CHANTILLY. — HISTOIRE. — LE CHATEAU
à travers la galerie, il fallut apporter des parapluies. Il mourut en 1818. Son fils vécut retiré, tantôt à Saint-Leu, tantôt à Chantilly, se livrant à l'unique occupation de la chasse ; le voisinage de plusieurs forêts, de Pontarmé, de Ilallatte, de Compiègne, offrait un vaste chuinp aux courses des chasseurs. I^e duc de Bourbon fit déblayer les alentours du château d'un immense amas de décombres, puis assainir et nettoyer les canaux remplis de vase et couverts de roseaux ; il racheta et restaura le hameau et quelques parterres ; enfin il éleva une petite construction de style gothique dans le beau site des étangs de Commelle (V. p. 28 i).
Quelques jours après la révolution de 1830, le prince de Condé périssait d'une manière lamentable ( V. Saint-Leu , p.
242), le dernier de sa race, puisque son fils unique , le duc d'Ënghien , avait été mis à mort .sous TEmpire dans les fossés du château de Vincennes. Par son testament il nommait le duc d'Aumale son légataire universel, et il laissait à M"* Sophie Dawes, baronne de Feuchères, une somme de deux millions et plusieurs châteaux, forêts et domaines.
Vers 1840, le duc d'Aumale entreprit de rétablir l'ancienne splendeur de Chantilly, il commença des travaux dispendieux et ne put les achever : un décret du 22 janvier 1852 , rendu par le prince Louis-Napoléon contre la famille d'Orléans, interrompit cette œuvre de résurrection. Le domaine de Chantilly dut être vendu : les banquiers anglais Coutts et C'» le payèrent 11 millions. Il ne fut rendu k ses possesseurs légitimes que par un décret de l'Assemblée nationale, en 1872.
L'église. — Le cbàtean.
h'' église de Chantilly, con ligue aux écuries, fut construite en 1692, dans le style des églises de Versailles, qui furent élevées vers la même époque. L'intérieur présente un bel appareil de pierres; la décoration est formée de pilastres corinthiens.
A g. est une peinture monumentale exécutée par MM. Benouville et Lenepveu (1841). A dr., un monument funéraire contient les cœurs des princes de Condé, qui étaient, avant la Révolution, conservés dans Téglise Saint-Paul à Paris. Le cœur du dernier des Condé, mort à Syd-
ney en Australie, a été récemment placé à côté de ceux de ses ancêtres.
Les vitraux du chœur représentent VHistoire de la Vierge; une autre verrière attire aussi Tattention, dans le collatéral g., près des fonts baptismaux.
Avant d'aller au château, on visite habituellement les écuries, dont les bâtiments et l'entrée sont situés à l'extrémité et à dr. de la Grande- Rue. On y pénètre d'ordinaire par la rotonde centrale , ornée à l'intérieur de sculptures représentant des trophées de chasse, de grande dimension. Au-dessus d'une fontaine se lit cette inscription : « Louis-Henri de Bourbon, prince de Condé, fit con-.
struire cette écurie et les bâtiments qui en dépendent, commencés en 1701 et finis en 1784. »
« On a dit du duc de Bourbon, qui a bâti ces superbes écuries , édifice supérieur au château qu'il habitait, que sûrement ce prince croyait à la métempsycose. C'est un brutal bon mot. » (Mercier.) Leur façade regarde la pelouse qui s'étend devant le château; la partie centrale présente un dôme massif; les ailes, qui peuvent loger 176 chevaux, se terminent chacune par un pavillon.
A l'une des extrémités est le manège découvert, de forme ronde, entouré de grantles arcades et orné, comme les écuries, de trophées et d'attributs de chasse. Au-dessus de l'entablement règne une balustrade d'où l'on a de beaux points de vue sur le château, le parc et la forêt.
La Pelouse est une vaste esplanade de gazon, dont le sous-sol a fourni les pierres employées pour la construction des écuries et pourrait encore être exploité. Les courses ont lieu sur la partie de cette pelouse qui s'étend devant le petit château (F. p. 280). Dans l'autre partie et derrière les maisons de la Grande-Rue, sont les deux réservoir^, qui alimentent le bourg et le château.
Au sortir des écuries, si l'on veut aller au château, on traverse la Pe-
•DE PARIS A COMPIEGNE.
louse en se dirigeant à g. Près du chemin est un beau massif de six vieux tilleuls. En face du Châtelet s'ouvre une grande avenue , à rentrée de laquelle sont deux lions de pierre, et qui, labourée, hersée plusieurs fois par an, sert pour l'entraînement des chevaux de course. Cette avenue traverse la forêt en ligne droite dans la direction de Coye (F. p. 285). Elle fut percée par Anne de Montmorency; aussi l'a-t-on nommée la Route du Connétable, A dr. et à g.
de cette entrée, s'étendent des bassins remplis d'eau et peuplés de vieilles carpes, moins vénérables cependant que les célèbres carpes de Fontainebleau. Le bassin de g. entoure les deux châteaux.
Le Châtelet, ou petit château^ bâti au XVI® s., est composé d'un rez-dechaussée et d'un seul étage; il ne doit pas être confondu avec le pavillon d'Enghien, construit un peu plus à l'E. par l'avant-dernier prince de Condé pour le logement des hôtes et des officiers de service, et dont les bâtiments, plus considérables, présentent trente-six fenêtres de face sur quatre de côté.
Le château proprement dit, que le duc d'Aumale fait reconstruire sur ses anciennes fondations, mais avec les changements que réclament les habitudes modernes , renfermera , lorsqu'il sera terminé, la magnifique bibliothèque du prince, sa collection de tableaux et d'objets d'art*. Les plans des nouvelles constructions, dont la silhouette rappellera seule le vieux manoir dessiné par Du Cer-
1. Parmi les tableaux de la galerie de M. le duc d'Aumale à Chantilly, nous devons signaler particulièrement : la Vierge de la maison d'Orléans, ^slt Raphaël; — le Songe de Vénus, parAnntÔaZ Carrache;
— Poussin. Le Massacre des Innocents ; Thésée retrouvant les armes de son père ;
— Decamps. Corps de garde turc, Souvenirs d'Orient, etc., etc.; — P. Delaroche. Assassinat du duc de Guise ; — Ingres. Stratonice ; Françoise de Rimini. — La collection artistique renferme des émaux, des antiques, des manuscrits précieux,
ceau, ont été faits par M. Daumet.
La statue équestre du connétable sera rétablie sur la place qui domine les fontaines célébrées par Bossuet. En face de ces fontaines se dresseront les statues du grand Condé, de la Bruyère, de Bossuet, de Le Nôtre et de Molière.
Entre le château de Chantilly et le. château d'Enghien, une rampe douce, faisant face à la grille d'entrée, conduit au parc ouvert au public les jeudis et dimanches, de midi à 4 h. Parvenu sur la terrasse, on en redescend dans les jardins par un escalier monumental. En face, une branche du canal de la Nonette s'avance au milieu du parterre, et, plus loin, à côté du v. de Vineuil (692 hab.), on aperçoit une pelouse et une grande avenue qui mène , à travers bois, aux sables d'Apremont. A gauche s'étend le jardin anglais, avec un petit temple où s'abrite une statue de Vénus Callipyge; à dr. sont le hameau et le parc de Sylvie. Ce parc (entre le hameau et la forêt) fut formé par Henri-Jules, fils du grand Condé; le hameau, par Louis- Joseph , vers 1780. Le nom de Sylvie est celui sous lequel avait été célébrée, dans des vers de Théophile de Viau, la duchesse de Montmorency, Marie- Félix des Ùrsins. Théophile, condamné au feu (août 1623) à cause des écrits licencieux qui lui étaient attribués, trouva au château de Chantilly un asile de quelques semaines ; voulant remercier le maréchal-duc, qui l'avait sauvé des premières recherches, il composa, sous le titre
des verrières représentant la fable de Psyché, d'après les cartons de Raphaël, etc.— La bibliothèque se compose : !• des archives de la maison de Condé ; 2* de la célèbre bibliothèque de M. Cigongne; 3" d'ouvrages achetés par le prince luimême depuis vingt ans. Parmi les livres les plus rares y figurent les chansons de Laborde avec les dessins originaux de Moreau le jeune, etc., et les heures mar nuscrites du duc de Berry dans les miniatures desquelles on trouve reproduits tous les anciens châteaux royaux.
DE PARIS A COMPIEGNE.
de Maison de Sylvie, dix odes pour la dame du lieu. A côté de sentiments vrais, le poëte, selon son usage, a mis de plaisantes extravagances, comme celle-ci :
Je penchais mes yeux sur le bord D'un lit où la naïade dort; Et regardant pêcher Sylvie, Je vvyais battre les poissons A qui plus tôt perdrait la vie En rhonneur de ses hameçons.
Le hameau^ complètement restauré (il était presque tombé en ruines sous le second Empire), est formé de quelques maisonnettes d'un extérieur rustique, dans le goût du Petit- Trianon. Pour y arriver, on- longe à -droite le petit canal des Truites, sur la lisière du bois de Sylvie. On suit à gauche le canal des Morfondus, qui enferme le hameau et que l'on traverse sur un pont fermé par une igrille. Le gardien particulier du hameau conduit alors les visiteurs et leur en montre les curiosités : salle à manger, salon, billard, etc. En somme, le principal intérêt consiste à juger, sur échantillon, du goût que la mode avait introduit, un peu avant 1789, dans les décorations d'agrément d'un riche domaine. Le parc <ie Sylvie est fermé; il sert de réserve pour le gibier.
La tète du canal est marquée par une cascade artificielle que forme l'eau de la Nonette ; le canal a une longueur de 3,000 met. sur une largeur de près de 80 met.
Les oonrses.
Dès l'année 1832, le duc d'Orléans avait accepté le patronage des courses que la Société d'encouragement se proposait d'établir à Chantilly.
En 1834, l'hippodrome fut dessiné «t les courses s'organisèrent. Il y a maintenant trois réunions de courses À Chantilly : la première, au printemps, commence dans la seconde semaine du mois de mai; les deux dernières ont lieu en automne, l'une vers la fin du mois de septembre, le
dimanche qui précède les courses de Paris ; l'autre en octobre, le dimanche qui suit ces mêmes courses. En mai, le premier jour, qui est un dimanche , et le second jour, qui est un jeudi, sont consacrés aux courses ordinaires. Le dimanche suivant, on dispute le grand prix du Jockey-Club.
C'est, avec le grand prix de Paris, la course la plus importante de l'année.
1j' hippodrome, qui a 2,000 met. de circuit, est de forme ellipsoïde. Il occupe environ la moitié de l'étendue de la Pelouse ; d'un côté il est encadré par les épais rideaux de la forêt, à laquelle il est adossé, et de l'autre par une rangée de maisons dont les fenêtres le regardent; au levant se trouvent les écuries historiques et la demeure des Condés. Les constructions destinées au public sont d'une architecture élégante , légère et coquette. Le terrain, presque plat, permet aux spectateurs de bien suivre les courses du regard; le sol, peu végétal, formé de tuf à peine recouvert d'une couche légère de terre et de gazon, off're aux chevaux l'avantage d'une consistance solide que n'altère presque pas une pluie ordinaire, tant est rapide l'absorption des eaux.
L'intérieur de l'hippodrome s'ouvre aux voitures de toutes sortes pour 10 fr., et aux cavaliers pour 5 fr. Le prix d'entrée du pesage est de 20 fr., comme à Paris; celui des pavillons et des tribunes est de 5 fr.; les piétons payent 1 fr. le droit d'entrer sur lu pelouse.
Chantilly intéresse à d'autres titres les amateurs du sport. Plusieurs des meilleurs éleveurs de chevaux pur sang en France y ont en eff'et leurs établissements. Les principales écuries sont celles de MM. de Berteux, A. Schickler, H. Delamarre, et celles d'entraîneurs publics : F. Kent, Gibson, Casidy, Page, Stripp, etc.
L'écurie de M. de Beauregard, dirigée par Ch. Prat, et celle de M. Staub (haras de Lonray), sont à la Morlaye (p. 274). Presque tous les jockeys
DE PARIS A COMPIEGNE.
qui montent dans les courses françaises ont leur résidence à Chantilly :
ce sont Carver, Mills, Keslop, Lavis^ Handley, Flint, Edwards, etc.
C'est donc à Chantilly qu'il faut aller si Ton veut prendre une idée complète des détails pratiques et de la science de Tentraînement dans son état actuel. L'allée des Lions ou du Connétable est, comme nous l'avons dit (K. p. 280), le terrain où se font ces exercices préparatoires.
Un équipage appartenant à M. le duc d'Aumale chasse le cerf, pendant la saison, dans la forêt de Chantilly.
Forêt. — Promenades.
La forêt de Chantilly, d'une contenance de 2,449 hectares, se relie, au sud, avec le bois d'Hérivaux, et, à l'est, avec la forêt de Poritarmé ou de Sentis, qui comprend 1,185 hectares. Ces forêts s'étendent sur un sol sablonneux mêlé d'argile : de longues routes régulières et des allées ou layons les traversent en divers sens. Sous le duc de Bourbon, elles contenaient une grande quantité d'animaux; mais le nombre en est bien réduit aujourd'hui. Le rendez-vous de chasse était le plus souvent un rond-point, sur la belle route pavée entre le château de Chantilly et Montgrésin, désigné sous le nom de Table-Ronde, à cause d'une table en pierre d'un seul morceau de 2 met. 70 cent., qui y est dressée. On aperçoit de là dans le lointain, au bout de la route, le bâtiment du manège à l'angle des écuries (4 kil.).
Le jour de la Saint- Hubert, au mois de novembre, on y dressait un pavillon, et c'est là qu'en présence du prince et de la foule on dépeçait le cerf, qu'on avait eu le soin d'amener et de prendre aux étangs de Commelle. Douze routes partent de ce carrefour ; deux conduisent aux étangs de Commelle (1 et 2 kil.).
Les étangs de Commelle et le château de la Reine-Blanche (5 à 6 kil.) sont dans la forêt de Chantilly le but
de promenade des étrangers, qui, le plus souvent, s'y rendent en voiture.
La route du Connétable, située vis-àvis du château et à l'entrée de laquelle sont deux lions en pierre, y conduit assez directement. Mais elle est fatigante à suivre à pied, parce qu'elle est labourée et hersée plusieurs fois par an, afin d'y exercer les chevaux de course. Si l'on suit cette route, il faut aller jusqu'à l'écrjteau du carrefour du Petit-Couvert, placé sous un gros chêne trapu à dr., et prendre à g. la troisième allée ou layon aboutissant à ce carrefour; elle mène en quelques minutes aux anciens étangs de la Troublerie, aujourd'hui tout couverts de végétation; on descend dans la petite vallée dont ils occupent le fond et qui est barrée par le beau viaduc du chemin de fer. Après l'avoir traversée pour prendre en face une allée ombragée qu'on suit à g., on ne tarde pas à arriver au château de la Reine-Blanche, qu'on aperçoit de loin parmi les arbres. — N. B. La voie la plus courte est la route qui longe le chemin de fer (4 kil. ou 45 min. à pied).
Les étangs de Commelle, au nombre de quatre, sont séparés par des chaussées qui laissent écouler l'eau de l'un à l'autre. La petite rivière de la Thève, qui prend sa source près de Mortefontaine et va se jeter dans l'Oise près de Royaumont, les alimente. Le brochet, dont l'espèce est indestructible, y consomme une quantité de poissons considérable. La vallée retirée où sont les étangs de Commelle offre un aspect pittoresque. Au pied des coteaux qui bordent les étangs, la végétation est très-puissante. On peut y admirer de très-beaux hêtres aux racines d'un prodigieux développement.
Le château de la Loge ou de la Reine-Blanche est un petit édifice fianqué de tourelles, construit en 1826 par le duc de Bourbon, dans le style ogival, sur une construction