DE SCEAUX AU PLESSIS-PIQUET , A ROBINSON ET A AULNAY
A. Au Flessis-Fiquet.
3 kil.
Pour aller de Sceaux au Plessis- Piquet, à Robinson et à Aulnay, il faut, au sortir de la gare du chemin de fer, tourner à dr. et remonter la grande rue de Sceaux. A 15 min. environ, on croise la route de Fontenay (à dr.) et celle de Châtenay (à g.). 5 min. plus loin, la jolie route ombragée de noyers que l'on a suivie se bifurque. Le bras de dr. mène en 15 min. au Plessis-Piquet, celui de g. conduit à Aulnay (F. ci-dessous).
Avant de monter au Plessis-Piquet, dont le point culminant est à 150 met., on laisse à dr. un petit étang situé à 104 met., au-dessous d'une belle propriété. Cet étang, auquel vient aboutir aussi la route de Fontenay-aux-Roses (F. ci-dessous), est alimenté par les eaux pluviales, au moyen de rigoles qui s'étendent jusqu'auprès du parc de Meudon. Il
servait autrefois de réservoir pour les cascades qui jouaient à Sceaux, pendant la belle saison, le premier dimanche de chaque mois.
L'étang dépassé, on ne tarde pas à apercevoir le village, coquettement étage sur le flanc d'un coteau et dominé par le clocher roman de sa petite église récemment restaurée. Le Plessis ou le Plessis-Piquet oe compte que 321 hab. Les maisons de campagne y sont peu nombreuses, mais princières : l'une d'entre elles a été la propriété de Colbert ; M**^ Mars l'a, dit-on, habitée avec un colonel de ses amis; elle appartient à M. Georges Hachette ; celle qui lui fait face, de l'autre côté de la route, a pour propriétaire M. Breton. En 1815 , l'empereur Alexandre vint au Plessis rendre visite à son ancien précepteur, le colonel Laharpe. Le clocher roman du Plessis est assez curieux.
Le Plessis^Piquet n'est qu'à 1,200 met. de la route de Paris à Chevreuse, d'où l'on peut gagner les bois de Meudon en 15 ou 20 min. On compte 2 kil. du Plessis à Clamart, et 4 kil. du Plessis à Meudon.
B. A Robinson et à Aulnay.
Pendant Tété, des omnibus et des tapissières conduisent de la station de Sceaux à Robinson. Le prix d'une place est de 25 ou 30 c. A pied , 30 min. suffisent.
Robinson n'est qu'à 8 ou 10 min.
du carrefour d'où part sur la dr. la route du Plessis-Piquet (F. ci-des- ' sus). A 200 ou 300 met. au-delà de ce carrefour, on laisse à dr. un chemin qui conduit également au Plessis-Piquet, et l'on tourne à g. De hideux cabarets ont déjà signalé le voisinage de Robinson, petit groupe de maisons et de baraques en planches qu'on est convenu d'appeler de ce nom. A dr. est une carrière de sable demi-rouge^ qui trace un large sillon sur le flanc d'une colline, du sommet à la base, et qui s'aperçoit de fort loin ; elle est dominée par
DE PARIS A SCEAUX
une sorte de petite tourelle formant Tangle du vaste parc de M. Hachette, d'où Ton découvre un admirable panorama.
Robinson était encore, il y a une vingtaine d'années, une promenade solitaire, où Ton pouvait venir rêver agréablement à l'ombre des vieux châtaigniers. Vers la fin de 1848, un industriel acheta un des plus gros arbres et établit sur les deux maitresses branches un plancher accessible par un escalier tournant autour du tronc. Son exemple fut suivi ; des cafés, des restaurants, etc., s'établirent sur et même dans les châtaigniers de Robinson. Ce hameau est aujourd'hui trop fréquenté les dimanches et jours de fêtes. On trouve à Robinson des cafés-chantants, des chalets, des cabarets, des carrousels, des tirs au pistolet et à la carabine, un cabinet d'histoire naturelle et même un petit temple de Robinson.
Au-dessous de Robinson, à l'entrée de la vallée aux Loups, se trouve le hameau d'Aulnay (120 hab.), dépendance de la commune de Châtenay.
Il doit son nom aux aunes qui y étaient en très-grande quantité; mais le bois d'Aulnay, aujourd'hui, est un bois de châtaigniers.
La première maison que Ton rencontre à g., en descendant la vallée aux Loups, est celle d'Henri de Latouche ; elle est facile à reconnaître au colombier revêtu de lierre qui la surmonte. Le poëte misanthrope vécut de longues années dans cette délicieuse retraite, et l'on peut remarquer que les seules fenêtres qui donnent véritablement du jour sont tournées vers la campagne. A Latouche succéda un jeune professeur dont le talent faisait concevoir les plus hautes espérances, Georges Farcy, qui fut tué à la révolution de Juillet sur la place du Carrousel. Il appartient aujourd'hui à M"° Pauline de Flaujergues, romancière.
Un peu plus loin, et du côté opposé, se présente une construction singulière, une maison moitié bourgeoise
et moitié gothique, « décoration théâtrale, dont l'idée, plus poétique que raisonnable, signale le jeu quelque peu puéril d'une imagination remplie ordinairement de plus vastes conceptions ». Au reste, Chateaubriand fait lui-même justice de ces bizarreries : « Je fis, dit-il (Mémoires d'Ouire-Tombe, t. V, p. 100), quelques additions à la chaumière ; j'embellis sa muraille de briques d'un portique soutenu par deux colonnes de marbre noir et deux cariatides de femmes de marbre blanc : je me souvenais d'avoir passé à Athènes. Mon projet était d'ajouter une tour au bout du pavillon; en attendant, je simulai des créneaux sur le mur qui me séparait du chemin : je précédais ainsi la manie du moyen âge qui nous hébété à présent. » Mais, si la demeure de l'auteur du Génie du ChHstia- 7iisme choquait le bon goût par ce mélange de prosaïsme bourgeois et de prétention archéologique, il n'en était pas de même de son parc, un des plus beaux que l'on puisse voir.
« Il y a quatre ans (Mémoires f/* Outre-Tombe, t. I, p. 1) qu'à mon retour de. la Terre-Sainte, j'achetai près du hameau d'Aulnay , dans le voisinage de Sceaux et de Châtenay, une maison de jardinier, cachée parmi les collines couvertes de bois.
Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison n'était qu'un verger sauvage au bout duquel se trouvaient une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances : spaiio brevi spem longam reseces. Les arbres que j'y ai plantés prospèrent; ils sont encore si petits , que je leur donne de l'ombre quand je me place entre eux et le soleil. Un jour, en me rendant cette ombre, ils protégeront mes vieux ans comme j'ai protégé leur jeunesse. Je les ai choisis autant que je l'ai pu des divers climats où j'ai erré ; ils rappellent mes voyages et nourrissent au fond de mon cœur d'autres illusions... Ce lieu me plaît;