CHAPITRE XV
Nécessité d'étudier le Beau
dans les
oeuvres litléraires
de tous
les temps,
et non
pas seulement
dans celles
<le trois ou quatre
siècles
privilégiés.
Un des plus illustres romantiques de l'Allemagne, Tieck, a dit aYec raison : « Le Beau est un seul et unique » rayon de la clarté céleste; mais, en passant à travers » le prisme de l'imagination chez les peuples des diffé- )) rentes zones, il se décompose en mille couleurs. » Et telles sont aussi les idées qu'a développées Guillaume de Schlegel dans les premières leçons de son Cours de litté-
* CHRESTOMATHIE ÉPIQUE» plan d'un « Recueil d'anciens textes «empruntés aux Chansons de geste et accompagnés d'une tra- )i duction nouvelle ». — C'est ici le lieu de donner le plan complet de celte Chrestomathie que nous espérons bientôt publier à part, comme un livre d'études à l'usage des débutants, comme un classique élémentaire, mais dont nous voulons faire ici tout spécialement le commentaire pratique de notre chapitre sur le Style, et qui va lui servir de pièces justificatives. Il convient d'ajouter que les traductions de tous ces morceaux ont été publiées dans les différents volumes des Epopées françaises, où nos lecteurs les trouveront facilement. — INTRO- DUCTION, a. Chant de saint Fa.ron {woy. Epopées françaises, 'i^ éAH., [, 49j. i!>. Cantilène de sainte Eulalie (voy. le texte dans le Recueil d'anciens textes de Paul Mcycr, 19i, et la traduction dans les Epopées françaises, "2" édit., I, 65). Ces deux premiers documents sont ici considérés comme le type de ces Cantilènes ou chants populaires qui ont, sinon formé, du moins précédé l'Épopée française, c. Chanson de saint Alexis, considérée comme le type des petites Épopées religieuses qui ont coexisté avec les Chansons de geste militaires (voy. le texte dans la Vie de saint Alexis, de Gaston Paris, 13'.), et en partie dans le Recueil d'anciens iexies, de Paul Meyer, 198, et la traduction dans les Epopées françaises, I, 2-^ édit., 86. — %* 1. PÉRIODE HÉROl'UUE. N° 1. Chanso.\ DE Roland. La bataille de Ronce vaux (voy. le texte dans les éditions Th. Miiller et L. Gautier, vers 1017-109-i, 1098-1138, UI-2-1437, 1753- 1806, 1965-2396, et la traduction iUns les Epopées françaises, 1" édit., I, 130, et II, 438; et S'- édit., I, 166, et 111, chap. xxii). = N'' 2, ibid. Roland pleuré par Charlemagne (voy. le texte dans les éditions Th. Miiller et L. Gautier, vers 2855-294-1, et la traduction dans les Epopées françaises, 1" édit.,I, 79, et
rature dramaiique, au début de ce livre immortel qui contient en germe toute la littérature du xix'' siècle. Rien n'est mieux observé, rien n'est plus vrai.
On s'imaginait jadis que, dans les longues annales de rintelligence humaine, deux ou trois siècles seulement étaient dignes du regard de notre esprit, et l'on ne s'a-
2°édit.,I, 111). = N"3, ibid. La mort d Aude (voy. le texte dans les éditions Th. Millier et L. Gautier, vers 3705-3722, et la traduction dans les Epopées françaises, l"- édition, I, 140; 2'"- édit., I, 176). = N" 4, ibid. Le procès de Ganelon (voy. le texte dans les éditions Th. Miiller et L. Gautier, vers 3750- 3872, et la traduction dans les Epopées françaises, 2" édit., 111, chap. xxiii. = N" 5. Amis et Amiles. Le miracle (voy. le texte dans l'édition de Conrad Hofmann, vers 2952-3241, et la traduction ci-dessous). = N" 6. Charroi de Nîmes. La colère du comte Guillaume (voy le texte dans l'édition Jonckbioet, vers 14-415 et la traduction dans les Eppopées fr., 1" édit., III, 351, et 2^ édit., IV, chap. xv). = N" 7. Cbevalerie Ogier le Danois. La grande misère d'Ogier (voy. le texte dans l'édition Barrois, vers 8332- ■8374, et la traduction dans les £•/). //•., 1^"= édit., II, 237, et 2" édit., III, chap. xi. = N" 8, ibid. Ogier le furieux (voy. le texte dans Tédition Barrois, vers 8723-9020, et la traduction ci-dessous). = N" 9, ibid. Le dévouement de €harlot (voy. le texte dans l'édit. Barrois, v. 10848-11017 et la trad. dans les Ep.fr.,\'^éi\\i., H, 243, et 2' édit., II!, chap. xi). = N" 10. Girard de R dussillon. La grande misère de Girard de Roussi lion, duc de Bourgogne, qui |)orta le charbon pendant sept ans (voy. le texte dans l'édition Francisque Michel, 357). = N"!!. Girard reconnuparlaReine (voy. le texte dans le Lexique roman de Raynouard, I, 100, et la traduction ci-dessous). = X° 12.Covenant Vivien. Le vœu de Vivien (voy. le texte dans l'édition de Jonckbioet, vers 8-71, et la traduction dans les Ep. fr., i'" édit.,
III, 410, et 2"= édit., IV, chap. xviii). = N» 13, ibid. Les commencements de la grande bataille d'Aliscans (voy. le te.xte dans Tédition Jonckbioet, ■vers 329-458, et la traduction dans les Ep. fr., 1" édit., III, 416, et 2^ édit.,
IV, chap. xviii). = X" 14, ibid. Les commencements de la grande défaite (voy. le texte dans le manuscrit de la Bibl. nat. fr. 1418, f= 208, et la traduction dans les Ep. fr., ['" édit., lll, 421, et 2' édit., IV, chap. xviii). = X° 15, ibid. Vivien rejoint Guillaume (voy. le texte dans Tédition Jonckbioet, vers 1770-1889, et la traduction dans les Ep. fr., l" édit., III, 430, et 2<= édit., IV, chap. xviii). = N" 16. Couronnement Looys. Le couronnement du fils de Charlemagne (voy. le texte dans l'édition Jonckbioet, vers 28-218, et la traduction dans les Ep. fr., \" édit., III, 323, et 2= édit., IV, chap. xiv). = N" 17. Moniage Guillaume. La mort de Guibourc (voy. le texte dans les «Fragments du Moniage)), publiés par Conrad Hofmann , et la traduction ci-dessous). = N" 18, t^ù/. Un apologue politique (voy. le texte dans les « Fragments du Moniage)), publiés par Conrad Hofmann, et la traduction en notre Idée politique dans les Chansons de geste, qui, publiée d'abord dans la Revue des questions Iiistoriques, t. VII, p. 101, doit faire partie du tome VII de nos Epopées). = ^'' 19. Garin le Loherain. La mort de Begon (voy. le texte dans Garins li Loherains de P. Paris, II, 217, et la traduction ci-dessous). = N" 20. Auderi le Bourgoing. La mort du roi Orri (voy. le texte dans l'édition Pr. Tarbé, 30-35, et la traduction •ci-dessous). = N° 21. Jourdain de Blaives. Le dévouement d'un vassal
r PART. livr. h.
CHAP. XV
CHAP. XV
baissait point à étudier les autres. Mais ces idées étroites ont fait leur temps, et l'on veut bien reconnaître aujourd'hui que toute littérature mérite quelque admiration et vaut quelque étude, puisqu'on est assuré d'y trouver une expression de l'âme humaine avec quelques parcelles de l'éternelle beauté.
(voy. le texte dans rédition Conrad Hofmann, vers 460-513 et 644-715).= N° 22. AXTIOCHE. La vaillance de Foucart (voy. le texte dans l'édition de P. Paris, II, pp. 108-110, et la traduction dans notre Chevalerie d'après les textes poétiques du moijen âge, qui a paru dans la Revue des questions Imtoriques, 111, 345, et qui fera partie du tome Vil de nos Epopées). = N° 23. Jérusalem. Comment Godelroi fut élu roi (voy. le texte dans l'édition Hippeau, vers 4604-4803 et la traduction ci-dessous). = N° 24. Alisc.\\s. La première communion de Vivien (voy. le texte dans rédition Guessard et de Montaiglon, vers 693-867, et la traduction dans nos Epopées, fr., 1" édit., 111, 458, et 2° édit., IV, chap. xx). = K° 25, ihid. Le retour de Guillaume à Orange après la défaite d'Aliscans (voy. le texte dans l'édition Guessard et de Moutaiglon, vers 1597-2066, et la traduction dans nos Ep. fr., l^" édit., III, 470, et 2* édit., IV, chap. xx). = N° 26. Girard de Viane. La pauvreté du vieux Garin (voy. le texte dans rédition P. Tarbé, 1-5, et la traduction dans nos Ep. fr., 1" édit., 111, 166, et 2^ édit., IV, chap. v). = N" 27, ihid. Arrivée d'Aimeri au palais de Viane (voy. le texte dans le ms. de la Bibl. nat. fr. 1448, f° 10, et la traduction dans les Ep. fr., 1" édit., III. 202, et t édit., IV, chap. viii). = N" 28, ibid. Charlemagne est fait prisonnier par ses vassaux; fierté d'Aimeri (voy. le texte dans le ms. de la Bibl. nat. fr. 1448, f° 37, et la traduction dans les £■;)./>-., 1" édit., 111, 210, et 2= édit., chap. vin).= N" 29, ihid. Premier entretien de Roland et delabelleAude (voy. le texte dans l'édit. Pr. Tarbé, 120-123, et la traduction dans les Ep.fr. ,\'^ édit., 11, 102, et 2* édit., III, chap. vi). — V II. ÉPOQUE SEMI -Héroïque. N°30. chanson d'Aspremont (nous n'avons pas sans doute la rédaction primitive). Le petit Roland à La on (voy. le texte dans Uédilion Guessard, 15, et la traduction dans les Ep. fr., l'^édit., II, p. 72, et 2° édit., 111, chap. v). = N" 31, ihid. La colère de Girart du Fraite et la douceur d'Ameline (voy. le texte dans le ms. de la Bibl. nat. fr. 2495, P 85, et la traduction dans les Ep. fr., l'^ édit., II, 76, et 2* édit., 111, chap. v). = N" 32, ihid. Les adieux de Naimes et de Balant (voy. le texte dans le ms. de la Bibl. nat., fr. 2495, f° 102, et la traduction dans les Ep. fr., 1" édit., II, 78, et 2^ édit., 111, chap. v). = N° 33, ihid. Une allocution militaire du Pape (voy. le texte dans le manuscrit de la Bibl. nat. fr. 2495, P 123, et la traduction dans les Ep. fr., 1" édit., II, 81, et 2° édit., 111, chap. v). = N" 34. Les Saisnes (nous n'avons pas la leçon primitive). Sébile après la mort de Guiteclin (voy. le texte dans Tédit. Franc. Michel, couplets ccv-ccvii, et la traduction dans les Ep. fr., V^ édit., II, 513, et 2'= édit., 111, chap. xxiii). = N" 35, ihid. Sébile après la mort de Beaudouin (voy. le texte dans l'édition Franc. Michel, couplet CCLXX, et la traduction dans les Ep. fr., l"édit., II, 518, et 2= édit., 111, chap. xxvi).= N° 36. RE.N.AfD DE MoxTAUBAN (nous n'avons pas la version primitive). Le discours de l'ambassadeur Lohier (voy. le texte dans l'édition Michelant, 14, et la traduction dans les Ep. fr., 1" édit., II, 181, et 2" édit., III, chap. x).= N°37, i'ftif/. Les quatre fils Aymon reconnus par leur mère
Quant à moi, partout où je puis constater l'ac- ""c^V'xv"' tion de l'homme, entendre sa parole et (chose plus difficile) aller jusqu'au fond de sa pensée, je me recueille, je prête l'oreille, je fais silence. Dans une chanson populaire, dans une complainte, dans une ronde, je sens vivre, frémir, parler et penser l'iiuma-
(voy. le texte dans l'édition Michelant , 89, et la traduction dans les Epopées françaises, 1'^° édit., Il, 192, et 2' édit., chap. x). = N" 38, ibid. La sœur du roi Yon accepte Renaud pour mari (voy. le texte dans l'édition Michelant, 113, et la traduction dans les Ep. fr., V" édit., II, 198, et 2"= édit., chap. x).= N" 39, ibid. Première apparition de Roland à la cour de Charlemagne (voy. le texte dans Téditioa Michelant, 119, et la traduction dans nos Ep. fr., V édit., II, 67, 2' édit., chap. x. Notes). = N° 40, ibid. Les pairs refusent de mettre à mort Richard, frère de Renaud (voy. le texte dans rédition Michelant, 261, et la traduction dans les Ep. franc., ['' édit., II, 210, et 2' édit., III, chap. x). = îs^" 41, ibid. La conversion de Renaud (voy. le texte dans Tédition Michelant, 442, et la traduction dans les Ep. fr., i'" édit., II, 224, et 2" édit., III, chap. \). = n° 42, ibid. La mort de Renaud (voy. le texte dans l'édition .Michelant, 147, et la traduction ci-dessous). =N° 43. ACQL'l.x. La femme d'Hoël de Nantes (voy. le texte dans le manuscr. delà Ribl. nat. fr. 2233, f 16, et la traduction dans les Ep. fr., ['" édit., II, 300, et 2* édit., chap. xiv). = N° 44. Voy.\ge a JÉRUS.\LEM ET A CONSTANTINOFLE (fabliau épique). Pourquoi Charles allat-il en Orient? (voy. le texte dans Tédition Fr. Michel, vers 1 et ss., et la traduction dans les Ep. fr., 1" édit., II, 260, et 2= édit., chap. xiii). = X° 45. Parisela duchesse. Parise, injustement condamnée part, en exil (voy. le texte dans l'édition Guessard, vers 757 et ss., et la traduction ci-dessous). = N° 46. AiMERi DE Narboxne. Charlemagne devant IN'arbonne (voy. le texte dans le manuscr, delaBibl. nat.fr. 1448, f° 41, et la traduction dans \es Ep. fr., ['"écVil., III, 232, et 2'édit., IV, chap. iv).=N''47. Le département DES ENFAXS AiMERi, type d'une chanson complète (voy. le texte dans le ms. de la Bibl. nat. fr. 1418, î" 87, et la traduction ci-dessous). — N" 48. Enfances Guillaume. Comment Guillaume révéla sa fierté (voy. le texte dans le ms. delà Bibl. nat. fr. 1448, f 68, et la traduction dans les Ep. fr., V édit., ni, 288, et 2" édition, IV.chap. xi). i^N" 49, ibid. De ramour de Guillaume pour son cheval (voy. le texte dans le manuscr. de la Bibl. nat. fr. 774, f 7, et la traduction dans les Ep. fr., Inédit., III, 274, et 2"= édit., IV, chap. XI). — V JII- ÉPOQUE LETTRÉE. N^ 50. Berte aus crans pies (renouvellement dû à Adenet). Combat de Pépin et du lion (voy. le texte dans rédition P. Paris, p. 6, ou dans Tédition Scheler, p. 2 et 3, et la traduction dans notre Chevalerie d'après les textes poétiques du moijen âge, qui a paru dsixis \3i Revue des quest ions histori(pies, III, 357, et qui fera partie du tome VII de nosEpopées}.= N' 51, ibid. Berte au bois (voy. le texte dans l'édition P. Paris ou dans rédition Scheler, p. 28 etsuiv., couplets xxviii, xxxviii, xlii, xliii, lix, et la traduction dans nos Ep. fr., 1" édit., II, p. 19, et 2' édit., III, chap. ii). = N°52, lèid. La chasteté de Berte (voy. le texte dans Tédition P. Paris, ou rédition Scheler, p. 97 et suiv., couplets cx-cxiii, et la traduction dans les Ep. fr.,l" édit., II, 25, et 2° édit., III, chap. ii). = N" 53. Gui de Bourgogne. La détresse de Charles (voy. le texte dans Pédition Guessard et Michelant, V. 774-816,etlatrad. dans IcsEp. f/-., Inédit., II, 381, et 2<=édit., III, chap. xix).
I PART. LIVR. ir.
CHAP. \V
nitétout entière. Mais s'il s'agit d'un chant véritable-
ment national, d'nn chant qui exprime vivement les idées et les aspirations de tout un peuple, je me sens
à son respect et à son amour.
La poésie nationale d'un peuple , . .. ., . ,,
a des droits tout eucore plus profondément emu; le me dis que i ai la,
particuliers r r ^ J . .
SOUS les yeux, le résumé vivant de l'histoire de cette nation, et je me prends soudain à le considérer avec
= N" 54, ibid. L'armée de Char le magne et celle de Gui se réunissent en Espagne (voy. le texte dans l'édit. Guessard et Micliolant, vers 3925- 4024., et la traduction dans les Epopées fr., 1" édit., II, 383, et 2^ édit., III, chap. xix). = N° 55. Hlon de Bordeaux. Première rencontre d'Huon avec le nain Oberon (voy. le texte dans l'édit. Guessard et Grandmaison, vers 3217-3571, et la traductio"n dans les Ep. fr., i" édit., II, 572, 2' édit., III, chap. xxviii). = N° 56. Jehan de Laxsox. La colère de Bazin de Gennes (voy. le texte dans le manuscr. de la Bibl. nat. fr. 24^5, f° 10, et la traduction dans les Ep. fr., \" édit.. Il, 254, et 2"= édit., III, chap. xii). = N° 57. Gaidon. Le vavasseur Gautier (voy. le texte dans l'édition S. Luce et Guessard, vers 2359-2468, et la traduction dans les Ep. fr., \'^ édit., II, 467, et 2= édit., ni, chap. xxiv). = N" 58. Enfances Vivien. Adieux d'Eustace à Vivien (voy. le texte dans le manuscr. de la Bibl. nat. fr. 1448, flSi, et la traduction dans les Ep. fr., l"=édit., III, 388, et 2« édit., IV, chap. xix). =N°59, ilbid. Vivien clicz le march and (voy. le texte dans le manuscr. de la Bibl. nat. fr. 1448, f 186, et la traduction dans les Ep. fr., 1'" édit., 111,391, et 2° édit., IV, chap. xvni).=N° 60. Mortd'AimerideNarbonne. Aimeri prisonnier des Sarrasins (voy. le texte dans le ms. de la Bibl. nat., anc. fr. 24369, B, f" 14 et 15). = N" 61. Entrée en Espagne. Prière de Roland (voy. le texte dans le manuscrit de Venise, Bibliolh. Saint-Marc, ms. français, xxi, f° 32 et la traduction en notre Idée religieuse dans la poésie épique du nioijen âge, 44, 45, qui fera partie de notre tome VII des Epopées). = N" 62. Garin de Montgl.axe. La mort de Gau madras (voy. le texte dans le manuscr. de la Bibl. nat. fr. 24403, f 107, et la traduction dans les Epopées fr., ^^édit., III, 150, et 2' édition, IV, chap. iv). = N" 63. Ch.\rle.magne, de Girard d'Amiens. Charles et sa sœur se revoient après une longue absence (voy. le texte dans le manuscr. de la Bibl. nat. fr. 778, f 64, et la traduction dans les Ep. fr., V édit., II, .43, et 2o édit., III, chap. m). = N» 64. Prise de Pam- PELL'NE. Malceris hésite à tuer son fils Isoré (voyez le texte dans l'édition Ad. Mussafia, vers 684 et 703-735, et la traduction dans les Ep. fr., l'^édit., U, 371, et 2» édit., III, cliap. xix). — V ÉPILOGUE; DERNIÈRE DÉ- CADENCE DE L'ÉPOPÉE FRANÇAISE : LA PARODIE. = N° 65. Audigier (voyez le texte dans Meon, Fabliaux, IV, 512, vers 175-207). V Tel est le plan de noire Chrestomathie épique. Si le public lui fait accueil, nous publierons bientôt le Recueil lui-même, avec texte et traduction en regard, et avec une série de fac-similé qui olfriront une sorte ^de « paléographie des Chansons de geste». Tous les morceaux qui forment cette collection ont été déjà traduits par nous, et comme nous l'avons dit plus haut, se trouvent dans nos Epopées françaises, à l'exception des suivants, que nous avons réservés à dessein, qui composent une peinture assez complète de la société féodale envisagée à tous les points de vue et qui sont, dans chacune de nos gestes, les types les plus exacts de notre Epopée nationale. Nous en donnons la traduction ci-dessous, en suivant l'ordre même de leur antiquité et en indiquant la place qu'ils occupent dans notre Chrestomathie.
une attention plus soutenue, avec un amour plus persévérant.
Et que dirai-je si cette nation est la mienne; si ce poëme est écrit en ma langue, si j'ai la joie d'y découvrir les origines de ma race et celles de mon parler; si ce chant a été entonné jadis par la voix de mes pères, s'il a excité
AMIS ET AMI'lES- Type d'une chanson de l'époque héroïque; petites gestes (n° 5). — Amis et Amile sont les types de l'amitié, comme Oresle et Pylade, comme Pijthias et Damon. L'un d'eux, Amis, est frappé de la lèpre, et Vautre, Amile, apprend par une vision céleste que son ami ne sera guéri que s'il le plonge, lui Amile, dans le sang de ses propres enfants. Il n'hésite pas à faire ce sacrifice, et c'est ici que commence le passage que nous allons traduire. — Amile entre en sa grand'salle; — Tous ceux qui s'y trouvaient, il les jette dehors, — Sergents, valets et nobles chevaliers. — Il n'y est pas resté un seul homme né d'une femme. — Amile ferme les huis, il les barre solidement. — Puis, il parcourt en tous sens les chambres de Thôtel — Pour voir s'il n'y est vraiment resté personne. — Quand il voit qu'il est bien esseulé, bien seul — Et qu'il pourra maintenant faire tout ce qu'il veut, — Il prend son épée, avec un bassin d'or — Et se précipite dans la chambre — Où les deux enfants sont couchés l'un contre Tautre. — Il les trouve dormant, les bras entrelacés. — Ils sont si beaux, si beaux, qu'il n'en est pas de pareils jusqu'en Duresté. — Il les regarde moult doucement. — Il a peur de ce qu'il va faire, il en a si peur qu'il tombe sans connaissance ; — L'épée et le bassin d'or s'échappent de ses mains, — Et le noble comte se dit, quand il revient à lui : — « Ah 1 malheureux, que pourrai-je faire? »
Le comte Amile est tout éperdu; — Il est tombé contre terre à la renverse, il est sans connaissance; — Le bassin et l'épée nue d'acier se sont échappés de ses mains. — Quand il revient à lui, le noble seigneur : — « Ah ! malheureux, s'écrie-t-il, quel malheur, — Quand tu auras tranché la tète à tes enfants ! — Qu'importe, qu'importe, pourvu que je vienne en aide — A celui que tout le monde méprise, — A celui dont on ne parle que comme d'un homme mort; — Mais qui, en vérité, va revenir à la vie. »
Le comte Amile ne va point vite ; — C'est pas à pas qu'il se dirige vers les enfants. — Il les trouve endormis, les contemple longtemps, — Et enfin lève son épée pour les tuer; — Mais, au moment de frapper, il s'arrête un peu. — Son aîné cependant est réveillé par Teffroi — Que le comte lui avait fait en entrant dans la chambre. — L'enfant se retourne, il reconnaît son père. — Il lui voit l'épée à la main et en a grande peur. — Il l'appelle, lui adresse la parole : — « Beau sire père, au nom du Dieu qui a tout créé, — Que voulez- )) vous fiiirc? Oh ! ne me cachez rien. — Jamais un père ne put avoir telle » pensée. » — « Beau sire fils, je veux te tuer, — Toi et ton frère qui est couché » à ton côté. — Car mon compagnon Amis, celui qui m'a tant aimé, — Ne I) guérira que lavé dans votre sang, — Lui qui est rejeté du monde. »■
« Beau très-doux père, dit aussitôt l'enfant, — Puisque votre compagnon ne )) sera guéri — Que s'il est lavé dans notre sang, — Nous vous appartenons, car » vous nous avez engendrés, — Et vous pouvez faire de nous tout ce qu'il vous )' plaira. — Tranchez-nous donc la tète, et faites vite. — Le Dieu de gloire va » nous recevoir là-haut — Et nous nous en irons, en chantant, au Paradis. — Là » nous prierons Jésus, de qui relève tout l'univers, — Nous le prierons de vous » préserver du péché, — Vous et Amis, votre beau compagnon. — Mais notre
CH.\P. XV
'STv'^"" ^^^^' courage au matin d'une de ces batailles où les flots de leur sang ont trempé la terre ; s'il les a reposés dans leurs fatigues et consolés dans leurs peines, s'il les a fait rire et pleurer ; si j'y puis retrouver la physionomie de leur esprit et y entendre les battements de leur cœur? Un tel chant, en vérité, ne saurait m'êtrc indifférent;
» mère, la belle Bolissent, — Au nom de Dieu omnipotent, saluez-la pour nous. »
— Le comte Tentend; si grande pitié l'a saisi — Qu'il tombe en pâmoison, étendu sur la terre. — Mais il se redresse, il reprend courage. — (Écoutez, écoutez, bonnes gens, c'est ici que vous entendrez merveilles — Telles que vous n'en
. avez jamais entendu de votre vivant.) — Le comte Amile se précipite vers le lit,
Lève l'épée ; son fils lui tend le cou. — C'est merveille si le cœur d'Amile
ne lui manque. — Le père tranche la tête de son enfant : — Il reçoit le sang dans le clair bassin d'argent, — Et tombe presque à terre.
Quand il a tué le premier de ses fils — Et que le sang en a coulé dans le bassin de prix, — Il replace la tète contre !e cou ; — Puis, vient à l'autre, lève répée d'acier, — Il lui tranche la tète juste au milieu du cou, — Reçoit le sang dans le bassin d'or pur, — Le recueille, et replace la tète, — Recouvre les deux enfants d'un riche tapis — Et, sans retard, s'élance hors de la chambre. — Il verrouille alors toutes les portes de rhôtel — Et Amile va trouver Amis — Qui gît malade dans son lit.
Amile est venu trouver Amis — Qui gît malade dans la chambre voûtée. — Amile tient le bassin tout débordant du sang, — Du sang de ses fils auxquels il a enlevé — Et tranché la tête de leurs corps. — Amis le voit, Amis en est tout éperdu, — Et se lamente : « Ah ! quel malheur, dit-il, — Quand tu vins » au monde ! »
Quand Amis vit le sang dans le clair bassin, — Sachez-le bien, il en fut épouvanté. — Mais voyez, voyez Amile le baron. — II interpelle son compagnon : — « Beau sire Amis, vous pouvez bien vous relever, — S'il est vrai que » votre corps puisse guérir par ce remède — Et que le Dieu de gloire vous H veuille par là rendre à la santé. — J'ai tranché la tète de mes deux fils — Et, )) par saint Omer, n'en plains aucun. » — Amis se lève et commence à pleurer.
— C'est alors qu'il éprouve combien son ami — Voudrait, de tout son cœur, lui donner — Sa guérison, s'il la pouvait trouver. — Amile alors fait apporter une grande cuve — Et y fait entrer son compagnon. — Mais celui-ci n'y peut descendre qu'à grand'peine, — Tant il est malade.
Amis était au fond de la cuve. — Le comte Amile tint le bassin rond au-dessus de son compagnon — Et lui frotte le front avec le sang vermeil, — Les yeux, la bouche et tous les membres, — Les jambes, le ventre, tout le corps en remontant, — Les pieds, les cuisses, les mains, les épaules en haut ; — Partout enfin, partout il le touche avec ce sang.
Amile fut noble et sage : — Son compagnon qui se nomme Amis, — II lui lave avec le sang la bouche et tout le visage. — Certes on peut bien croire qu'il est vraiment son ami — Puisqu'il a tué pour lui ses deux enfants. — Mais oyez, seigneurs, oyez ce qu'a fait Jésus-Christ : — Au moment où le front d'Amis est touché par le sang, — Soudain sa lèpre tombe; — Ses mains, son ventre, sa poitrine sont guéris. — A cette vue, Amile, son ami, — Rend grâces à Dieu, le roi du Paradis, — A ses Saints, à ses Saintes.
Amile eut le cœur tout plein de joie — De ce qu'Amis était guéri et délivré de sa lèpre. — Il reconnaît enfin les blanches mains d'Amis, — Et soyez cer-
et alors même que la langue en serait primitive et rauque, que la pensée en serait grossière et le style médiocre, je ne saurais m'empecher de lui trouver je ne sais quelle saveur exquise. Bref, en le lisant, je me sens chez moi. Et, quand après l'avoir un instant abandonné, je me décide à revenir vers lui et à l'étudier de nouveau,
tains qu'ils sont bien joyeux run et rautre. — « 0 Dieu, dit Amile, ù très- » beau père souverain, — Soyez-en béni, vous et tous vos saints, — Beau sire, M Père invisible, n
Quand .Vmis fut guéri et tout joyeux de sa guérison, — Sachez-le bien, Amile ne fut pas moins joyeux. — 11 embrasse, il baise .Amis. — Ils louent, ils remercient le Dieu de gloire. — Puis, le comte Amile, qui était un homme sage,
— Court dans sa chambre, en retire de bons vêtements, — En prend deux paires, tout rayonnant de joie, — Deux cottes, deux surcots, deux manteaux bien taillés, — Bien ornés d'os^erin. — Amis se revêt. Amis est guéri et joyeux;
— Lui-même, sans avoir besoin d'aide, il s'est habillé. — Et, en vérité, il n'y a pas un seul homme — Qui, en voyant les deux comtes ainsi vêtus, — Pourrait les distinguer run de rautre, — Tant ils se ressemblent.
Les deux barons sont vêtus dérobes de prix,— Et ils se ressemblent tellement du visage, du menton, — De la contenance, du nez et de la voix, — Que personne ne pourrait reconnaître — Lequel des deux est Amile, et lequel est .Amis. — Dès qu'ils sont velus, ils vont à Saint-Simon: — C'est un moutier de grand renom. — La femme d'.Amile au beau visage — Y était allée faire son oraison ; — Et il y avait alors grande foule au moutier. — Voyez, voyez Amile et Amis le baron — Qui descendent du palais.
Ils descendent du palais la main dans la main, — Les deux barons qui ont le cœur joyeux. — Ils descendent du palais dans le pays : — Tous les deux ils fessemblent au seigneur du château ; — Et bourgeois et vilains de les regarder.
— Pas un n'est sur, pas un ne sait — Lequel des deux est leur sire souverain ;
— Tous en sont dans le doute.
Tout ce peuple hésite au sujet des deux barons : — Ils ne savent pas faire la distinction — De celui qui est leur seigneur et le maître du fief, — Tant les deux comtes se ressemblent. — Les deux compagnons ne s'arrêtent pas — .lusqu'à l'église où était Bolissent,, — La femme d'Amile qui eut le corps si gent. — Ils entrent dans réglise la main dans la main, ils se signent. — La messe était dite, le peuple sortait; — La femme d'.Amile sortait aussi. — Mais quand elle aperçoit les comtes, — Elle en est grandement ébahie, et ce n'est pas merveille : — Toute pâmée s'étend par terre — A cause de cette grande merveille qu'elle voit de ses yeux ; — Plus de cent se précipitent pour la relever. — Elle se relève, et devant tous prend la parole : — « Seigneurs, dit-elle, I) par Dieu le rédempteur, — Je suis certaine, je sais, je crois à bon escient — » Que Tun de vous a grande part en moi — Et que c'est Amile, le hardi coni- » battant ; — Mais je ne saurais le distinguer de Fautre. » — « C'est moi, )i Bélissant, c'est moi qui suis vôtre, dit Amile — Et celui-ci est le baron Amis » — Qui a si longuement souffert un si grand mal.— Mais Jésus-Christ l'en a » délivré : — Comme il est aisé de le voir, il est guéri. » — Belissent l'entend, elle tend ses mains vers Dieu, — Plus de deux mille homm es se mettent à genoux, — Qui tous en rendent grâces au Roi puissant; — Et les cloches sonnent, et les clercs chantent, — Et tous en pleurent de pitié. — Mais alors : « Pas tant de joie, s'écrie Amile ; — C'est la douleur qui convient aujourd'hui, I. 31
I PART. UVR. It.
CHAP. XV
CHAP. XV
Or,
les Chansons
de geste
peuvent être
considérées
comme
la poésie nationale
de la France
et mériteraient,
je ressens un peu de cette joie douce qu'on éprouve en rentrant dans sa maison.
Telle est l'impression que doit laisser dans notre esprit l'étude des Épopées françaises, et en particulier celle de leur style. C'est pourquoi, en abordant cette étude que j'aime, je ne me laisserai point aller à un enthou-
» et une grande douleur : — Car mes deux fils sont tués, ils sont morts, ils » sont tout sanglants ; — Et c'est moi qui les ai frappés de mon épée d'acier. » — Oui, en vérité, je leur ai tranche la tête, — J'en ai recueilli le sang » dans un bassin d'argent, — J'ai lavé Amis dans ce sang — Et c'est ainsi )) qu'il a été guéri. — Mais tout ce que j'ai fait, je l'ai fait d'après l'ordre » — De Jésus, de ce père de qui viennent tous biens. — Et maintenant ve- » nez, vous verrez mon tourment, — IMon martyre et mon deuil qui est grand : » — Tout d'abord enterrons-les richement; — Et puis, tranchez-nous la tète, — » Car nous l'avons bien mérité. »
Amile au noble visage, Amile dit : — « Venez tous, venez, bonne gent )) honorée, — Sergents, bourgeois, chevaliers et clercs, — Venez là-haut dans » la salle pavée : — Vous verrez tous ma destinée cruelle. — Il n'y en eut >) jamais d'aussi horrible. » — Alors, vous les auriez vus, se précipitant à l'envi, — Courir très-impétueusement. — Les voilà tous qui montent dans la salle pavée ; — Les cloches sonnent par toute la contrée. — Grand fut le cri à cause des enfants. — On apporte là mainte croix, — Maint encensoir dont la fumée est douce. — Une foule de prêtres chantent à haute voix, — A grande halenéc ils chantent l'office des morts. — Mais Belissent, elle, ne s'arrête pas un instant ; — La première elle est entrée dans la chambre, — Pleurant, criant, toute échevelée ; — Pour ses enfants elle a grande douleur ; — Tout en larmes, elle ouvre la chambre. — Mais Dieu y a fait un grand miracle : — La mère trouve ses fils sous les rideaux, — Qui sont assis sur le lit et mènent grande joie ; — Avec une pomme d'or — Us jouent, ils sont tout heureux. — Voyez, voyez la dame qui tout à l'heure était si effrayée : — A la vue de ce miracle, elle s'est pâmée, — Et, avant qu'elle ait pu se relever, — La chambre s'est remplie de peuple ; — La foule à grande merveille s'y est entassée. — Belissent, à bras levés, baise ses fils. — La nouvelle rapidement est arrivée — Aux clercs et à la gent lettrée — Et à tous ceux qui forment l'assemblée : « Dieu, Dieu a fait un grand miracle ; — Il a ressuscité les deux enfants. » — Amile a entendu cette parole; —Amis au noble visage l'a entendue aussi. — Ils en ont une grande joie, une joie qui ne peut être cachée : — Car tous deux ils aiment ces enfants.
Quand Belissent voit jouer les enfants, — Elle court, bras levés, les baiser.— Certes qui eût vu entrer dans cette chambre — Bourgeois, sergents, pucelles qui s'y pressent, — Qui les eiît entendus remercier Jésus-Christ de cette joie, — Celui-là eût gardé le souvenir de cette merveille. — Le comte Amile ne pouvait entrer dans le château, — Mais il entendit conter la nouvelle — De ses enfants ressuscites par Dieu. — Belissent, la belle au clair visage, fend la presse, et sans retard — Emmène ses enfants, qu'elle aime tant, — Elle les habille, elle les pare : — Il n'en est pas de plus beaux jusqu'à Clermont. — Puis, elle les conduit dans la salle. — Quand Amile les voit, — Il se précipite, il les baise, il les serre sur son cœur. — Amis aussi. Amis ne peut se lasser — De les fêter et de leur faire honneur. — On vient voir, on vient regarder les enfants : — Et Belissent : « Sire Amile, bon baron, — Si j'avais pu penser ce
siasme qui me tente, et je n'appliquerai point à toutes "'■c'^hap''xv "
nos chansons ce jugement que M. Paulin Paris a pu jadis
porter sur la seule i^este des Lorrams : «Je ne crois pas, d'«tre
, ., ,., . , T > l'olijet d'une étude
dit-il, qu n y ait, dans aucune autre littérature, un ostiu^tique. monument aussi hardi. » Non, je n'irai pas jusque-là, et me contenterai de dire : « Nous devons faire estime de
» matin — Que vous vouliez trauclicr la tète de mes enfants, — En vérité, je » serais restée — Pour recueillir aussi leur sang clair. » — Cette parole a fait pleurer maintes gens, — Et les fait doucement soupirer de pitié. — Grande est la joie, c'est la pure vérité ; — Tous vont au moutier adorer le Seigneur Dieu. — On emmène les enfants tant aimés ; — Les cloches sonnent d'ellesmêmes, — Tous les clercs chantent à haute et claire voix: — Partout c'est grande fête — A cause des miracles. (Amis et Amiles, édit. Conrad Hofmann, vers 2953-3241.)
OGI E R LE DANOIS. T y p e d ' u n e c h a n s 0 n de 1* é p o q u e h é r o ï q u e ; g e s t e d e Doon et geste du Roi (n° 8). — Lefils de Cliarlemagne, qui s'appelle Chariot, a tué le fils d'Ogier qui se 7wmmait Baudouinet. Colère du Danois, qui se réfugie à la cour du roi Didier et cherche â ameuter contre Charlemagne la chrétienté tout entière. La guerre éclate : elle est terrible pour le Danois, qui s'est enfermé dans le château de Castelfort et est sur le point de succomber. C'est alors que Chariot, se repentant du crime qu'il a commis dans un moment de colère, se dévoue au salut de tous et va trouver Ogier pour lui demander pardon. — Vous plaît-il entendre chanson de grand baronnage, — Du duc Ogier le bon vassal ? — La maladie et la famine l'ont tellement étreint — Qu'il voudrait bien s'enfuir, mais ne sait comment faire. — Chariot l'apprend. Chariot au cœur fier. — Sur-le-champ il s'arme ; point n'y veut mettre de retard, — Et le voilà qui s'achemine vers Castelfort. — Il aperçoit le duc, et lui veut dire ce qu'il a dans le cœur : — « Ogier de Danemark, est-ce toi? — u Réponds-moi, avec la grâce de Dieu, réponds-moi.» — Et le duc de répondre : fl II est vrai que je m'appelle Ogier; — Mais toi, qui as de si belles armes, » qui es-tu? — Armé comme tu Tes (je ne sais pourquoi je te le cacherais), » — Il te faudrait combattre contré deux hommes. — Es-tu venu pour deman- » der bataille à Ogier? — Veux-tu faire avec lui l'épreuve de ton courage? « » — Ce ne fut jamais mon dessein, dit Chariot. — Non, de par Dieu, Ogier, » noble baron de haut parage. — Je m'appelle Chariot, et suis le fils de « l'empereur Charles, — Je sais bien ta pensée, et que tu me portes grande » haine. — Si quelque part tu avais jamais l'avantage, — Certes tu ne me ferais » point grâce de la mort — A cause de ton fils que j'ai tué par folie. — Mais, H vois-tu, j'étais jeune alors, point n'avais d'expérience, — Et ce fut l'œuvre » du péché dont le diable nous enlace. — Il n'est pas de jour où je n'en aie le » remords et la rage au cœur. — J'en suis triste au matin, j'en suis triste le M soir. — Au nom de Dieu, Ogier, n'aie pas pensée perfide au cœur. — Faisons M la paix, par Dieu et son image : — Cette guerre mortelle n'a que trop long- » temps duré. — Si j'ai tué ton fils, je t'en ferai la réparation — Que ceux de )) ton lignage voudront exiger. — Oui, je ferai le voyage d'outre-mer, — Le » pèlerinage du saint sépulcre, — Et enfin toute, toute ta volonté. — Ton » héritage je te le ferai rendre. » — Ogier l'entend, il relève son visage : — « Traître, dit-il, que Dieu te maudisse ! — Ta réparation, je ne l'accepte
IPART CHAP
.^xv!"' iios Chansons de geste parce qu'elles sont un des monuments les plus considérables de notre poésie traditionnelle. »
Et dans ces derniers mots je résume toute ma pensée.
Nos Épopées, en effet, ont été écrites d'après des tra-
w point : — Car tu m'as fait subir trop grande perte et trop grande douleur. — » Mes hommes, tu les as tués; mes barons, tu les as massacrés. »
Ogier parle comme un homme qui est en très-grande colère : — « Ah ! Chariot, » plût à Dieu que tu ne fusses pas né, — Tant j'ai souffert, grâce à toi, de » douleurs et de tourments. — Tu as fait périr mes hommes que j'aimais tant; „ — Dans la cité de Laon tu as tué mon fils. — Et voici que tu viens à moi « pour me crier merci. — Non, non, tant que je vivrai, tu ne seras jamais mon » ami. » — « Je n'en suis que plus triste encore, répond Chariot; — Mais je te M veux faire une demande. — Ce matin, quand le soleil fut levé, — Tu as jeté » un regard sur ta lance d'acier, — Sur ton haubert, sur ton heaume gemmé, « — Sur ton écu à bandes et sur ta bonne épée. — Par la foi que je dois à « Dieu, quel était ton dessein, Ogier? — Dis-le moi, ne me cache rien ; — » Et, par ma loyauté, je te jure — Que je ne t'accuserai jamais, — Et ne » ferai même pas garder ma tente aujourd'hui. — Pour que tu le saches bien, » je t'en donne ma foi. » — Ogier l'entend et jette sur lui un long regard. — Puis, soudain, lui dit à haute voix : — « Quels diables t'ont déjà raconté » tout cela ? — Je ne t'aime et ne te cliéris pas assez — Pour te dire le fond » de ma pensée et de mon cœur. — Mais puisque enfin tu me ras demandé, „ — Puisque tu m'en conjures, .je te le dirai ; — Je te le dirai, dussé-je en » mourir. "
Ogier parla, Ogier à la fière personne : — « Chariot, dit-il, que Dieu te 1) maudisse ! — Au nom de ce Dieu qui fit le monde, tu m'as conjuré — De » te dire en toute vérité, sans mensonge, — Pourquoi je regardais ce malin » ma lance et mon haubert. — Eh bien ! moi, je t'adjure, au nom de Dieu qui fit » le monde — Et qui est un en trois personnes, — Par la foi que je dois à la M très-sainte couronne, — Aux saints clous, à la croix que nous adorons — Et » sur laquelle le fils de Dieu a reçu la mort et Tangoisse, — Si je te le dis, tu M ne m'en accuseras point? » — « Non, dit Chariot, non, par la foi que je dois » au monde entier, — Par la foi que je dois à mon père et à sa couronne, — » Par la foi que je dois à saint Pierre de Rome — Qui a fondé solidement » notre foi, — Je ne le dirai ni à roi, ni à comte, — Ni à homme qui vive » ou qui jamais vécut. — Et pour que tu le saches bien, je t'en donne ma » parole. »
« Chariot de France, dit le sage Ogier, — Tu es bien hardi de me vouloir M ainsi parler. — Je te hais tant que je ne te puis regarder, — Car tu renouai velles toute ma douleur. — C'est toi qui m'as tué mes hommes, c'est toi qui » les a mis en pièces — Et qui as fait voler les yeux de mon fils si beau, — De » ce petit Baudouin que j'avais engendré — De Béatrix, la belle au clair visage,
„ La fille du châtelain Guimer — Qui tenait le bourg de Saint-Omer. — Tu
» lui donnas un tel coup d'échiquier — Que la cervelle en vola sur le marbre
„ Et que tu le fis tomber et mourir. — Voilà pourquoi mon cœur te déteste;
„ Voilà pourquoi je n'aurai jamais avec toi ni paix, ni accord. — Or donc,
I) je ne puis plus rester dans ce château ; — Je n'y ai plus de vivres, et me » meurs cruellement. — Ne le pouvant plus garder, je m'en irai — Ce soir, à
dilions profondément nationales auxquelles elles ont donné le mouvement et la vie et dont elles ont prolongé la durée à travers tous les siècles de notre histoire. Ces mêmes chansons se rapportent à certains faits et à certains héros de nos annales que nous avons le strict devoir de ne pas oublier, si nous voulons être une nation vrai-
1) la nuit, quand tout sera caché et secret, — Je m'en irai, armé, sm' mon clic- » val ; — Tout doucement, je m'en irai à ta tente — Et si je te rencontre, je te 1) tuerai, — Je te frapperai d'un coup de ma lance au côté. — Ton père ou » toi, vous ne me pouvez échapper. — L'un des deux, quel qu'il soit^ mourra » de ma main. » — Chariot Eentend, il commence à trembler. — Ah! s'il ravait su, pour toute la cité de Paris, — Il n'eût pas de la sorte engagé sa parole. — Si grande est sa peur que son visage en est tout changé.
Alors Chariot, le fils du roi Charles, parla : — « Au nom de Dieu, Ogier, n'aie » pas de pensée perfide au cœur. — Si je tuai ton fils, ce fut par folie. — » J'étais jeune, j'étais sans expérience — Et ce fut l'œuvre du péché dont le I) diable nous enlace. — Avant de nous faire tant de mal, accepte la réparation » que je te propose. — Je passerai la mer en un navire, — Et je ferai le )) voyage du saint sépulcre — Pour ton fils, afin que Dieu lui fasse miséri- » corde. — De plus, je te rendrai hommage. — Après cette offre, si tu me I) veux encore tuer, c'est passer toute mesure. » — Ogier l'entend, mais point ne le regarde — Et rapidement descend les degrés. — Il se couche dans un lit, au milieu de la salle, — Et le fils de Charles s'en retourne tout abattu.
— C'est ainsi qu'il revient sous sa tente de soie ; — A sa rencontre vont les uns et les autres — Et Charlemagne l'interpelle tout le premier : — « Eh bien ! )i qu'avez-vous trouvé près du duc de Danemark ? — Se rendra-t-il? Savez- I) \'ous ses desseins? » — « Vous parlez follement, répond Chariot. — .le crains « bien qu'Ogier ne nous fasse encore grand dommage. » — Le roi qui tient la France demande à son fils : — « Qu'avez-vous trouvé près du duc Ogier? » — « Par Dieu, beau père, je n'y ai trouvé que grande douleur et grand péché; » — Les plus puissants en auront grande encombre. — Enfin ne pense pas que » nous ayons jamais la paix avec lui. >> — « N'en dites plus mot, fils, répond l'Em- » pereur. — Le temps approche où Ogier sera tué, où il aura la tète tranchée. » — Voici ce que j"ai entendu réceinment raconter à un écuyer — Qui était all'é » couper de l'herbe. — Il entendit sangloter le bon Danois : — Ogier se lamen- » tait parce qu'il n'avait plus rien à manger. » — « Vous dites ce qu'il vous plaît, » répond Chariot. — Certes, la paix serait bonne, mais si quelqu'un la peut » faire. » — Chariot s'en va sans plus de retard ; — Il arrive à sa tente et descend de cheval. — Cent damoiseaux de grand prix formaient sa compagnie :
— Il demanda Eeau, et se mit à table ; — Mais il mangea bien peu, le fils de Charles le fier : — Car il ne 'peut penser qu'à Ogier — Et tremble qu'il ne vienne à sa tente pour le frapper de sa lance. — Après souper, il adresse à ses Français la parole : — « Seigneurs, dit-il, vous irez vous coucher; — Il est » inutile défaire le guet cette nuit. — Nous n'avons plus à craindre le Danois : » — Car il a bien peu de chevaliers avec lui. — Je ne veux avec moi que M mon chambrier — Pour parler avec lui et prendre de lui conseil. » — Il y eut là un comte, qu'on appelait Gautier, — Tout jeune encore, mais très-bon chevalier. — Quelques jours auparavant, il avait été fait chevalier en même temps que Chariot, — Et c'était le seigneur de tout le Ponthieu. — Comme il n'y avait en lui que prudence, il appelle les Français — Derrière la tente, au de-
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CUAP. XV.
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ment digne de ce nom. Et, enfin, ces mêmes poëmes, trop longtemps oubliés, reflètent exactement les idées, les croyances et les mœurs de nos pères pendant toute celte longue période de l'enianlement et de la formation de la France. J'en conclus que nous serions ingrats de ne pas chercher à connaître ces vieux chants de notre
hors, pour tenir leur conseil : — « Barons, dit-il, faites silonoe et m'écoutez. )) — Notre jeune seigneur vient de parler avec Ogier. — Or, depuis cette nuit, » je le vois tête basse et tout triste. — Il lui a sans doute engagé sa foi et pro- » mis son silence. — Faisons donc cette nuit le guet près de sa tente — Pour » n'être ni surpris ni trompés. — Et si Ogier y vient sur son cheval qu'il épe- » ronne, — Qu'il ne puisse toucher au fils de Charles.» — « Bien, c'est bien, » s'écrie plus d'un Français. « — Et tous vont, sans bruit, revêtir leurs hauberts.
— Autour delà tente de Cliarlot, ils veulent là, tout près, rester en sentinelle. Le jour vient à manquer : voici Tombre du soir. — Dans sa tente est Charlot, tout pensif. — Vite, il a ordonne de préparer son lit ; — Il en fait établir deux : — L'un est à torsades d'ivoire. — Celui qui le fait y a mis quatre couettes ;
— Les draps sont de soie et à fleurs de satin. — Et c'est là que le fils du roi doit se coucher. — Mais il y a mille Français qui sont en sentinelle, — Sans bruit, pour que Chariot ne les aperçoive pas.
Les deux lits sont dressés au milieu de la tente. — L'un deux est richement paré; — Les draps y sont de soie à bordures de satin; — La couverture est d'hermine teinte en rouge. — C'est là que Chariot de France s'est allé coucher;
— Mois, dans sa douleur, il n'ôte point son baudrier — Et ne retire pas son hermine pourprée : — Il a trop peur qu'Ogier ne vienne le frapper dans sa tente. — Et certes, il n'en faut pas douter, le Danois y viendra. — Les trompettes du camp commencent à sonner ; — Les sentinelles commencent à crier.
— Le Danois d'outre-mer les entend bien, — Car il est monté sur le mur de son château : — « 0 seigneur Dieu le Père, s'écrie le sage Ogier, — Cliarlot » m'aura manqué de parole, le parjure ! — II m'avait engagé sa foi, qu'il ne ') se ferait point garder. — Je lui puis bien donner le nom de traître. — Mais ■) en vérité, dit-il ensuite, ceci ne fait rien. » — Vite il descend les degrés — Et va vers son cheval Broiefort. — Il lui a mis un frein d'or à la bouche; — Puis, la selle; puis, le poitrail; — II Ta très-étroitement sanglé. — Lui-même vêt le haubert, lace le heaume gemmé — Et ceint l'épée à la poignée d"or niellé.
— 11 suspend à son cou le fort écu à bandes — ] Et dans son poing prend sa lance niellée. — Puis, il saisit Broiefort par les deux rênes, — Il le tire et le conduit jusqu'à la porte. — II ouvre la porte, et abaisse le pont. — Alors le Danois d'outre-mer monte à cheval, — L'écu au cou, et au poing la lance d'acier;
— Il tourne son regard vers Castelfort, — Soupire du cœur, et se prend à le regretter : — « Château, dit-il, je te recommande à Dieu, — Le glorieux, le n Roi de majesté. — Puisse celui qui t'aura ne point connaître la pauvreté, — Ni » la disette ni la douleur. — Sainte Marie, vous savez ma pensée : — En votre n bonté préservez-moi — Des souff"rances et de la mort. » — Il pique le cheval de ses éperons d'or, — Et Broiefort fait un bond de treize pieds. — II évite le guet, va de rautre côté, — Passe sans bruit à travers les tentes, — Et plein de grande colère, arrive à celle de Chariot. — Il aperçoit raigle d'or qui en surmonte le pommeau. — L'épieu au poing, il y court. — II aperçoit les cierges, qui jettent grande clarté, — Et les deux lits qui sont si bien parés. — L'un d'eux surtout est très-richement orné; — Ogier s'imagine y trouver Chariot. —
race, et ceux-là seulement osent les dédaigner qui n'attachent de prix ni à leurs origines religieuses, ni à leurs ^antiquités nationales.
Mais ce n'est pas tout encore. Si nos Épopées françaises, si nos Épopées chrétiennes sont véritablement belles, c'est pour nous, chrétiens et Français, une obli-
— Point : Chariot est dans l'autre. — Le Danois rassemble son bras, laisse aller l'épieu, — Perce les couettes avec le bon satin paré — Et fait entrer son arme d'un grand demi-pied dans le lit. — Puis, à très-haute voix, il commence à -crier : — « Chariot, tu es mort ; que les diables aient ton àme ! — Ainsi ai-je )) mis fin au deuil de mon fils Baudouinet — Que tu as fait mourir dans la cité » de Laon. » — Les Français entendent Ogier, quel effroi ! — Le guet se pré- <;ipite, qui pourrait trop tarder.
Ogier lance le pieu avec une telle colère — Qu'il perce les couettes et tranche le lit — Et que le pieu est entré en terre d'une grande demi-aune. — Puis, à très-haute voix, il commence à crier : — « Chariot, lu es mort ; que » les diables aient ton àme ! — Ainsi ai-je éclairci ma douleur à l'égard de H Baudouinet — Que, comme un traître enragé, tu avais fait mourir. » — Les Français Pentendent, quel émoi ! — « A Paide, à Paide, Notre Dame ! se disent- » ils Pun à l'autre.— Tôt, tôt, seigneurs! c'est le Danois Ogier— Qui est venu » dans la tente de Chariot pour le frapper. — S'il nous échappe, nous voilà » bien trompés. » — De toutes parts leurs cris redoublent ; — Le camp se met •en mouvement, par devant, par derrière; — Charlemagne lui-même court vêtir son haubert. — Et le Danois de retirer son épieu. — Vite, il laisse aller son destrier. — Broiefort fait un bond, comme cerf devant lévrier. — Cinq cents ■chevaliers le suivent Pépée au dos, — Qui tous, pleins de haine, lui veulent trancher la tête. — Charlemagne se met à sa poursuite, Dieu ! avec quel élan!
— Et voilà PEmpereur devant les autres, au premier rang. — Ogier s'en va, Ogier ne sait où se réfugier. — Us lui font gravir le mont Chevreul.
11 s'enfuit, Ogier, il s'enfuit à travers la plaine de Mont-Chevreul. —Mille chevaliers le suivent, comme un seul. — Mais celui qui le suit le plus près c'est notre Empereur, — La lance droite, couvert de son écu : — « Lâche, s'écrie- » t-il, vous serez forcé de revenir sur vos pas. — Il est trop tard aujourd'hui » pour rentrer en bourg ou en château, — En donjon -ou en aucune autre rc- » traite. — Si je vous tiens aux poings, vous serez pendu ce matin. » — Ogier i'entend, et son cœur en est triste : — « Grand Dieu ! dit-il, voilà un jeu qui H ne m'est ni bon, ni beau. » — Il jette alors un regard derrière lui, aperçoit le Pioi d'Aix — Qui, devant tous les autres, le poursuit plein de rage. — Il retourne vers lui son bon cheval rapide — Et frappe l'Empereur sur le dos de Pécu; — Il perce le bouclier, déchire la peau, — Ne fait qu'un mopceau du roi et de ses armes — Et le jette à bas de son bon cheval brun. — Cent damoiseaux arrivent à la rescousse et viennent en aide au Roi. — Mais, sans plus attendre, le Danois se remet à fuir.... tLa Chevalerie Ogier le Danois, édit. Barrois, vers 8723-9020. On n'a pas traduit à dessein le vers 8808 ; le sons du ■vers 8732 est douteux.)
CHAP. XV
GIRATZ DE ROSSILHO. Type d'une chanson provençale ou écrite sur les confins des deux langues d'oc et d'o'il, à l'époque héro'ique (n" II]. — Girard de Roussillon a été longtemps en lutte avec l'Empe-
'Thap'^'xv'."' gation et un honneur de mettre en lumière une beauté si obstinément méconnue, et ce travail devrait être considéré par chacun de nous comme une œuvre presque filiale. De là cette étude sur le style des Épopées françaises ; de là ces pages qui sont principalement écrites à l'honneur de l'Église et de la France.
reur, et ce duc de Bourgogne est nn jour tombé dans la plus gratule misère. Il s'est fait charbonnier et a «porté le charbon durant sept ans ». Sa femme Berle, elle, s'est faite couturière et a admirablement soutenu le courage de son mari à travers cette longue épreuve. Au bout de vingt-deux ans, ils reviennent secrètement à la cour de l'Empereur. Or, Berte est la sœur de la Reine, et la Reine a voué à son beau-frère Girard un amour profond et pur. C'est elle qui, grâce à un anneau qu'elle lui a jadis donné, va la première reconnaître le vieux duc de Bourgogne. — Le jour est passé, la nuit est venue.
— Et quand la nuit fut venue, quand robscur fut tombé, — Alors grand fut le bruit et le tapage — Que firent les moines, les chanoines et les petits clercs (c'était le Vendredi saint). — La Reine s'en va au moutier, pieds nus. — Girard s'est levé, il est venu — A un autel, sous une arcade. — C'est là qu'il trouve la Reine en prière ; il n'y avait presque plus de lumière. — Il se met tout près d'elle et, rompant le silence : — n Dame, dit-il, au nom du Dieu qui » fait miracles, — Au nom des saints que vous avez invoqués, — Au nom de » Girard qui tant fut votre ami, — Dame, je vous en prie, ayez pitié et venez- » moi en aide. » — Bonhomme barbu, reprend la Reine, — Savez-vous quelque » chose de Girard ? Qu'est-il devenu ? » — « Dame, au nom de tous les saints )) que vous priez, — Pour l'amour de ce Dieu que vous adorez, — Pour cette » Vierge dont il naquit, — Si vous aviez là le comte Girard, — Dites-moi, Reine, » qu'en feriez-vous? » — « C'est grand péché que cette question,— Bonhomme » barbu, dit la Reine : — J'aurais volontiers donné quatre villes — Pour que le » comte fût vivant et possédât en paix — Tout le fief dont il a été exilé. » — A ces mots, le comte s'est permis plus de privante avec la reine, — Lui a donné l'anneau et dit : «Voyez. — C'est moi qui suis ce Girard dont vous parlez. » — Et quand elle eut l'anneau, elle le reconnut assez. — Elle oublie alors que c'est le Vendredi saint — Et, dans ce lieu même, baise cent fois le comte Girard...
— Elle fait retirer ses damoisellcs, — Prend Girart par le cou, — L'embrasse encore et à cent reprises : elle l'aime tant! — Puis, elle Femmène à part, sous l'arceau, — Et lui demande tout ce qu'elle veut savoir. — Il le lui raconte, et elle en a grand deuil. — « Et ma sœur, où est-elle? » « Là, tout près,- — » Dans la maison de notre hôte Hervé. — Ah ! je n'ai jamais vu dame de sa » valeur. — C'est elle qui m'a sauvé, c'est sa douceur, — C'est son honneur, » ce sont ses bons conseils. — J'avais peur de venir ici : c'est elle qui a voulu » que je vinsse... » — La Reine a mis Girard dans la meilleure de ses chambres; — Elle y entre avec sa sœur, et laisse son cortège à la porte. — Mais je ne veux pas vous raconter le deuil et les pleurs. — La Reine ne sortit pas avant le jour. {Girat< de Rossilho, édit.'Raynouard, Lejcique roman, I, 214-217.)
MONIAGE GUILLAUME. Type d'une chanson de l'époque héroïque; geste de Guillaume (n° 17). — Une maladie s'empara de la bonne dame Guibourc, —Une maladie dentelle ne put guérir. — Elle fut couchée à Nîmes,
Le style est l'expression de la nature intime d'un être : telle est, je pense, la plus exacte définition qu'on en ait jamais donnée. Nous l'adoptons volontiers, et prétendons l'appliquer à nos Chansons de geste.
c'est la pure vérité, — Trois mois entiers, et ne revint point en santé. — Guillaume en eut grand courroux et grande ire, — Comme aussi beaucoup de dames et toule sa parenté, — Comme aussi les chevaliers dont elle était moult aimée. — Donc, elle gisait là, dans son lit de mort. — La dame alors manda Guillaume, — Et Guillaume ne refusa point de venir : — « Dame, dit-il, par sainte charité, que » voulez-vous de moi? » — « Au nom de Dieu, je vais vous le dire, reprit la » dame. — Je suis bien malade, et n'en dois point réchapper. — Bien des fois » nous avons ri et joué ensemble; — Mais aujourd'hui, par sainte charité, je » vous en conjure, — Si jamais je vous ai offensé en parole ou en pensée, — Je » vous en fais la prière, pardonnez-le moi. » — « Puisque c'est votre volonté, » dit Guillaume, — Je vous pardonne tout au nom de Dieu. — Ah ! je n'aurai >) plus de joie ici-bas, après votre départ. — Quand vous allez si tôt me man- » quer, c'est grand deuil pour moi. » — « Sire Guillaume, dit Guibourc, enten- » dez-moi. — Vous donnerez mes joyaux à mes filles, — Et mes trésors aux » abbés et aux nonnes, — Aux clercs, aux prêtres, qui sont les ministres de » Dieu. — Faites-moi donner ce qui me revient de mon bien. « — « Volon- » tiers, dit le comte. » — Guillaume mande tout le clergé. — Tous y vinrent de bonne volonté; — Et on leur a donné tout le bien de Guibourc. — Aussitôt la dame a poussé un soupir, — Elle a recommandé Guillaume à Jésus. — Et puis, plus un mot. — Le comte Guillaume a pleuré de pitié, — Et la dame a quitté ce monde.... IMoniage Guilhnnne, d'après l'édit. de Conrad ïïofmann.)
I PART. Liva. II.
CHAP. XV
A cote du style
individuel
ou personnel,
qui est, celui
de Dante
ou de Bossuel,
il y a un style
« national »
qui est celui
de nos c'popées.
GARIN LE LOHERAIN. Type d'une chanson de l'époque héroïque; petites gestes (n° 19j. — Un jour fut Bègue au château de Belin, — Et près de lui la belle Béatrix. — Le duc lui baise et la bouche et le visage, — Et la duchesse moult doucement lui rit. — Parmi la salle vil ses enfants venir; — D'après la geste, l'un avait nom Gerin, et le plus jeune s'appelait Hernaut; — L'an a douze ans, l'autre dix. — Six damoiseaux de prix sont avec eux. — Et d'aller les uns vers les autres, de courir et -de sauter, — De jouer, de rire, de bien mener leur joie. — Le duc les voit, se prend à soupirer. — La dame s'en aperçoit et lui dit : — « Eh ! riche duc, pourquoi cette tristesse? — Or et » argent avez dans vos écrins, — Des faucons sur leurs perches, du vair et du w gris, — Des mulets et des mules, des roncins et des palefrois. — Quant à vos » ennemis, vous les avez lous mis sous vos pieds — Et, à six journées de » marche tout à rentour, vous n'avez pas de voisin si puissant — Qui, sur » votre ordre, ne vous vienne servir. » — Le duc lui répond : « C'est vrai, » dame, c'est vrai ; — Mais vous vous trompez sur un point. — La vraie richesse, » ce n'est pas le vair et le gris; — Ce ne sont pas les deniers, ni les mulets ni " les chevaux ; — C'est la famille et ce sont les amis. — Le cœur d'un homme >i vaut tout l'or d'un pays. — Or, je n'ai qu'un frère, Garin le Lorrain, — Et il » y a sept ans passés que je ne le vis. — J'en suis dolent, triste et marri... — » Donc, je m'en irai vers mon frère Garin, — Et je verrai Tenfant Girbert, » son fils, — Que, (Dieu m'aide), je n'ai jamais vu. — On m'a conté merveilles
CHAP. XV
Ce que l'on rencontre le plus souvent dans le style ainsi défini, c'est l'expression d'une nature individuelle, d'une personnalité plus ou moins originale et puissante. Et c'est dans ce sens que nous comprenons aujourd'hui ce mot délicat et complexe, quand nous disons : « Le style de Bossuet, le style de Victor Hugo. »
» des bois de Pevelle, — De Vicogne et des alleux de Saint-Bertin. — Dans ce » pays il y a un sanglier énorme. — Je le chasserai, s'il plaît à Dieu et si » je suis vivant — Et j'en porterai la tête au duc Garin, — Pour qu'il voie )) et contemple cette merveille : — Car il paraît qu'on n'a jamais entendu » parler d'un pareil sanglier. » — « Mon seigneur, lui dit sa femme, que » me dis-tu ? — Tu vas là sur la terre du comte Baudouin, — Que tu as occis » de ta main, — Et ron m'a dit que le comte a laissé un fils. — Tu vas en- !> core sur la marche de Froment le puissant, — Dont tu as tué les frères M et les parents. — Laisse, laisse cett? chasse. — A ne te point mentir, le » cœur me dit — Que si tu vas là-bas, tu n'en reviendras point. » — « Voilà » d'étranges paroles, répond Bègue, — Et jamais je n'en croirai sorcière ni » devin. — Mais c'est par les aventures que le bien vient toujours dans un » pays, — Et je ne renoncerais pas, pour tout ror que Dieu fit, — A aller là- )) bas, puisque j'en ai le désir. » — « Seigneur, lui dit la dame, que Dieu 1) soit avec toi, — Dieu le glorieux qui naquit la Vierge! » — Le duc alors regarda autour de lui, et vit Rigaut son cousin : — « Cousin, lui dit-il, vous » viendrez avec moi, — Et votre père gardera ce pays. »
La nuit, Bègue fut couché près de Béatrix. — Ils jouèrent, gabèrent et rirent assez — Jusqu'au lendemain que le jour se fit clair. — Le chambellan vint à son seigneur pour le servir. — Quand il eut assez dormi, Bègue se lève, — Se chausse, s'habille sans tarder, — Revêt un bliaut, une pelisse d'hermine, — Des heuses tirées et des éperons d'or fin. — Il fait charger dix chevaux d'or et d'argent — Pour être bien servi où qu'il ira; — Avec lui emmène trente-six chevaliers, — De bons veneurs et qui s'y entendent, — Dix meutes de chiens et quinze valets pour préparer les relais. — Puis, il recommande à Dieu la belle Béatrix — Et ses deux enfants Hernaut et Gerin. — Dieu! quelle douleur ! — Il ne les vit plus jamais. {Garins li Loherains, d'après le texte publié par P. Paris, l, pp. ^217-2-21.)
AUBERI LE BOURGOING. Type d'une chanson de l'époque héroïque; petites gestes (n" 'îô). La scène s'ouvre sur une grande bataille entre les Sarrasins et les Bavarois; ceux-ci sont commandés par le roi Orri. — Grande fut la bataille auprès d'une montagne. — Voyez-vous dans la mêlée Savari d'Allemagne,— Et Baudouin et Gontier de Mortagne,— Et Herchambaut et r.\llemand Gautier? — Ce sont les gens du roi Orri, le capitaine. — Ce n'est certes pas là un combat ordinaire;— Mais, en vérité, les païens sont trop nombreux. — Ce jour-là les Bavarois firent mauvaise chasse, — Et mille tombèrent morts dans la plaine.
Grande fut la bataille et fière la mêlée. — Ils se conduisent bien, les gens de la Bavière; — Mais toute leur force ne leur peut valoir deux deniers : — Car ils ont devant eux vingt mille païens — Qui se mettent à leur poursuite et leur donnent la chasse. — Ici je ne sais vraiment que dire et voudrais arrêter ma chanson. — Tous les chrétiens y meurent ou sont faits prisonniers, — Excepté trente qui sont bons chevaliers. — Ah ! ceux-là se vendirent très-cher
Or, ce style individuel n'apparaît guère au moyen âge ^vant l'avènement du roi-Dante, et, pour ne parler que de nos chansons, il est certain qu'il nous faudrait quelque subtilité pour établir une distinction entre le style des Lorrains et celui (ÏOgier le Danois. Mais, à défaut de style individuel, le moyen âge a connu le style national.
aux Sarrasins ; — Mais ils sont trop peu devant tant (Fennemis. — Quand ils ont vu que l'encombre est mortel, — En toute hâte ils se sont mis en fuite
— Et se replient devant la cité. — Ils y entrent pour mettre leur vie à l'abri ;
— Mais, hélas ! ils' ont fait verrouiller les portes trop tôt : — Le Roi est resté seul dans la grande bataille. — Quand le roi Orri n'entendit plus le bruit ni les cris — D'aucun de ses hommes, il n'y eut en lui que colère. — Devant, derrière, partout, il est cerné par les Turcs. — Il se défend alors comme un bon guerrier doit le faire; — Mais point ne vaut un denier sa défense. — Voici qu'ils lui tuent sous lui son bon destrier rapide. — Orri le voit : quelle douleur !
— Sitôt qu'ils eurent jeté le Roi à terre, — Sitôt que son cheval fut tué sous lui,
— Vite, ils lui courent dessus; — De toutes parts ils le saisissent et le retiennent— Et, sans plus tarder, le livrent à Anquetin. — Celui-ci le voit et le reconnaît bien : — « Veux-tu croire à Mahomet et à Cahu ? « — Orri l'entend et tout son sang s'émeut. — Ah ! s'il eût eu quelque pouvoir contre le païen, — Bien volontiers il l'eût frappé. — Mais il lui dit : « Ne plaise au roi Jésus — » Que pour le corps je perde Fâme ! »
Quand Anquetin entend que le roi — Pour rien au monde ne quittera la loi de son Dieu : — « Réfléchis bien, lui a-t-ildit; — Viens-t'en guerroyer en France ') avec moi: — Nous mettrons en tel effroi le roi Pépin, — Que je lui enlèverai n la France et te la donnerai. » — « Non, non, répondit Orri, je n'en ferai rien. » — Jamais je n'irai là où je renie Jésus — Qui m'a formé à son image et res- » semblance ; — Jamais, jamais je ne commettrai ce crime de renier à la fois » mes deux seigneurs, — Jésus de gloire et Pépin notre roi. » Anquetin l'entend «t en a grand courroux au cœur. — Il fait lier Orri et le fait tenir coi. — Puis, il est monté à cheval, lui et les siens — Et vient jeter l'effroi parmi ceux de la ville.
Le roi Anquetin a éperonné ; — Il emmène au grand trot le roi Orri, — Carcan au cou comme un voleur. — Autour de lui sont douze Esclavons pour le garder. — Tous, au plus vile, se portent vers la cité : — Ils la trouvent déserte et sans défense. — Ceux qui vivent encore s'enfuient au plus vite — Vers la grande tour, pour s'y mettre à l'abri. — Les mécréants se répandent dans toute la ville — Et mettent le feu aux quatre coins. — Ce jour-là mainte maison fut brûlée. — Quelle angoisse pour les pauvres gens ! — Dix mille moururent en ce massacre, — Hommes, femmes, petits enfants. — Toute la ville est dans l'épouvantcment, — Et ceux du maître donjon sont en grande frayeur. — La Reine au clair visage — Regrette souvent le roi Orri, le baron.
— Quand les païens ont fait toute leur volonté de la ville, — Ils se rassemblent au grand palais. — Or, ils tenaient toujours le roi Orri, carcan au cou.
— Et le roi Anquetin de s'écrier à haute voix : — « Rendez-vous sur l'heure, » rendez-vous, — Ou, sans autre rançon, vous mourrez. » — Quand les assiégés Tentendeiit, quelle terreur ! — C'est en ce moment qu'ils eussent eu grand besoin d'Aubry le Bourgoing. — Vous allez entendre merveilleuse chanson, ■ — Et vous verrez comment Aubry vint à la défense — De la Reine au clair visage,
— Quand les païens eurent tué son baron.
CHAP. XV
IPART. LIVR. II.
CHAP. XV
Qu'est-ce donc qu'un style national?
Il arrive qu'au sein des nations primitives, qui ne possèdent pas de littérature réfléchie, les choses sont vues sous le même aspect par tous les yeux; il arrive que les mêmes idées sont alors logées dans tous les entendements, et que les mêmes images, tirées de la nature du
Ils ont grand'peiir, ceux du maître donjon. — A très-haute voix le roi païen leur crie : — « Livrez-moi le palais et la tour, — Et je vous rendrai Orri, votre » seigneur, — Sinon il va mourir. » — Guibourc pousse un grand en, que plusieurs entendirent, — Vers son seigneur qu'elle aime d'amour : — « Beau sire M roi, au nom de Dieu le Créateur, — Faut-il leur rendre le palais et la tom- ? »
— Et doucement, par amour, le roi lui répond : — « Non, ma dame, non, ce >i serait folie. — N'en croyez pas cette gent païenne. — Quand même Anque- » tin posséderait toute la terre jusqu'aux grandes Indes, — Je ne verrai pas » le jour de demain. »
Quand Anquetin entendit Orri, — Tout son sang bondit de colère. — Il fait dépouiller le roi de tous ses vêtements — Sous les yeux de sa dame, qui en eut si grande douleur. — Ils font un mélange de soufre et de poix ; — Puis, tout bouillant, au sortir du feu, — Ils le répandent goutte à goutte sur le roi; — Ils lui en couvrent tout le buste, ils lui en couvrent tout le corps. — Cette horrible ardeur a tellement vaincu le roi, — Que, pour tout le royaume d'Artus, il ne pourrait dire un mot ; — 11 tombe pâmé, sous le regard de tous, — De l'épouvantable angoisse et douleur qu'il ressent. — « Te renieras-tu ? » lui répète le païen. — « Non, non; qu'il n'en soit pas question, répond le roi Orri. » — Ceux qui croient en Mahomet et en Cahu — Descendront tous nu à nu » dans l'enfer. » — Le païen l'entend et pense en devenir fou de rage.
Le roi Anquetin (que Dieu le maudisse ! ) — A fait jeter Orri par terre, — Il lui fait écarteler les yeux — Et, avec un fer chaud, les lui fait arracher de la tête. — Le Roi crie, le Roi hurle de douleur ; — Mais il ne veut point désespérer — Et se prend à invoquer Jésus, le Roi de gloire. — Sa femme Tentend, et est près de devenir folle. — Mais personne ne peut consoler sa fille Seneheult,
— Au milieu de sa douleur, elle se prend à se souvenir — D'Aubry le Bourgoing, qui est tant à redouter — Et de son neveu qui est tant à louer. — Elle répète souvent le nom d'Aubry : — « Ah ! Bourguignon, dit-elle, que Dieu vous » garde ! — En vérité, si vous étiez ici, — Vous ne souffririez pas que l'on traitât » ainsi le Roi. » — A ces mots, vingt chevaliers courent s'armer; — Us laissent à dix autres la garde de la porte — Et espèrent, eux, ramener leur seigneur dans la ville; — Mais, hélas! ils ne purent rentrer dans le donjon. — Les Sarrasins leur courent sus et les taillent en pièces. — L'un d'eux (je l'ai entendu appeler Guibert) — Se laissa couper en morceaux sur son seigneur — Dont il ne voulut jamais être séparé. — Ceux de la ville en eurent grand effroi.
— Il n'y en a pas un, jeune ou bachelier, — Il n'y en a pas un, vieillard ou chevalier, — Qui ne devra passer par la même mort.
Les païens martyrisent Orri, le champion chrétien. — Il est là, devant la salle, en un grand carrefour. — Avec une grande branche d'aubier vert, ils ont fait un poteau — Et y ont attaché Orri. — Jamais roi ne souffrit telle douleur; — Il ne voyait plus lueur ni clarté, — Mais il souffrait tout en paix et en amour. — La foule des Sarrasins s'assemble tout autour — Et les nouveaux jouteurs se mettent à jouter. — Chacun lui lance férocement son épieu; — De toutes parts ils le couvrent de blessures. — Les misérables, les traîtres, l'ont si
sol et des mœurs du pays, animent et colorent toutes les ' '''^chap'; xv! "'
€onversations. Il en résulte que les chants de ces peuples
naïfs se ressemblent profondément. Pas d'individualité,
pas de personnalité. Allez donc chercher le nom de ce
poëte inconnu qui, un jour, sous Glotaire II, a écrit le
Chant de saint Faron; essayez donc de découvrir les
cruellement traité, — Qu'il ne peut plus souffrir si grande douleur. — Alors il s'agenouille, le roi Orri, — Et tend ses mains vers Dieu le Créateur : — « 0 M Dieu, 0 père, en votre douceur, — Vous avez reçu la mort pour nous remettre I) en honneur. — Ma vie à moi, ô mon Dieu, ma vie en ce moment n'est guère » meilleure. — Recevez donc l'àme de ce pauvre pécheur : — Car, pour mon I) corps, tout est fini. » — L'àme du bon Roi s'en va — Et les anges l'emportent devant le Créateur. (Auberi le Dourgoing, édit. P. Tarbé, pp. 30-35. — Cf., rédition Tobler, pp. U0-U3.J
JERUSALEM. Type d'une chanson de l'époque, héroïque remaniée à l'époque semi-héroïque ; cycle de la Croisade (n° 23) . — Devant le saint temple de Jérusalem se tenait notre gent honorée ; — L'évêque de Mautran a revêtu rétole, — Et tient levée devant lui la sainte Lance — Dont la sainte chair de Dieu a été blessée sur la croix. — Puis, il appelle nos barons, et leur tient ce bon discours: — « Vous avez, seigneurs, conquis cette cité; » — Mais il faudrait maintenant qu'il y eût un roi pour la garder, — Pour » défendre toute la terre à rentour contre rassaut des païens — Et pour y » donner une vie nouvelle à la sainte Église. » — « C'est vrai, c'est vrai », répondirent les barons. — Et, tout d'un cri, le peuple s'écria : — « Que la » ville soit donnée au bon duc de Bouillon ! » — L'Évéque entend ce cri, se retourne, — Regarde le bon duc, s'incline devant lui : — « Approchez, sei- » gneur, et, pour votre vertu bien connue, — Recevez la forte et belle cité, M recevez Jérusalem. » — « Sire, répond Godefroi, loin de moi cette pen- M sée 1 — Il y a ici tant de princes et de si grand renom, — Que je ne » voudrais pas prendre avant eux cet honneur. — Je veux donc qu'avant moi u on la propose aux autres. » — Alors il y eut mainte larme pleurée.
L'évêque de Mautran entend le duc de Bouillon — Qui ne veut pas accepter le don de Jérusalem. — Alors U appelle monseigneur Robert le Fiison : — '( Approchez, gentil fils de baron; — Prenez Jérusalem et la terre à l'entour. »
— « Je n'en veux pas, répond le comte. — A vous dire vrai, (juand je » quittai la Flandre, — Je promis à Clémence au clair visage, — Dès que je » serais entré au temple de Salomon, — Dès que j'aurais baisé le Saint i> Sépulcre et fait mon oraison, — De retourner là-bas tout aussitôt, quel- I) que raison que j'eusse pour agir autrement. — Vous voyez bien que, sans » manquer à ma foi, je ne puis rester ici. — Et plût à Dieu et à saint Simon » — Que déjà je fusse à Arras, dans ma maîtresse-maison, — Et que je sen- » tisse autour de mon cou les bras de mon fils Baudouin. — Ah I je le bai- » serais cent fois sans m'arrèter. — Non, non; on me donnerait tout For H qui est d'ici à Rome, — Je ne voudrais point revenir en ce pays. » — L'Évêque l'entend, et baisse le menton. — Dieu ! quels pleurs il y eut en ce moment !
— « Ah! dit l'évêque, Jérusalem, cité de grand renom, — Comme tous ces » princes ont peur de vous avoir, — Après avoir tant souffert pour vous con- » quérir! — 0 vrai sépulcre, quelle injure nous vous faisons ! »
L'évêque de Mautran se tenait debout — Devant le saint temple de fin mar-
I PART. LIVR. ir.
CHAP. XV
hommes d'esprit auxquels nous devons nos rondes de petites filles et nos plus anciens Noëls. Dételles chansons sont pensées par tout le monde, trouvées par tout le monde, chantées par tout le monde. C'est le style d'une nation.
Tel est le style de nos Chansons de geste, et c'est à ce
bre jaspé. — Il appela par son nom Robert de Normandie : — « Approchez, » seigneur, au nom du Dieu de majesté, — Recevez Jérusalem et ia dignité » royale. — Vous porterez couronne dans le temple. — C'est le plus haut » royaume de la chrétienté; — Que dis-je? c'est, en vérité, le plus grand » royaume du monde entier. — Puisque Dieu y eut son beau chef couronné, — » Jérusalem doit avoir l'empire sur le monde. — Par charité, par sainte cha- » rite, seigneur, acceptez-la : — Vos amis en recevront grand avancement et » grand honneur. » — « Je n'y veux pas penser, répondit Robert. — Je pos- » sède de grandes terres en long et en large, — Et puis, surtout, j'ai engagé » ma foi, j'ai juré — Qu'aussitôt après avoir adoré le Saint Sépulcre, — Je m'en » retournerais : telle fut ma promesse. — Quand on me donnerait tout l'or h qui est d'ici en Duresté, — Je n'y resterais point. Je n'y ai, d'ailleurs, » souffert que trop de maux. — Tout mon corps est douloureux à force d'avoir )) porté le haubert. — Non, non ; j'ai déjà cueilli mes palmes et préparé tout » mon voyage : — Je m'en irai demain à la pointe du jour. » — L'Évêquc l'entend, soupire, — Et ce fut alors un grand deuil...
L'évêque de Mautran se tenait debout — Devant le saint temple, sur un perron... — Il appelle alors Hugues le Maine, qui eut le cœur loyal : — « Par » Dieu, qui est un pur esprit, seigneur, lui dit-il, approchez. — Acceptez cette >i royale cité de Jérusalem, — Oii Dieu pour nous a souffert tant de peines et » la mort. » — « Sire, répond le Comte, j'y ai par trop souffert ; — Je ne serai » jamais bien portant en ce rude pays, — La terre y est trop chaude des ar- » deurs du soleil. — Non, j'ai déjà cueilli mes palmes et les ai entourées de » bandes de soie. — Je partirai demain au 'premier chant du coq. » — Ah ! Dieu, quelle douleur c'était parmi les barons !...
Il y eut un grand assemblement devant le saint temple, — On y répandit mainte larme, — Et tous avaient un grand tourment au cœur. — L'évêque de Mautran tint alors ce sage discours : — « Seigneurs barons, par la grâce du » Dieu tout-puissant, — Nous avons conquis un riche fief, — La ville de Jérusa- » lem, la terre de Rcthléem, — Oii Dieu naquit, où il répandit— Son précieux » sang qui nous racheta. — Si nous sommes venus en Syrie, c'est pour tirer » vengeance — De ceux qui l'ont si mal traité et si odieusement trahi. — Or, )) voici le duc Godefroi ot Robert le Normand, — Voici Hugues et Buhémond : » Aucun d'eux ne veut de cette couronne. — Ah 1 seigneurs barons, vous êtes » coupables. ^ — Tenez, jeûnons . aujourd'hui et vivons saintement; — Faisons » cette nuit tous ensemble la veillée, — Sur le dur pavé, nu-genoux, côtes )) nues ; — Que chacun de nous tienne en main un cierge nouveau. — Celui » dont le cierge sera allumé par Dieu,— Celui-là sera roi : c'est chose octroyée. 1) — On le sacrera comme seigneur et roi, — Et il recevra la couronne d'ar- » gent ou d'or... »
Le soleil décline et le jour perd sa valeur; — La nuit est revenue, qui nous ramène les ténèbres. — Les nobles barons sont entrés dans le temple; — Chacun se couche à terre, et s'accuse hautement de ses péchés. — Les nobles comtes, en vérité, sont dans une grande douleur, — Les évêques et les abbés,
point de vue qu'on a pu dire : « L'Épopée n'est pas une œuvre d'art ; c'est un produit naturel. » L'Épopée française, en effet, n'est que le développement de certaines traditions nationales ou de certains chants populaires, et elle doit nécessairement participer de leur nature. Dans cinq ou six provinces différentes, nous
IPART. LIVU. II.
CHAP. XV
C'est
Il ce point de vue
qu'on a pu dire
que
l'Epopée française
est un
produit naturel,
et non pas une œuvre d'art.
les grands et les petits. — Dans tout le temple il n'y a pas un cierge, pas une lumière, — Si ce n'est la lampe éclatante — Qui ne cesse d"y brûler nuit et jour. — Or, tandis que les barons sont là, couchés, en grand effroi, — A minuit, une grande splendeur les éblouit; — Un grand vent éteint d'un seul coupla lampe, — Ce qui rend tout à fait horrible la peur de nos barons. — Entendezvous, sur le sommet de la tour, ce fort tonnerre — Qui fait tomber par terre nos barons dans Tépouvantement ? — Puis un éclair, puis un grand feu — Qui allume le cierge du duc Godefroi.
A la vive clarté de ce cierge, — Le cœur revient à notre gent épouvantée. — Ils voient le cierge du duc jeter cette grande lumière — Que Dieu, par bonne destinée, vient de lui envoyer du ciel. — Tout d'un seul cri, nos barons saluent Godefroi : — Car ils voient bien que Dieu a exaucé leur prière. — Quant au duc de Bouillon, il a changé de couleur. — La rosée des larmes est tombée de ses beaux yeux, — Les pleurs ont coulé sur ses joues, — Et, relevant la tète, il s'est écrié : — « 0 sainte et illustre cité de Jérusalem, — C'est donc à moi M que vous êtes tout d'abord octroyée et livrée. — Je prie Dieu, sauveur des » âmes, — De me donner la victoire contre la gent maudite. » — Cette parole plut à nos barons, — Et ils courent vers Godefroi, les bras tout grands ouverts. {Jérusalem, édit. Hippcau, vers -U'ol— i80;l.)
PARISE tA DUCHESSE. Type d'une chanson à l'époque semi-héroïque ; geste de Doon (n° 45). — Parise injustement soupçonnée, calomniée et exilée, veut, avant de partir en exil, voir une dernière fois son mari. — La dame vit la tour où elle fut nourrie — Et dit à ses compagnons : « Attendez-moi un » instant — Que je voie une dernière fois et regarde mon seigneur. » — « Dame, » lui répondent-ils, pour ramour de Dieu, ne le faites pas. — Si le duc le )) sait, nous n'en pourrons point échapper — Et il nous fera tailler en pic- » ces. 1) — Et la dame répondit : « Il n'en peut être autrement. » — Elle se laisse glisser à terre de sa mule — Et passe à travers les rangs des nobles chevaliers — Qui sont couchés au palais run contre l'autre. — Elle arrive ainsi jusqu'au lieu ou était le duc Raimond. — Il avait tant pleuré, qu'il en était tout appesanti.— Devant lui brûlaient deux grands cierges. — Voyez la dame au gent corps honoré — Elle n'ose réveiller ni seulement lui frapper l'épaule ; — Mais elle le baise tout doucement, tout suavement en la face ; — Puis, elle prend ses deux gants qui sont tout parés d'or. — Ensuite, elle lève sa main et fait sur lui le signe de la croix : — « Sire duc de Saint-Gilles, » que Dieu vous sauve ! — C'est à grande douleur que nous sommes aujour- » d'hui séparés ; — Jamais plus vous ne me verrez de vos yeux. » — A la porte de la chambre, elle ne se peut plus tenir sur ses pieds ; — Son cœur s'est pâmé, mais elle se retourne en arrière, — Elle se retourne, et le recommande à Dieu. — Puis, se lève sans jeter un cri — Et descend à la hâte les degrés de marbre. {Parise la duchesse, édit. Guessard, vers 757-780.)
I PART. LIVR. n.
CHAP. XV
voyons plusieurs trouvères écrire ou dicter en même temps cinq ou six chansons de geste sur cinq ou six sujets différents, et il se trouve que ces poèmes se ressemblent presque absolument. Mêmes formules, mêmes images, même sentiment du rhythme, mêmes caractères, même style enfin. Ce n'est certes pas le fait du hasard; mais,
RENAUD DE MONTAUBAN. Type d'une chanson de l'époque héroïque remaniée à l'époque lettrée; geste du Roi et geste de Doon (n° A"!). — Renaud, après s'être réconcilié avec Charlemagne, après avoir rempli le monde de sa gloire, après avoir assuré le repos et la sécurité de ses enfants, se tourne vers Dieu et devient le plus pieux des pénitents. Un matin, il quitte sa femme et ses enfants, et s'enfuit loin de son château. On perd bientôt sa trace et, après un long voijage, le saint homme arrive d Cologne oit il se met, comme simple manœuvre, au service des maçons qui travaillaient alors à la construction de la cathédrale. — Renaud travaille, lui, aussi. — La pierre manque-t-elle aux niarons il va, il vient, — Il en appporte d'énormes charges; il en fait une haute montagne. — Le maître des maçons le voit, et s'écrie : — (( Dieu me sauve ! Le bon ouvrier qu'a saint Pierre ! — Par Celui qui ne )) mentit jamais, je lui abandonnerais volontiers de mon argent. » — « Maître, » dit le duc, n'en ayez point souci ; — Dieu me sauve ! je n'en demanderai pas » plus qu'il ne m'est nécessaire, w — Quand l'heure fut venue de quitter le travail, — Le maître s'assit près du clocher — Elles ouvriers vinrent pour recevoir leur paye : — Celui qui gagne le plus dut avoir di.v-ncuf deniers. — Le maître s'avance et commence à payer. — Puis, il appelle Renaud sans plus attendre : — « Ami, venez, et prenez votre salaire. — Je n'ai pas d'autre contrat avec vous H que de vous payer. — Prenez donc ce qu'il vous plaira, et faites vite. » — Renaud s'avance et prend un denier : — « Par le corps de saint Richer, s'écrie n le maître, — Vous en aurez six au moins : car je ne veux faire tort à per- » sonne. — Et vous en aurez douze pdr jour à partir de demain, si vous )) voulez gagner : — Jamais au monde je n'ai vu si bon ouvrier. » — « Sire, n lui dit Renaud, voici qui me suffit et est bon à garder; — Par la vertu du » ciel, je n'en prendrai pas davantage aujourd'hui — Et ne veux travailler » que pour avoir l'aumône. — N'en parlez plus, je vous en veux prier : — Je )) ne désire que ma vie, et ne requiers rien davantage. » — « Ami, répond M le maître, je ne veux pourtant pas pécher. — Et chaque jour vous prendrez » le salaire que vous voudrez. »
Ils ont laissé la chose et n'en veulent plus parler. — Renaud s'en va tout droit à son auberge ; — Il achète du pain, et c'est tout son souper. — A peine faisait-il jour, le lendemain, qu'il vint à rœuvre. — Mais personne n'y était encore, et Picnaud alla adorer Dieu ; — Devant l'autel de saint Pierre, il écoute la messe — Chantée par l'archevêque avant de se mettre en route. — Et quand elle fut dite, les maçons viennent à leur travail. — Lorsqu'ils arrivent au lieu où Renaud devait se trouver, — Ils demandent rouvrier « qui porte de si lourdes charges ». — Renaud les entend se parler l'un à l'autre ; — Il vient vers eux et se prend à leur demander — S'ils veulent pierre ou mortier pour leur ouvrage : — « Certes lui dirent-ils, apportez-en, rami. » — Renaud de s'élancer, comme le sanglier, — Et d'apporter les pierres et le mortier qu'on lui demande. — Ainsi travailla-t-il liuit jours très-laborieusement. — A chaque jour ne prend qu'un denier pour dîner. — Il achetait du pain, et ne voulait goiiter de rien autre ; — Matin et soir ne buvait que de l'eau.
Ll-: STYLE DES CHANSONS DE GESTE.
encore un coup, de cette profonde ressemblance entre toutes les intelligences d'une môme époque, et de cette façon identique dont elles conçoivent les faits historiques et les types moraux. Ainsi se sont passées les choses dans la Grèce primitive; mais les Grecs ont eu ce rare bonheur de vivre sous un ciel plus beau, dans une nature
1 PAIiT. Livu.n.
CHAP. XV
Comparaison
entre 'Épopée jjrccqn
cl I.T
française.
C'est ainsi (pour n'en rien celer), c'est ainsi que travaille PiCiiaui]. — La pierre manque-t-ellc à un ouvrier, vite il en apporte. — Les autres manœuvres sont dédaignés, — Et Renaud est appelé par tous « l'ouvrier de saint Pierre. » — Ses compagnons le voient, et ils en sont tout irrités. — Ils se rassemblent, et se disent l'un à l'autre : — « Voilà, par Dieu, un ouvrier qui nous n couvre de honte. — Voilà qu'à cause de lui, on nous méprise, — Et que nous » ne gagnerons plus un teul denier. — Ce sont les diables d'enfer qui l'ont » amené à Cologne. — Par montagnes, c'est par montagnes qu'il leur apporte » les pierres. » — L'un de ceux qui avaient entendu ces mots dit alors : — « Dieu me sauve, seigneurs, si vous voulez m'aider, — Nous le tuerons secrè- » tement, et il mourra dans la douleur et dans la honte. — Voyez-vous là-bas » ce coin reculé? — A Thcure 'où nous devrons, tous ensemble, aller dîner. » — Il ira, lui, se reposer, comme c'est sa coutume, — Et mangera son pain » comme un vrai misérable qu'il est. — Nous irons par derrière, nos marteaux )i au poing, — Et lui enlèverons la cervelle. — Puis, s'il vous plait, nous I) aurons un sac tout prêt; — Nous y mettrons son corps et le chargerons sur I) un baiart. — Nous l'apporterons au Pihin, nous Ty jetterons — Et nousrap- » porterons de la pierre dans notre baiart ferré. — Personne ne pourra dire I) ce que nous aurons fait. « — Là-dessus ils tombent d'accord entre eux — Et, quand ils vont dîner, prennent avec eux leurs marteaux. — Les maîlrcs maçons et les principaux ouvriers — Ont quitté PÉglise et s'en sont allés à leurs maisons ; — Slais ils restent, eux, avec leur cœur perfide, — Et se cachent dans un coin contre un amas de carreaux. — Ils voient venir Renaud seul — Qui s'assied dans un petit coin pour prendre son repas. — Deux s'en vont par derrière, leurs marteaux levés, — Et les deux misérables, les deux traîtres l'ont écervelé.
Ainsi vont-ils, ces deux traîtres que Dieu puisse maudire : — Quaml ils sont près de Renaud, ils le courent frapper, — Et jusqu'en sa cervelle enfoncent leurs marteaux: — Renaud tombe en avant,— L'àme a quitté le corps, — Et, sans nul doute, elle est là-haut avec les Anges I (Renaud de Montauhan, édit.- Michelant, pp. 447-450.)
LE DEPARTEMENT DES ENFANS AIMERI. Type d'une chanson de geste COM- PLÈTE, à l'époque littéraire, cyclique ou de la décadence; geste de Guillaume (n" 45). — Aimerl est le père de Guillaume d'Orange; c'est celui qui, tout jeune encore, avait pris Narhonne qu'aucun chevalier de Charlcmagne n'osait attaquer. Au moment où s'ouvre la scène suivante, Aimeri est déjà vieux. — Quand Aimeri fut de retour de Narbonne, — Sa femme Ermengart et ses hommes lui font fête ; — Aimeri jette à la ronde un regard autour de lui — Et voit ses sept enfants; jamais ne fut plus joyeux. — Trèsfièrement interpelle Bernart, son fils aîné: — « Par Dieu, beau fils, c'est grand » vergogne — Si vous espérez à Narbonne quelque bien. — Par la foi que 1) je dois à saint Pierre de Rome, — Vous n'y aurez même pas la valeur d'une )) pomme. — Allez tout droit à Brubant avec cent hommes, — Que vous pren- 1. 32
IPART. LIVR II.
CHAP. XV
plus riante, et surtout de posséder un génie, un incomparable génie, qui s'est assimilé toutes les traditions de son pays et de sa race et qui leur a donné, en les exprimant, le puissant caractère de son génie individuel. Un jour le génie national des Grecs a rencontré sur son chemin le génie personnel d'un des plus grands poètes qui
» drcz parmi nos plus chers chevaliers. — Il y a là un duc de très-fièrc per- I) sonne : — Caduc a une fdle, et il n'en est pas de pareille jusqu'à Rome. — » Vous irez demander au père qu'il vous la donne. » — « J'irai volontiers, ré- » pond Bernard. — Puisqu'ainsi vous plaît, je n'y voudrais point manquer. »
Il adresse tout aussitôt la parole à ses chevaliers : — « Seigneurs barons,
I) par saint Pierre de Rome, — Mettez vos selles, nous partons. » — « Volon- » tiers, sire », lui répondent ses hommes. — A ces mots que nous vous disons,
— Voici venir Ermcngart ; il n'y eut jamais pareille dame. — Dès qu'elle aperçoit Bernard, elle lui adresse la parole.
Vovcz-vous Erinengart, qui est moult à priser? — Elle vient à Bernard son fds, qu'elle aime chèrement : — h Où allez-vous ainsi », lui dit-elle. — « Ma dame, dit-il, je ne veux point vous le celer: — Sans plus de retard je vais » à Brubant. — Mon seigneur Aimeri le vieux m'y envoie. — J'irai donc vers » le Duc, qui est moult à priser, — Et lui dirai (point ne veut pas vous le „ cplerj — Que le comte Aimeri m'adresse vers lui — Pour qu'il me donne » sa fille en mariage. » — « Que Jésus te vienne en aide, dit Ermengart. — Je M te veux faire un présent d'étrennes : ce seront trois sommiers — Qui seront » chargés d'argent et d'or, — Afin qu'à ton arrivée à Brubant la cité, — Les » barons-chevaliers de là-bas ne se moquent point de toi. » — Et Bernard lui répondit: «Merci, cent fois merci.» — A ce mot. ils descendent de la chambre haute. — Au milieu de la place, Bernard trouve ses chevaliers — Qui étaient tout prêts à se mettre en route. — Alors il a pris congé de son père, — De ses frères qu'il aime tendrement, — Et de sa mère qu'il ne voudrait point oublier.
— La noble dame qui est moult à priser — Lui présenta sur l'heure les trois sommiers. — Après avoir pris congé de tous, Bernard s'en va.
Bernard s'en va; que Dieu lui vienne en aide! — Je ne vous puis rien dire de son voyage. — Le puissant baron fit si bien — Qu'il aperçut un jour et vit Brubant: — « Dieu, s'écria-t-il, et vous, sainte Marie, — A-t-on jamais vu » plus noble cité? » — A ces mots, ils entrent dans la ville, — Mais ne font pas halte avant d'arriver au palais. — Sous des oliviers ils descendent de cheval — Et montent les degrés jusqu'à la salle voûtée, — Où ils trouvent le Duc avec tous ses barons: — « Salut, dit Bernard, au nom de Dieu, le fils de sainte Marie! „ — Beau doux sire, le comte Aimeri vous mande — Que vous nie donniez » pour femme votre fille la belle. — Je vous servirai tous les jours de ma vie. »
— « Je le veux bien, répond le Duc. » — A ces paroles que je vous dis, — Voici la jeune fille qui arrive au palais : — Car elle avait déjà entendu parler de l'arrivée de Bernard. — Le père la voit, et lui commence à dire : — « Ma » belle fille, je vous ai donné mari. » — « Nommez-le-moi, beau sire », répond-elle. — « Je ne vous le cèlerai mie, dit le Duc. — C'est Bernard de » Narbonne le riche, — Fils d'Aimeri, qui en est le seigneur. » — « Je ne le » refuse point », dit-elle. — Ils mandent soudain févèque de la ville; — Sans retard il y vient. — Bernard, tout aussitôt, fa fiancée et jurée. — Le lendemain firent chanter messe. — Grandes sont les noces, dans la salle voûtée,— Et vous n'avez jamais ouï parler de plus riche fête. — La première nuit
aient jamais paru dans le monde, et de cette rencontre "''c'1?ap"xv."' ou plutôt de cette fusion est sortie cette splendeur : ' Vlliade.
Rien de pareil en France, et la vérité me force à confesser que nous n'avons pas eu d'Homère. J'irai môme plus loin, et avouerai qu'avant le xiy^ siècle on ne sau-
que Bernard coucha avec son amie, — Bertrand fut engendré, Bertrand le noble comte. — Le jour d'après, quand l'aube est éclairée, — Ils vont ouïr la messe à la maîtresse-église. — Mais du noble Bernard je ne veux plus rien vous dire, — Ni de sa femme, que Jésus bénisse.
Je ne vous dirai plus rien de Bernard le baron, — Ni de sa femme, à qui Jésus puisse donner grand bien. — Je vais maintenant vous chanter d'.\imeri,
— Lequel était au donjon de Narbonne, — Et ses barons y étaient avec lui. — Voyez-vous venir un pèlerin au donjon : — « Sire, dit-il, que Jésus vous » bénisse ! — L'autre soir je fus au donjon de Brubant. — Le Duc donna sa )) fille à un baron — Que les chevaliers et les garçons appellent du nom de » Bernard. » — Aimeri rentend, et jamais homme n'eut si grande joie.
Aimeri fut à Narbonne la large, — Et il y avait avec lui très-nombreux baronnage. — Il jette autour de lui un regard lent; — Il voit ses six fils, et soudain les interpelle : — « Je vous tiens, enfants, pour trop fous, — Si vous attendez » quelque part en mon héritage, — C'est pour vous que je le dis, Garin au » clair visage : — Vous n'en aurez pas seulement la valeur d'un denier. — AUez- » vous-en, allez en Bavière la large, — Tout droit vers Naimes, le duc au rude » cœur, — Et dites-lui, sans plus de retard, — Qu'il vous donne sa fille en » mariage, — Avec la ville d'Anseiine, ses ports et son rivage, — Que les Sar- 11 rasins ont aujourd'hui en leur possession. — Emmenez avec vous mille che- » valiers en armes, — Qui vous aideront à conquérir la marche. » — « Par » saint Jacques, dit Garin, j'irai fort volontiers. » — L'enfant prit avec lui mille chevaliers en armes; — Sans plus de retard monte à cheval, — Prend congé de son père et des autres, — Qui le recommandent à Dieu le Père invisible. — Sans plus de retard Garin s'en va ; — Point ne s'arrête, et tant a marché avec les siens, — Qu'il arrive un jour en Bavière la large. — Ils montent les degrés et arrivent dans la salle. — Us y trouvent Naimes, le duc à la grande barbe :
— « Salut, lui dit Garin sans plus de retard. — Que Dieu vous garde, vous et » tous vos barons ! — Don Aimeri le sage vous salue — Et vous prie (je ne )) dis que la vérité) — De me donner pour femme votre fille Eustache, — Avec 1) le port et le rivage d'Anseiine — Que les païens ont aujourd'hui en leur » possession. — Confiez-moi seulement dix mille hommes en armes — Et je » reconquerrai la marche d'Anseiine. » — Le duc au cœur fier, Naimes, répond : — « Franc damoiseau, tu es de très-haut parage, — Et je te donnerai ma I) fille au clair visage. — D'ici jusqu'à Carthage il n'en est pas de plus belle. »
— Lors il mande sa fille qui est très-bonne et sage. — Sans plus de retard elle y vient : — « Ma fille belle et sage, lui dit Naimes, — Je vous veux donner » mari de haut parage. — Il s'appelle Garin, et c'est le fils du sage Aimeri. »
— Naimes appelle sa fille à la tête blonde : — « Belle, dit-il, je vous ai donné )> un mari. » — « Sire, lui répond-elle, béni soit Dieu ! » — Tout aussitôt ils mandent l'archevêque Samson, — Et sans retard il l'a mariée. — Le lendemain, on leur chante la messe, — Et grande fut la joie dans le palais. Là-haut. — De cette dame dont nous venons de vous parler — Naquit Vivien au clair visage.
— Garin et sa femme restent huit jours près du duc Naimes. — Le neuvième,
CH.\P. XV
lait vraiment constater dans nos poëmes aucune préoccupalion du style et de l'art, aucun souci de l'épithète, aucune étude de la place des mots, aucune préparation du trait final, aucun amour raisonné de la forme littéraire. Il en faut venir à la Pr^^e de Pampehuic pour avoir affaire à un poète véritablement artiste ou qui, du moins,
il s'en va, lui et ses barons, — Et emmène sa femme au clair visage. — Le duc lui donne dix mille compagnons; — Ils éperonnent et se mettent en route,
— Ils passent les collines, les vallées, les montagnes, — Et font si bien qu'ils arrivent en vue d".\nseiine. — Garin appelle à lui ses compagnons : — « Em- » busquons-nous, dit-il, dans ce petit bois, — Pendant que cent de nos che- » valiers iront à Anseiine, — Qui nous rabattront la proie devant eux. » — Les cent chevaliers partent tout aussitôt — Et ne s'arrêtent point avant la ville.
— De toutes parts, à Eentour, ils se mettent à poursuivre la proie ; — Les païens le voient, et en ont la rage au cœur. — Les gloutons soudain courent aux armes — Et, à l'cnvi, sortent de la ville. — A force d'éperons ils poursuivent les nôtres; — Mais nos gens en embuscade leur sautent dessus vivement, — Bon gré mal gré les chassent devant eux, — Les jettent en désordre parmi les portes de la ville, — Et nos chevaliers-barons y entrent avec eux. — Ils s'emparent de la ville, de la tour et du donjon, — Et font grande tuerie des Sarrasins. — Je ne vous en dirai plus rien, car ils n'ont que bonheur, — Et je vous parlerai d'Aimeri le baron.
Aiineri le marquis était à JN'arbonne, — El il avait avec lui cinq de ses fils.
— Il se prit à appeler Hcrnaut le Roux : — « Par Dieu, Hernaut, dit-il, c'est « grande folie, — Quand vous attendez une portion de ma terre. — Vous n'en » aurez pas la couleur d'un parisis. — Mais allez-vous-en à Girone : — Il y a là >; un comte très-noble. — Sa terre est envahie par les Arabes et les païens. — I) Or, il a une fille appelée Béatrix ; — D'ici à Saint-Denis, il n'en est pas de » plus sage. « — (I J'irai volontiers, répond Hernaut. » — Il se prend à appeler mille chevaliers : — « En selle, en selle, et venez avec moi. » — « Nous » irons volontiers,. sire «, lui répondent les chevaliers. — A ces mots ils sortent du palais, — Mettent leurs selles, montent à cheval — Et prennent congé de tous leurs amis. — Sans plus de retard, ils s'en vont, — Et chevauchent si bien, par monts et par vallées, — Qu'ils aperçoivent les antiques murs de Girone, — Et le grand siège des païens maudits. — Hernaut se prend à appeler ses hommes : — « Aux armes ! aux armes! tôt, francs et nobles chevaliers... » — En peu de temps nous aurons déconfit les païens. » — Alors s'armèrent les chevaliers de prix ; — Puis, s'en allèrent tout le long d'une lande ; — Si bien firent qu'ils se sont mis en embuscade. — Païens et Arabes n'en surent mot, — Et il en eut plus de dix mille occis. — Quand Sarrasins voient qu'ils sont surpris, — Ils s'enfuient et abandonnent le frein à leurs chevaux. — Les chrétiens les poursuivent durant cinq ou six lieues ; — Après quoi, nos chevaliers de prix s'en retournent ; — Ils entrent sans plus tarder et s'installent dans la ville. — Le preux comte Savari vient à leur rencontre. — Il baise la bouche et le visage d'Hernaut : — « D'où êtes-vous, seigneur, de quel pays, — Vous M qui avez tué nos mortels ennemis ?» — Hernaut répond : « Je suis fils d'Ai- » meri. — Le franc comte, mon père m'envoie vers vous, — Afin que vous me » donniez votre fille Béatrix.» — « Bien volontiers », répond le comte. — Sur le champ on mande Tévèque de la cité. — Et il y vient, il ne s'y refuse pas. — Dans une chambre ensemble se sont mis, — Là où la dame se trouvait dans son
a la prétention de l'être. Mais Dante alors n'était pas loin, et Dante a pent-ètre passé par là. Or, l'antenr de la Divine Coméd ie\^Qi\i être considéré comme le véritable créateur du style personnel, et, quand on lit, en tète d'un de ses sonnets, ce^vers merveilleusement ciselés etoùles épithètes sont si artistiquement choisies : Morlc villana,
lit. — L'évèque les marie suivant l'usage du pays ; — Le lendemain, il fit chanter la messe. — Grandes sont les noces au palais seigneurial. — Je ne vous parlerai plus d'eux, mais d'Aimeri — Qui était à Narbonne avec ses quatre fils. Il était à Narbonne, Aimcri le vaillant, — Et, avec lui, quatre de ses enfants. — Le Comte appelle Guillaume qui est le plus grand, — Il appelle aussi Aimer et lîeuves le sage. — Puis, devant tous, leur a dit à voix haute ; — « Vous allez partir là devant, en France ; — Dites au Roi de vous y donner des ') terres : —Car, pour Narbonne, vous n'en aurez pas la valeur d'un gant. »
— (( Volontiers, sire, répondent les enfants. » — Alors et sans plus d'arrêt ils s'en vont — Et mènent avec eux jusqu'à cent chevaliers. — Puis, sont montés sur leurs chevaux de bataille, — Ont pris congé d'Aimeri le chenu
— Et de leur mère qui pleure tendrement; — Ils piquent des éperons et s'en vont. — Ils ont franchi tant de tertres et de ravins — Qu'ils arrivèrent à Paris, en la belle cité. — Sur-le-champ ils se rendent devant la grande salle
— Ils trouvent Charles assis en son palais — Elle saluent au nom de Dieu, le roi puissant. — Charles, à leur vue, entre en joie — Et plus de cent fois baise Guillaume : — « Quels sont ces deux enfants '? lui demande-t-il. » — « Puissant empereur, ce sont mes frères ; — Aîmeri le chenu vous les envoie, » — Afin que vous leur donniez terres et fiefs. » — A ces paroles, voici Elissent, — Fille d'Yon, de Gascogne la grande, — Et dont le père est mort depuis plus de deux mois, — La voici qui vient demander un mari à Charles le vaillant, — Elle descend droit sur le perron, — Franchit les degrés et monte au plus grand palais ; — Elle salue le Roi et, sans plus tarder, lui adresse la parole : — « Sire, dit-il, pourquoi vous le celer? — Mon père est mort; je » vous demande un mari. « — Le Roi, sur-le-champ, la prend par la main, — Appelle Beuves et lui dit devant tous : — « Prends cette dame pour femme, « va. » — (( Mille mercis », répond Beuves. — Il appelle l'évèque, qui, surle-champ les marie. — Cette nuit Beuves engendra Girard au corps si beau. — Le lendemain, sans plus de délai, — L'évèque Hermann leur chante la messe.
— Grandes sont les noces dans le palais. — Elles ne durèrent pas moins de huit jours. — Au neuvième, sans plus de retard, — Duc Beuves s'en va avec sa femme. — Ils marchèrent si bien sans s'arrêter. — Qu'ils arrivèrent, tout joyeux, à Commarcis...
Mais, dès ce moment, nous le laisserons — Et nous parlerons d'.Vimer le vaillant — Qui a été à la cour de Charles, le roi puissant. — Le Roi appelle le damoiseau avenant : — « Ami, dit-il, venez çà, venez tôt, — Et recevez sur-le- ') champ les armes du chevalier. » — « Sire, dit-il, je n'en ferai rien ; — Mais » je veux retourner à Narbonne la grande. » — Sans plus attendre, il s'eu retourne — Et ne s'arrête pas jusqu'à Narbonne. — Et maintenant je vous parlerai de Guillaume au corps gent, — Je vous dirai comment et avec quelle fierté il couronna Louis. = (Ici commence la chanson qui a pour titre le Couronnement Looys. Le texte précédent se trouve dans le ms. de la Bibl. nat. fr. 1448, f" 87 et suiv. — Quelques vers ont été omis à dessein dans le dernier couplet et un dans le septième.)
CHAP. XV