I PART. LIVR. H. CHAP. XIV
d'ailleurs corrompu la légeude primitive d'après les plus médiocres, les plus détestables versions. C'est toujours le même accident : la Bihliothèque des romans, touchant atout, atout déshonoré; voulant tout rajeunir, a tout flétri.
Contre lui l'asseoit, c'estoit droit et raison : Mais sa famé li dit qii'il faisoil mes|trison : Car il cstoit tout plains d'ordure et de puison.
Tant taria la dame nuit et jour son seignour Que li ladres fu mis tout seul en un destour, Où nus ne le veoit ne scnloit sa doulour Se n'estoit le scignour qui l'amoit par amour. . .
[Le d'à des Trois Pommes.'
en prose.
V|e FORME " Comment Miles congueut Amijs son compaignon et coment il let'eceut
(.Kv=-xvi« siècles), doulcement.
„}^I*Î,°" Or arrivèrent Aniys et les deux serviteurs à Clermont et amenèrent au chastel
leur charrette, et dedans le povre ladre qui avoit toute la cliair navrée en plusieurs lieux de lèpre. Si bien advint que la donnée du comte se faisoit du relief de sa table aux povres de la ville, et y avoit plusieurs serviteurs qui estoient dévalez en bas pour la départir. Quant l'ung des serviteurs vit ce povre ladre ainsi fort malade, il s'en court tant que il peut et lui va quérir du vin plain une grant pot. Aniys avoit sa coupe d'or, laquelle il luy emplit toute plaine de vin. Et quant le bouteiller advisa cette couppe, si remonte tosl amont en la sale et s'en vient au conte Miles, et luy va dire : « Sire, il y a ung ladre là dehors qui boit dedans vostre couppe d'or; quelque ung la vous a emblée; car certes je l'ay vcue entre ses mains. » Quant le conte rouyt, la couleur luy mua et appelia son chamberlan et luy dist : « Où est ma couppe? » Et il luy respont : « Sire, je l'ay enfermée. » Lors l'alla quérir et la monslra au conte. Adonc le conte ne fait nulle demeure ; si se liève et s'en vient jusques à la charrette. Si buvoit le ladre dedans la couppe. Quant Miles le voit, si luy escrie : « Povre homme, dont vous vient ceste couppe dorée? u Lorsrespond Amys qui avoit la chère tant piteuse, et dist: «Ha, a, conte Miles, povres gens sont à présent vilz et déboutez derrière : ne vous souvient-il point du temps ne de l'an que je feïz à Paris une bataille pour vous à rencontre de Hardré que je occis de mon espée? Or, m'est maintenant demonstré mauvaiseraent l'araoïu". » Et quant Miles l'ouyt, si gette sa veue sur luy et congnoist que c'est Amys son compaignon. Donc alla vers luy et luy dist : « Ha, a, beaulx compaings Amys, comme voicy povre destinée ! Comme avez vous ainsi mué vostre belle chair qui estoit si blanche et si polie en si vilaine ordure! Helas! comme elle est maintenant navrée et laide î Si en fault louer Dieu. » Lors le conte Miles se print à l'acoUer et le baisa plus de trente fois d'une randonnée.
Quant le conte de Clermont vit Amys, doulcement le baise, et le prent entre ses bras, et Tenporta en hault au palais où Bellissant estoit, et luy dist : « Dame, voici Amys le bon chevalier, mon compaignon. C'est celui qui fist le champ contre Hardré et qui si bien nous aida. Pour moi receut et endura moult de peine, et si vous espousa en mon nom. » Quant Bellissant Touyf, se seigne et va dire à Amys: « Sire, certes, moult povrement vous va : loé soit Dieu.» Lors le commence à acoler et baisier, el lui monstre bon semblant et bonne chière. Si luy dit Amys : « Ha, ha, dame, ne m'atouchez : je ne suys mye si digne que vous
Et maintenant, laissons encore une fois la parole à nos vieux poëtes et à leurs maladroits imitateurs. Faisons passer notre second épisode sous les yeux de nos lecteurs, avec toutes les formes qu'il a successivement revêtues. Tous les commentaires du monde peuvent faciliter la lecture des textes : ils ne la remplacent point.
aprouchicz de moy si près : pour Dieu, reculez \ous. «Mais certes Bellissaiit n'en fist riens; ains elle et Miles le firent seoir au milieu d'eulx, et commandent qu'il soit servy et honnouré comme eux. Puis, Miles le commença à regarder et, de piltié qu'il eut, pleure tendrement. Et quant la nuit fut venue, le bon Miles le porta coucher dedens son propre lit, voulsist ou non ; nonobstant que assez le refusa. Et la belle Bellissant toute nuyt ne cessa oncques de le galer et gratter, et Miles Pacoloit doucement en souspirant du grand dueil et courroux qu'il avoit de le veoir ainsi malade, et reposa toute nuyt auprès de luy etn'avoit point horreur de sa maladie. Ce qu'on fait de bon cueur, vous l'avez ouy picça dire, ne gricfve riens à rhcurc. « (Milles et Amis, édit. Vérard, 1503.)
IPART. LIVR.II.
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n Le comte lépreux (Amis) ne s'estoit éloigne qu'à peu de distance de sacapi- .^,"° /"^fA taie, et ses sujets conservoient du regret pour lui malgré le triste état oii il ^' Extra'r '^ étoit. Lubiane, craignant qu'ils ne se révoltassent en sa faveur, voulut se de la Bibliothèque défaire de cet époux infortuné. Elle ordonna à deux de ses serviteurs d'aller le '^^^ romans. prendre et de le noyer; mais ceux-ci, touchés de compassion, le conduisirent en Auvergne, chez son ami Miles. L'on peut se douter de l'indignation que celui-ci conçut du procédé de l'indigne comtesse de Blaves. Il se déchaîna contre elle, il ordonna qu'on prît de son ami tous les soins convenables, en le séquestrant cependant de la société, comme cela étoit indispensable à l'égard des lépreux. Il faisoit faire des prières et des vœux pour sa guérison. Enfin, il eut une révélation que c'étoit au glorieux apôtre saint Jacques de Galice, dont le corps est enseveli à Compostelle, qu'il devoit s'adresser, et prit le généreux parti de faire ce pèlerinage avec son ami. A peine eurent-ils commencé que le ciel les exauça et qu'Aniys fut guéri.» {Bibliothèque universelle des romans, décembre 1778.]
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