‹ Les eopeés françaisesChapitre 102 sur 180 · Le Couronnement Looys, édit. Jonckhloet, vers · texte numérisé non relu

Le Couronnement Looys, édit. Jonckhloet, vers

II PART. LIVR.I ClIAP. XIV.

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Et ele lui ; ne cesse de plorer. — Par tel covent einssi sont dessevré ; — Puis ne se virent en trestot lor aé *. » Ces quatre vers sont d'une simplicité presque sublime, et tout cet épisode est digne des chefs-d'œuvre de l'antiquité.

C'est ainsi que Guillaume quitta cette Rome où il ne devait point tarder à revenir ; c'est ainsi qu'il alla en France se faire le libérateur de son pays, après avoir été à Rome le libérateur de l'Église. Dans tout ce poëme que nous analysons, notre héros ne cesse d'aller de Paris à Rome et de Rome à Paris, et rien n'est plus beau que ce va-et-vient ; rien ne met dans une plus belle lumière cette geste de Garin qui décidément prend la première place après celle du Roi...

En réalité, Guillaume va tout-à-l'heure arriver au sommet de sa gloire.

De retour en France, Guillaume

apaise

une révolte

de

tous les grands

vassaux, et en particulier des Normands,

contre le fils deCharlemagne.

En France, les traîtres, les rebelles triomphent. Ils ont saisi le pauvre petit roi Louis et l'ont jeté dans une prison de la fameuse abbaye Saint-Martin de Tours. En sortira-t-il jamais ? Un nouvel empereur va monter sur ce trône audacieusement usurpé : ce sera le fils de. Richard de Rouen. Toujours habiles, ces Normands! Mais le vengeur approche.

Déjà Guillaume est en Rrie, où il apprend d'un pèlerin l'emprisonnement du fils de Charlemagne ". Vite il marche sur Tours, réunit autour de lui jusqu'à douze cents chevaliers, voit grossir sa petite troupe, ne désespère pas de la victoire, hâte le pas et arrive tout haletant

1. Le Covronnement Looys, édit. Jonckljloet, vers 13S3-1435. — 2. Ibid., vers 1436-1474. ■

aux portes de la ville de Saint-Martin. Sur son chemin, il crie à haute voix : « Malheur à celui qui prétendrait « être roi de Franco. Je lui mettrais une étrange cou- « ronne sur la tête en lui faisant descendre sa cervelle « jusqu'aux pieds ' ». Par honheur le baron qui garde l'entrée de Tours est un noble cœur qui déteste les traîtres ; mais il ne reconnaît pas tout d'abord les chevaliers de Guillaume : « Ah » ! dit-il, « pourquoi le « lignage d'Aimeri n'est-il point ici? Quant à vous, je « vous défends d'entrer ». — « Si tu savais qui je suis » , lui répond doucement notre héros, « tu m'ouvrirais « cette porte sur-le-champ ». — « Quel est votre nom »? — « Je m'appelle Guillaume de Narbonne ». Ils entrent". Un grand pas vient d'être fait ; Guillaume est dans la place. Il s'agenouille sur le marbre du moutier, et réclame le secours de Dieu pour son pauvre et faible protégé, pour le roi Louis ^ Puis il se relève et se change soudain en un impitoyable justicier que rien ne pourra plus attendrir. Les quatre-vingts moines de Saint-Martin se sont rangés au parti des traîtres, ils ont conspiré contre leur seigneur légitime : il importe qu'ils soient punis, et punis avant tous les autres. « Les « moines ne sont-ils pas faits pour Hre en leurs psau- <( tiers »? demande le fils d'Aimeri à ses chevaliers. — « Oui, certes », répondent-ils. — « Et s'ils s'occupent « à ourdir des trahisons, que méritent-ils »? — « La « corde ». — « C'est bien ». Guillaume n'en demande pas plus long, et va droit jusqu'au chancel. Il y trouve assemblés des évêques, des abbés, des religieux qui, tous, appartenaient au parti de Richard. Il se garderait bien por le pechié de les frapper avec des armes, avec du fer, mais il les bat tous à formidables coups

1. La Couronnement Looys, édit. Joackbloet, vers 1476-1503. — 2. Ibid., vers 1505-1665. — 3. IbicL, vers 1666-1672.

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de poing et de pied; ses barons l'imitent joyeusement, et mettent ces misérables à la porte de leur monastère en les envoyant aux diables'. Louis était là, spectateur tremblant de cette terrible scène. Il s'était traîné aux genoux de son libérateur, et lui avait très-humblement baisé les pieds. Même le Comte avait dû le relever et lui donner une leçon de dignité. Mais justice n'était pas faite encore...

Le fds de Richard, celui dont on voulait faire un roi, s'appelait Acelin : Guillaume le somme fièrement de venir défendre avec lui l'empereur Louis, « qui est leur vrai seigneur ». Mais Acelin ne répond à cette sommation que par le plus insolent de tous les défis. Le défenseur de la justice, à cette réponse, pense devenir fou de colère, et, sur-le-champ, va trouver ce vantard, ce félon... qui n'ose pas soutenir le choc des Français et bat en retraite. Mais Guillaume est sur les traces de ce lâche : il ne le perd pas de vue, il le poursuit, il l'atteint. Emploiera-t-il l'épée, arme si noble, pour en finir avec le traître? Non, un pieu sera assez bon, et le comte passe cette arme roturière à travers la tête d'Acelin ■ : « Montjoie ! Montjoie ! Louis « est vengé » !

Reste Richard.

Guillaume, sans prendre une heure pour se reposer, court à ce chef de la conspiration et le cherche partout avec rage : « Il est à l'église », lui dit-on. Guillaume va àl'éghse. A cause de la majesté du lieu, il ne veut pas répandre sur le pavé sacré le sang vil de ce traître; mais sa conscience ne sera nullement alarmée, s'il se contente de fassommer à coups de poing. Il l'aperçoit, adossé contre l'autel, marche sur lui, lève le poing, puis

1. Le Couronnement Looys, édit. Jonckbloet, vers 1G73-1T63. — 2. IhicJ., vers 1764-1931.

l'abaisse lourdement sur le cou du malheureux qui tombe sans connaissance. Alors, il lui coupe les cheveux, lui déchire ses braies, et brutalement Tasâied nu à nu sur le marbre : « Voici », dit-il, (c comme on traite les fé- « Ions ». Richard n'était pas mort ; il se hâte de faire la paix avec son terrible ennemi : « Je vous pardonne la « mort de mon fds », dit-il en tremblant. Et ils s'embrassèrent '.

Mais, à mesure que notre héros triomphait d\ui obstacle, vingt autres surgissaient devant lui. Le pays était tout couvert de révoltés. Autant de conspirateurs que de puissants barons. Guillaume se mit, en quelque sorte, à faire son tour de France, terrassant partout l'injustice et la félonie, rétablissant partout l'autorité du vrai roi. Le seul Poitou, pépinière de traîtres, l'occupa pendant trois ans. Il combattait tous les jours, même le jour de Noël, même le jour de l^àques ; pas de trêve ■. Ensuite, il alla dans Bordeaux triompher du roi Amaronde ', et, dans le pays de Pierrelatte, vaincre le roi Dagobert de Carthage \ A Saint-Gilles, il soumit Julien qui avait soulevé cette contrée contre le fils de Charles '\ A la tête de deux cents chevaliers, il côtoya le littoral de la Bretagne jusqu'au mont Saint-Michel, et entra dans la Normandie par le Cotentin. On le vit à Rouen, à Lyon, à Orléans "^ ; on le vit partout où Louis n'était pas publiquement salué comme l'empereur de France et le droit héritier de Charlemagne. Il ressemblait à Hercule, il délivrait la terre de tous les monstres qui l'infestaient. Il était le grand et souverain justicier.

Cependant la réconciliation de Richard avec Guillaume n'avait été, de la part du Normand, qu'une tra-

1. Le Couronnement 7>r)o?/*, édit. Jonckbloet. vers 1932-1966. — 2. Ibid., vers 1967-2011. — 3. Ibid., vers 2012-2016. — 4. Ibid., vers 2017-2021. — 5. Ibid., vers 2022-2032. — 6. Ibid., vers 2033 et suiv.

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hison de plus et nue fourberie nouvelle. Uu jour ce vieux rebelle se jeta sur le fils d'Aimeri, qu'il avait odieusement surpris dans une embuscade ignoble \ Quinze misérables essayèrent de tuer à coups de couteaux le libérateur de la chrétienté et de la France. Mais le couteau ne leur réussit pas mieux que la lance : ils furent mis en fuite, et Richard tomba aux mains de Guillaume ■.

Alors le défenseur du roi Louis promena lentement son regard sur toutes les parties de la France. Et il vit qu'elles étaient toutes heureusement pacifiées, qu'aucun traître n'y levait plus la tète, et que vers le trône de Louis montait rhommage d'une obéissance universelle : « Ah » ! se dit Guillaume, « je vais donc enfin me re- « poser un peu » !

Seconde

expédition

de Guillaume

à Rome ;

sa lutte

contre Gui

d'Allemag-ne ;

son retour

en France.

Ingratitude

de Louis.

Les Sarrasins ont été éloignés de Rome et de l'Empire; c'est bien. La rébellion des grands vassaux a été énergiquement comprimée ; c'est mieux encore. Mais il reste à l'Église romaine et à la France une ennemie redoutable : l'Allemagne. Tu n'as pas droit au repos, comte Guillaume, car ta mission n'est pas encore toute remplie....

A Rome, les plus graves événements se précipitent. Le Pape est mort ; le roi Gaifier vient de mourir aussi ; sa fille est demandée en mariage par les plus puissants chevaliers ; mais elle les repousse, et se garde toute à Guillaume. Et, un jour, la ville de saint Pierre est soudain envahie par une immense armée. Seraient-ce en-

1. Le Couronnement Looyti, éd. Joiickbloet, vers 2044-2132. — 2. Ibid. vers 2133-2204.

core les Sarrasins? Non, c'est Gui d'Allemagne qui s'est jeté sur Rome comme sur une proie, et qui prétend en rester toujours le maître '. Un cri s'élève vers Guillaume : n'est-il pas le champion de l'Église? n'est-il pas né pour être partout le soutien de la justice et le défenseur des droits de Dieu? « J'irai », dit-il. Et il va trouver sur-le-champ l'empereur Louis qui, à la seule annonce de la guerre où l'on veut l'entraîner, se met grotesquement à fondre en larmes : <( Hé ! poires rois a lasches et assotez », dit le Comte, haussant les épaules '. 11 injurie le fds dégénéré de Charles; d le couvre de honte ; puis, il le prend par la main et le force brusquement d'aller k Rome à la tête de cinquante mille pauvres chevaliers et sergents ^ A peine arrivés, ds tombent dans les rangs de l'armée allemande, et le premier combat s'engage au mdieu d'un broudlard épais. Ces ténèbres cachent heureusement à l'armée française la pusillanimité et la fuite de son roi : Louis, en effet, est descendu de cheval et erre misérablement sur le champ de bataille, appelant comme un enfant Guillaume à son secours. Le fils d'Aimeri, par bonheur, ne perd pas la tête, et excite le courage des Français. Grâce à lui, ils sont vainqueurs '\

Gui fait alors appel au jugement de Dieu, et provoque le roi de France à un combat singulier dont Rome sera l'enjeu °. Louis se met à geindre, à sangloter : tendrement plore desous les p'iax de martre. Or Guillaume entrait en ce moment tout armé dans la tente impériale, et il aperçoit cet enfant qui pleure . <( Dites « à Gui que c'est moi qui me battrai avec lui ; moi, Guil- « laume » ! C'est en vain que son neveu Bertrand lui

1. Le Couronnement Looy s, é<lit. Jonckbloet, vers 2210-2235. — 2. Ibid., vers 2236-2259. — 3>Ibid., vers 2260-2294. — 4. Ibid.i vers 2295-2349.^ 5. Ibid., vers 2350-2497.

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dispute l'honneur de ce duel auquel semble lié de nouveau le sort de toute la chrétienté : Guillaume n'entend pas que l'on touche à sa gloire, et s'apprête à la grande lutte avec la fierté d'un lion '.

Le lendemain, après les péripéties d'un combat qui ressemble trop à celui dont Gorsolt a été la victime, notre héros avait la joie de triompher de Gui, et devant ce cadavre encore chaud, criait : « Montjoie » ! à pleins poumons '. Puis, au milieu de la joie, de l'enthousiasme, de l'ivresse des Romains, ce vainqueur, qui n'oubliait jamais son seigneur et son roi, associait Louis à son triomphe et le faisait solennellement couronner empereur ^

A son retour en France, une nouvelle révolte attendait le fds de Gharlemagne. Les Français se soulevaient de toutes parts, brûlaient les villes, ravageaient les campagnes : « N'entreprenez plus de défendre ce triste « roi », disait Bertrand à son oncle Guillaume. — « Non « pas », répondit notre héros. « Je veux, je veux user « toute ma jeunesse à son service ». Et, en un an, il dompta cette nouvelle rébellion. C'est alors seulement qu'il consentit à donner sa sœur Blanchefleur à ce faible empereur (ju'il avait tant de fois sauvé, et qui lui devait tout '\

Tel est le dénouement de notre poëme. Il finit sur le tableau de cet accord. Rome et l'Église respirent en paix, le grand Empire obéit placidement au fds du grand Empereur, et l'auteur de toute cette félicité, c'est Guillaume. Mais tant de bonheur, hélas! ne sera pas de longue durée. Déjà les Sarrasins s'agitent et deviennent menaçants au midi de la France. Puis, chose plus difficile à croire, le roi Louis perd de plus en plus le

1. Le Couronnement Looys, édit. Jonckbloet, vers 2408-2495. — 2. Ibid., vers 2497-2600. — 3. Ibid., vers 2G01-2(i32. — 4. Ibid., vers 2633-2679.

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