I'»" FORME
{xv«-xvi« siècles).
Version en prose,
iniprirace
dans un incunable
sans date,
et calquée
sur la rédaction
en vers du xiv siècle.
i< ... Et ne tarda guercs le chastelleiii que il n'amcnast Ogicrle Dennoys au roy Cliaiiemaigue. Si se vint getter le dit Ogier le Dennoys devant luy en luy requérant pardon, dont le Roy eut grant pitié. Mais les messagers ainsi ouUragés, qui là estoient, si levèrent un grand cry et demandèrent vengeance leur estre faite pour refréner leur vitupère et rabaisser la gloire et folle hardiesse de son pcre. Et à ce leur prestoitbien roreille le Roy, et eiist voulenliers fait trencher la teste à Ogier le Dennoys, n'ciist esté le bon duc Nesme de Bavière qui tant benigncment et tant amoureusement lui remonstra la grant perte qu'il feroit de mettre à mort le jeune Ogier tant humble, noble et honneste et comblé de toutes vertus. Or le Roy, voyant si irréparable dommage, tyrannie et deshonneur que son père avoit fait à ses messagiers et seigneurs qui là estoient presens, esmeii d'ire à cause que en son nom ce maléfice avoit esté fait, le reputoit aussi grief et autant encontre son honneur come s'on lui eiist fait en sa propre personne. Et lors, tant pour la foy ineulie de son pcre comme de l'outrage fait aus ditz messagiers, condamna ledit Ogier avoir la teste trcnchée et recepvoir mort, presens toute sa baronie. Adonc s'escria le povrc jeune Ogier : « Ha ! sire, pour Dieu, » mercy. Vous cognoissez, sire, que de tout cecy je suis innocent et suis de- » mouré comme serf à vous vendu. Si povcz de moy faire tout à vostre bon » plaisir et voulenté. Et ne cuide point que mon père soit si inhumain de me vou- » loir laisser ainsi destruire. Mais, sire, pour ce qu'il a ung autre filz que moy » de ma marrastre qui m'est très ennemie ; et voulenliers seroit cause de ma » destruction pour augmenter la prospérité de son filz. Or, touchant le service » et hommage en quoy il vous est tenu, laissez mon père là ; car, sire, vous con- » gnoissez que je suis son seul et vray héritier. Pour ce, je vous requier ea « nom du benoist glorieus Jésus qui pour le rachapt des humains souffrit mort et )) passion, que il plaise de votre grâce royalle avoir pitié et mercy de moy. Et » plaise à votre royaulté me recepvoir et retenir pour vassal ; et, au plaisir du » Créateur, en vos affaires je m'enploiray si bien que vostre noble seigneurie » aura cause de soy contenter de moy. Et au regard des nobles messagiers » ainsi opprimés et blecés, de ceste heure je me submelz leur reparer tout en » ce point qu'il plaira à la noble baronie en ordonner. Car tant que j'auray I) terre ne seigneurie, jamais ne fauldray. » Nonobstant tout, le doul.x parler de
La chanson consacrée à nos deux amis et que nous citons tout d'abord, est un rude, un fier poëme, et qui réunit tous les caractères des romans de la bonne époque : vers décasyllabiques, assonances par la dernière voyelle sonore, petit vers de six syllabes à la fin de chaque couplet. Mais à côté, tout à côté de ce texte auguste, il convient de citer une légende latine, une Vila sanctoriim Amici et Amelii qui semble avoir été écrite d'après une chanson de geste. Ce précieux document, dans un assez grand nombre de manuscrits, accompagne la Chronique du faux Turpin et paraît destiné, comme elle, à populariser dans la société cléricale cette belle légende que notre vieille épopée vulgarisait au sein de la société civile et militaire. Quoi qu'il en soit, la Vie latine fut traduite en français vers le commencement du xiii" siècle,
Ogier ne contenta en rien le Roy. Mais dist à Ogier : «Cela ne sert de rien ; car » pour le parjurcment et oultrage de vostre orgueilleux et despiteux père, vous » y perdrés la vie. Car c'est la vraye réparation et la justice qui en ce cas appar- » tient. Sus, dist le Roy au Prévost, faictes le incontinent mourir. » Or s'escrie le povre Ogier le Dennoys : o E ! mère de Dieu, comme soufîrez-tu mourir ung » innocent pour la deffaulte de son père? A! dame, je me recommande à ta très » saincte grâce.» Si se tourna un peu à cartier, et avisa Nesme de Bavière, de qui il se sentoit plus familier que de nul autre chez le Roy ; si luy getta rœil de pitié en luy recommandant son piteux cas. Adonc se sont assemblés tous les barons et pers de France. Et tout remonstre au roy le piteux estât du jeune Ogier ; et comment il est innocent de tous ces iuconveniens et defaultes ; et que, s'il le fait mourir, jamais baron en sa cour ne demourera de bon cœur, veu le noble lignaige dont il est : « Car il a uuze oncles très grans seigneurs et très )) vaillans en armes qui vous jJcvent grever quelquefois, s'il vous survenoit quel- )) ques defortunes. » Et à ce respond le Roy que de toute leur puissance il ne conte un bouton : « Car c'est ma royale ordonnance qu'il meure et prenne fm. » {Ogier le. Dennoijs, duc de Dannemarclie, qui fut Vunq des pers de France, lequel avec l'atjde du roij Cliarlemague chassa les païens hors de Rome et remist le Pape en son siège. Imprimé à Paris par Lepetit-Laurens, sans date.)
I PART.LIVR.lt.
CHAP. XIV
« Ce monarque, prêt à passer les Alpes, délibéra si, pour punir de sa félonie le roi de Danemark contre lequel il ne pouvait plus dans ce moment tourner ses forces, il ne traiterait pas son fils avec la dernière rigueur. Mais le duc de Bavière lui fit entendre qu'il agirait avec plus de justice et de noblesse en emmenant avec lui le jeune Ogier, et le faisant servir utilement dans son armée. Ce fut le parti qu'il prit et que Naimes alla lui-même annoncer à notre héros, qui quitta sa prison en regrettant Elizène, mais n'osant pas trop faire connaître ses regrets, parce qu'il était question de voler à la gloire. » (Bibliothèque des romans, février 1778, p. 83.)