forêts ornées et renfermées, en statues, en meubles précieux, en grands arbres, qu'on y a apportés sans cesse de Compiègne, et de bien plus loin, dont Iris trois quarts mouraient, et qu'on remplaçait
aussitôt, en allées obscures subitemen changées en d'immenses pièces d'e^u où l'on se promenait en gondole, ou remises en forêts à n'y pas voir le jour dès le moment qu'on les plantait, en bassina changés cent fois, en cascades de même, en figures successives et toutes différentes, en séjours de carpes ornés de dorures et de peintures les plus exquises, à peine achevés, rechangés, et rétablis autrement par les mêmes maîtres une infinité de fois ; que si on ajoute les dépenses de ces continuels voyages qui devinrent enfin égaux aux séjours de Versailles, souvent presque aussi nombreux, et, tout à la fin de la vie du roi. le séjour le plus ordinaire, on ne dira pas trop sur Marly en comptant par milliards. »
« Le roi, dit l'abbé de Choisy, nommait ceux qui devaient le suivre à Marly, et le valet de chambre Bontemps les logeait deux à deux dans chaque pavillon. On y trouvait tout ce qui était nécessaire à la toilette des femmes et même des hommes ; et quand les femmes étaient nommées, les maris y allaient sans demander.
M""* de Maintenon y faisait grande figure : le roi passait toutes les soirées chez elle. »
Le roi désirait que tous les courtisans demandassent à l'accompagner à Marly, et voulait pouvoir n'accorder qu'à quelques-uns d^entre eux cette, distinction qui était un de ses grands moyens de gouverner les hommes.
L'honneur d'être des Marly, comme on disait alors, était la plus grande faveur qu'un courtisan pût attendre de Louis XIV: c'était faire partie de l'intimité, comme être logé à Versailles c'était faire partie de la cour. Racine, dans ses dernières années, ayant renoncé aux vanités du monde pour se consacrer tout à Dieu, tenait encore à celle-là. Il poussait cependant la délicatesse si loin, que, non content de n'aller plus à la comédie, il ne voulait pas que son fils, qui était gentilhomme du roi et qui avait vingt ans, y allât.
On allait à Marly le mercredi, et on y restait jusqu'au samedi. C'était une règle invariable ; le roi passait régulièrement les dimanches à Versailles, où était sa paroisse ; il se livrait le lundi et le mardi à l'admiration de la foule des courtisans badauds. Le mercredi il partait pour son Ermitage, où il emmenait les invités dans ses carrosses. On ne pouvait monter dans les carrosses du roi que quand on avait un certain rang.
Le roi ne voulait pas qu'on s'ennuyât
MARLY-LE-ROI
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DE PARIS A BOUGIVAL, A MARLY, ETC
peut-être Marie-Thérèse habita. Dans les commencements, elle dînait à table, an milien des dames, dans le salon carré qui séparait son appartement de celui du roi. Mais bientôt elle se fit servir chez elle une table particulière, où quelques dames, ses familières, peu nombreuses et presque toujours les mêmes, dînaient avec elle. Saint-Simon, qui donne tous ces détails, ajoute : « Au sortir de dîner, le roi rentrait chez M"* de Maintenon, se mettait dans un fauteuil près d'elle, dans sa niche qui était un canapé fermé de trois côtés, les princesses du sang sur des tabourets auprès d'eux, et dans Téloignement les dames privilégiées. On était près de plusieurs cabarets de thé et fie caïe ; en prenait qui voulait. Le roi demeur9,it Ik pâus ou moins, selon que la conversation des princesses l'amusait ou qu'il avait affaire ; puis il passait devant toutes les dames, allait chez lui, et toutes sortaient, excepté quelques familières de M^ de Maintenon. Dans l'après-dtnée, personne n'entrait où étaient le roi et M"« de Maintenon, que M"* la duchesse de Bourgogne et le ministre qui venait travailler. La porte était fermée, et les dames qui étaient dans l'autre pièce n'y voyaient le roi que passer pour souper, et elles Yy sœvaient ; après souper, elles le suivaient chez lui avec les princesses, comme à Versailles. » Ainsi l'antichambre de M"* de Maintenon était le salon où l'ambition retenait les femmes les plus nobles de France.
Les bois qui entourent, en les dominant , les ruines mélancoliques du célèbre château de Marly forment ce qu'on appelle le parc de Marly» Ils ont un aspect presque aussi triste ; mais depuis quelques années Ijadministration y a percé des allées nouvelles , placé un certain nombre d'écriteaux, et établi à dr. et à g.
du château deux belvédères (de Saint- Germain et de Marly) , d'où l'on découvre une vue étendue. On peut y faire : d'agréables promenades. Les principales allées semblent fermées par des treillages placés pour la conservation du gibier; mais ces treillages sont percés de portes qu'il est permis d'ouvrir , sous la condition de les refermer.
La grille Royale s'ouvre sur la romte de Saint- Germaiii à Versailles,
à Textrémité de Taqueduc de Marly et au point de bifurcation des deux routes. C'est aujourd'hui une simple porte de bois ; mais deux pilastres , entourés de maçonnerie moderne, supportent deux vases d'un assez beau style. Cette porte franchie , on se trouve dans une immense enceinte circulaire dont les murs, que le lierre ronge, soutiennent la forêt de toutes parts. « Il semble voir, a dit un écrivain anonyme, un vaste cirque creusé et fortifié au milieu des bois , où l'œuvre des hommes est venue s'ajouter audacieusement à celles de la nature. Des piliers, çà et là abattus, laissent devmer des portiques qui ont dû orner cette entrée; à leur suite, par les trouées que le temps a faites , la vue plonge , à dr. et à g. , dans des substructions plus grandes qui se perdent sous l'ombre épaisse des arbres. En face de la porte par laquelle on a pénétré, on découvre une perspective plus surprenante encore : la route s'enfonce dane un gouffre , où de tous les points de l'horizon la forêt parait s'abaisser ; ces grands arbres , qui , au milieu même de leur liberté sauvage, témoignent , par une certaine régularité à moitié effacée, qu'ils ont été jadis plies par la hache, semblent se pencher les uns sur les autres du haut des gradins d'un amphithéâtre gigantesque , et s'incliner tous vers la puissance qui avait forcé la nature, comme les nations, à subir son commandement.
« On a hâte de pénétrer au fond de cet abîme de verdure, où tend tout le grand paysage , fait de main d'homme, dont on est environné. On descend entre deux murs qui portent les chênes et les ormes séculaires ; on arrive à une seconde enceinte circulaire que l'on est tenté de prendre pour les débris d'un palais , aux ^grandes ondulations du tapis de verdure qui en cache les décombres.
Le peu d'ouverture que la perspective a en cet endroit vous avertit de 1 descendre encore ; et, après avoir
MARLY-LE-ROI
traversé des salles de verdure abaii- (loanées au hasard, vous arrivez i, un amas plus grand, du haut duquel le regard embrasse un vaste horizon.
Les ruines sur lesquelles voua éles placé affectent sensiblement la forme circulaire; et, aussi loin que l'œ puisse atteindre , au-delà des pend que vous dominez, au-delà des pla nés qo'arroae la Seine dérobée e pied du coteau, les montagnes, su
Tant les prolongements de la colline de Saint-Qermaiu, arrondissent encore leurs ligues délicates qui fuient vers les bois de Montmorency. Cette fois vous avez sous les pieds le palais célèbre oii Louis XIV a caché, au milieu des fâtea, la douleur des revers de sa vieillesse ; et , dans toutes ces lignes qui semblent répéter à plaisir la même courbe déjà se trahit ie plan
original qui avait fait de Marly les délices du roi, lorsque dégoûte le I& pompe théAtrale et rup dee u verte de Versailles, il cherchait au fond d'un abri misai défendu des plaisirs moins bruyants
■ On descend du tertre forme par les débris du palais de Luu s XIV au-delà des salles de verdure qu font le pendant de celles qu'on a déjà traversées, on aperçoit, à moitié debout, à moitié couchés sur l'herbe, les restes des bâtiments qui
chàtesu de MsrLy.
c rreapondaient avec ceux de la seconde enceinte circulaire par oii on a passé. Derrière le palais, sur la colline échaucrée, on voit, recouverts par la mousse, les nombreux degrés sur lesquels devait tomber toute une rivière d'eau. De part et
daul
des arbres , et bordées de grands murs pour soutenir les terres, ouvrent des échappées sur I a foré t . assujettie à un plan où se répète toujours la ligne ronde. Mais c'est devant
DE PARIS A BOUGIVAL , A MARLY, ETC
le palais même qu'il faut s'avancer pour retrouver les plus beaux endroits des' jardins.
« On va en descendant toujours d'une terrasse à l'autre ; chaque ter^ rasse portait autrefois un parterre, sur les flancs duquel se détachait, à dr. et à g., une ailée qui faisait tout le tour du jardin disposé en amphithéâtre.
« Le premier parterre que le château couronnait montre encore ses arbres surprenants , arrondis autrefois en berceaux, dont leur base a conservé le pli, épanouis, au-dessus de ces anciennes voûtes, en troncs nouveaux, libres et vigoureux, qui semblent comme une seconde forêt entée sur la première.
u Le second parterre laisse apercevoir distinctement les deux bassins latéraux dont il était orné. Au milieu des grands ormes qui autrefois couvraient de leur ombrage des conques élégantes chargées de bronze et de marbre, l'eau, dont on n'a pu détruire tous les conduits , sourd naturellement de la terre, qui a gardé la forme des anciennes constructions; à l'endroit où le jet d'eau s'élançait vers le dôme de ces bosquets, des joncs sortent en gerbe épaisse : les nénufars s'y mêlent et achèvent de couvrir cette mer tranquille, qui n'est agitée, de temps à autre, que par les mains des blanchisseuses du village.
« Le troisième et le quatrième parterre offrent encore les restes des vastes bassins qui en occupaient la plus grande partie ; les formes en sont nettement dessinées aux yeux par l'abaissement du terrain, et aussi par la verdure plus fraîche des plantes, qui poussent plus vives aux lieux autrefois engraissés par les eaux. »
La forêt de Marly était naguère une des plus belles des environs de Paris. La liste civile y fit, sous le dernier Empire, des coupes importantes; toutefois elle mérite encore, malgré ces mutilations, la visite des amateurs. Ils y trouveront des arbres séculaires, de pittoresques accidents
de terrain, des solitudes profondes.
Elle aune contenance de 2,254 hect.; sa forme est très-irrégulière ; sa plus grande longueur, de Sainte -Jamme à Rocquencourt, c'est-à-dire du S.-E.
au N.-O., est de 10 kil.; sa plus grande largeur, de la porte de Saint-Nom au Désert de Retz, de plus de 4 kil. Elle a été réunie, tout récemment, du côté de la porte Dauphine, à la forêt de Saint-Germain.
La forêt de Marlv renfermait autrefois plusieurs châteaux; les emplacements de ceux de Montjoie, près de la porte de Joyenval , et de Retz, près de la porte du Désert de Retz, sont encore indiqués par de larges fossés et des mouvements de terrain.
L'entrée de la forêt de Marly la plus agi*éable et la plus commode pour les promeneurs qui viennent de Paris est la porte de l'Etang-la- Ville, située à 4 kil. de Saint-Germain. Pour s'y rendre, il faut descendre de Saint-Germain à l'Ermitage et s'engager dans le vallon qui s'ouvre entre Mareil-Marly à dr., et Marly-le-Roi à g. En montant ce joli vallon, on laisse à g. le château de Grandchamp, les ham. de Démonval et de la Montagne avant d'atteindre rÉtang-Ia- Ville , 378 hab.
V église, des xi°, xiii° et xv® s., offre une voûte curieuse du xv® s., dont les nervures sont sculptées en branches d'arbre. La voûte de la chapelle seigneuriale repose sur quatre beaux culs-de-lampe figurant les Évangélistes. La propriété située au S. de l'Étang-la- Ville, appelée Vauberde rie, fut possédée autrefois par la du chesse de Richelieu.
Si de Fourqueux (F. p. 158) on entreprenait le tour de la forêt, on trouverait d'abord Joyenval^ belle propriété où les restes d'un rondpoint du xiii^ s. (mon. hist.), des débris de sculptures, une pierre tombale et un oratoire moderne dédié à sainte Clotilde, marquent l'emplacement d'une abbaye de Prémontrés, fondée en 1221 par Barthélémy de Roye, chancelier de Philippe Au-