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FORÊT DE FONTAINEBLEAU

Les personnes qui se proposent de consacrer un certain temps à parcourir à pied la forêt feront bien d'en étudier sur une carte la topographie, et d'y chercher la direction des promenades qu'elles veulent entreprendre. Il est important d'apprendre à s'orienter facilement sur la carte, afin de ne pas s'égarer et de ne pas perdre un temps précieux.

I Ce n'est qu'en parcourant à pied la forêt qu'on peut en îrpprécier toutes les beautés

' pittoresques. Aussi avons-nous particulièrement développé les promenades à pied^ et principalement les belles promenades qui sont dans le voisinage de la ville.

Les longues excursions devront se faire de préférence en voiture (V. p. 523). Un cocher, connaissant bien la forêt, s'arrêtera aux site'i les plus pittoresques et les indiquera aux touristes, qui descendront de voiture pour aller les visiter à pied. De peur de s'égarer, si Ton doit s'éloigner à une certaine distance, il sera bon d'avoir deux sifflets, dont l'un sera confié au cocher, afin qu'il réponde à l'appel et qu'on puisse se diriger sûrement vers lui.

Endroits db la forêt ou l'on trouve DES RAFRAicHissBMBNTS. — Le seul endroit où l'ou puisse déjeuner et dîner dans la forêt est le restaurant de Franchard (p. 508). — En dehors de la forêt et à deux extrémités opposées , on peut aussi dîner aux auberges de Barbison {V. p. 521) et de Marlottc (p. 520)'. — On trouve des rafraîchissements sur certains pointa de la forêt * à la Roche

FONTAINEBLEAU. — LA FORET

ÈpaHge{Y. p. «9); anForl l'Empffeiirif.

jOOI. s U Fontaine SanguiiUile et un Mont CA«(u.e((p.51&); kla Caoerne de, BrigaHdi (p. SIO), au Pkaramoni (p. 510).

LA KOHÉT. — Marques rougei. — De petits carrÉanmees. placés parradministration,

carrefours ou aux croisements da chemina, font face k la direction de Vo-alainebleau. Pofeflur. — De nombreux poteaux por-

les directions vi Marques bleui

Jardin de Diane.

plateaux de cette contrée, jusqu' u-Jeis«s du niveau de I ■t marchent parai I Élément les, presque en ligne droite, rO. Si Ton traverse la forêt di

de

La larSt do FontaineUean , dont la contenance est de 17,100 hect. et le pourtour de 90 kil., n'apas moins de 20 000 hil.de routes etde sentiers.

Les rocbers y occupent un espace qu'on évalue à 4,000 hect. ; ils forment de longues chaînes, ou collines, qui s'élèvent parfois, ainsi que les

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chaînas à franchir ; quelquefois elles se rapprochent l'une de l'autre, et 'orment alors des gorges étroites et allongées. Le salile et le grès de ces

éteodua, on en blocs pluijou moins divisés.

DE PARIS A FONTAINEBLEAU

collines constituent une. assise trèspuissante, atteignant, mais rarement à la vérité, jusqu'à 35 met. On remarque souvent, à la partie supérieure, des bancs de 6 à 7 met. d'épaisseur, traversés trës-irrégulièrement de nombreuses fissures, d'un :grès généralement dur, et d'un grain «i fin qu'il prend parfois l'aspect lustré : ce sont les plateaux élevés de la forêt. Leur surface ondulée n'est recouverte, dans de certains endroits, que d'un peu de terre végétale aride ■et improductive. C'est ce banc qui ■est exploité de préférence pour le pavage. Au-dessous, on trouve une masse considérable de sable, quelquefois d'un blanc éclatant, plus ordinairement coiipé de lits nombreux d'un sable jauni ou rougi par l'hydrate de fer. Ce sable et le grès qui le recouvre ont évidemment une ■origine commune, et ne différent entre eux que par l'état solide ou mobile de leurs parties constituantes.

Le grès n'est rien autre chose qu'un sable solidifié par un ciment siliceux.

Ce mode de formation peut servir à expliquer les formes irrégulières que le grès affecte, et, entre autres, ses cavités remplies d'un sable pulvérulent.

La formation sableuse n'est complète, dit M. de Senarmont, que dans les parties où elle est protégée par des lambeaux de calcaire lacustre supérieur qui la recouvrent. Partout ailleurs elle est dénudée profondément. Dans son ensemble, la forêt de Fontainebleau présente une ligne de faîte qui passerait à peu près par les carrefours des Grands-Feuillards^ de Franchardt du Grand-Veneur, de Belle-Croix et de la Table du Grand- Maiire.

On rencontre fréquemment des rochers mamelonnés à leur surface et otfrantles traces d'une cristallisation plus ou moins régulière, imitant les mailles d'un filet. C'est, dit-on, un phénomène de désagrégation purement superficiel qui s'opère sous l'action des influences atmosphéri-

ques. Mais le phénomène qui a le plus attiré l'attention des curieux est celui des cristaux de grès ayant les formes polyédriques du carbonate de chaux. Cette métamorphose a été produite par la présence du carbonate de chaux dans le ciment qui a agglutiné les sables quartzeux. Tous les musées de l'Europe et les cabinets des amateurs possèdent des échantillons de ce grès nommé pseudomorphique, qu'on trouvait autrefois en abondance à l'extrémité du rocher de Saint-Germaiu.

Les huit ou dix chaînes qui traversent la forêt semblent être des lambeaux d'une ancienne assise de sable et de grès qui s'étendait sur toute la contrée, et qui aurait été en grande partie détruite par des cataclysmes postérieurs à leur formation. Les vallées qui les séparent auraient été formées par érosion et creusées par des courants sous-marins d'une grande puissance. Les roches horizontales formant le plateau d'une colline se continuent au même niveau sur le plateau des collines voisines ; et, aux bords de chaque plateau, les immenses tables de grès privées d'appui par l'entraînement dans des parties basses des sables sur lesquels elles reposaient, se sont brisées, affaissées par leur poids, et leurs débris ont produit, en glissant sur les fiancô des collines et en s'entassant les uns sur les autres, ce chaos sauvage et pittoresque qui donne à la forêt de F'ontainebleau un caractère si particulier.

Exploitation des grès. Les rochers isolés et disséminés sur le sol ne sont pas, comme on pourrait le croire d'abord, ceux qu'exploitent les carriers ; ils ont acquis une trop grande dureté. Les masses recouvertes de terre ou de sable sont plus faciles à exploiter. Les carriers désignent les diverses qualités de grès par les noms bizarres de pif, paf ou pouf.

Le premier, nommé aussi grisar^ est trop dur; le second est celui qui sert pour le pavage ; le troisième, mal

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agrégé, se réduit en sable sous les coups de masse.

K La quantité de pavés que Ton enlevait de la forêt avant 1848 s'élevait à environ 2 millions, dont le poids excédait 50 millions de kilog. Cette lourde marchandise ne produit à l'État qu'un droit minime qu'absorbe et au-delà l'entretien des routes, facilement dégradées par les voitures de transport. Les sables blancs sont exploités par les verreries et les manufactures de glaces. On en expédie même pour l'Angleterre des chargements assez considérables. Ces exploitations occupent et font vivre près de trois cents ménages à Fontainebleau et dans les communes limitrophes de la forêt. » (Denecourt.)

Les espèces principales de la forêt sont le chêne, le hêtre, le charme et le bouleau. Le chêne, qui est l'arbre le plus commun, atteint dans certains endroits une hauteur considérable ; on en rencontre qui ont jusqu'à 7 met. de circonférence. Quelques-uns de ces vieux arbres ont acquis une grande célébrité ; « on ne les aborde qu'avec ce sentiment de vénération que l'homme, rapide passager de la terre, est toujours disposé à accorder aux choses qui ont supporté le poids et résisté à l'action des sciècles. » Du reste, comme cela arrive souvent, la renommée n'appartient pas toujours aux plus dignes; et, sans les recherches et les nomenclatures de Denecourt, une foule d'arbres magnifiques, que les touristes vont aujourd'hui admirer, seraient restés inconnus.

Âraant passionné de la forêt, le Syloain (tel est le surnom donné à Denecourt) a consacré sa vie et sa fortune à l'étudier dans toutes ses parties, puis à en décrire les innombrables beautés, les richesses inconnues avant lui, à en faciliter enfin Texploitation en y ouvrant des sentiers (environ 160 kilomètres depuis 1844), et en y traçant des signes indicateurs qui dirigent le touriste vers les points les plus dignes de sa visite.

A force d'explorer la forêt et ses roches, il n'est pas de grotte, de fissure

naturelle qu'il n'ait découverte et où il n'ait cherché à pénétrer, à la manière d'un renard qui se glisse dans sa tanière. Ce genre de curiosités souterraines devint pour lui l'objet d'entreprises dispendieuses et hardies. C'est ainsi qu'il créa les passages des Cinq Caveaux et des Montussiennes, les grottes du Serment et du Parjure, etc., et plusieurs fontaines dont il sera parlé dans l'itinéraire de la forêt. Enïin il éleva au milieu du bois, à l'extrémité du rocher Cassepot, très-peu visité jusque-là, une tour surmontée d'un belvédère , d'où l'on découvre plus de 60 lieues d'horizon. Cette création importante sçule lui coûta 3,500 fr. On lui a donné le nom de Fort l'Empereur, et l'administration a fait construire une belle route de calèches, par laquelle de nombreux voyageurs se rendent chaque jour à ce belvédère, devenu une des principales curiosités de la forêt. Jusqu'à sa mort (24 mars 1875), il créa, avec une ardeur qui ne se ralentit pas, de nouvelles promenades dans les gorges de Franchard et d*Apremont, dans le rocher de Saini- Germain, le mont Ussy, le rocher Bouligny, le long Rocher, etc.

Cette révélation de la forêt aux mille curieux qui accourent de Paris à Fontainebleau déplut d'abord aux artistes, qu'elle troublait dans leurs oasis jusquelà solitaires, où ils campaient comme des bohémiens. Mais cette impression s'effaça, et le bon Sylvain devint, à la fin de sa carrière, l'objet de la sympathie de ceux qui savent que c'est grâce à lui qu'ils peuvent aujourd'hui si facilement parcourir les plus beaux sites. Aimer sa forêt était un titre suffisant pour être bien accueilli par lui , et sa complaisance pour y guider les amateurs était inépuisable.

Tant de dévouement et d'abnégation devaient trouver leur récompense; aussi, à défaut de la croix d'honneur qui ne décora jamais sa poitrine de vieux soldat, Denecourt reçut-il, en juin 1870, une grande médaille en argent, œuvre de Carrier-Belleuse, au nom des artistes et des touristes reconnaissants.

A sa mort, la ville de Fontainebleau se fit un devoir d'offrir, aux restes de cet hommes de bien, les honneurs funéraires, et une souscription publique permit de lui élever au cimetière un modeste monument formé de roches au centre desquelles est un médaillon représentant les traits sympathiques du Sylvain, œuvre et don d'un éminent sculpteur, enfant de Fontainebleau, M. Adam Salomon.

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FONTAINEBLEAU. — LA FORET

Dans le principe, on ne signalait guère à Tattention que cinq ou six des vieux arbres de la forêt. de Fontainebleau: le Bouquet du roi, qui a péri dans ces dernières années, le Clovis, YHenri IV et le Sully, la Heine Blanche, arbre du Bas-Bréau, incendié pendant l'hiver de 1856 par des imprudents qui firent du feu dans sa cavité ; le Charlemngne et le Chêne des Fées.

Les plus vieilles futaies sont, dans le voisinajçe de la route de Fontainebleau à Paris, celles du Bas-Bréau, à rentrée de la forêt du côté de Chail- II/, du Gros-Fouteau, de la Tillaie, etc. Des futaies non moins remarquables, des Érables et du Déluge^ près de la route de Nemours, de la Mare aux Ev'.'es, ont disparu sous le règne de Louis-Philippe.

L'essence la plus rare autrefois, mais qui a été trop multipliée depuis quelques années, c'est le pin..

La culture en a été pratiquée en 1784. Déjà, au milieu du xvii* s., on avait essayé d'introduire la culture du pin maritime, naturalisé dans les landes de Bordeaux. Le grand hiver de 1709 fit périr les plants. Une nouvelle tentative faite sous Louis XVI ne fut pas plus heureuse. Enfin Lemonnier, médecin de Marie- Antoinette et bon botaniste, pensant que le pin. du Nord ou pin sylvestre résisterait mieux aux grandes gelées, fit venir du. Nord des plants et des graines, et en peupla le mail d*He7iri IV, oii ils réussirent parfaitement.

Depuis lors les pins ont envahi successivement les terrains les plus arides, et masqué de leur sombre végétation les collines de rochers restées nues jusque-là, contribuant ainsi à faire disparaître de jour en jour cet aspect de solitude sauvage qu'offraient certaines parties de la forêt, telles que les gorges d'Apremont, de Franchard , du Houx. Les semis de pins ont été surtout propagés sous le règne de Louis-Philippe.

L'étendue des repeuplements en bois résineux dans la forêt de Fon-

tainebleau est aujourd'hui de 4,000 hectares sur 17,900. Le pin sylvestre forme la majeure partie de ces repeuplements : c'est l'essence la mieux appropriée à l'état du sol , la plus productive et la plus propre à préparer les terrains sablonneux pour recevoir plus tard de bonnes essences feuillues. Dans quelques cantons, on voit beaucoup de houx et de genévriers, âgés de plusieurs siècles, dont le maigre et triste feuillage pend çà et là dans le voisinage des rochers.

La forêt de Fontainebleau est exploitée partie en taillis, que l'on coupe tous les 30 ans , partie en futaie à la révolution de 120 ans. Les plus belles futaies, les plus âgées, sont, du reste, un luxe végétal que l'on conserve seulement pour l'agrément pittoresque ; au-delà d'une certaine période, les arbres perdent plus qu'ils ne gagnent. Le produit estimatif moyen de la forêt de Fontainebleau est évalué entre 300 et 350,000 francs. Mais ce dernier chiffre est quelquefois de beaucoup dépassé par des coupes extraordinaires.

Dans un de ses derniers ouvrages, Denecourt donne une flore choisie de Fontainebleau, et les catalogues des oiseaux et des insectes que l'on y rencontre. Il évalue le nombre des cerfs à lâO environ ; des biches à 100; des chevreuils à 150, et des daims à 30. Il n*y a plus de sangliers, mais ils étaient nombreux avant l'Empire.

Au siècle dernier, on évaluait à 3,000 le nombre des cerfs, biches et daims.

La vipère, dont la morsure est si redoutable, était tr^ s-multipliée autrefois ; mais elle devient de plus en plus rare, car des primes ont été accordées pour sa destruction.

Au moyen âge, la forêt était appelée forêt de Bière, nom faussement dérivé d'un chef danois, Bioern Côte-de-Fer, qui, après avoir dévasté la Normandie et Tllede-France, vint, en 835 , planter ses tentes dans la contrée située entre la lisière du bois et Melun, et qui exerça des cruau-

DE PARIS A FONTAINEBLEAU

té^ inouïes. A l'époque où la forêt fut érigée en domaine royal, elle était plus resserrée dans ses limites qu^aujourd'hui; François !•' l'augmenta beaucoup , soit par des acquisitions de terrain, soit par des confiscations opérées sur des particuliers et des notables. Les noms de plusieurs cantons, tels que ceux du bois Gautier, de Afacherin, des Ventes Bouchard, Chapellier, Girard, etc., en sont la preuve. Les noms de plusieurs autres cantons nous montrent aussi quMls furent autrefois habités : Y Étoile des Petites-Maisons, le carrefour du Puits fondu, les Écuries royales. .

La forêt de Fontainebleau a eu aussi sa légende du Chasseur Noir, son Robin des Bois, sous le titre du Grand Veneur, « On cherche encore, dit Sully, de quelle nature pouvait être ce prestige, vu si souvent et par tant d'yeux dans la forêt de Fontainebleau. C'était un fantôme, environné d'une meute de chiens, dont on entendait les cris et qu'on voyait de loin, mais qui disparaissait d^ès qu'on approchait. » Henri IV, selon les historiens du temps, entendit un jour des bruits de cor et d'aboiements de chiens, d'abord éloignés, puis tout à coup rapprochés de lui, et un grand homme noir et fort hideux leva la tête et dit : M'entendez -vous? ou : i}u' attendez-vous ? o\)l, selon d'autres : Amendez-vous, et il disparut. En 1646 eut lieu, dans la forêt de Fontainebleau, une autre aventure assez peu connue. Mazarin, attaqué par un sanglier, mit bravement l'épée à la main et tua l'animal.

Les promenades dans la forêt de Fontainebleau peuvent être variées à l'infini; nous en décrirons un certain nombre '.

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