PAR VINCENNES
Le chemin de fer de Brie-Comte- Robert fut commencé en 1856 et inauguré pendant l'été de 1837 jusqu'à la Varenne - Saint - Maur , en 1875 jusqu'à Brie. Au sortir de l'embarcadère, il longe, en les dominant (à dr.) la rue de Lyon et l'avenue Daumesnil, qui le sépare de la prison Mazas,- de la gare des chemins de fer de Lyon et de la mairie du XII® arrondissement. Aussitôt après avoir quitté l'avenue Daumesnil, les trains s'arrêtent à la station de Reuilly (la 1"), établie, en 1877, à 2 kil. de la place de la Bastille, près
1. Embarcadère, place de la Bastille.— Pour les prix des places, Y. V Introduction; pour les autres moyens de transport (tramways et omnibus), V. aussi \ Introduction, et ci-dessous, p. 408.
de la place Daumesnil. — Au-delà de Reuilly, le chemin de fer passe, par quatre tunnels que séparent des tranchées, sous la rue de Reuilly, sous la rue et sous l'avenue de Picpus, et sous la rue Michel-Bizot.
Où arrive ainsi à Bel-Air-Geinture (la 2® station : 4 kil. de la gare de la Bastille) *, puis on passe sous la ligne de ceinture et l'on sort de l'enceinte de Paris par la poterne de Montempoivre, que précède un tunnel et que suivent une profonde tranchée et un nouveau tunnel.
1. Si on longe à dr., au sortir de la station de Bel-Âir, les fortitications, en les laissant à g., on gagne en quelques minutes la porte de Picpus, au-delk de laquelle s'étend sur la dr. le joli lac de Charenton (V. ci-dessous).
4ao
DE PARIS A BRIE-COMTE-ROBERT
S* STATION. — SMNT-MANDÉ. |
5 kil. de la ButiUe, 1 kll. de Vinçannes, 3 kU. de Charenton.
Saini-Mandé'^, 6,388 hab., village peu intéressant, mais fort ancien, était autrefois plus rapproché de Yincennes ; mais Philippe le Hardi, voulant agrandir le parc de son château , rasa le hameau et ordonna à ses habitants de le rebâtir au lieu où il est aujourd'hui.
Le cimetière de Saint-Mandé contient la statue t en bronze, ô!' Armand Carrel, mort des suites d'un duel qu'il avait eu, le 22 juillet 1836, avec M. Emile de Girardin. Cette statue est une des belles œuvres de David d'Angers.
B«n 1830, M. Boulard, tapissier de la cour, fonda à Saint-Mandé Vasile Saint -Michel pour douze pauvres septuagénaires à la nomination des douze bureaux de bienfaisance de Paris. De plus d'un million, légué par le fondateur, il n'est resté, déduction faite des bâtiments et du mobilier, qu'un revenu annuel de 81,000 fr.
Près de l'asile Saint-Michel s'élève V hôpital Lenoir - Jousserand , fondé par l'Assistance publique de Paris, en 1877, au moyen d'un legs <le 3 millions fait par la veuve Lenoir-Jousserand (vieillards malades ou infirmes).
Le joli lac de Saint-Mandé est à 2 minutes de la station. De ee lao (F. ci-dessous), on peut gagner en 10 min. le château de Yincennes, en 15 ou 20 min. le lac de Charenton, •en 45 min. (le long de la rivière) le plateau de la Gravelle ( V, ci-dessous •et le plan).
Le chemin de fer, encaissé dans une tranchée d'où il ne sort qu'au- -delà de Nogeut, laisse à dr. l'hôpital militaire de Yincennes (F. cidessous) et le magasin aux fourrages,, et passe sous U route de Paris à Yincennes. . .
4* STATION. — VtNCENNES.
6 kil, de rembarcadêre de la BasUOe, 1 kil. de Saint-Mandé, 4 kll. 1/2 de Charenton, 2 kil. de Montrenil, 2 kil. de Fontenay, 4 kil. de Joinville, par la route de terre.
Tincaimes*, 17,064 hab., eh.-l.
de c. de l'arr. de Sceaux, a^offre par lui-même aucun intérêt.
L'étymologio do nom de Yincennes est restée douteuse. Ce qui paraît certain, c'est qu*en 847 le bois de Yincennes s'appelait Vileeniui. Ce bois avait renfermé autrefois un collège consacré au dieu Sylvain. Les anciens rois de France venaient souvent chasser à Yincennes, mais Louis YII (1164) eut le premier ridée d'y constuire une demeure royale.
Il établit aussi dans le voisinage des religieux de Grammont, remplacés depuis par des Bonshommes ou Ermites.
Saint Louis aimait beaucoup Yincennes ; il y venait souvent et se plaisait, comme tout le monde le sait, à rendre la justice sous un chêne du bois. Ce fut au couvent des frères mineurs de Yincennes qu'il reçut la sainte Couronne, que lui avait cédée Baudouin, empereur de Constantinople.
Ce fût aussi de Yincennes qu'il partit pour ses deux croisades.
En 1315, Enguerrand de Marigny y comparut devant les juges qui le condamnèrent k être pendu & Montfaucon.
Louis X mourut à Yincennes en 1316.
Philippe Y en 1322, Charles lY en 1328. Charles Y y naquit, en 1337 ; il y passa la plus grande partie de sa vie ; il y rendît ses plus célèbres ordonnances et arrêtés, entre autres Tédit de la régence et de la tutelle des rois de France, dont la majorité fut fixée à 14 ans. La rehie iMdbeaa de Bavière se retira au okAtean de Yia» eennes pour s'y livrer à toutes sortes ds dâSfNrdres.
Ea 1422, Henri Y, ce roi d* Angleterre qui s'était fait déclarer héritier de la couronne de France, mourut à Vîneennes, sept semaines avant Charles VI. Le diâr teau, plusieurs fois repris sur les Anglais, ne leur fut déûnitivement enlevé qa]en i42M. Louis XI en ftt une prisos d'État; mais ses successeurs continuèrent à rhabiter temporairement, bien qu'il eût cessé d*étre une de leurs résidences hahituelles. Charles IX y mourut le 30 Buû 1574. Henri UI y vint souvent. Après la Journée des Barricades, les li-
DE PARIS X BRIE-COMTE- ROBERT
gueurs s'emparèrent du château et ne le rendirent à Henri IV qu'en 1594, après rentrée du roi dans Paris.
Mazarin mourut à Viocennes, le 3 mars
Louis XIII et Louis 'XIV étaient venus quelquefois à Yincennes pour chasser dans le bois, mais ils n'y avaient fait que de courts séjours. Louis XV y passa quelques jours au commencement de son règne, suivant Tordre qu'en avait donné Louis XIV mourant.
En 1784, après YEssai de, Mirabeau sur les lettres de cachet, Yincennes cessa d'être une prison d'État. En 1791, les habitants du faubourg Saint-Antoine marchèrent sur le donjon de Vincennes pour le jeter bas. L'œuvre de destruction était commencée, quand La Fayette arriva à la tête de forces suffisantes pour y mettre obstacle. Il faillit plusieurs fois être assassiné dans cette expédition.
Le 20 mars 1804, le duc d'Enghien, le dernier des Condé , enlevé violemment cinq jours auparavant du territoire de la Confédération germanique, fut jugé à Vincennes par \ine commission militaire, condamné k mort et exécuté la nuit même. On le fusilla dans les fossés du château, et on l'ensevelit au lieu môme où il était tombé. Ses restes, exhumés le 20 mars 1816, par ordre de Louis XVIII, furent d'abord déposés dans une chambre du château, puis renfermés dans le monument élevé à sa mémoire dans la chapelle.
Sous le règne de Louis-Philippe, Vincennes donna son nom aux bataillons de chasseurs à pied, formés par le duc d'Orléans, et si renommés pour la justesse de leur tir.
Aujourd'hui Vincennes est une forteresse, une caserne, un arsenal et une école d'artill«ri«; c'est là que se font la plupart des expériences relatives au perfectionnement des armes à feu.
Le fort de Vincennes n'a pas eu à souffrir du dernier siège de Paris ; u sa position dominante avait permis d'y établir un observatoire qui signalait les nombreux mouvements de convois ou de troupes opérés par l'ennemi sur les coteaux faisant face au fort. » Mais ce fut à Vinceonea que la Commune de Paris reçut le dernier coup, là véritablement qu'elle prit fin. Le fort avait été livré, dès le commencement de l'insurrection, à la première sommation faite par une troupe de gardes nationaux. Après le désastre éprouvé par les fédérés dans le
faubourg Saint-Antoine et au cimetière du Père-Lachaise, un commissaire fut envoyé le 28 mai aux quatre cents insurgés qui occupaient le château et que commandait un sieur Faltot, avec le grade de lieutenant-colonel. La garnison paraissant peu disposée à soutenir la (utte, les pourparlers aboutirent à une reddition pure et simple, et, le 29, les troupes du gouvernement rentrèrent dans le fort, où furent trouvés cachés plusieurs des adhérents les plus compromis de la Commune.
En il83, Philippe-Auguste rebâtit le château de Louis VII, qui fut reconstruit de nouveau par Philippe de Valois et continué sous ses successeurs. En 1560, Catherine de Médicis fit jeter les fondations des pavillons du roi et de la reine, situés à dr. et à g. de la cour, au-delà du donjon. Ces pavillons furent terminés en 1614. En 1662, Louis XIV réunit les deux extrémités de ces pavillons par deux galeries couvertes, dont Tune a été démolie en 1843 et dont Tautre est cachée actuellement par des casemates. Le château de Yincennes formait alors, comme aujourd'hui, un rectangle de 382 met. de longueur sur 224 de largeur; mais il était flanqué de neul tours adjacentes au mur d'enceinte.
Toutes ces tours avaient 31 met. 60 cent, de hauteur, sauf la tour principale, qui avait 34 met. 56 cent.
Rasées au niveau du mur d'enceinte, del808àl811, elles servent aujourd'hui de bastions.
Au milieu du xyiii^ s., le château de Vincennes avait de nouveau cessé d'être une résidence royale. On y avait établi tour à tour (1745) une fabrique de porcelaine, transférée à Sèvres en 1750 ; une école militaire (1751), transférée à Paris en 1756, et enfin (1757) une -manufacture cTarmes. En 1788, il fut compris parmi les châteaux royaux qui devaient être vendus, mais il ne trouva pas d'acquéreur. En 1808, Napoléon ordonna les travaux nécessaires pour pouvoir y garder un approvisionnement de poudre, de projectiles, d'armes et de matériel.
DE PARIS A BRIE-COMTE-ROBERT
f- nombre de t
qui couvre l'eiilrêe du château. En 1819, In Ratle d'armes fut bMie. Enfin, de 1832 à 184» le roi Louis- Philippp fit coTiMmire un firand
neuf. Les constructioDB, complétées de ISiS à 1852, comprennent des magasins, un manège, un hangar et environ diï corps Je liâtiments pour
nienient des hommes et îles
d on a franchi la porte d'enchâteau de Vincennes ', on ntre une double ligne de bâ-
timents affectés à divers avant d'atteindre la grande laquelle s'élèvent : A g-, il'armes, la chapelle, le pi la reine; à dr., le donjon vil Ion du roi.
de l'artilLerie. à Paris, DU par
la salle dtlon de )t le pa-
La «du tTormex de Vi construite en 1819, se divise en deux parties : le rei-de'Chnuasée , réservé au matériel d'artillerie ; la salle d'armes proprement dite, HU premier étage. La décoration (
lielle. Elle renferme une quantité d'armes suffisante pour 120.000 liommei. Le seconi^étage est afTecté à, la
Kntre la galle d'armes et la chapelle est l'entrée du fort neuf.
La chapelle actuelle — il y eu eut deui autres, construites par saint Louis (ISi8) et Philippe de Valois (1337) - fut fondée, en 1379, par Charles V, continuée par Charles VI et par François I", achevée, en 1552, par Henri O. Le
!, Her
illY
é dé-
truit qu'en 1792. En 1557, on fera l'ordre de Saint-Michel ; en 1694, on y annexa la chapelle du Vivier en Brie {V. Section XX, p. 38i). Le chapitra fut supprimé en 1784.
Convertie en un magasin après la révolution de Juillet, puis rendue au
DE PARIS A BRlE-COMTE-ROBERT.
ciiUe en 1842, la chapelle de Yincen- De& a été complètement restaurée il y a quelques années. On admire surtout la légèreté et Télégance de ses voûtes. Sept de ses vitraux sont de Jean Cousin (la rose est neuve). Ils représentent : les cinq du chœur, des sujets tirés de TApocalypse, et les deux de l'extrémité de la nef, les quatre Saisons et le Jugement dernier. Dans ce dernier, le peintre a représenté Diane de Poitiers, qu'on distingue à sa nudité et au ruban bleu qui entoure ses cheveux blonds.
En 1816, on avait élevé dans la chapelle (à g., à l'entrée du chœur) un monument à la mémoire du duc d'Enghien. Ce monument, enlevé de cette place après les événements de décembre 1851, est aujourd'hui dans l'ancienne sacristie (à g. du chœur), pièce trop basse et trop étroite pour le contenir. C'est du reste une œuvre fort médiocre du sculpteur Deseine.
Il se compose de quatre figures en marbre : au second plan, le duc s'appuie sur la Religion; au premier plan, une femme éplorée représente la France en face du Crime armé d'un poignard et de serpents.
Le pavillon du t*oi a été transformé en caserne depuis 1793; le pavillon de la 7'eine est affecté à divers services. Dans les bâtiments du château ont été aussi installées, en 1875, une Ecole d'administration destinée au recrutement de divers bureaux militaires, et VËcole de la 1&® brigade d'artillerie.
Le donjon est généralement visité après la salle d'armes et la chapelle.
On découvre de la plate-forme un superbe panorama.
Ce donjon, entouré autrefois d'un fossé indépendant de celui du château, est une grande tour carrée avec une tourelle en saillie à chaque angle. Cette tour a 52 met. de hauteur. Ses murs ont 3 met. d'épaisseur. Un escalier en spirale, de 237 marches, conduit à ïa plate-forme.
Bans la. touretle S.-E. se trouve un autre escalier en spïrale, plus large.
et qui ne règne que du premier au deuxième étage; on le nomme l'escalier royal.
Le donjon a cinq étages. Le rezde-chaussée, où étaient les cuisines, se compose d'une grande salle carrée, de 10 met. de côté (elle a été divisée). Sa voûte, élevée de 7 met.
15c., est soutenue sous clef par un fort pilier. Dans chaque tourelle est une chambre de forme octogonale.
Quand Vincennes était une résidence royale, le roi occupait le premier étage; la reine et les enfants, le deuxième ; les frères et proches parents du roi, le troisième ; les officiers de service et les domestiques étaient logés aux quatrième et cinquième; les grands officiers de la couronne, dans les tours de l'enceinte.
L'histoire des prisonniers renfermés dans le donjon de Vincennes remplirait un volume; nous ne pouvons pas même mentionner leurs noms, nous citerons seulement les plus célèbres : Enguerrand de Marigny, le roi de Navarre, qui fut depuis Henri IV, et le ducd'Alençon; le colonel d'Ornano, le duc et le chevalier de Vendôme, tous trois fils naturels d'Henri IV ; le duc'de Beaufort, surnommé le roi des halles; les . princes de Condé, de Conti, et le duc de Longueville, chefs de la Fronde ; le cardinal de Retz ; le surintendant Fouquet ; M™« Guyon^ Latude ; Diderot; le comte de Mirabeau, qui y composa le Mémoire à mon pei^e, VEssai sur les lettres de cachet et les prisons d*État , et les Lettres à Sophie; le duc d'Enghien ; les complices de Georges Cadoudal ; les ministres de Charles X, MM. de Polignac, de Peyronnet, Guernon-Ranville et de Chantelauze; en 1^4^, MM. Raspail, Barbés, etc.
Aujourd'hui les anciennes prisons du phâteau sont transformées en magasins pour l'artillerie de l'a place.
On les montre- rarement aux étrangers. Du reste, elles n'<mt riea àt bien curieux. On y "voit, au rez-de-
L« général Daamesni
DE PARIS A BRIE-COMTE-ROBERT
chaussée, une porte (la seconde) qui provient, dit-on, de la tour du Temple, où elle fermait la chambre de Louis XVI. La salle dans laquelle elle donne accès passe pour avoir été la salle de la question. Mirabeau fut, dit-on, enfermé dans l'oratoire du second étage, restauré il y a quelques années.
A rentrée de Vincennes et à l'O.
du donjon, se trouve Thâpital militaire (642 lits), inauguré le l®"" juin 1858. C'est un vaste rectangle de 60,000 met. carrés, dont 4,350 sont occupés par les bâtiments. Presque en face s'élève une petite chapelle (1858). Une inscription rappelle que cette chapelle a été construite à la suite d'un vœu fait par l'impératrice Eugénie pour obtenir la naissance d'un fils.
Le 26 mai 1873 a été érigée, sur la place de l'Hôtel -de -Ville, une statue du général Daumesnil, exécutée par M. Louis Rochet. Daumesnil, amputé de la jambe gauche à Wagram, défendit le fort de Vincennes en 1814 et 1815. Il refusa de le rendre, malgré les menaces et les promesses d'argent qui lui furent faites par les Alliés.