‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 6 sur 180 · X PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

X PRÉFACE DE LA PREMIÈRE ÉDITION

Bibliothèque bleue d'après les sources, une Bibliothèque bleue complète et critique. Car nous ne manquerons pas de consacrer à chacun de nos romans une Notice bibliographique où nous indiquerons scientifiquement la date de sa composition, son auteur, le nombre de ses vers et la nature de la versification, les manuscrits qui nous en offrent le texte, les versions en prose auxquelles il a pu donner lieu, ses destinées au dehors de la France, ses diverses éditions, les travaux dont il a été l'objet, sa valeur littéraire, et principalement ses éléments historiques et les variantes ou modifications de sa légende. Les portraits de nos héros, tracés à grands traits d'après tous nos romans, compléteront cet ensemble et formeront une sorte de galerie épique, qui reposera peut-être les yeux fatigués de nos lecteurs.

Cependant notre tâche ne sera pas encore terminée : car, grâce à Dieu, l'Histoire littéraire ofTre aujourd'hui un champ beaucoup plus vaste aux intelligences; elle ne se propose pas seulement d'étudier la forme d'une littérature, mais elle veut aller jusqu'au fond et analyser les idées. (( Vous me dites que la Chanson de Boland est écrite en vers décasyllabiques : c'est fort bien ; vous me la racontez : c'est mieux encore. Mais, dira le lecteur, j'ai plus d'ambition. Que pensaient le poëte et son temps? Que pensaient-ils de Dieu et de l'homme? Quels étaient, à leurs yeux, les types de la femme, du vieillard, du roi, du soldat, du traître, de l'honnête homme? Je tiens à le savoir. » C'est pour contenter ce désir que nous avons écrit notre troisième partie, qui a pour

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titre : Esprit des Épopées françaises, et dans laquelle nous analysons toutes les idées de nos vieux poëmes, toutes leurs doctrines religieuses, politiques, morales. Dans tout notre livre, comme on le voit, nous partons de ce qu'il y a de plus extérieur pour arriver à ce qu'il y a de plus intime, de la circonférence pour arriver au centre.

Nous devons à nos lecteurs quelques mots encore sur Queiie forme la façon dont nous avons compris notre sujet, et dont ,{°"'"' ''°""°'; nous avons écrit notre livre. Nous avouons très-franchement ne pas l'avoir écrit sans quelque préoccupation littéraire : [nous aurions voulu exprimer nos idées en un style clair, ardent, et, pourquoi ne pas le dire? agréable. Ce n'est pas sans quelque tristesse que nous avons entendu un érudit de premier ordre affirmer récemment, dans un livre excellent, qu'un savant ne doit jamais avoir de ces prétentions artistiques ; qu'il doit mépriser la forme et ne s'occuper que du fond; qu'entre la science et l'art, il faut placer d'infranchissables barrières. Ces idées ne sont pas les nôtres.

Qu'en géométrie, en algèbre, en mathématiques, on ne songe à donner aucun charme vivant à l'austère nudité des théorèmes, c'est trop juste; mais, en histoire littéraire, c'est tout autre chose. L'histoire littéraire touche par trop de côtés à la littérature, à l'art lui-môme, et par conséquent à toute notre âme, à toutes nos idées, à tous nos sentiments. Comment voulez-vous que je lise Aliscans sans m' émouvoir très-vivement? comment voulez-vous que j'en parle sans cette sorte de frissonne-

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