FONTAINEBLEAU
î kil. l/î n, 11 kil.
a kil. de
DE PARIS A FONTAINEBLEAU
pas tous — on n'aperçoit ni la ville ni le château ; on ne découvre dans diverses directions que la forêt.
Au-delà et au S.-O. du viaduc de Changis se montrent seulement un petit nombre de maisons à demi cachées dans des nids de verdure :
c*est le village d'Avon, 1,926 hab.
(fabriques de porcelaine et de produits chimiques), situé à l'extrémité orientale du parc , et dont la vieille église rappelle quelques noms célèbres. Une simple pierre tumulaire à l'entrée sur la dr. porte le nom de Monaldeschi ( F. ci-dessous p. 451). Du même côté, près du maître-autel, est le tombeau du peintre Ambroise Dubois,mort en 1615. Sous le porche extérieur, on lit les inscriptions tumulaires du naturaliste Daubenton et ,du mathématicien Bezout.
30 min. suffisent pour aller à pied de la gare à Fontainebleau par une belle, avenue de platanes. C'est une agréable promenade, le long de laquelle s'élèvent, à dr. et à g., d'élégantes habitations. La ville de Fontainebleau se développe et s'étend de ce côté seulement.
Fontainebleau *,V. de 11,653 hab., n'a en elle-même rien de bien curieux. On y remarque seulement quelques débris d'anciens hôtels (hôtel Pompadour, pavillon de l'hôtel d'Estrées ; porte de l'hôtel du cardinal de Ferrare, bâti par Serlio) ; un hôtel de ville monumental : de vastes casernes; une nouvelle sous-préfecture; la statue du général Damésme , derrière .. l'église , et , sur la place principale , une fontaine surmontée d'un buste de Decamps,
Pour bien voir le château et la forêt de Fontainebleau il faut leur consacrer plusieurs journées. Une description complète de toutes les magnificences et de toutes les curiosités tiendrait trop de place dans ce volume ^ Nous devons donc nous hQt^
1. Voir, pour la description plus détaillée de la yllle^ an château, des jardins et de la. forêt), ï Itinéraire de Paris à
ner à les signaler ici, en quelques pages illustrées , au voyageur qui passe emporté par la vapeur, avec le désir de venir les admirer un jour, ou avec le regret de ne pas pouvoir aller les revoir en détail.
listoirb^ du ohAtean.
Il est fait pour la première fois mention du château de Fontainebleau sous le règne de Louis VU. Ce prince y tint sa cour, et y fonda la chapelle de Saint- Saturnin, consacrée par Thomas Becket.
La forêt de Bière abondait en gibier. Les anciens rois de France, qui avaient tous la passion de la chasse, vinrent donc souvent à Fontainebleau. Saint Louis Tagrandit et le restaura. Toutefois le pavillon appelé aujourd'hui de son nom a été construit presque entièrement par François !•'. Charles V y fonde une bibliothèque. Charles VII y fait représenter ses victoires sur les murs. Puis ce château est abandonné. Louis XI se renferme à Plessis-lès -Tours ; Charles VIII préfère Amboise à ses autres résidences ; Louis XII se plaît surtout au château de Blois.
François I»"" fut le véritable créateur du château de Fontainebleau. Doué d'un heureux instinct, il s'adressa aux grands maîtres d'Italie; mais Michel-Ange rejeta ses propositions ; Léonard de Vinci ne vint en France que pour y mourir ; Raphaël s'éteignit avant de pouvoir mettre la dernière main à son dernier chefd'œuvre, la Transfiguration , qui était destinée à la France ; Andréa del Sarto, entraîné par sa fatale passion pour une femme infidèle, abusa de la confiance du roi, qui l'avait chargé de lui acheter en Italie des tableaux et des statues. François !<"* se vit donc, malgré lui, obligé de se contenter d'artistes du second ordre. Le Primatice, Rosso, Nicolo dell'Abate , Vi gnole, Serlio, formèrent ce qu'on a appelé XjSicole de Fontainebleau, Cette école n'eut pas certainement toute l'importance que lui accorda Vasari, mais elle brilla d'un vif éclat» On ne doit pas oublier toutefois qu'elle eut pour contemporaine une école natiénale d'une grande valeur, une école tojDite française, celle de Jean Cousin, de Jean Goujon, de Pierre Lescot, de Germain Pilon. D'ailleurs, on ne sait pas
Fontainebleau^ par Adolphe Joanne, 1 vol. illustré de gravures, accompagné de 2 cartes, chez Hachette et C^s.
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d'une manière positive si les constructions élevées à Fontainelileau sous le règne de François I"', la cour Ovale , la chapelle Saint-Saturnin, le pavillon de la porte Dorée, la salle des Fêtes (terminée par Henri II), la galerie d'Ulysse (détruite sous Louis XV), la cour de la Fontaine, la galerie de François /•«", la cour du Cheval-Blanc, furent l'œuvre d'artistes italiens, ou s'il faut les attribuera des maîtres français dont les noms sont restés inconnus.
En 1536, Jacques V, roi d'Ecosse, vint voir à Fontainebleau Madame Magdeleine de France, fille de François I", qu'il épousa l'année suivante , et qui ne tarda pas à mourir d'ennui dans sa nouvelle patrie.
En 1539, Charles - Quint demanda à François I"" la permission de traverser la France pour aller apaiser une sédition à Gand. Le P. Daniel raconte qu'il fut reçu hors de la forêt, à Fontainebleau, par une troupe de seigneurs et de dames « déguisés en forme de dieux et de déesses bocagères, qui, au son des hautbois, composèrent une danse rustique, puis se perdirent dans les ombres des bois. * Charles-Quint fut logé au pavillon des Poêles, et, « pendant plusiears jours qu'il resta à Fontainebleau, le roy, dit Martin du Bellay, le festoya et lui donna tous les plaisirs qui se peuvent inventer, comme des chasses royales, tournois , escarmouches , combats à pied et à cheval, et sommairement toutes sortes d'esbattements. » Les dispositions de cette fête furent dues à Rosso. Cependant l'empereur quitta Fontainebleau dès que cela lui fut possible; il s'y sentait peu en sûreté.
Les récits des fêtes somptueuses données & l'occasion du baptême de François Ilf en 1543, et, deux ans après, en 1545, pour le baptême d'Elisabeth, fille du Dauphin Henri, et ses fiançailles prématurées avec Edouard VI d'Angleterre, sont parvenus jusqu'à nous. Parmi les magnificences qui furent déployées à ce mariage, il faut rappeler celle d'un buffet à neuf étages, en forme de pyramide, dressé dans la cour du Donjon (cour Ovale), où François I" avait exposé toute la vaisselle en or massif, tous les vases et objets d'art entassés depuis des siècles dans les demeures royales, et parmi lesquels il y en avait qui remontaient jusqu'à Charlemagne , assemblage inappréciable d'objets rares et précieux, aujourd'hui perdus en partie. Des officiers
placés près de la splendide étagère expliquaient ces curiosités aux étrangers.
François I" meurt en 1547. Henri II lui succède. Diane de Poitiers monte sur le trône avec lui ; son influence remplace celle de la duchesse d'Ktarapes et écarte pour plusieurs années celle de l'épouse d'Henri II, Catherine de Médicis, dont le goût florentin devait avoir en France une action si marquée sur les arts, comme son génie devait s'y exercer si violemment dans la politique. Diane de Poitiers vit avec joie s'éloigner la maltresse du feu roi, qui avait été nommée la plus belle des savantes et la plus savante des belles. Elle comprit qu'elle devait la remplacer dans la direction des fêtes et des embellissements, et s'appliqua à protéger les artistes et les poëtes. Elle devient la divinité du lieu. Diane, c'était là un heureux nom pour une époque d'engouement mythologique. Aussi l'art multiplie-t-il l'image de la déesse chasseresse et de ses emblèmes. Toutefois une critique plus attentive reconnaît aujourd'hui que les chiffres (deux D adossés dans un H) et les croissants mêmes que, par une équivoque facile, on attribuait à la maltresse d'Henri II, appartiennent à Catherine de Médicis.
Henri II continue les travaux commences par François I". Il fait décorer, par Nicolo deir Abate, sur les dessins du Priraatice, la salle des Fêtes, la merveille du château de Fontainebleau, et qui porte son nom.
Mais les grâces folâtres, les jeux et les fêtes vont s'enfuir et céder la place aux intrigues politiques. Henri II meurt en 1559 ; et, sous le règne de ses successeurs, la France est en proie aux guerres civiles et religieuses. Sous François II, en 1560, une assemblée des notables est provoquée par la reine-mère dans le but apparent de calmer les haines qu'avaient soulevées les dissensions religieu.ses , mais en réalité pour ranimer les calvinistes et s'en faire au besoin un appui contre les Guises, alors tout-puissants et qui la tenaient pour ainsi dire en tutelle. Les princes lorrains, le connétable de Montmorency, l'amiral Coligny , etc., s'y trouvèrent réunis. Manœuvrant avec habileté entre les deux partis qui se disputent la suprématie, et qui cherchent à enlever le jeune roi Charles IX jusque dans sa résidence de Fontainebleau, Catherine triomphe, et, arrivée au faite du pouvoir, elle cherche à faire de sa cour un théâtre de plaisirs et de voluptés.
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Cent cinquante filles d'honneur dont elle s'entoure , et qu'elle a soin de choisir parmi les plus belles, deviennent les auxiliaires de sa politique. C'est avec cette escorte qu'elle se rend , le 31 janvier 1561, à Fontainebleau, pour y voir les ambassadeurs du pape, de l'empereur, du roi d'Espagne et d'autres souverains et princes catholiques , qui venaient demander que la France revint sur Tédit de la pacification d'Amboise. La reine et le roi son fils ne crurent pas le moment opportun pour l'arène sang-lante des discordes civiles ; ils répondirent par un .refus. Pui^ lea fêtes commencèrent, où les chefs des deuKi* partis luttèrent de courtoisie- et 'de prouesses.
Ces fêtes furent splendides ; il faut lire dans le P. Daniel, et même dans le grave Castelnau (ce dernier fut acteur dans les divertissements), le récit de ces sortes de représentations théâtrales jouées par les courtisans eux-mêmes, mélange gracieux de la poé&ie mythologique et dessouvenirS' de- la Table ronde, et qui caractérise si bien cette épo^e. Il y eut des combats' entre- des Grecs et des Troyens luttant pour leurs dames, des tournois et des tours enchantées dont on fit le siège; les filles d'honneur de la reine-mère y remplirent les rôles de sirènes, allégorie peut-être trop transparente et qui révélait les desseins artificieux de Catherine. Mais la troupe légère s'enfuit et se disperse de nouveau. Fontainebleau reste morne et désert jusqu'à l'avènement d'Henri IV.
Henri IV flit, après François I", le plus grand constructeur du château de Fontainebleau. Il doubla la superficie des bâtiments et des jardins. Il y fit travailler depuis 159» jusqu'en 1609 , et y dépensa la somme, 'énorme pour le temps, de 2,410,850 livres. Entre autres constructions, on lui doit la grande galerie de Diane, la cour des Offices et les vastes bâtiments qui l'encadrent, avec la porte d'entrée sur la place' d'Armes ; le dôme élevé au-dessus de la porte qui de la cour Ovale va à celle des Offices (c'est sous ce dôme qu'eut lieu le baptême de Louis XIII, et la porte prit le nom, de porte Dauphine) ; les bâtiments de la cour des Princes; la restauration générale de la chapelle de la Sainte-Trinité; le pavillon du surintendant des finances. ^11 agrandit les jardins et fit creuser le grand canal, de 1,200 met. de longueur sur 39 de largeur, dans un vaste terrain qu'il planta de beaux arbres et qu'il orna
de pièces d'eau, toutes détruites aujourd'hui, à l'exception de la pièce du Miroir. L'habile ingéoieur italien Franctnt changea les dispositions du parterre planté par François I"", qu'on avait nommé jusqu'alors le jardin du Roi, et qui fut appelé depuis le Jardin du Tibre, à cause d'une figure colossale placée au centre d'une fontaine, sur un rocher factice et percé à jour; Cette statue, que François 1" avait fait couler en bronze , fat fondue pendatit la Révolution. On doit également à Henri IV le réservoir voûté, de 750 met. de longueur, qui prend son origine aux hameaux des Peleux et des Provençaux , et fournit 40 pouces d'eaa limpule au château et à la fontaine de la place d'Armes.
Henri IV fit de longs séjours à Fontainebleau ; il aimait à s'y livrer au plaisir de la chasse. Gabrîetle y vint aussi quelquefois ; ce fut pour elle que le roi construisit la galerie de Diane. Le chiffire mystérieux d'un S barré qu'on se platt à expliquer par le nom d'Estrées^ est-il le chiffre de la concubine ou celui de Marie de Médicis comme le prétendent certains critiques plus avisés ? Il faut se rappeler d'abord que Gabrielle d'Estrées était morte quand Henri IV épousa Marie de Médicis. Cet emblème a été souvent employé à la Renaissance comme celui de fennesse (constance). Henri IV y fit décorer de peintures la galerie de Diane, pour satisfaire, dit-on, un caprice jaloux de Gabrielle qui, à l'exemple de Diane de Poitiers, voulait aussi avoir son Olympe, où elle figurât avec le croissant sur la tête. Quand l'Olympe, commandé à Ambroise Dubois , fut prêt, la divinité était morte. Le croissant revint de droit à Marie de Médicis.
C'est à Fontainebleau qu'Henri IV vit naître son fils Louis XIII ; c'est à Fontainebleau que fut ftrrété le maréchal de Biron, son ancien compagnon d^armes et son ami qui le trahiïisait alors.
Après la mort d'Henri IV, la régence orageuse et tracassière de Marie de Médicis laissa Fontainebleau désert pendant plusieurs années. Louis XIII confia l'achèvement des travaux commencés par son père à J. de Noyer, qui brûla quelques nudités de grand prix, notantment la Léda de Michel -Ange. On doit à Louis XIII la continuation de la chapelle de la Sainte-Trinité et l'escalier de la cour du Cheval - Blanc , remarquable à cause des difficultés de sa construction.
Le jour de la Fête-Dieu de l'année
FONTAINEBLEAU. — LE CHATEAU
X633t Louia XIII toucha 1,269 maUdeB des écrouelles réunis dans Tallée Royale , le long de Télang, près du Jardin des Pins. Louis XIV séjourna souvent à Fontainebleau, mais il devait établir ailleurs le siège habituel de sa grandeur et de sa magnificence. Sous la régence d'Anne d'Autriche, Fontainebleau reçut la visite de la reine d'Angleterre, femme de Charles l" (1644). Après cette reine exilée et malheureuse , une autre reine du Nord, qui avait volontairement abdiqué, Christine de Suède , y vint à son tour, pendant un second voyage qu'elle ât en France. Cette reine si singulière dans ses manières et sa toilette, cette femme alors âgée de 31 ans, u qui avait l'air, dit M"» de Montpensier, d'un joli garçon, qui jurait Dieu, jetait ses jambes d'un côté et de l'autre, les posait sur les bras de sa chaise.., » avait reçu l'ordre de s'arrêter à Fontainebleau. Louis XIV vint lui rendre visite. Un mois après, elle épouvantait cette paisible résidence par une tragique histoire qui est restée le souvenir funèbre et sanglant du château, l'assassinat de Monaldeschi. Le P.
Lebel, supérieur des Trinitaires de la Rédemption , a laissé un récit émouvant et naïf de cet événement.
Le 10 novembre 1657, & une heure après-midi, il fut appelé auprès de la reine. Il la trouva dans la galerie des Cerfs *, ayant près d'elle trois officiers de sa suite, et parlant à un quatrième, le marquis de Monaldeschi. Elle montrait des lettres à ce dernier, et le força d'avouer que ces lettres étaient de lui. Il chercha d'abord à s'excuser. « Enfin il se jeta aux pieds de cette reine, lui demandant pardon, et en même temps, les trois hommes qui étaient là présents tirèrent leurs épées hors du fourreau et ne les remirent qu'après avoir exécuté ledit marquis. Alors se relevant, il tirait la reine tantôt dans un coin de la galerie, tantôt dans un autre, la suppliant toujours de l'écouter. Sa Majesté ne lui dénia jamais rien, mais l'écouta avec une grande patience. « Mon père, me dit-elle, soyez téu moin que je donne à ce traître et per- « fide tout le temps et plus qu'il ne X saurait désirer pour se justifîer s'il « peut » Après une heure de confé-
1. Cette galerie fut convertie, sous Louis-Philippe, en appartements particuliers. Elle a été restaurée, et l'endroit où Monaldeschi a été assassiné est signalé aux visiteurs par une inscription.
rence, le marquis ne contentant pas cette reine par ses réponses, Sa Majesté we dit, d'une voix assez élevée, pourtant grave et modérée : « Mon père, je me « retire et vous laisse cet homme, dispo- « sez-le à la mort et prenez soin de son Cl âme. • Quand cet arrêt eût été prononcé contre moi, je n'aurais pas eu plus de peine. ■
Monaldeschi se jette de nouveau aux pieds de la reine ; le P. Lebel la supplie à son tour : inexorable , elle sort de la galerie. Les trois hommes pressent Mo-^ naldeschi de se confesser, l'épée couIm les reins. Le chef lui-même va près de Christine pour la fléchir; il revient en disant à Monaldeschi de se préparer à la mort. Le marquis éperdu conjure le P.
Lebel de venir à son aide. Le moine re* tourne près de la reine et la supplie « les larmes aux yeux et les sanglots au cœur ; » elle refuse obstinément toute grâce. En vain essaye-t-il de lui démaB-> trer qu'elle ne saurait ordonner un tel meurtre dans le palais du roi de Franco, et qu'il vaut mieux recourir aux voies ordinaires de la justice ; Christine répond qu'elle est reine partout, et qu'en eUe réside la justice absolue et souveraine sur ses sujets.
« Je rentrai alors dans la galerie, dit le P. Lebel, en embrassant ce pauvM malheureux qui se baignait en ses larmes. > Nous renonçons à suivre dans se« récit les horribles détails de ce drame sanglant, de cette longue agonie prolongée par la cotte de mailles que Monal«deschi portait sous son pourpoint. La ma» ladresse des assassins est égale à la lâcheté de la victime. Après avoir reçu UA dernier coup d'épée, Monaldeschi ■ d^« meura plus d'un quart d'heure à respirer, durant lequel je lui criais et rexhortua de mon mieux. Et ainsi ayant perdu sao sang, il finit sa vie à trois heures et troia quarts après-midi. Le chef des trois Itti remua un bras et une jambe, déboutonna son haut-de-chausses et son caleçon, fouilla en son gousset et n'y trouva rien, sinon en sa poche un petit livre d'Heure» de la Vierge et un petit couteau. Us s'en allèrent tous trois , et moi après , pouv recevoir les ordres de Sa Majesté. Elle me commanda d'avoir soin de l'enter rer et me dit qu'elle voulait faire dipe plusieurs messes pour son âme. » Menai' desc^i fut enterré à l'église d'Avon. Quelle avait été la cause de sa condam >nation et de sa mort ? Probablement la jalousie et la vanité blessée de Christine.
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« Ce n'était pas, a dit Voltaire, une reine qui punissait un sujet ; c'était une femme qui terminait une galanterie par un crime. »
Malgré l'horreur qu'inspira ce crime, Christine fut accueillie à la cour et assista aux fêtes dont le jeune roi Louis XIV était le héros, et quelquefois un des acteurs. Un jour il récita des vers et dansa au ballet des Saisons composé par Benserade, et qui fut joué en grande pompe à Fontainebleau, le 23 juillet 1661. C'est à cette époque qu'il devint amoureux de M"« de la Vallière, pendant les fêtes qui suivirent la naissance du Dauphin.
En 1686, le prince de Condé meurt à Fontainebleau, où il était venu soigner sa belle-âlle la duchesse de Bourgogne, malade de la petite-vérole.
Quand Louis XIV eut établi sa résidence à Versailles et à Marly, il faisait tous les ans le voyage de Fontainebleau. Il couchait ordinairement en route , soit à Petit-Bourg, chez le duc d'Àntin, soit à Villeroy, chez le maréchal de ce nom ; il voulait que sa cour fût nombreuse et brillante; tous les princes de la famille Ifoyale devaient être du voyage : c'était lui déplaire que d'être malade. Les princesses, même enceintes, ne pouvaient se faire excuser. C'est ainsi qu'il fit faire à la duchesse de Berri une fausse couche, en 1711. Pour lui obéir, elle vint en bateau jusqu'à Val vins.
Le 9 novembre 1700 , un courrier apporta à Fontainebleau la nouvelle de la mort du roi d'Espagne, qui, par son testamment, appelait le petit-fils de Louis XIV au trône. « Le roi, qui allait tirer, dit Saint-Simon, contremanda la chasse... Il manda aux ministres de se troufer à trois heures chez Mme de Maintenon.
Quelques jours après, la cour était de retour à Versailles, et Louis XIV y proclamait le duc d'Anjou roi d'Espagne. >«
En 1717, Fontainebleau reçut la visite du czar Pierre l". a Le lieu lui plut médiocrement, dit Saint-Simon , et point du tout la chasse, où il pensa tomber de cheval ; il trouva trop violent cet exercice qu'il ne connaissait' point. Il voulut manger seul avec ses gens, au retour dans l'Ile de TÉtang. Il revint à Petit- Bourg dans un carrosse avec trois de ses gens. Il parut dans ce carrosse qu'ils avaient largement bu et mangé. ■ -* En 1768, c'était un autre souverain du Nord, Christian VIL roi de Danemark , qui venait à Fontainebleau visiter Louis XV ;
il y assista à la première représentation de Tancrède.
Sous l'infiuence de Mme de Pompadour, une des dernières courtisanesreines que Fontainebleau était habitué à voir à côté des souverains, un petit théâtre mesquin avait été construit dans la salle de la Belle cheminée. C'est là qu'en 1752 eut lieu la première représentation du Devin du Village. Tout le monde se rappelle avoir lu dans les Confessions de J.-J. Rousseau comment il y assista, placé sur le devant de la loge de l'intendant des menus plaisirs, faisant face ù celle du roi, dans un équipage plus que modeste, la barbe longue et la perruque mal peignée, tour à tour humilié de sa tenue négligée, à cause des femmes élégantes qui r entouraient, et honteux de sa pusillanimité à cause de sa philosophie; il partit le lendemain matin pour éviter d'être présenté à Louis XV. — Un autre philosophe, moins facile à déconcerter que lui, et qui, d'ailleurs, était gentilhomme de la chambre. Voltaire, séjourna aussi quelques jours à Fontainebleau ; il négligeait un peu les devoirs de sa charge. « Tous les soirs, écrit-il, je fais la ferme résolution d'aller au lever du roi ; mais tous les matins je reste en robe de chambre avec Sëmiramis. » 11 était logé chez le duc de Richelieu avec M"" du Châtelet.
Fontainebleau n'eut point à rougir des honteux excès dans lesquels s'éteignirent les dernières années de Louis XV ; l'arrière-petit-fils de liouis XIV y faisait seulement une apparition tous les ans.
11 construisit la salle de spectacle, incendiée en 1856, et l'aile neuve de la cour du Che val-J3Ianc ; et, pour élever cette misérable bâtisse, il détruisit la galerie d'Ulysse.
Louis XVI vint à son tour chasser û Fontainebleau ; Marie-Antoinette lit faire des dispositions intérieures dans le château; mais le séjour habituel de. la cour était à Versailles, à Trianon... Pendant la Révolution, Fontainebleau fut délaissé. En 1804, il servait de caserne à des prisonniers de guerre.
Napoléon fit restaurer le château pour y loger le pape, qui venait le sacrer. Il y dépensa près de 12 millions. Le 25 novembre, à midi, il alla en habit de chasse dans la forêt au-devant de Sa Sainteté, à la croix de Saint-Hérem. Le Saint-Père était accompagné des cardinaux Antonelli, Borgia, di Pietro, Caselli, Braschi et de Bayane ; il prit place dans la voi-
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ture à la droite de TEmpereur et arriva an château au milieu d'une haie de troupes et au bruit des salves d'artillerie. Pk» 4ard, l«soaviarai9> pontife, arrêté dflM «on; palate, était tra&sféré à Savone, p«lt eu 1613 à Fontainebleau. Peu de teiM|» iqirès son retour di« la campagne d4^l819>, Napoléon, qui veaait de chasser à Itanwbois, se Tend à Fimproviste & Fontafetebieau^ entre brusquement dans Tappaytement de Pie Vil, et Tembrasse avec efAttion ; le pape^ touche, Faccueille affectuMisement. Le 2S janvier, à la suite d^«le nouvelle entrevue, le Saint-Père' signait le célèbre concordat de FontaineblMtv, par lequel il résignait la souveraineté des États >romains. Il ne devait pas tarder b-protester contre cette renonciation.
Bu 1814, Napoléon, ajant laissé son qiMkrtier général à Troyes. arrive à Fontaiiebleau le 30 mars , sur le soir« il espénit que Paris se défendrait assez pour lui laisser le temps de venir à son secours. La lâcheté des ims, la trahison det autres, la lassitude de tous, lui enlevèmnt cette dernière espérance. Alors il adressa aux chefs de Tarmée ennemie Qn« déclaration où il réservait les droits de la régente et de son lils ; mais, les souverains alliés ayant refusé de traiter BU» cette base, il dut se résigner après und lutte douloureuse avec lui-même, et il timça de* sa main la formule suivante de son abdication :
M Les puissances alliées ayant proclaméique Tempereur Napoléon était le seul obftkcle au rétablissement de la paix en Europe, Vempereur, fidèle à son serment, dé<iare qu*il renonce, pour lui et ses succeâaeurs, aux trônes de France et d'Italie^ et qu'il n*est aucun sacrifice personnel^ même «elui de la vie, qu'il ne soit prêt à faire aux 'intérêts de la France. »
î^ fnc'êhnile de cette déclaration, encadré tous verre, était conservé dans la piècié du palais où- s'est consommé ce graad acte. Il en a été enlevé. On garde aushi le guéridon sur lequel cette abdica" tioâ fut écrite. Un autre souTonir, le plus populaire de tous, assigne aa palaib de Foiiteiiiebleatt une pl-ace mémorable dans/ l'hifttoire de l'Bmvire. Le 30 avrQ' était le jour Axé pour lé dépiart de Napoléon.' que 4es commissaires étrangevi» devaient accompagner à Tile d'Elbe. Ce jour-là, il sort de son appartement à midi, suivi des généraux Drouot et Bertrand, descend vivement l'escalier du Fer-à-Cheval, s'arrête un moment sur les dernières mar-
ches, et, jetant un coup d'œil rapide autour de lui, donne ordre au général Petit de faire former le cercle aux soldats de la vieille garde réunis dans la cour du ChevairBlanc ; il s'avance an milieu des officiers, et fait ses célèbres adieux à son armée. Après avoir serré dans ses bras le général Petit, il s'arrache au spectacle de ses soldats en larmes; ses officiers le conduisent en pleuranit h sa voiture, et Fontainebleau- retombe dans le silence et la tristesse. « Un an plus tard, dît M. Vatout, le 20 mars 1815, Napoléon, dans cette même cour du Cheval-filanc, passait en revue ses vieux grenadiers qui l'avaient accompagné à l'Ile d'Elbe et qui le ramenaient aux Tuileries ! »
Louis XVlll fit décorer la galerie de Diane (aujourd'hui la bibliothèque). Ce fut à Fontainebleau qu'il reçut Caroline de Naples, fiancée du duc de Berri.
Charles X ne vint à Fontainebleau que pour y chasser. Le 30 juillet 1830, à six heures du matin, la duchesse d'Angoulême arrivait dans la cour du Cheval- Blanc, de fatale mémoire, et y apprenait le triomphe de l'insurrection de Paris, Le 30 mai 1837, le mariage du duc d'Orléans et de la princesse Hélène de Mecklembourg était célébré au château.
Louis-Philippe a dépensé trois millions et demi à la restauration du palais de Fontainebleau. Ce qui restait des peintures de Rosso et du Primatice a été rajeuni par dee peintres de talent. Des distributions nouvelles , des remaniements regrettables ou heureux ont modifié le palais à riniérieur. La plus éclatante des restaurations opérées par Louis- Philippe est celle de la galerie d'Henri II. Au rez-de-chaussée , au-dessous de cette galerie, a été établie une vaste salle à manger, qui lui est égale en longueur.
Parmi les autres restaurations, il faut mentionner encore celle de la chapelle 8atut«-Satumin, do la salle des Gardes, de la salle de Saint-Louis, des salons de François 1*^ et de Louis XllI, de la galerie des Assiettes , de la porte Dorée, de pkrsteurs escaliers et vestibules, enfin la grande restauration de la galerie de Frai»çois ■^^ le dernier travail entrepris
par iUH^s-PhilippOt ^^ <l^i'il o^ P°t mener à terme.
Comme le MOntr» ce> résumé historique, le château de Fontainebleau proprement dit est formé de nombreux bâtiments construits & diverses époques , imposants par leur grandeur, mais confus dans leurs dispositions générales et dis-
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parâtes dans leur architecture. Leur êiendue est telle que la toiture seule présente une superficie de 60,000 met.
carrés. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de toutes les œuvres d'art que renferme un aussi vaste monument. Nous li parcourrons cependant très-rapide r.ient, en commençant par les cours, qui >ont au nombre de cinq.