‹ Les environs de Paris illustrésChapitre 409 sur 562 · SCEAUX · texte numérisé non relu

SCEAUX

11 kil. de la gare de Paris, 2 kil. de la station de Fontenay, 11 kil. de Paris, 2 kil. de Fontenay, 1 kil. 1/2 de Bourgla-Reine, 3 kil. du Plessis-Piquet, 2 kil. 1/2 de Bagneux, 2 kil. de Châtenay, 4 kil. 1/2 d'Antony, 5 kil. de Verrières, de 7 à 8 kil. de Verrières et d'Igny par le bois de Verrières.

Sceaux*, V. de 2,287 hab., ch.-l.

d'arr, de la Seine, est fort agréablement situé sur une colline, dont le point culminant atteint 102 met.

d'altit., entre Bourg-la-Reine à l'E.

Fontenay-aux-Roses auN., Châtenay au S., Aulnay et le Plessis- Piquet à l'O. Sa position est si agréable et si salubre, ses environs offrent de tous côtés de si délicieuses promenades, qu'un nombre considérable de Parisiens et d'étrangers viennent s'établir, pendant la belle saison, dans les joli es villas qui l'entourent.

L'origine de la petite ville de Sceaux ne parait pas remonter au-delà du xii* s. Les premiers titres qui en font mention

la nomment Cellx (les Maisonnettes).

Sceaux n'était alors qu'un hameau dépendant de Châtenay. En 12H, un chevalier qui revenait de Palestine, Adam de Cellis, y apporta les reliques de saint Mammès, martyr de Cappadoce, qui donna son nom à Téglise. En 1597, Louis Potier de Ges\Tes, qui venait d'acheter la terre de Sceaux, y bâtissait le premier château : Antoine Potier, secrétaire d'État, le faisait ériger en châtellenie (1612', et, après sa mort au siège de Mon tau ban, eu 1621,1e laissait k son frère. René Potier, duc de Tresmes et pair de France. Trois ans plus tard; la châtellenie se transformait en baronnie, et, grâce à la haute position de son seigneur, Sceaux accaparait les foires et les marchés qui jusquelà s'étaient tenus à Bourg-la-Reine.

Cependant Sceaux serait probablement resté un humble village si sa bonne fortune n'eût voulu que Colbert en devint acquéreur (1670). Il s'y fit bâtir un nouveau et vaste château, dont il confia la construction k Perrault. Le Nôtre créa un immense parc de plus de six cents arpents. Le peintre Lebrun fut chargé de la décoration du château, les sculpteurs Puget et Girardon ornèrent les bosquets des chefs-d'œuvre de leur ciseau; enfin, des aqueducs amenèrent dans le parc les eaux d'Aulnay, de Vaux-Robert, de l'étang du Plessis-Piquet , et l'on multiplia les bassins, les jets d'eau, les cascades. Colbert, qui était fier des merveilles de son domaine, et qui venait y passer tous les moments dérobés à la cour, y donna des fêtes magnifiques. Deux fois il y reçut la visite de Louis XIV. Il aimait k s'y entourer de gens de lettres, de savants et d'artistes , et souffrait malaisément qu'on le dérangeât , quand il était dans leur société.

Le marquis de Seignelay, fils de Colbert, venait rarement à Sceaux; cependant il consacra encore des sommes importantes à l'embellissement de ce do- i maine. En 1685, il y fut honoré , comme son père, d'une visite du roi. '

Kn 1700 , le fils légitimé de M-« de Montespan , l'élève bien-aimé de Françoise d'Aubignc, le duc du Maine, fit l'acquisition du château. La duchesse sa femme , petite-fille du grand Condé, pas sionnée pour les plaisirs et pour les fêtes, y eut bientôt réuni une véritable cour, galante et lettrée tout à la fois. Tandis que le duc , retiré dans une petite tourelle, s'occupait de géométrie et d'astronomie, dessinait de nouveaux bos-^uets.

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DE PARIS A SCEAUX

vinrent les fêtes inag'nifiques données la nuit par différentes personnes k M"»« la duchesse du Maine... La dernière de ces fêtes fut toute de moi, et donnée sous mon nom , quoique je n*en fisse pas les frais. 6'était le Bon Goût réfugié à Sceaux, et présidant aux diverses occupations de la princesse. D'abord il amenait les Grâces qui, en dansant, préparaient une toiletté. D'autres chantaient des airs dont les paroles convenaient au sujet. Cela faisait le premier intermède. Le second, c'étaient les Jeux personnifiés qui apportaient des tables à jouer et disposaient tout ce qu'il fallait pour le jeu ; le tout mêlé de danses et de chants par les meilleurs acteurs de l'Opéra. Enfin le dernier intermède, après les reprises achevées, étaient les Ris, qui venaient dresser un théâtre sur lequel était représentée une comédie en un acte : c'était la découverte que M"» la duchesse du Maine prétendait faire du carré magique, auquel elle s'appliquait depuis quelque temps avec une ardeur incroyable. La pièce était jouée par elle ; chacun représentait son propre personnage.»

La duchesse du Maine créa à Sceaux le grand ordre de la Mouche à miel, dont la devise était : Picola si, ma fa pur gravi le ferite *. « La duchesse en était la reine. Elle portait une robe de satin vert brodée d'abeilles d'argent, un manteau de drap d'or et un diadème formé de mouches en émeraude. M. de Malésieu en était le grand maître; il était entièrement déguisé en abeille. Le héraut était vêtu d'une robe de satin incarnat semée d'abeilles d'argent, et coiffé d'un bonnet en Terme de ruche. Les chevaliers, au nombre de trente-neuf, avaient des cottes de drap d'or semées d'abeilles d'argent et étaient décorés d'une médaille emblématique attachée avec un ruban citron. À la réception des chevaliers , on avait placé une énorme ruche au milieu d'un tapis vert semé d'abeilles d'argent. Dès que tout le monde fut placé, on enleva le haut de cette ruche, qui prit la forme d'un baldaquin. Alors apparut M. de Malésieu , comme placé sur un trône et déguisé en une monstrueuse mouche à miel, allongeant un dard de trois pieds de long. Tout étant ainsi disposé, le héraut lut les statuts de l'ordre , dont les principales conditions étaient d'être soumis aveuglément aux volontés de la reine, de respecter les mouches à miel, et même de se laisser piquer galamment par elles. Chaque réci-

I. Elle est petite, mais les blessures qu'elle fait sont grandes.

piendaire devait jurer, par le nioat llymette, de les observer religieuseiuent , sous peine d'être banni de l'ordre. Tout se termina par une ronde générale autour du grand maître, qui menaçait de son dard les chevaliers qui pourraient devenir félons. Quand un chevalier manquait, on choisissait parmi les aspirants, qui étaient toujours en grand nombre , et la nomination se faisait à la majorité des voix, i* (Sinet.) Ajoutons que Tordre de la Mouche à miel ne comptait pas .seulement des chevaliers, mais aussi des chevalières.

Ce fut aussi à Sceaux que Louis XIV prit congé de son petit-fils partant pour monter sur le trône d'Espagne.

Le grand roi mort, les fêtes n^n allèrent pas moins leur train à la cour de Sceaux; seulement les intrigues politiques, les conspirations contre le Régent, remplissaient les intermèdes. On sait quel en fut le résultat : on enleva la duchesse à Paris, le duc à Sceaux , et on les conduisit, Tune k la citadelle de Dijon, l'autre k qelle de Dourlans. Pendant une année que dura cette captivité , le duc eut le temps de réfléchir sur les inconvénients d'une ambition qu'il ne partageait pas ; aussi fallut-il de longues et vives instances pour le ramener k Sceaux auprès de sa femme. Après la mort de son mari (1736), la duchesse renonça définitivement k la politique , et se livra plus que jamais, afin de charmer son veuvage, à sa double passion pour les belles-lettres et pour les plaisirs. Jamais sa cour n'avait été plus brillante : Voltaire, FonteneUe, Lamotte, Chaulieu, en étaient les principaux ornements.

Voltaire avait k Sceaux un appartement occupé avant lui par Saint-Àulaire *, que la duchesse appelait son Apollon et sou berger. C'est Ik que Voltaire composa trois de ses tragédies, Sémiramis, Oreste et Borne sauvée. La tragédie d'Oi'este est dédiée k la duchesse du Maine, qui paraît avoir eu un goût très-vif pour la simplicité du théâtre ancien, car elle avait fait traduire par Malésieu Ylphigénie en Tauride d'Euripide, et avait voulu jouer elle-même le personnage de Tlphigénie. Quant k

1. Saint-Aulaire est connu surtout par ce charmant impromptu, en réponse k la duchesse du Maine qui lui demandait un secret :

La divinité qui s'amuse A me demander mon secret,

Si j'étais Apollon, ne serait point ma mose;

Elle serait Thétis, et le jour finirait.

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