I0« STATION. — SENLIS
11 kil. de Chantilly, 5 kil. de Saint-Firmin, 52 kil. de Paris, 9 kil. de la Chapelle-en- Serval, 11 kil. de Creil par la route de terre.
Senlis *, V. de 6,092 hab., ch.-l.
d'arrond. du départ, de TOise, est située entre les forêts de Hallatte , de Chantilly et d'Ermenonville , et un peu au N. de la petite rivière de la Nonette. Ses rues sont généralement étroites et tortueuses. Cependant elle possède une belle rue droite, la rue Neuve-de-Paris, habitée principalement par les rentiers.
Histoire.
Senlis doit son origine à Sylvanectum, bourgade gallo-romaine, appelée antérieurement Augustomagus. Les Romains établirent dans le pays avoisinant une colonie militaire transplantée de la Belgique première. Deux chaussées conduisaient de Senlis, l'une à Soissons, l'autre à Amiens; une troisième se dirigeait sur I^utèce. Régulus vint à Sylvanectum prêcher la foi chrétienne vers la fin du m* s. ; on rhoBore sous le nom de saint Rieul, comme premier évêque de Senlis.
Les rois de la première et de la seconde race résidèrent à Senlis. Charlemagne chassait quelquefois dans ses environs. Lors du démembrement de l'empire, la ville de Senlis dépendit des comtes de Yermandois. Annexée ensuite au domaine royal, elle obtint (1173) une charte de commune, dont les' franchises furent successivement restreintes par l'autorité souveraine. A cette époque, elle était le fief de la branche collatérale, issue des anciens comtes de Yermandois, que Ton appelait les Bouteillers
( de Senlis ) , parce qu'ils avaient ea longtemps la charge de grand bouteiller de France. Cette famille s'éteignit an xiv« s. Un bailli royal fut alors placé à Senlis; sa juridiction s'étendait sur Pierrefonds et Compiègne.
L*évéque de Senlis le plus célèbre au moyen âge fut Guérin ou Warin, élu en 1214. Il avait été chevalier de Saint-Jean et se souvenait encore des occupations militaires de s& jeunesse lorsqu'il con> duisit les communiers de Senlis à la bataille de Bouvines. Philippe Auguste lui dut en partie les dispositions qui assurèrent la victoire. Pendant le combat, Guérin portait une masse d'armes et non une èpée, « parce que, disait-il, l'Église défend bien de percer avec le glaive ; mais elle n'interdit pas ^'' assommer avec une massue. »
Les Jacques révoltés trouvèrent bon accueil dans la ville, en 1358. Les nobles y étant entrés à leur tour pour tirer vengeance de cet appui donné à Finsurrection furent repoussés par les bourgeois, qui surent se protéger courageusement euxmêmes dans cette conjoncture. Au commencement du xv« s., Senlis tint pendant dix ans pour le parti bourguignon et anglais; mais ses habitants finirent par chasser la garnison étrangère. Au temps de la Ligue, elle fut assiégée par le duc d'Aumale et délivrée par le duc de Longueville et Lanoue , qui firent éprouver une rude défaite à Tarmée des Ligueurs. Depuis lors Senlis n'a plus joué de rôle important dans l'histoire, u Les nombreuses manufactures, dit un de ses historiens, qui faisaient sa principale industrie et qui .étaient exploitées sous Henri IV par 200 maîtres, sous les ordres desquels travaillaient 4,000 ouvriers , ont successivement disparu du pays ; il ne reste plus de toute cette animation qu'une cite aux habitudes réglées et tranquilles. »
L'évêché de Senlis, suflfragant de Tarchevéché de Reims, ne rapportait que vingt mille livres au titulaire ; le diocèse était un des moins étendus du Nord de la France; sa suppression, ordonnée par la Constitution civile du clergé, fat maintenue par le Concordat.
Deux congrès archéologiques ont été tenus à Senlis, l'un les 31 juillet et 1*' août 1866, l'autre du 28 mai au 3 juin 1877.
Monuments antiques.
Senlis a conservé une euceinte gallo-romaine, la plus complète qui subsiste en France, après celles de
DE PARIS A CREP Y-EN- VALOIS
Saint-Lizier (Ariége) et de Bourges, u Élevés en moyenne de 7 mètres, épais de 4 , fortement assis sur sept ou huit lits de grosses pierres d'appareil smillées et assemblées à sec, compoF>ées d'un enrochement de moellons à bain de chaux et de mortier revêtu sur les deux faces de pierres cubiques ou rectangulaires, divisés dans leur hauteur par des lits transversaux de larges tuiles saillantes dessinant, de quatre pieds en quatre pieds, leurs lignes horizontales et parallèles, ces remparts forment un ovale dont le grand diamètre, de TE. à TO., mesure 312 met.
de longueur, et dont le diamètre transversal, du N. au S., a 242 met.
Ils présentent un développement total de 840 met., et renferment une superficie de 6 hect. 38 ares, déterminée par une série de lignes brisées dont les angles étaient couverts de 28 tours espacées, en moyenne, de 27 mètres. Seize de ces tours subsistent encore : saillantes en demi-cercle en dehors du mur, saillantes aussi, mais carrément, en dedans de Tenceinte, elles sont pleines et massives jusqu'à la hauteur du mur dans lequel elles sont prises ; elles présentent ensuite une chambre percée de trois baies : Tune ouvrant au dehors et les autres donnant issue dans le chemin de ronde du rempart Ouverte aujourd'hui en cinq
endroits, la cité romaine n'avait à l'origine que deux portes. Le prétoire ou palais du gouverneur romain, placé au point le plus élevé de la cité, ») touchait à l'emplacement d'un château qu'habitèrent les rois de France, depuis Clovis jusqu'à Henri IV, et dont il reste de curieuses ruines (xi°, xiii® et xvi® s.), soigneusement entretenues , et dont le propriétaire actuel fait gracieusement les honneurs. Un bâtiment du xiii*^ s.
(belle charpente) faisait partie d'un prieuré dédié à saint Maurice. L'entrée ancienne du château, ogive du moyen âge, se trouve à l'extrémité de la rue du Châtel ; mais c'est à un
portail moderne, donnant sur la petite place Saint-Maurice, que l'on doit frapper aujourd'hui. De la rue du Chat-Haret, on voit très-bien les tours et les courtines romaines du château royal.
En 1 863, des fouilles exécutées par les soins du Comité archéologique ont fait découvrir, à l'O. de la ville, les substructions de V amphithéâtre (elles sont encore visibles), qui mesurait dans œuvre 42 met. sur le grand axe et 32 met. sur le petit.
■onmnents.
L'ancienne cathédrale (mon.
hist.), dédiée à Notre-Dame, est un magnifique édifice des xii®, xiii<' et xvi° s., que l'on commença, en 1155, sur de vastes proportions, pour suivre le mouvement artistique provoqué par la naissance du style ogival {V. Saiiit-Denis, p. 209). Les ressources du diocèse , qui était loin d'égaler en étendue le territoire de l'arrondissement actuel, se trouvant par suite fort restreintes, le roi Louis VII fit à l'évéque de larges dons, et adressa aux prélats français des lettres en faveur des envoyés chargés par le chapitre de porter dans les diocèses étrangers les reliques de saint Rieul et de solliciter des offrandes. Le pape, de son côté, accorda des indulgences étendues aux fidèles qui auraient contribué à l'œuvre de Notre-Dame. Par ces moyens, on éleva le chœur et la nef, mais on fut obligé de resteindre la longueur de cette dernière et de se passer momentanément de transsept. En 1191, l'église fut consacrée.
Au xiu® s., on termina l'un des clochers de la façade, laissant l'autre incomplet, op bâtit quelques chapelles de la partie droite du chœur, et l'on commença le transsept. Les chapelles de la nef, et quelques-unes du chœur, datent des xiv« et xv® s. En 1502, la foudre incendia les combles, endommagea toutes les parties supérieures et compromit la solidité du
Cathédrale de Senlis.
DE PARIS A SENLIS
clocher. Il fallut reconstruire toutes les grandes voûtes, les fenêtres hautes, réparer la façade. Ces travaux furent exécutés avec un certain luxe ; lorsqu'ils furent achevés, en 1532, le chapitre se trouva en état d'ajouter à la basilique un transsept encore plus somptueux, avec portails, statues et galeries, terminé en 1556.
Ce transsept avait été déjà commencé au XIII® s. jusqu'aux tribunes.
Quelques mutilations ont eu lieu durant la dernière Révolution, une restauration récente les a fait disparaître en partie.
La cathédrale de Senlis, longue de 65 mètres, haute de 30 sous clef (de 25 seulement, au xii° s.), a une nef que la situation du transsept rend sensiblement plus courte que le chœur. La façade occidentale est percée de trois portes : celle du centre avait seule un trumeau, des statues et des bas-reliefs. Le trumeau n'existe plus; les têtes des huit grandes statues sont modernes (ces statues, assez bizarres, ne sont pas toutes expliquées; on y reconnaît seulement d'une manière incontestable Abraham sacrifiant son fils Isaac, Jacob, saint Jean-Baptiste et Siméon) ; mais les 40 statuettes des voussures sont à peu près intactes, ainsi que les scidptures du tympan, où sont figurés la Mort, V Ensevelissement et le Couronnement de la Vierge. Les portes latérales ont leurs tympans percés chacun de trois arcatures inégales ; cette disposition a été imitée dans quelques églises des environs, notamment à Fontenay-lès-Louvres . ( r. p. 268).
Le reste de la façade a été remanié au xvi** s. ; le clocher de g. fut alors couronné d'une balustrade et d'un toit aigu.
Le clocher de dr. est une merveille du xiii® s. Haut de 78 met.
au-dessus du sol, il comprend, audessus de l'étage du beffroi, un tambour octogonal très-élançé , flanqué de clochetons à jour qui s'inclinent sur ses côtés obliques, et une flèche
portant huit lucarnes. Cet ensemble produitune silhouette originale ; mais les lucarnes, prenant trop de hauteur, font paraître la flèche trop courte.
Les portails latéraux offrent dans toute sa délicatesse le style ogival flamboyant. Celui du S., le plus riche, a conservé quelques-unes des statues qui ornaient ses jambages et les groupes sculptés qui remplaçaient les statuettes des voussures. Sur chaque porte s'étend une galerie ou loggia, surmontée elle-même d'un passage à balustrade qui permet de circuler au bas de la grande fenêtre.
Le chœur est, au dehors, de la plus grande simplicité. L'architecture du xii® s. n'apparaît extérieurement que dans les chapelles et au mur des tribunes de l'abside ; toutes les autres parties visibles ne sont que du xvi® s.
A l'intérieur, les piliers et les arcs longitudinaux, les bas-côtés et les tribunes de la nef et du chœur font partie de la construction du xii® s.
La nef se compose de cinq travées dont la première forme vestibule sous les clochers et dont la dernière appartient latéralement aux croisillons, qui ont aussi des bas-côtés.
Aux trois dernières travées les collatéraux sont doublés de deux longues chapelles; celle de g. a pour clef de voûte une large couronne autour de laquelle quatre anges sculptés étendent leurs ailes. Des nervures ramifiées soutiennent la grande voûte du transsept. La nef transversale a des tribunes du xvi° s.
La partie rectangulaire du chœur est composée de six travées, dont la première lui est commune avec les croisillons. Les chapelles sont) des XIII® et xiv* s. L'une /l'elles, à l'angle du croisillon S., a une voûte en couronne; la seconde travée du collatéral, du même côté, présente une clef pendante. L'abside est entourée d'un déambulatoire et de cinq chapelles dont quatre, très-peu profondes, remontent au xii® s. La cha pelle de l'axe, qui imite assez bien