‹ Les environs de Paris illustrésChapitre 73 sur 562 · MEUDON. — HISTOIRE · texte numérisé non relu

MEUDON. — HISTOIRE

1654, cette propriété , pour le prix, de 9,300 livres de rente, à Servien, qui fut surintendant des finances de 1664 à 1669. C'est à Servien qu^est due la terrasse qui domine le village, et d'où Ton jouit d'une si belle vue. Cette terrasse, longue de 260 met. et large de 120 met., a coûté des sommes considérables. Servien acquit encore pour 36,000 livres les terres qui restaient de la propriété, à Meudon, de l'abbaye de Saint-Germain des Prés.

Il agrandit le parc et obtint la permission de l'enclore, bien qu'il fût dans le voisinage des chasses du roi. Du fils de Servien, Meudon passa à Louvois, qui y fit de grandes dépenses.

Ce domaine, assez vaste pour que les extrémités atteignissent Versailles, était digne de devenir un domaine royal.

Louis XIV l'acheta, en eflfet, pour le grand Dauphin, dans le but de l'éloigner de Choisy-le-Roi , que lui avait donné M"« de Montpensier. M"»* Louvois échangea sa terre de Meudon contre celle de Choisy, moyennant 900,000 livres de retour.

Le Dauphin, devenu, malgré lui, propriétaire de cette maison de plaisance, se plut à l'embellir comme Louis XIV embellissait Versailles. De belles avenues y furent ouvertes ; le jardin fut replanté par Le Nôtre; l'Orangerie prit une importance considérable ; les appartements, richement décorés et meublés reçurent une collection de tableaux par Jouvenet, de la Fosse, Audran, A. Coypel... Enfin, le Dauphin, trouvant le château insuffisant, en fit construire un autre vers 169.Î, à quelque distance du premier; c'est celui dont les ruines subsistent aujourd'hui.

Louis XIV vint un jour de Versailles visiter cette nouvelle construction ; mais il ne voulut pas y entrer, car, il trouva •' que cela ressemblait plutôt à la maison d'un financier qu'à celle d'un grand prince. »

Cette époque fut celle des splendeurs de Meudon. Le Dauphin aimait à y séjourner. « Il remplissait, dit Saint-Simon, les devoirs de fils et de courtisan avec la régularité la plus exacte, mais toujours la même... Tout cela lui faisait trouver Meudon et la liberté qu'il y goûtait délicieux ; et, bien qu'il ne tînt qu'à lui de 8'apercevoir souvent que le roi était peiné de ses fréquentes séparations... il n'en fit jamais semblant... Il était fort peu à Versailles, et rompait, par des Meudon de plusieurs jours, les Marly, quand ils s allon|(eaient trop. •

Meudon avait alors, comme Versailles, sa favorite, reine non déclarée, et, probablement aussi, unie par un mariage secret au Dauphin, comme M"" de Maintenon rétait à Louis XIV. M"« Choin, « grosse camarde brune, ayant l'air d'une servante, » gardait à Meudon le ton d'une belle-mère devant le duc et la duchesse de Bourgogne, laquelle lui faisait les mêmes petites caresses qu'à M"» de Maintenon. Menant d'ailleurs une vie modeste , elle refusa l'ofl're que lui fit Louis XIV d'un appartement à Versailles Le Dauphin, qui était avare, donnait à M"« Choin 1,600 louis par an, « de la main à la main, sans y ajouter ni s'y méprendre jamais d'une pistole. » Le Dauphin mourut de la petite vérole en 1711 Louis XIV vint s'établir, pendant la maladie, auprès de son fils. M"* Choin fut reléguée dans sa chambre ; mais Louis XIV fit des reproches à M"»» de Maintenon de ce qu'elle n'avait pas été la voir. Elle se montra très-désintéressée, se retira à Paris, et y vécut d'une pension de 12,000 livres que lui fit le roi.

« Meudon et Chaville, qui valaien 40,000 livres de rente, et 1,500,000 livres de meubles ou de pierreries composaient tout ce qui était à partager (dans la succession du Dauphin), » dit Saint-Simon qui raconte avec quelle indécence les principaux bijoux furent vendus, à Marly, dans l'appartement de la duchesse de Bourgogne : « Toute la cour, princes et princesses du sang, hommes et femmes, y entraient à portes ouvertes; chacun achetait à l'enchère. >»

Le duc de Bourgogne, fils du grand Dauphin, ne lui survécut que quelques mois, et ne fit que des apparitions à Meudon. En 1719,1e roi Louis XV autorisa l'échange proposé par la duchesse de Berri, fille du régent, du château d'Amboise contre celui de Meudon. Elle en donna le gouvernement au comte de Riom, cô neveu de Lauzun avec equel elle était secrètement mariée. Ce beau domaine fut réuni à la couronne en 1726. En 1736, Stanislas, roi de Pologne, y fut logé. Pendant la Révolution, l'ancien château fut transformé en une forteresse dont de larges fossés défendaient l'approche, et il devint un atelier de machines de guerre, où des ouvriers travaillaient nuit et jour. On y confectionna l'aérostat utilisé à la bataille de Fleurus. En 1795, un incendie, qui éclata dans les magasins, compromit la solidité des bâtiments et nécessita quelques travaux de restauration.

DE PARIS A VERSAILLES

M"' Roland raconte ainsi, dans ses Mémoires, les plaisirs de sa jeunesse :

« A cinq heures du matin, le dimanche, chacun était debout. Un habit léger, frais, très-simple, quelques fleurs, un voile de gaze, annonçaient les projets du jour. Les odes de Rousseau, un volume de Corneille ou autre, faisaient tout mon bagage. Nous partions tous les trois (elle, son père et sa mère). On allait s'embarquer au Pont-Royal, que je voyais de mes fenêtres, sur un petit batelet, qui, dans le silence d'une navigation douce et rapide, nous conduisait au rivage de Bellevue, non loin de la verrerie. Là, par des sentiers escarpés, nous gagnions Tavenue de Meudon... Le dîner se faisait chez Tun des suissQs du parc... Aimable Meudon!

combien j'ai respiré sous tes ombrages en bénissant l'auteur de mon existence, en désirant ce qui pourrait la compléter un jour, mais avec ce charme d'un désir sans impatience qui ne fait que colorer les nuages de l'avenir des rayons de l'espoir ! Combien j'aimais à me reposer sous ces grands arbres, non loin des clairières, où je voyais passer la biche timide et légère ! Je me rappelle ces lieux plus sombres où nous passions les moments de la chaleur : là, tandis que mon père, couché sur l'herbe, et ma mère, doucement appuyée sur un amas de feuilles que j'avais préparé, se livraient au sommeil de Taprès-diner, je contemplais la majesté de tes bois silencieux, j'admirais la nature, j'adorais la Providence dont je sentais les bienfaits. »

La réparation de l'ancien château exigeant de grandes dépenses, Napoléon en ordonna la démolition en 1803. Les fûts des colonnes en marbre blanc veiné de rouge de l'arc de triomphe de la place du Carrousel, en proviennent. L'autre château fut réparé et meublé, les jardins furent rétablis. Napoléon, qui élevait des souverains de son choix sur les différents trônes de l'Europe, songea à former une pépinière, une école de rois, et résolut dQ la fonder à Meudon; mais V institut de Meudon resta à l'idée de projet. Pendant toute la campagne de Russie, Marie-Louise résida à Meudon avec le roi de Rome. Le château a été, depuis, habité tour à tour par don Pedro, roi de Portugal, par sa femme et sa fille, dona Maria ; par le duc d'Orléans ; par le maréchal Soult ; par le prince Jérôme Bonaparte. Habité sous le second empire par le prince Napoléon, il fut incendié par les Allemands à la fin de janvier 1871 , durant l'armistice. Pendant le siège de Paris, une batterie prussienne

de 24 pièces de canon fut établie sur la terrasse; ses projectiles atteignirent le fort d'Issy et les remparts d'Auteuil.

Plusieurs étangs artificiels du voisinage, alimentés par un vaste système de rigoles, fournissent de l'eau à Meudon. La meilleure eau vient du château qui la tire luimême de l'étang desFonceaux {V.

p. 93), mais la distribution en est limitée. L'étang de Villebon, à l'entrée de la forêt (F. p. 92), fournit aussi d'assez bonne eau. L'étang de Chalais, beau bassin enfermé dans le haras, ainsi que Vétang de Trivaux ^ situé à l'entrée de la forêt, à peu de distance du précédent, distribuent leur eau dans une partie de Meudon qui s'appelle, à cause de cela, le Ruisseau, et qui renferme de nombreux établissements de blanchissage.

La constitution géologique du sous-sol de Meudon donne lieu à l'exploitation de carrières de pierres de taille, dont les couches ont jusqu'à 24 met. d'épaisseur, et de carrières de craie avec laquelle se fabrique le blanc d'Espagne ou de Meudon, d'un emploi si fréquent pour la peinture en détrempe et pour différents usages. Cette craie, débarrassée, au moyen du lavage, des parties terreuses et du sable qu'elle contient, puis séchée, est livrée au commerce en pains. De la partie superficielle du sol se tirent des pierres meulières, employées dans les constructions des égouts et des lieux bas et humides.

Terrasse du château.

La terrasse de Meudon est, avec celles de Saint-Germain et de Saint- Cloud, et le coteau de Chennevières (r. section XXII : De Paris à Brie- Cotnte- Robert) n^in des points des environs de Paris d'où l'on découvre les plus belles vues. Elle est malheureusement fermée au public. Il faut une permission pour la visiter, et on ne peut s'y promener librement.

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