‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 138 sur 180 · V FORME · texte numérisé non relu

V FORME

(XVlII" siècle).

Extrait

de la Bibliothèque

des romans.

CHAP. XIV

et nous citons un fragment de cette traduction pieuse qui ne fut pas sans jouir elle-même d'une certaine popularité. AuxiV siècle cependant, on ne sut plus se contenter ni de cette traduction, ni de notre antique roman qui avait singulièrement vieilli : on crut le rajeunir en le dialosfuant, en le mettant au théâtre. La fiction d'Amis et d'Amiles est une de celles qui ont été dramatisées au xix" siècle : un manuscrit très-important de cette époque nous offre l'unique texte de ce Mystère. Nous n'avons aucune raison de ne pas avouer que cette littérature des Mystères est en général assez médiocre, et le drame d'Amis et Amilcs n'y contredit guère, comme on en jugera par le fragment qui suit. Cependant il règne dans cette scène je ne sais quelle naïveté tranquille et douce à laquelle on est bien forcé de trouver quelque charme. Nous n'en dirons pas autant d'une cinquième transformation qu'a subie notre légende dans une Complainte de la seconde moitié du \\\' siècle. Ces deux dernières transformations, remarquons-le bien, sont particulières à notre poëme. Avec sa version en prose, notre roman retombe dans la loi commune' : cette version appar-

ia FORME

(Xii" siècle).

Chanson de geste

en décasyllabes

assonance's ;

chaque couplet

est terminé

|iar un petit vers

de six svllabes.

' II. Amis retroitve et reconnaît Amiles; épisode d'Amis et Amiles. — Le comte Amis est frappé de la lèpre; il se présente à la porte d'Amiles, dont il est séparé depuis longtemps, et par lequel il n'est pas tout d'abord reconnu. Mais les deux amis se reconnaissent enfin, et tombent dam les bras l'un de l'autre.

Ez à la porte le vaillant conte .4mi : Ses tarterelles conmensa à tentir.

Bienfait demande por Deu qui ne menti.

Li cuens l'entent dou mcngier où il sist. Lors a huchié le seneschal Rémi :

« A celle porte ai un malade oi.

» Va, se li porte et dou pain et dou vin » Et de la char, por Deu qui ne menti, x Que Dex me rande mon compaingnon Ami » Ou tex nouvelles m'en apreingne à oir » Par quoi je saiche s'il est ou mors ou vis. » Li seneschaus prent le pain et le vin ; Si en avale les degrez mauberins, .\u conte Ami le porte.

Li cuens Amis prent le pain et la char : Garins et Haynmes tendirent le haanap.

Li seneschaus qui nul mal ne pansa

lient sans cloute au xv' siècle: elle est, suivant nous, ' ''chIp!''xTv."' pleine de fraîcheur et de grâce, et nous servira très-

I a tost mis )c vin que il porta.

Touz en fu plains et rasez de -H' pars. Li seneschaus bien garde s'en donna :

Tous les degrez dou palais en monta, A son seignor le conte.

( Vouz m'envoiastes au preudomrae mezel ; » Malades est : il n'a si bel souz ciel. )) Un hanap a qui moult fait à proisier » S'il et li vostre ierent entrechangié, » Dex ne fist home nul de mère soz ciel » (Jui l'un de l'autre en poist renlercier. « — Mainne m'i, frère, » li cuens li respondié. Et cil re?pont : « Par mon cliiof, volentiers. » Li cuens Amiles ne s'i vilt atargier ; Dou eompaingnon se voldra acoinlier.

Tornez s'en iert el bore à Saint-Michiel ; Si n'en Irouvarcnt raie.

Lors avalèrent les degrez dou donjon :

N'en trouvent mie à la porte desouz.

Tornez en iert en la ville et el bore Por dou pain querre dont n'avoit encor prou. Li cuens le sieult à force et à bandon ; Voit la charrete, li serf ierent entor. Li cuens Arailes s'apuia as limons Et si demande : « Sire, dont lestez vouz? » Et dist Amis : t< Ne sai qu'en tient à vouz? » Ne veez vous que je sui uns lieprouz? » Et quier Amile dont je sui desirrouz. » Quant je ne 1 truis, moult en sui corresouz. » Or voldroie mors iestre. »

Li cuens Amiles oï Ami parler, Son eompaingnon que moult pot desirrer.

Sor la charrete va maintenant monter, Il le conmence baisier et acoler.

Sus en palais le fist lantost mener.

Sur un vert paile auffriquant d'outremer, Là l'ont assiz, se 1 ^•uelent honorer, Et Belissans la bêle o le vis cler Voit son seigneur; se 1 prent à apeller : « Qui est cil, sires, gardez ne 1 me celez, » Que je voz voi si grant joie mener ? » — Dame, dist-il, par sainte charité, » C'est mes eompains que je doi niolt amer, » Qui me garit de mort et d'afoler. » Belissans l'oit, joie prinst à mener, Adont le baise, se 1 prent à acoler.

Baise visaige et la bouche et le nés : Forment en font grant joie....

{Amis et Amiles, édit. Conrad Hofmann, p. 78-80, vers 2692-2756.)

« Per Deum vos oro [dixit Amicus] ut non me hic diinittatis, sed ad domum ii" forme,

comitis .\melii, amici et socii, me perducite. » At illi responderunt dicentes : ria'Tégende

a Semper tuis obedivimus preceptis, et, donec potcrimus, tibi obedientes eri- d'Amis et Amiles

mus. )) Cumque festinanter perduxissent illum in urbom comitis Amelii, étante (-xi'^xii» siècles).

ejus curiani tabellas more talium infirniorum langèrent, cornes Amelius ut au- en 'prose la'tine

divit, dixit cuidam servo suo : « Panem et carnem accipe et romanum sciphum et composée

optimo impie vino, et defer illi infirmo. » Minister vero jussum implevit et re- ''""'i^ àonia

I PART. LIVn. II.

CIIAP. XIV.

difficilement de transition pour en venir à la septième et dernière forme qu'ait reçue notre épisode, à la rédac-

d'apiès une chanson

de geste.

On la trouve

souvent

ilans les mêmes

manuscrits

que

la Clironique

de Turpin.

Il!« FORME

(XIII'' siècle).

Traduction

française

de la légende

latine

qui précède.

versus dixit : « Per fidem, domine, quam tibi juravi, nisi sciphum tiium tenerem, profecto crederein illiim esse queni liabet infirmus, quia ambo videntur unius inilchritudinis ne magnitudinis esse. » At conics dixit: « Festina et adduc illuni ad me. « Ut autem pruduclus est ante comitem, interrogavit unde esset, aut qualiter talem sciphum adquisiisset. At ille dixit Bericano castro se fuisse oriundum et Rome a summo pontifice Deusdedit scijdium ac baptissimum accepisse, ibique hoc habuisse. His auditis, statim cognoscit illum suum esse socium qui eum a morte retraxerat et filiam régis Francorum ei tradiderat uxorem. Projecit ergo se super illum, maguas emiltens voces et crebras effundens lacrimas, o.sculando et amplexaiido eum. Sed et conjunx comitis cum hoc audiisset, cucurrit, et, solutis criuibus, multas super cum effudit lacrimas, reducens ad memoriani qualiter Ardericum delatorem fortiter expugnaverit. Post nimium vero luctum, in domum introduxerunt eum et in pretioso thoro illum collocavcrunt dicentes: « Jlane nobiscum, domine, donec anima tua egrediatur de carnis ergastulo. » (Vila sanctorum Amici et Amelii, Bibl. nat. lat. 3550, 363-2, 6188, etc.)

«... Je vos pri por Deu [dist .\mis] que vos ne me lassoiz ici; mas me portez en la cité à conte .Amiles, mon compaignun. » Et cil qui voloient obéir à ses comandemenz le portèrent lai où .\miles estoit. Et comancerent à rcsoner les tarlerelles, ainsi cum mesel ont acostumé. Et quant Amiles oï le son, si coinandai à un sien sergent qu'il portastà cestui malaide dou pain et de la char, et plain son enap qui lui fu douez à Rome de bon vin. Et quant li sergcnz oit fait le comandement son seigneur, li dit à repairier : « Par la foi, sire, que je vos ai, se je ne teiiisse en ma main vostre enap, je cuidasse que ce fust cil que li malaide ai. » Et Amiles li dit : » Va tôt, et se l'amoine ceanz à moi. » E quant il fu venuz devant son comjiaignun, il li demandai qui il estoit et cornant il avoit acquis tel enap : « Jesui, dit il, deBriquain le chastel, et li enaps me fu doné de Fapostoilc de Rome qui me baptisa.» Et quant .\miles ce oit, se conust que ce estoit Amis ses compains, qui Favoit délivré de mort, et li avoit doné la fille le roi de France à famme. Et tantost il se mist sor lui et conimançai forment crier, plorer et doloser, basier et embracier. Et quant ce ci sa famme, si corrut tote deschevoillée,plorant et démenant grant duel: quarele avoit en memore ce qu'il avoit occis .\rdré. Et tantost il le mistrent en un très bel lit et li distrent : « Demorez avez nos, beau sires, jusque à ce que Dex face sa volunté de vos. » (L'amitiez de Ami et Amile, Bibl. nat., anc. Lavall. 85. Cf. Fédit. de Moland...)

\r FORME commune seulement à quelques fictions épiques (xiv<= siècle).

Mystère

dramatique

en vers de huit

syllabes.

Amis et Amiles

est qualifié de

« Miracle

de Notre-Dame ».

Ha, ha ! monsieur, n'obliez mie Ce povre ladre.

AMILLE.

Henry, vicn avant, pren un madro Plain de vin, jo te le commande, Et du pain et de la viande, Et porte à ce ladre dehors.

Que Dieu nous soit misericors Au dcrrain jour.

HENRY

Monseigneur, g'i vois sans séjour.

— Frère : vez ci viande et pain ;

Se tu as hanap, si 1' alain Pour ce vin mettre,

AMIS

Chier ami, lo doulx roy eelostrc Doint à celui dos cieul.'c la joie Qui par vous ces biens ci m'envoiel

Mettez ci, sire.

HENRY

E gar à po que je vueil dire :

C'est ci le hanap mon seigneur.

H n'est ni mcndre, ni greigneur,

Mais tout y tel.

AMIS

Cher ami, je ne scé pas quel

lion trop concise et trop sèche de la Bibliothèque des "'^ ■romans. Le marquis de Paulmy et ses secrétaires ont

CHAP. XIV

Le hanap vostrc srigiieur est ; Mais je sui de prouver tout prcst Que de long tems, je vous dy bien, Ce hanap-ci a esté mien

Et est encore.

HENRY

Frère, je m'en tais quant à orc ; Mais vraiement ce semble-il eslre.

— Mon seig'neur, par le roy celestre, •Ce mesiau qui est à la porte

A un bon hanap boit qu'il porte, Qui est d'argent, non pas de fust.

Je cuiday que le vostrc fust Par sainte foy.

AMILLE.

Voire, dya, alons y moy :

■Je le vueil vdoir à mon tour.

— Mon ami, Dieu vous doint s'ainour!

Dont estes-vous?

AMIS

Ne vous peut chaloir, sire doulx.

Vous veez que je sui lépreux Qui à rien faire ne sui preux.

Tant y a, ce vous puis-je dire, (iuerant m'en vois Amille sire Ùue je tant à vcoir désir.

•Quant no le truis, au Dieu plaisir Mourir voulroie.

AMILLE.

iDo vous baisier ne Ime] tenrnv'^',

Se j'en devoir estre ù mort mis.

Chier compains, vous estes Amis.

Vous no le me povcz nier, Se ne me voulez renier Amour et foy.

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