‹ Les eopeés françaises (volume 2)Chapitre 88 sur 180 · DE LA LANGUE ET DES DIALECTES DE NOS CHANSONS DE GESTE · texte numérisé non relu

DE LA LANGUE ET DES DIALECTES DE NOS CHANSONS DE GESTE

Si l'on étudie la France desxir et xiii' siècles au point o, s jutùichu de vue de la lansfue qu'on v parlait; si l'on entreprend Je la

^ ^ " l ' i langue doïl

surtout de dresser une carte de ses différents dialectes, , , '''■ ''° „

' la langue a oc

teintée en plusieurs couleurs, on arrive à y déterminer ieu.s''?a"pports les groupes que nous allons énumérer, en nous dirigeant cimnsons Je geste du nord vers le midi : wallon, picard, normand (l'anglonormand n'est que du normand plus ou moins altéré),

lui-même a ap|ili(jtié .son système à la pulilication de celte Vie de saint Alexis, qui doit être considérée comme une petite chanson de geste; nous avons appliqué le nôtre dans nos sept éditions du /?o/(;U(/ (1872-1877), en essayant de le perfectionner de plus en plus. M. Grœber a doimé, en 1873, dans la Romania une édition critique de la Deslniction de Rome, de cette première branche du Fierabras; M.M. C. HolTman et Lœhmer ont publié la Clianson de Roland (ce dernier en 1872); M. Demaison préparc, d'après les principes de M. G. Paris, un texte d'Aimeri de Narhonne, et nous attendons le /?o/a/u/ de M. Th. Millier qui nous est promis depuis de si longues années. Enfin, dans son Recueil d'ancienx textes bas-latins, provençaux et français (mars 1877), M. Paul Meyer n'a pas hésité à établir le texte critique d'une notable partie des pièces ties xe-xii" siècles dont il a composé cette excellente Clireslomathie, et en particulier celui du Charroi de Ninies. — Cf. Grœbcr, Die handscliriftliclien Gestaltungen der Clianson de geste Fierabras, et l'excellent article de G. Paris sur ce Mémoire (Revue critiiiue, 1809, 11, 121, et suiv.).

LA LANCrt DES CHANSONS DE (;ESTE.

I f'AUT. I.IVR. ir.

CHAP. VI

Ce qu'il faut

entcmtre par uu

Il centre littérain

épique II,

et comment

ce centre

's'est,

plus d'une fois,

déplace dans la France du moyen âge.

Voyages de notre Épopée

à travers

nos principaux

dialectes :

chansons

anglo- normandes,

françaises,

picardes

et lorraines;

poèmes

franco-italiens.

français OU central, lorrain, bourguignon, comtois, poitevin, saintongeais, romand, etc. Nous ne parlons que pour mémoire du Midi et de la langue d'oc; où l'on peut aisément distinguer les trois grandes familles provençale, limousine et gasconne.

Tels sont les dialectes dont se sont servis les auteurs de nos poëmes épiques. Ils ont trouvé en tel ou tel de ces lanaa2[es'.

Les plus anciennes chansons de geste ont du éclore A LA FOIS en toutes nos provinces, et, par conséquent, en tous nos dialectes. C'est ainsi que l'architecture romane, vers le même temps, est née partout à la fois.

Mais il y eut de bonne heure un centre littéraire, un pays plus favorisé que tous les autres, et où la production poétique fut plus abondante que partout ailleurs. Je n'étonnerai aucun de nos lecteurs en leur disant que ce centre ne fut pas toujours le môme.

Aussi loin que nous pouvons remonter à l'aide de nos manuscrits épiques, nous constatons que le plus ancien de ces centres littéraires a été la Normandie, et, pour mieux parler, l'Angleterre normande. Après la conquête de 1066, après la victoire d'Hastings, il y eut soudain, là-bas, il y eut une magnifique floraison poétique. Quel mouvement, quelle activité, quelle vie! Ces Normands, ces Français de toutes les provinces, qui avaient suivi Guillaume en Angleterre, apportèrent dans le rude pays anglo-saxon leur goût vif^pour la poésie religieuse et militaire. C'est alors que la Chanson de Roland fut composée par un trouvère dont il n'est pas aisé de déterminer le nom, mais dont l'origine ne nous semble pas douteuse. Ce grand poëte était un Normand (de l'Avianchinais sans doute), et qui avait suivi les envahisseurs

Cliaciia trouvait en son dialecle. « (Karl Bartsch, Revue crit., 1866, n°û2.)

LA LANGUE DKS CHANSONS DK GESTE. 2r.7

franrais. Mais le Roland n'est pas la seiiltî gloire de cette région, et les manuscrits anglo-normands abondent dans toutes les bibliothèques de France et d'Angleterre.

C'est vers le second tiers du xif siècle qu'il faut peutêtre fixer la date d'un déplacement fort important de notre centre littéraire. Il est avéré que les dialectes français et picard sont alors ceux que le plus grand nombre de nos poètes parlent, chantent et écrivent. Cette région favorisée est, d'ailleurs, des plus vastes : elle se prolonge jusqu'aux extrémités de la Champagne et englobe une partie de la Bourgogne. Cette dernière province est cependant en possession d'un dialecte dont les caractères s'accentuent davantage, à mesure qu'on incline vers le sud ou vers l'est. Mais il paraît que ce dialecte ne jouissait point d'une estime générale, puisqu'un poète du xin" siècle juge à propos d'avertir ses lecteurs que sa chanson est (( en vers français, sans un seul mot de bourguignon'». Le dialecte français faisait volontiers le fier avec les autres. Il se donnait des airs de langue officielle ou classique.

Nous avons déjà vu comment Giral: de Rossilho fut un jour composé sur la frontière des deux langues d'oc et d'oïl; mais il n'y eut pas, dans cette région intermédiaire, un vérilal)le centre de production épique. Force nous est donc de remonter vers le nord, d'entrer en Lorraine et de faire halte dans la petite république messine, pour y saluer un de ces foyers, un de ces beaux foyers que nous aimons. Tous les Français ne savent pas, mais tous devraient savoir que leur Metz a toujours parlé français et que, par la grâce de Dieu, nous possédons, pour notre Lorraine, un bien plus grand nombre de documents français que pour la plupart de nos autres provinces. Les Allemands sont forcés de le constater sur toutes

' Eidréf enEsp.tjiic, \\\W.. S.-Marc à Veiiij.'. IV. \\1, f' .".U.

I PAIiT. I.IV».

CMAI'. VI.

I PAUT. I.IVP,.

<:hap. VI.

leurs cartes ethnographiques et dans tous leurs livres d'érudition. C'est une petite consolation, mais c'en est une.

Il n'y eut pas de centre épique audelàdelaLoire.Mais, pour mieux faire comprendre nos épopées dans les pays de la langue d'oc, les jongleurs français leur faisaient subir une sorte de traduction en je ne sais quel provençal de vingtième ordre. De là des poèmes comme le F'icrahras et le Belonnet.

Eh bien ! ce môme système, nos jongleurs l'employèrent dans la Lombardie, dans la Vénétie et dans une grande partie de l'Italie du nord.

La France, la langue d'o?//, fournissait alors des jongleurs au monde entier, comme nous fournissons aujourd'hui des acteurs à tout l'univers. C'étaient des jongleurs français qui sillonnaient les routes de ces beaux pays vénitien et lombard. Ils n'avaient pas été, d'ailleurs, sans s'apercevoir que le public italien ne comprenait pas aisément nos chansons de geste. Que firent-ils? Ils accommodèrent ces chansons à l'italienne ; ils firent en lombard ce qu'ils avaient fait en langue d'oc : ils traduisirent grossièrement leurs vers français en une espèce de charabia épouvantable, que les érudits de ce temps-ci appellent poliment du franco-italien ou du français italianisé.

Supposez, ami lecteur, que >ous soyez un jour forcé de déclamer, dans une ville d'Italie, les plus beaux vers de noti'e Lamartine devant un auditoire qui ne comprenne point notre langue. Allez plus loin et supposez que, pour vous faire mieux entendre, vous ayez alors l'idée de remplacer les e muets par des a, etc. Yoilà ce que firent les jongleurs français qui exploitaient l'Italie des xiir et XI Y" siècles.

Mais les choses n'en demeurèrent point là.

Après les ionulcurs viiinmt les scribes, et ;i près les i i'aht. uvn. n. scribes, les poètes.

Certains scribes italiens, ayant à copier une œuvre française, la transcrivirent servilement, mais en y insérant des formes plus ou moins italianisées. Tel est le cas de VAliscans\ de VAnscis de Carlhage'-, (\QVAspremont^, du Foulques de Candie^ du Gui de NanteuiP, du Renaud de Montauhiui ^ et du Roncevaiix^ .

D'autres Italiens (mais ceux-là méritent déjà le nom de versificateurs, et non plus celui de scribes) se sont plus librement donné carrière. Avec le texte français qu'ils ont sous les yeux, ils prennent plus de familiarités. Ils se croient, à cause de la rime, forcés de changer certains mots, et ils les changent ; ils ajoutent ou suppriment des vers; ils commettent vingt autres modifications du même ordre. Tels sont, suivant quelques critiques, les poèmes renfermés dans ce célèbre manuscrit de Venise qui nous a conservé la Berta de II f/ranpié^.

' Venise, P.ibL S.-M,irc, fr. VIH. — - Paris, BibL nat. fr. 1598. — ' Ibid. — ' Venise, BiliL S.-Maïc, fr. XIX et XX. — ' Ibid. fr. X. — ' Ibid. fr. XVI. — ' Ibid. fr. VI.

" Venise, Bibl. S. -Marc, fr. XIH. = A l'égard des poëmcs qui sont renfermés dans ce manuscrit (Berta, Bovo, Enfancex Chaiiemngne, Enfances Boland, Enfances Ogier, Macaire), trois systèmes sont aujourd'hui en présence. Suivant M. Rajna, « tous les poèmes de ce manuscrit sont des compositions francoitaliennes M (Romania, juillet 1803). D'après M. Guessard, au contraire, nous n'aurions ici affaire qu'à un compilateur, lequel se serait contenté de transcrire très-mal un original français (voy. la Préface de Macaire). Enlin, et d'après un troisième système, certains poèmes de ce manuscrit justifieraient l'opinion de M. Piajna, et certains autres celle de M. Guessard. Nous y reviendrons. = Quoi qu'il en soit, nous jugeons nécessaire de publier ici un spécimen de ce célèbre manuscrit de la Saint-.Marcienne (fr. XIIIj ; nous l'empruntons à la Berla de H gran pié :

E qui vora stc roman ascolter,

E por rasoii le vora adotcr,

Pora oldiro do qi la fo mer.

D'cliî nasi Karlo 11 enporcr

Qn po fu rois do tôt li balistor :

Mes avaiiti que lo aùst eu à governer,

Pctito fantia sscn convenc scanpcr.

El no fo tcra qc l'olsase bailer :

A Saragor.'i cuiu Turclii et E cIi.t

l.i couvciie stare c deinoror ;

Son pcr si li fo morto c iJerla soa hilt,

Qe du son frer le fe atoscger ;

Mais cl ç;c fo un valant rivaler

'"aup.''v". "■ D'autres enfin sont de vrais poètes. Ils ne se contentent pas de défigurer, plus ou moins grossièrement, certains poëmes préexistants. Leurs devanciers ont chanté des poëmes français à l'italienne, les ont transcrits à l'italienne, les ont délayés à l'italienne. Eux, vont plus loin : ils composent, ils trouvent en français, et leurs poëmes, dont la langue est fortement italianisée, sont des œuvres absolument nouvelles. Telle est la Prise de Pampehne.

Est-ce à dire, néanmoins, que cette langue à^XàPrise de Pampelune soit réellement, comme on l'a prétendu, une véritable langue, un dialecte spécial? Est-ce qu'il a vraiment existé une langue franco-lombarde? Non ; l'auteur de la Prise de Pampelune était à peu près le seul qui se servît d'un tel langage. Et encore s'imaginait-il écrire en bon français'.

Bref, voici un résumé de l'histoire de nos poëmes en Italie, a Des jongleurs les ont tout d'abord chantés en un baragouin moitié italien, moitié français; puis, des scribes les ont transcrits dans le môme idiome ; puis, des versificateurs les ont modifiés selon le même système ; et enfin sont venus les poëtes, lesquels ont inventé, pensé et écrit en un français qu'ils ont inconsciemment teinté et pénétré d'itahcn. »

En résumé, pas de centre épique, qui soit digne de ce nom, en dehors des pays où l'on parlait les dialectes normand, français, picard et lorrain.

Suivant l'ordre chronologique et à ne compter que depuis la fin du xi'= siècle, le premier de ces centres a

Qc mais nol volse dvliifiiir ni lasor : E qiiello fil Morando de Hiver.

E H rois Galafrio si le fc alcvcr.

Avec Marsilio li fasoit mançer.

Ne vos pois fot li plais aipiiter. Etc.

(Dcj'la de li qran pié, cd. Miissafin, fiomania, 1871, p. 341.)

' Voy. notre notice sur Macaire dans notre 1" édit,, l. M, p. [>ii et 525.

6lé ranglo-normand. Mais le plus considérable et celui qui a le plus rayonné, c'est le français '.

Rien n'est plus difficile que ces questions de dialecte, quand il s'agit d'établir un texte critique.

Ce que l'éditeurdoit s'efforcer de reconstruire, c'est le dialecte même que parlait l'auteur de la chanson, c'est l'idiome dans lequel il trouvait. Or, peu nous importe ici la date des différents manuscrits que nous pouvons avoir sous les yeux. Un manuscrit très-ancien, le plus ancien même de tous les manuscrits connus, peut fort bien avoir été écrit dans un dialecte qui n'est pas celui de l'auteur primitif. Deux ou trois ans après la composition d'un de nos Romans, un copiste lorrain a pu ramener à son propre dialecte le manuscrit original d'un poète picard. Ce dernier manuscrit a disparu, c'est bien; mais il ne suit pas de là que le poëme doive être édité en lorrain. C'est en picard qu'il le faut publier'-.

La première de nos préoccupations scientifiques consiste donc h établir quelle a été la patrie, la véritable patrie du poëte. Il ne faut pas ici nous contenter d'à peu près, ni de preuves suspectes, ni de demi-preuves. Mais, une fois ce point bien éclairci, nous pouvons trèshardiment marcher en avant et publier en lorrain l'œuvre

' Nous donnerons, dans la 7'a/'/c (/e'npraie qui terminera notre septième et dernier volume, une liste de nos poi-mes classés suivant les dialectes de leurs manuscrits. Il nous suffira aujourd'hui de renvoyer nos lecteurs au Roland d'Oxford et au Voyage à Jérusalem pour leur donner l'idée du dialecte normand plus ou moins profondément altéré; de les renvoyer au manuscrit de la Bibl. iiat. 19100 (7c,s Loherains) pour le dialecte lorrain, à Doon de Mayence (ms. de Jlontpcllierj pour l'orthographe picarde; etc., etc. Les textes «français» sont tellement nombreux, qu'il serait inutile d'en faire ici l'objet d'une indication particulière.

' <i Rechercher le dialecte primitif du poëme est une des obligations du critique, Et c'est d'après le résultat de ce travail préparatoire ([u'il doit, s'il a devant lui des manuscrits en dialectes différents, suivre, pour ck qui conckrne le LANGAGE, celui qui représente le mieux la langue du poëte, sans qu'il soit aucunement obligé de suivre ce manuscrit pour les leçons et la critique du texte, )) (Karl harlsch, Revue critique, 1866, p, 52.)

I PAUT. LIVn. II.

CEIAP. VI.

Les rililniirs

.le

nos vioiix poè'mos

doivent

en raninricr

le texte

au (li;ilectc

([u'.i parlé fauteur

cliaf|UP chanson

ol ilaiis lequel

il a trouvé.

I PAItT. I.IVH. II.

ClIAP. VI.

première d'un Lorrain ; en picard, celle d'un Picard; en français, celle d'un Français. Telle est la règle.

La lâche, je le sais, est des plus délicates; la connaissance approfondie de nos vieux dialectes est nécessaire à ceux qui osent aborder une telle entreprise : il y faudrait l'expérience d'un vieillard avec la précision d'un mathématicien, et les plus forts y ont parfois succombé.

Deux graves erreurs sont ici possibles, et môme aisées. La première consiste à ignorer les lois d'un dialecte; et la seconde, à se tromper sur l'origine topographique du premier auteur de la chanson.

Une troisième méprise s'est quelquefois produite au sujet de la date originelle de tel ou tel dialecte. L'éditeur du Saint Alexis, M. Gaston Paris, n'y a peut-être pas échappé : et c'est à lui cependant que nous sommes principalement redevables de l'importation de cette méthode critique, de cette excellente méthode. Il a cru, il a affirmé (jue les deux dialectes français et normand n'ont pas été distincts ni indépendants durant une première phase de leur histoire. Et il a ajouté : « Ce n'est qu'à une époque, qui n'est pas antérieure au xii" siècle, que se sont manifestées certaines différences entre le langage des Français et celui des Normands'. » Mais, en vérité, où sont les preuves de ce dire? Il en faudrait de bien éclatantes pour nous faire adopter un système qui, tout d'abord, paraît contraire à ce qui s'est passé pour tous nos autres dialectes. Dès le premier moment de leur existence, ces dialectes ont eu certaines raisons d'être, qui ont immédiatement déterminé en eux cer-

' « La Ncustrie, composée à peu près des mêmes provinces que j'ai éiiiimérées tout à riieure (et spécialement de TIle-de-France et de la Normandie),

A El! ORIGINAIRKMK.NT IN SEUL ET MÊME DIALECTE. Cc n'est qu'à Une époque CLI

n'est I'AS ANTÉRIEURE AU XII' SIÈCLE quc Se sout manifestées entre le langage des Français et celui des Normands certaines différences. « (Vie de saint Alexis, Introduction, p. 15.)

Uiiiis caractères spéciaux. Le dialecte normand n'a pas pu attendre, il n'a pas attendu plusieurs siècles pour naître tout à coup, un beau matin, sous l'empire d'intluences qu'on ne nous indique pas, et que nous ne connaissons point. L'erreur de M. Gaston Paris a eu un résultat singulier : c'est qu'il a publié en dialecte de l'Ile-de-France un poëme qui, selon toutes les probabilités, avait été écrit en normand par un Normand '.

IPAnT. LIVR. II.

CHAP. VI

Je suppose qu'après de ioniines recherches, on soit , comment,

ri i i '- dans la publicalion

enfin parvenu à déterminer, d'une manière exacte, quel '''""i' £„„",£''"■

' Voyez le jugement de Paul Meyer sur le 5rti"( A/exis de G. Paris, dans le Rapport sur l'étal actuel de la philologie des langues romanes présenté en 1874 à la Pkilological Society de Londres : « M. Gaston Paris, dit-il, A cer- » TAiNEMENT DÉPASSE LA LIMITE OU s'arrête LA CERTITUDE ; mais il Va. fait sciem- » ment, ce me semble, et uniquement pour rendre claire aux yeux l'application » des principes décrits dans ['Introduction de Pouvrage. » (L. 1., p. itH.) Cf. Particle de M. H. Nicol (pp. 332-45) : « An Account of Gaston Paris's Method of editing in his Vie de saint Alexis. » Le savant anglais regrette que « Topinion » de l'éditeur, sous forme d'un texte constitué, se place entre l'esprit du lec- » teur et la leçon des manuscrits » [Romania, III, 428j. = Un exemple récent a prouvé le dang;er de ce système, lorsqu'il ne s'appuie pas sur des faits certains : M. GrœljL'r a publié dans le Romania (II, p. 1 et suiv.) une prétendue édition critique de la Destruction de Rome, oii il s'efforce de ramener au dialecte picard le seul texte connu de ce poëme, lequel est anglo-normand. Encore s'il avait uniformément traduit cet anglo-normand en picard ; mais il s'est contenté de tenter çà et là ce singulier essai. La raison qu'il en donne est des plus simples : « C'est qu'il ne connaît pas assez le dialecte » picard », et il ajoute qu" « il s'est contenté d'écarter de son texte les » normandismcs et les anglicismes ». D'ailleurs, « la plupart de mes correc- » tiens (c'est lui qui parle) se fondent sur des expressions et des tournures de » phrases usitées en d'autres chansons de geste, et elles n'ont pas toutes le » même degré de prohabilité » (I. 1., p. 5j. Voilà pourlant où Ton en arrive avec une méthode qui n'est pas sûre : u Ce funeste enlraint'm.'nt de l'exemple a )) produit déjà son effet, dit M. Paul Meyer, et nous avons vu naguère un jeune » professeur allemand, connu (lar d'estimables travaux, porter sans façon une » main inexpérimentée sur le texte d'une courte chanson de geste, la Destruc- 1) lion de Rome, qu'il publiait pour la première fois. L'imprudent éditeur, » s'étant persuadé, par des motifs insuffisants, que le poëme avait dû être » originairemcnl composé en picard, s'est mis à traiter en conséquence la leçon )) unique que nous en possédons, qui est anglo-normande. Le texte est sorti de » ses mains dans un état lamentable, ayant perdu presque tous ses caractères » anglo-normands, et en ayant gagné très-p;^u qui soient vraiment picards. Que » cette mésaventure serve d'avertissement aux philologues trop impatients. » Sumite maleriam... « (Transactions ofthe Pkilological Society for 1873-1874: Rapport sur l'état actuel de la philologie des langues romanes, p. 432.) 1. 18

I PART. Llvn. II.

CIIAP. VI.

(l'arriver h ces

trois résultats :

1» la correction

phonétique ;

2" la correction

grammaticale ;

3" l'unité orthographique.

était, pour telle ou telle de nos chansons, le dialecte parlé et écrit par le poëte original. Je veux même aller plus loin, afm de préciser la thèse, et suppose que ce dialecte du manuscrit primitif était le dialecte normand.

Que nous reste-t-il donc à faire, si nous voulons éditer cette chanson normande?

Il nous reste à la publier en dialecte normand.

Or, il peut arriver que nous ne possédions de ce vieux poëme qu'un seul manuscrit, écrit cent ans après l'original '. Il peut également arriver que ce manuscrit soit écrit en anglo-normand, par exemple, ou, pour parler plus net, en normand corrompu et défiguré. C'est le cas du Roland.

Eh bien! il faut que nous examinions, une à une, chacune de ces formes corrompues et défigurées du seul manuscrit parvenu jusqu'à nous ; il faut que nous les reprenions en sous-œuvre ; il faut que nous les travaillions attentivement et que nous les ramenions, enfin, à la pureté du dialecte normand.

Notre texte du Roland offre ces deux traits caractéristiques de tous les ouvrages copiés en Angleterre : l'altération des règles de la déclinaison romane et la confusion perpétuelle entre les notations é et ié.

Donc, nous rétablirons partout les règles de la déclinaison indignement violées, et nous donnerons toujours une place spéciale à chacun des groupes t^et ic.

Voici notre mot « douleur », qui reçoit plusieurs formes dans les textes du moyen âge. Les scribes de France l'écrivent doloi\ et les scribes normands dtdur;

' Telle est, en ce cas, la règle générale, hcureiisi^ment formulée par Barlsch : (I Si réditeurn'a à sa disposition qu'un manuscrit et qu'il ne puisse savoir dans quel dialecte le poi-lc a écrit, il devra se conformer à la langue du manuscrit; mais il est autorisé et môme obligé de s'en écarter quand des indices certains lui prouveront que ce manuscrit ne reproduit pas la langue du poème. " (Karl Bartsch, Revue critique, 1866, ii° 5'2.)

mais notre écrivain dn Roland a confonrln })ai1out les "'''^Î^J',p'''vf "" notations propres anx denx dialectes. Que lerons-nous? Nous adopterons partout la notation w, et imprimerons dulur, comme aussi seignur, pu)\ tute, sim, etc. Le labeur, vous le voyez, sera pénible et long ; mais nous ne pouvons nous y soustraire.

Le même travail nous sera strictement imposé, si nous possédons plusieurs manuscrits de notre poëme, au lieu d'un seul. Parmi ces manuscrits, en effet, il peut s'en trouver quelqu'un où la langue de la chanson originale soit exactement reproduite. Mais alors même que, sur dix manuscrils parvenus jusqu'à nous, il n'y en aurait pas un seul à nous offrir cette reproduction du dialecte primordial, nous n'en serions pas moins autorisés à reconstruire le poëme selon ce dialecte.

Si nous avions l'absolue incertitude que telle chanson a été écrite en Lorraine, et que nous en possédions seulement trois manuscrits, — un écrit en normand et deux en français, — nous avons le droit et le devoir de ramener tous ces textes à leur forme première, à leur forme lorraine. Mais, encore un coup, une certitude absolue est ici rigoureusement nécessaire, et il ne faut rien laisser à l'hypothèse.

S'il nous était permis de tracer un plan aux futurs éditeurs de nos vieilles chansons, nous leur recommanderions volontiers de ne pas entreprendre une de ces éditions critiques sans avoir au préalable établi très-exactement et couché par écrit les lois du dialecte auquel ils ont la prétention de ramener leur texte. Avant de se mettre au travail, il convient qu'ils possèdent à fond toutes les règles de la phonétique qui est particulière à ce dialecte. Même, ils feront bien de commencer par dresser une table complète des assonances de leur chanson. Les assonances, en effet, sont un élément décisif pour

I PART. Livn. H. résoudre cent problèmes de prononciation et d'orthogra-

r.HAP. VI. r 1 O

phe, et ces solutions peuvent passer pour certaines. Les mots placés en assonance à la fni d'un vers nous offrent nécessairement les formes les plus correctes au point de vue de la phonétique, et nous pouvons introduire hardiment ces formes excellentes dans toutes les autres parties de notre texte. Il est vrai que cette ressource manque aux éditeurs de nos Chroniques et de nos Romans en prose; mais ces éditeurs, eux aussi, doivent débuter par une étude attentive de la phonétique, et c'est ce qu'a dû faire M. de Wailly, quand il a donné cette édition de la Vie (le saint Louis, qui est l'honneur de l'érudition française et le type d'un bon texte critique.

Nous voici donc arrivés à la correction en matière de phonétique.

Mais la phonétique ne suflit pas, et il faut que l'éditeur de nos vieux poëmes s'assimile encore leur grammaire. Si tel substantif ou tel adjectif est écrit au singulier, quand il doit porter les marques du pluriel, l'éditeur les doit rétablir. Il en est de même des verbes, qu'il faut remettre à leurs vrais temps et modes, comme aussi des participes et des pronoms. Ces corrections s'élèvent parfois à un nombre véritablement prodigieux, et il est tel vers où il ne faut pas modifier grammaticalement moins de trois ou de quatre mots. Nous avons ainsi corrigé plusieurs milliers de fautes dans le Roland, et M. de Wailly plusieurs milliers dans le Joinville.

Nous voici donc arrivés à la correction phonétique et à la correction grammaticale.

Mais nous pensons que l'on peut aller encore plus loin et avons voulu appliquer, dans la Chanson de Roland, le système de l'unité orthographique.

Il est vrai que l'orthographe n'existait pas au moyen âge. L'orthographe n'est qu'un contrat social en matière

LA LANr.lE DES CHANSONS DE GESTE. 277

d'écriture, et ce contrat nu guère été signé qu'au temps ' ''è'i'uV'u ''' de j\[. de Vaugelas'.

Dans une seule et môme charte, que dis-je? dans un seul et même vers d'un de nos vieux poèmes, le même mot nous est souvent offert sous plusieurs formes différentes. Or, parmi ces formes, il en est une qui, presque toujours, est scientifiquement préférable à toutes les autres : c'est celle-là que nous adopterons partout.

Mais, alors même que plusieurs de ces formes seraient également approuvables, nous ne courons aucun risque à faire un choix entre elles. Donc, nous ferons ce choix, et désormais, dans toute l'étendue de notre texte, nous imprimerons toujours ce mot de la même façon. C'est ainsi que nous procéderons pour tous les mots de notre poëme ; c'est ainsi que nous conquerrons cette belle unilévers laquelle nous tendons'".

Ce système, sans doute, ne peut être appliqué sérieusement que lorsqu'on a dressé le vocabulaire complet de son poiMiie. Mais nous ne reculerons pas devant cette tâche, et dresserons ce vocabulaire.

Y a-t-il quelques lacunes dans notre chanson, et sommes-nous forcés de les combler à l'aide d'autres manusci'its, qui n'appartiennent ni à la même époque, ni au même dialecte que le manuscrit original? Eh bien! nous comblerons ces lacunes en empruntant tant de couplets ou tant de vers à ceux de nos autres manuscrits qui ont

1 S'il y ;i CM une orthographe (|iiclconque au moyen âge, c'est l'orthographe latine, qui a plus ou moins persisté dans le français, mais qui n'a pas été sans suhir elle-même ])lus d'une modification notable. — Voy. Extraits de divers manuscrits latins pour servir à l'histoire des doctrines (irammaticales au nwije.n dtje, parCh. Tliurot. Cf. Paul Mcyer, Itevae critique, 1870, I, iîl8, 219.

■ Ou peut objecter au système de l'unité orthogi-aphique ce fait incontestable (pi'ancun maruiscrit du moyeu âge ne nous offre cette unité parfaite. La chose est certaine; mais il nous suffit que, dans notre texte unifié, chaque forme SOIT SCIENTIFIQUEMENT JUSTIFIABLE. D'ailleurs, les éditions paléograpliiques sont là, à défaut dos manuscrits, pour donner au lecteur l'idée e.xacto des manuscrits eux-mêmes.

CH.\P. VI

la môme valeur; mais nous aurons soin, pour ne point tromper noire lecteur, d'imprimer ces additions en caractères spéciaux. Surtout nous ramènerons ces vers et ces couplets au dialecte du manuscrit primitif, et nous appliquerons ainsi, tout à la fois, le triple système de la correction phonétique, de la correction grammaticale et de l'unité orthographique'.

C'est ce qu'on a fait pour Ylliadc, et (je le dis sans hasarder ici le moindre rapprochement entre ces deux chefs-d'œuvre) c'est ce qu'on est en droit de faire pour la Chanson de Roland.

' Tel est le plan que nous avons essayé de réaliser dans notre édition du Roland. Nous allons donner au lecteur une idée de ce travail en lui présentant, dans une première colonne, le texte brut du manuscrit d'Oxford et, dans une seconde, notre texte critique, établi d'après les principes que nous venons d'exposer en tout ce chapitre. Ce n'est pas un modèle (juc nous prétendons offrir. mais une citation que nous voulons faire pour éclairer une doctrine.

TEXTE d'oxford.

Trcsvait la iioit, o ;iport la clerc albo. Li eiiipcrores imilt tii^rcinent clicvalclict, Par mi ccl host siivcnt o menu rejjuarilcil : « Seiirmirs barons, dist li eniperere Caries, Vecz les porz e les dcstrciz passades, Kar inc jugez ki ert en la rere-giiariie. » Guenes respunt : « PioUanz, cist miens lil- N'avez baron de si irranl vasselage. » (laslrc; Quant l'ot li reis, fièrement le reçruardet, Si li ad dit : « Vos estes vifs diables; El cors vos est entrée mortel rage.

E ki scrat devant moi en l'ans-guardo? » Guenes respunt : « Oger de Doneniarclie ; N'avez baruM ki niielz de lui la facot. » .\oi.

Li quon< Pudlanz, quant il s'oit juger Dune ad p.irled à lei de chevaler :

« Sire paraslre, mult vos dei aveir clicr, La rere-guarde avez sur mei jugiet ; N'i perdrai Caries li reis ki France licMl, Men escienlre, palefrcid ne destrer.

Ne mal ne mule que deiel chcvalclior.

Ne n'i perdrai ne runcin ne sumer, Que as espécs ne scit einz eslegiet. » Guenes respunt : « Veir dites, jo 1' sai bien. »

Quant ot Rollanz qu'il ert en la rere-guarde, Iréement parlai .i sun parastre :

« Ahi ! culvert, malvais boni de put aire, Quias le guaut me ciist en la place, Cumc fist à Ici le baslun devant Garl.;. » Aoi.

» Dreiz emperere, dist Rollanz le barufi, Dunez mei I' arc que vos tenez el poigri ;

texte critique.

Tresvait la noit, e apert la clerc albe. Li Eniperere mult fièrement chevalcliet.

Par mi celé ost suveiit e nienut guardet. « Seignurs barons, dist l'empererc Caries, » Veez les porz e les dcslreiz passages ; » Kar me jugiez k'iert eu la rere-guarde. » Guenes respimt : « Rollanz, cist miens lil- » N'avez baniu de si grautvasselage. » |laslre; Quant l'ot li Reis, fièrement le reguardet, Si li ad dit : « Vus estes vifs diables ; » El' cors vus est entrée mortel rage. » E ki serai devant mei en l'ans-guarde? >> Guenes respunt : « OgiiTS de Danemarche. )> N'avez barun ki niielz de lui la facet. » .Aoi

Li quens Rollanz, quant il s'oit jugier, Dune ad parlet à lei de chevalier :

« Sire parastre, imilt vi.s dei aveir chier ; » La rere-guarde avez sur mei jugiet; » N'i perdrai Caries, li reis ki France lie. il, » Mien escienlre, palefreid ne destrier, » Ne mul ne mule que deiel chevalcliicr, » Ne n'i perdrai ne runcin ne sumier, » Que as cspées ne seil einz cslegiet. » Guenes respunt: « Veir dites, jol' sai bien. »

Agi.

Quant ot Rollanz qu'iert en la rere-guarde. iréement parlât à sun paraslre :

« Ahi ! culvert, malvais hum de put aire. » Quias li guanz me caist en la place, » Cuni list à lei li basluii devant Carie '. » Aoi.

Li quens Rollanz enapelet Carlun :

« Duuez-mei 1' arc que vus tenez el' puigii.

Je ne prélonds pas, traillcurs, qu'il soil nécessaire > ••^nT. liv» u.

' ^ ' '^ ClIAP. VI.

d'appliquer à toutes les œuvres littéraires du moyen

âge un système aussi compliqué, et parfois aussi difficile. %7urmllmcni Mais enfin le temps n'est pas éloigné où le Villehar- ""pitiViTombre"" douin, le Joinville et Le Roland vont décidément passer à l'état de classiques, où ils vont être mis aux mains de nos enfants, et où l'on demandera, au baccalauréat comme aux examens de l'Hôtel de ville, l'explication d'un certain nombre de vers du xi° siècle. Puis donc qu'on va les faire servir à un usage aussi auguste, il importe que nos « classiques français du moyen âge »

(le

notre langue

et de noire

cpope'o nationales.

TEXTE DOXFORD.

Men escientro, ne l'nic reproverunt Que il me cheded cnni fîst à Guenekiii De sa main destre quant reçut le bastriii. » Li enipcrcres en tint sun chef enbrunc, Si duist sa barbe e detoerst sun gernun, Ne poct muer (pie des oilz ne pkirt.

Anprès i('o i est Neimes venud ; Moillor vassal n'ont en la curt de lui, E dist al roi : (( Ben l'avez entcndut, Li qucns l'iollaiiz il est niult irascut. La rere-£;uarde est ju!ï(>e sur lui ; N'avez baron ki jamais la reniut.

Duncz li l'arc que vos avez tendut, Si li truvez ki très bien li aiut. »

Li rois li dunct, e Rollanz l'a reçut.

Li cmpereres apclct ses nies Reliant:

« Bel sireni(;s, or savez veirement, Demi mun host vos lerrai en présent ; Retenez les, ço est vostre salveinent. » Çodit li qucns : « Jo n'en ferai nient. Deus me cunfiindo, se la geste en desmc^nl ! .Xx. mille Francs retendrai ben vaillanz. Passez les porz trestul soiirement :

Ja mar crendrez nul hume à mun vivant, u Aoi.

Li quens Rollanz est muntct el destror. Cuntre lui vient sis cumpainz Oliver, Vint i (îerins e li proz quens Gerers, K vint i Otes, si i vint Berengers,

TEXTE CRITIÛUE.

)) Mien escienlre, ne 1' me reproverunt » Que il me cliéet cum fist à Gnenelun » De sa main destro, quant reçut le basluii. » Li Eniporcre en tint sun chicf enbrunc: Si duist sa barbe e detoerst sun gernun ; Ne poet muer que de ses oilz ne plurt. Aoi.

Enprès iço, i est Naimes venuz :

Meillur vassal n'ont on la curl do lui, E dist à r Rei : « Bien l'avez ontendut ; )i Li quens PioUanz il est mult irascuz : » La rere-guarde est jugi(3e sur lui ; » N'avez barun ki jamais la remut.

)i Duncz li l'arc que vus avez tendut, » Si li truvez ki très bien li aïut. » Li Reis li dunet, e Rollanz l'ad reçut. Aoi.

Li Emperere ad apelet Reliant :

(( Bels sire niés, or savez veirement, » Demi mun ost vus lerrai en présent ; )i Retenez les, c'est vostre salvement. » Cm dit li quens : « Jo n'en fei'ai nient. » Deus me cunfundet, se la geste en desment » Vint mille Francs retiendrai bien vaillanz. » Passez les porz trestut soiirement :

)i Ja mar crendrez nul hume ;i mun vivant. »

Aoi.

Li qucns Rollanz, est muntez sur un munt. Vestil sa brunie, ja meillur ne vist hum, Lacet sun lielme ki fut faix, pur barun. Ceint Dureudal dunt ad or est lipunz, A V col se mist un escul peint à flurs. Ne voelt munter se sur Veillantif nun.

Tient sun espiet, blancs est li gunfanun, Les renges d'or li bâtent jusqu'à V puni- Or verrat hum ki l'amerat a nun.

Dicnt Franceis : m E nus vus i sivrum. »

Aoi.

Li quens Rollanz est nmntez el' destrier. Cuntre lui vient sis cumpainz Oliviers; Vint i Gcrins e li pruz quens Geriers, E vint i Otes, si i vint Berengiers,

1 PART. Livn. II.

CH.\P. VI

offrent une pureté de texte à l'abri de tout reproche et cette uniformité de notation orthographique sans laquelle les jeunes intelligences ne parviendront jamais à les aimer. 11 faut en fixer la langue, le rhythme, la forme. Est-ce que les grammairiens et les rhéteurs grecs ne se sont pas livrés à un travail analogue sur Homère? Et pourquoi les éditeurs de nos chansons témoigneraient-ils moins d'amour aux premiers monuments de notre poésie nationale?

TEXTE d'oxford.

E vint Jastors e AnseTs li volz,

Vint i Gerart de Piossillon li fiers,

Veniiz i est li riclics dux Gaiiiers.

Dist l'arcevcsqiic : « Jo irai par niun chef! »

— « E jo od vos, ço di.^t li qtieiis Gualters,

Hora sui Rollant, je ne li dei faillir, x

Entre s'esliseji .xx. luilie clievalers. Aoi.

Li quens Rollanz Gualler del Hnni apelet : » Perjiez mil Francs de France nostre tere. Si purpernez les deserz e les tertres, Que l'emperere nisnn des soons n'i perdet. » Respnnt Gualler : « Pur vos le dei ben faire. » Od mil Franceis de France la lur tere Gualter dfsrcnsel les destreiz c les tertres ; N'en descendrai pur nialvaises nuveles, Enceis qu'en soient .vii. c. espées traites. Reis Almaris del règne de Helfernc Une bataille lur livrai le jur pesuio. Aoi.

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