J <J CHAP. XI
empire; mais il n'y a plus de grands empereurs. C'est alors que l'on assiste à un spectacle étrange. On voit de grands groupes se rassembler, çà et là, sur la surlace de cet immense empire : ce sont les nations modernes qui se forment d'elles-mêmes, et presque par instinct. Sentant qu'il n'y a pas dans le monde un génie assez puissant pour continuer après Charlemagneles traditions du nouvel empire romain, elles se dirent qu'à défaut de cette trop difficile unité, il leur fallait en chercher une autre qui fût principalement fondée sur le langage de tant de peuples différents. Les serments de 842 sont un symptôme éloquent de ce nouvel état de choses. A côté de la langue allemande, on y entend (ô bonheur!) le premier retentissement, vraiment puissant, de notre chère langue française: Pro Deo amur et jiro Christian pohlo salvament. Bref, la France se pose devant l'Allemagne, et affirme nettement son indépendance. La grande séparation de l'élément tudesque et de l'élément roman est irrévocablement accomplie. Chacune de ces deux nationalités a dès lors et aura toujours ses destinées particulières. Et il en sera de même pour cliacune de ces deux épopées et de ces deux poésies.
Cependant il faudrait ici se garder d'aller trop loin. Il y a encore à l'est et au nord de la France du ix' siècle un certain nombre de pays où l'élément germanique a gardé quelque chose de son ancienne prépondérance, et où les chants populaires conservent encore la physionomie et la langue tudesques. Il est vrai que le christianisme pénètre intimement ces chants; il est vrai qu'ils sont consacrés à des héros véritablement français. Mais enfin ils sont encore allemands, et ce sont des lieder. Le Ludwigslied en est le type.
En 881 , surexcités par une indignation légitime contre