III. Harnngucs Félous païeus chevaucheut par grande ire
de Roland ,, ,^ , i i-» /\i- •
et de Turpin. '< » oyez un peu, Roland, dit Uiivier ;
» Les voici près de nous, et Charles est trop loin.
» Ah ! vous n'avez pas voulu sonner de votre cor :
» Le grand roi serait ici et nous ne serions pas perdus.
» Jetez les yeux là-haut, vers les défilés d'Aspre,
» Vous y verrez dolente arriére-garde.
» Tel s'y trouve aujourd'hui qui plus jamais ne sera dans une autre.
' Chamon de Roland, éditions Millier et L. G., v. 1017-1094. - Chanaon de Roland, v. 1412.
)) — Honteuse, honteuse parole, répond Roland. i paut. livr. i.
,. . . , , , , . CIIAP. XX.
1) Maudit soit qui porte un laclie cœur au ventre !
0 Nous tiendrons pied fortement sur la place :
» Pour nous seront les coups, et pour nous la bataille! »
Quand Roland voit qu'il y aura bataille,
11 se fait plus fier que lion ou léopard.
Il interpelle les Français, puis Olivier :
« Ne parle plus ainsi, ami et compagnon;
* L'Empereur, qui nous laissa ses Français,
B A mis à part ces vingt mille que voici.
» Pas un couard parmi eux, Charles le sait bien.
» Pour son seigneur on doit souffrir grands maux,
» Endurer le froid et le chaud,
)) Perdre de son sang et de sa chair.
» Frappe de ta lance, Olivier, et moi de Durendal,
» Ma bonne épée que me donna le Roi.
» Et si je meurs, qui l'aura pourra dire :
i C'était l'épée d'un brave ! »
D'autre part est l'archevêque Turpin;
Il pique son cheval et monte sur une lande.
Il s'adresse aux Français et leur fait ce sermon :
<( Seigneurs barons, Charles nous a laissés ici :
» C'est notre roi; notre devoir est de mourir pour lui.
s> Chrétienté est en péril, maintenez-la.
» Il est certain que vous aurez bataille :
» Car sous vos yeux voici les Sarrasins.
» Or donc, battez votre coulpe, et demandez à Dieu merci.
» Pour guérir vos âmes, je vais vous absoudre.
» Si vous mourez, vous serez tous martyrs :
» Dans le grand Paradis vos places sont toutes prêtes! »
Français descendent de cheval, s'agenouillent à terre.
Et l'Archevêque les bénit de par Dieu :
« Pour votre po-nitence, vous frapperez les païens ' ! ... »
Païens s'enfuient, courroucés et pleins d'ire : iv. Ln iicmière
Ils se dirigent en hâte du côté de l'Espagne. dc'r™chcv(?!'i!io.
Le comte Roland ne les a point poursuivis. Car il a perdu son cheval V'eillantif.
Bon gré, mal gré il est resté à pied.
' Cfiamon de Roland, v. 1098-1 138.
I PART. LivR. I £e voilà qui va aider l'archevêque Turpin :
CHAP. XX. Il 1 • M T r
Il lui a délacé le heaume d'or sur la tête,
Il lui retire le blanc haubert léger ;
Puis il lui met le bliaut tout en pièces
Et en prend les morceaux pour bander ses larges plaies.
Il le serre alors étroitement contre son sein,
Et le couche doucement sur l'herbe verte.
Ensuite, d'une voix très-tendre, Roland lui fait cette prière :
« Ah ! gentilhomme, donnez-m'en votre congé :
» Nos compagnons, ceux que nous aimions tant,
» Sont tous morts. Mais nous ne devons pas les délaisser ainsi.
» Écoutez : je vais aller chercher et reconnaître tous leurs corps;
» Puis je les déposerai à la rangette devant vous.
» — Allez, dit l'Archevêque, et revenez bientôt.
» Grâce à Dieu, le champ nous reste, à vous et à moi ! »
Roland s'en va. Seul, tout seul, il parcourt le champ de bataille;
11 fouille la montagne, il fouille la vallée.
// y trouve les corps d'Ivon et d'Ivoire ;
Il y trouve le Gascon Engelier * ;
11 y trouve Gérier et Gérin, son compagnon.
Il y trouve Bérenger et Oton ;
11 y trouve Anseïs et Samson ;
Il y trouve Girart, le vieux de Roussillon.
L'un après l'autre, le baron les emporte;
Avec eux, il est revenu vers l'Archevêque,
Et les a déposés en rang aux genoux de Turpin.
L'Archevêque ne peut se tenir d'en pleurer.
Lève sa main, leur donne la bénédiction .
« Seigneurs, leur dit-il, mal vous en prit.
f> Toutes vos âmes ait Dieu le glorieux !
0 Qu'en Paradis il les mette en saintes fleurs!
» Ma propre mort me rend trop angoisseux :
» Plus ne verrai le grand Empereur. »
Roland s'en retourne fouiller la plaine : Sous un pin, près d'un églantier.
Il a trouvé le corps de son compagnon Olivier; Il le tient étroitement serré contre son cœur.
' Les vers imprimés en italiques sont ceux dont le texte ne se trouve pas dans le plus ancien manuscrit de la Chanson de Roland. Ces lacunes sont comblées à raific des autres manuscrits.
Et, comme il peut, revient vers l'Archevêque. ipaiit. uvp.. i.
■ •11 • CIIAP. XX.
Sur un écu, près des autres pairs, il couche son ami;
Et l'Archevêque les a tous bénis et absous.
La douleur alors et les larmes de redoubler :
c( Bel Olivier, mon compagnon, dit Roland,
» Vous fûtes fils au vaillant duc Renier
)) Qui tenait la Marche jusqu'au val de Rivier.
;. Pour briser une lance, pour mettre en pièces un écu,
» Pour rompre et démailler tm haubert,
» Pour conseiller loyalement les bons,
5) Pour vaincre et mater les méchants,
)) Jamais, en nulle terre, il n'y eut meilleur chevalier •»
Le comte Roland, quand il voit morts tous ses pairs.
Et Olivier, celui qu'il aimait tant.
Il en a de la tendreur dans l'âme, il se prend à pleurer.
Tout son visage en est décoloré.
Sa douleur est si forte qu'il ne peut se soutenir ;
Bon gré, mal gré, il tombe en pâmoison.
Et l'Archevêque : a Quel malheur, dit-il, pour un tel baron' ! »
L'Archevêque, quand il vit Roland se pâmer, v. Mort
En ressentit une telle douleur qu'il n'en eut jamais de si grande. ^'' "''"'^'
Il étend sa main et saisit l'olifant du baron.
En Roncevaux, il y a une eau courante.
Il y veut aller pour en donner à Roland.
Il fait un suprême effort, et se relève.
Tout chancelant, à petits pas, il y va;
Mais il est si faible qu'il ne peut avancer ;
Il n'a pas la force, il a trop perdu de son sang.
Avant d'avoir marché l'espace d'un arpent,
Le cœur lui manque, il tombe en avant :
Le voilà dans les angoisses de la mort !
Alors le comte Roland revient de sa pâmoison,
Il se redresse ; mais, hélas ! quelle douleur pour lui !
Il regarde en aval, il regarde en amont :
Au delà de ses compagnons, sur l'herbe verte,
Il voit étendu le noble baron,
L'Archevêque, le représentant de Dieu.
Il s'écrie : « Mea culpa ! » lève les yeux en haut.
Joint ses deux mains et les tend vers le ciel.
' Chanson de Roland, vers 2164-2221.
CHAP. XX
Prie Dieu de lui donner son paradis. . .
Il est mort, Turpin, le soldat de Charles,
Celui qui, par grands coups de lance et par très-beaux sermons,
N'a jamais cessé de guerroyer les païens.
Que Dieu lui donne sa sainte bénédiction!
Quand Roland voit que V Archevêque est mort,
Jamais n'eut plus grande douleur, si ce nest pour Olivier.
Il dit alors un mot qui perce le cœur :
« Chevauche, Charles de France, le plus vite que tu pourras;
» Car il y a grande perte des nôtres à Roncevaux.
» Mais le roi Marsile y a aussi perdu son armée,
» Et, contre un de nos morts, il y en a bien quarante des siens. »
Le comte Roland voit l'Archevêque à terre ;
Les entrailles lui sortent du corps,
Et sa cervelle lui bout sur la face, au-dessous de son front.
Sur sa poitrine, entre les deux épaules,
Roland lui a croisé ses blanches mains, les belles;
Et, selon la mode de son pays, lui fait son oraison :
((. Ah! gentilhomme, chevalier de bonne lignée,
» Je vous remets aux mains du Glorieux qui est dans le ciel :
» Il n'y aura jamais homme qui le serve plus volontiers.
» Non, depuis le temps des Apôtres, on ne vit jamais tel prophète
» Pour maintenir chrétienté, pour convertir les hommes.
» Puisse votre âme être exempte de tout mal,
» Et que du Paradis les portes lui soient ouvertes ! »
VI. Mort Roland lui-même sent que la mort lui est proche ; iio Roland. g^^ cervelle s'en va par les oreilles.
Le voilà qui prie pour ses pairs d'abord, afin que Dieu les appelle ;
Puis, il se recommande à l'ange Gabriel :
Il prend l'olifant d'une main (pour n'en pas avoir de reproche);
Et, de l'autre, saisit Durendal son épée.
11 s'avance plus loin qu'une portée d'arbalète ;
Il s'avance sur la terre de l'Espagne, entre en un champ,
Monte sur un tertre. Sous deux beaux arbres.
Il y a là quatre perrons de marbre.
Roland tombe à l'envers sur l'herbe verte
Et se pâme : car la mort lui est proche.
Les puys sont hauts, hauts sont les arhres : i l'Aitr- i.ivi\. i.
11 y a là quatre perrons tout luisants tle marbre. ^__ —
Sur l'herbe verte, le comte lloland se pâme.
Cependant un Sarrasin l'épie
Qui contrefait le mort et gît parmi les autres ;
Il a couvert de sang son corps et son visage.
Soudain il se redresse, il accourt :
Il est fort, il est beau et de grande bravoure.
Plein d'orgueil et de mortelle rage,
Il saisit Roland, corps et armes,
Et s'écrie : « Vaincu, il est vaincu, le neveu de Charles !
» Voilà son épée que je porterai en Arabie. »
Il la prend en son poing, et tire la barbe de Roland. '
Comme il la tirait, Roland reprit un peu connaissance.
Roland sent bien qu'on lui enlève son épée ;
Il ouvre les yeux, ne dit qu'un mot :
« Tu n'es pas des nôtres, que je sache. »
De son olifant, qu'il ne voudrait pas lâcher.
Il frappe un coup sur le heaume tout gemmé et doré ;
Brise l'acier, la tète et les os du païen.
Lui fait jaillir les deux yeux hors du chef,
Et le retourne mort à ses pieds :
« Lâche, dit-il, qui t'a rendu si osé,
» A tort ou à droit, de mettre la main sur Roland?
» Qui le saura t'en estimera fou.
» Le pavillon de mon olifant en est fendu.
» L'or et les pierreries en sont tombées '. »
Roland sent bien qu'il a perdu la vue :
11 se lève, tant qu'il peut s'évertue ;
Las! son visage n'a p'as de couleurs.
Alors il prend, toute nue, son épée Durendai.
Devant lui est une roche brune.
Par grande douleur et colère il y assène dix coups.
L'acier de Durendai grince; point ne se rompt, ni ne s'ébrèche :
« Ah ! sainte 3Iarie, venez à mon aide, dit le comte.
» 0 ma bonne Durendai, quel malheur !
') 3Ie voici en triste état, et je ne puis plus avoir souci de vous.
» Avec vous j'ai tant gagné de batailles,
' Pour donner à nos lecteurs une idée des manuscrits qui nous ont conserve le texte de nos premières Chansons de geste, nous plaçons ici sous leurs yeux un
I PAKT. LIVK. I.
» J'ai tant conquis de vastes royaumes
» Que tient aujourd'hui Charles à la barhe chenue.
» Ne vous ait pas qui fuie devant un autre !
» Car vous avez été longtemps au poing d'un brave,
» Tel qu'il n'y en aura jamais en France, la terre libre 1 »
Roland frappe une seconde fois au perron de sardoiue :
L'acier grince ; il ne rompt pas, il ne s'ébrèche point.
Quand le comte s'aperçoit qu'il ne peut briser son épée,
En dedans de lui-même il commence à la plaindre :
« 0 ma Durendal, comme tu es claire et blanche !
» Comme tu luis et flamboies au soleil !
» Je m'en souviens : Charles était aux vallons de Maurienne,
» Quand Dieu, du haut du ciel, lui manda par un ange
» De te donner à un vaillant capitaine.
» C'est alors que le grand, le noble Roi la ceignit à mon côté.
M Avec elle je lui conquis l'Anjou et la Bretagne,
» Je lui conquis le Poitou et le Maine,
» Je lui conquis la libre Normandie,
» Je lui conquis Provence et Aquitaine,
fac-sinide du « manuscrit d'Oxford », où nous trouvons la plus anciciuic version de la Chanson de Roland. Lo fragment suivant correspond exactement au couplet dont on vient de lire la traduction :
V urtr Icf QiLrfilidd dir un mor.
0?CttCfci\îmrctiintcf mtf cîefnoxmcitr loUBin c^w^ur\\iQ{n6rc ne uohr-.
S tt ftctx en Idmt Kt çémcr fiira otr fruifC^ lacer 7 Ujxîht^ Id^of.
AniBouf bîf o\lz6eldief Udd mtffijiC 1 ufa fcf fier fil ei6 treflunietr moiir. apœClttlirculiicrrpdien cdfufnttkijrriûr.
Q. uc mr fdiftf ne àèrtxu ne- a torp.
\\\^û rrar h utne^neun x-aen^^r vai. fol • PvMxdiiren^ tmf obfànÇ^i^C
» La Lonibardie et toute la Romagne; ' '''^J';';, "''^^^j^'
» Je lui conquis la Bavière et les Flandres,
» Et la Bourgogne, et toute la Pologne,
» Constantinople qui lui rendit hommage,
» Et la Saxe qui se soumit à son bon plaisir ;
» Je lui conquis Ecosse, Galles, Irlande,
» Et l'Angleterre, son domaine privé.
» En ai-je assez conquis de pays et de terres
)) Que tient Charles à la barbe chenue !
» Et maintenant j'ai grande douleur à cause de cette épée.
» Plutôt mourir que de la laisser aux païens!
» Que Dieu n'inflige point cette honte à la France ! » *
Pour la troisième fois, Roland frappe sur une pierre bise ;
Plus en abat que je ne saurais dire.
L'acier grince, il ne rompt pas ;
L'épée remonte en amont vers le ciel.
Quand le comte s'aperçoit qu'il ne la peut briser,
Tout doucement il la plaint en lui-même : \
« Ma Durendal, comme tu es belle et sainte !
Dans ta garde dorée, il y a bien des reliques :
Une dent de saint Pierre, du sang de saint Basile,
Des cheveux de monseigneur saint Denis,
Du vêtement de la vierge Marie.
Non, non, ce n'est pas droit que païens te possèdent.
Ta place est seulement entre des mains chrétiennes.
Plaise à Dieu que tu ne tombes pas entre celles d'un lâche !
Combien de terres j'aurai par toi conquises
Que tient Charles à la barbe fleurie.
Et qui sont aujourd'hui la richesse de l'Empereur ! »
Roland sent que la mort l'entreprend
Et qu'elle lui descend de la tête sur le cœur.
Il court se jeter sous un pin ;
Sur l'herbe verte il se couche, face contre terre ;
Il met sous lui son olifant et son épée,
Et se tourne la tête du côté des païens.
Et pourquoi le fait-il? Ah! c'est qu'il veut
Faire dire à Charlemagne et à toute l'armée des Francs^
Le noble comte, qu'il est mort en conquérant!
Il bat sa coulpe, il répète son mea culpa :
Pour ses péchés, au ciel il tend son gant.
PART. Livu. I. Roland sent bien que son temps est fini.
^l!l!lil— Il est là, au sommet d'un pic qui regarde l'Espagne; D'une main il frappe sa poitrine :
(( Mea culpa, mon Dieu, et pardon au nom de ta puissance, )) Pour mes péchés, pour les petits et pour les grands, » Pour tous ceux que j'ai faits depuis l'heure de ma naissance » Jusqu'à ce jour où je suis parvenu. » 11 tend à Dieu le gant de sa main droite, Et voici que les Anges du ciel s'abattent près de lui.
11 est là, gisant sous un pin, le comte Roland :
11 a tourné son visage du côté de l'Espagne.
11 se prit alors à se souvenir de plusieurs choses :
De tous les pays qu'il a conquis,
Et de douce France, et des gens de sa famille, ^
Et de Charlemagne, son seigneur, qui l'a nourri.
Il ne peut s'empêcher d'en pleurer et d'en soupirer.
Mais il ne veut pas se mettre lui-même en oubli ;
Et de nouveau réclame le pardon de Dieu :
« 0 notre vrai Père, dit-il, qui jamais ne mentis,
» Oui ressuscitas saint Lazare d'entre les morts,.
)) Et défendis Daniel contre les lions,
» Sauve, sauve mon âme et défends-la contre tous périls,
» A cause des péchés que j'ai faits en ma vie ! »
11 a tendu à Dieu le gant de sa main droite,
Saint Gabriel l'a reçu.
Alors sa tête s'est inclinée sur son bras ,
Et il est allé, mains jointes, à sa fin.
Dieu lui envoie un de ses anges chérubins
Et saint Michel du péril ;
Saint Gabriel est venu avec eux :
L'àme du comte emportent en paradis ' . . .
vil. Mort L'Empereur est revenu d'Espagne : d'Àudc. ji Yient à Aix, la meilleure ville de France,
Monte au palais, entre en la salle.
Une belle damoiselle vient à lui : c'est Aude. Elle dit au roi : « Où est Roland le capitaine, y> Oui m'a juré de me prendre pour femme? » Charles en est plein de douleur et d'angoisse ;
' Chanson de Roland, v. 2222-2396.
r.ARACTÈnES r)ES PREMIÈRES CHANSONS DE GESTE. 177
11 pleure tles yeux, il lire sa harbj bhuiclie : i i-ap.t i.ivu i
« Sœur, chère atnie, dit-il, lume demandes nouvelles d'un honiine niorl. ^J^^^^jJ|^^^^__
» Mais va, je saurai te remplacer Roland;
» Je ne puis te mieux dire : je te donnerai Louis,
) Louis, mon lils, celui qui tiendra mes marches.
) — Ce discours m'est étrange, répond belle Aude.
) Xe plaise à Dieu, ni à ses saints, ni à ses anges,
» Qu'après Roland je vive encore ! »
Lors elle perd sa couleur et tombe aux pieds de Charles.
Elle est morte soudain : Dieu veuille avoir son âme ' !
Telle est la plus antique et la plus belle de nos épopées françaises ; tel est le type le plus exact cle nos premières Chansons de geste. Il y a quelque dix années, on a essayé de mettre siu- la scène ce beau drame : on l'a u-àlé. Et néanmoins, quand le rideau banal de notre Opéra se levait sur le dernier tableau de Roland à Roncevaux, quand les spectateurs apercevaient le champ de bataille abandonné et Roland seul au milieu de ses compagnons morts, un frémissement,, un froid (comme dit le peuple) passait soudainement dans tous les cœurs. C'est qu'on avait entrevu le sublime un instant; c'est qu'on avait senti le caractère profondément chrétien, profondément français de cette vieille chanson antérieure aux croisades; c'est que l'auditoire de 1805 était devenu semblable pour quelques moments aux auditoires des xf et xn' siècles. Mais, encore ue coup, rien ne vaut la lecture du poëme original
' Clianson de Ilûl(ind,v. 3705-3711.= Pour toute celte traduction, voyez notre H' édition tUi Holand {'ilame, février 1876). Nous publions en ce moment (juillet 1876) une traduction interliiiéairc cl laul par mut.
CHAP. XXI