‹ Les eopeés françaisesChapitre 78 sur 180 · CHAT · texte numérisé non relu

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2G8 ANALYSE DAIMERl DE .Y.1/ÎB0AAT.

1ère de eelui que tous uos poètes représentent comme l'Empereur des Sarrasins. De toutes parts, l'Amiral avait envoyé ses brefs et fait entendre son cri de guerre : « Non-seulement », disait-il, « nous repren- « drons Narbonne ; mais Paris et la France tomberont <( aussi entre nos mains ». Une ambassade était partie à la Mecque, et en avait rapporté la statue de Mahomet. Des milliers, des cent milliers de païens se réunissaient pour cette expédition suprême et hurlaient de joie à la pensée de leur victoire '. Une grande guerre de religion allait ensanglanter de nouveau le sol français : la chrétienté était peut-être arrivée à sa dernière heure

Ce fut un beau spectacle que celui de rendjaniuement de cette immense armée : quinze jours après, les Sarrasins apercevaient les rives de la France. Et à peu de temps de là, les chrétiens de Narbonne se réveillèrent un matin, étreints par le cercle de fer que formaient cent mille païens autour de leur ville étouffée et perdue ". C/élail- le 2i juin, jour où l'Eglise célèbre la Nativité de saint Jean-Baptiste.

Et pendant ce tenqis, uniijuement occupé d'Hermengart et la main dans sa main, chantant et riant , sans défiance et sans souci, Aimeri tout joyeux suivait la route qui conduit de Pavie ii Narbonne '"'.

Narbonne cependant n'est défendue que par un petit nombre de chevaliers à la tête desquels nous trouvons un neveu de Naime, nommé Elinant. Que vont-ils devenir? Avant tout, il importe qu' Aimeri soit averti du danger qui menace sa ville : Forques, fds de Garnier, se charge de ce message qui n'est point sans péril, a Que me faut-il faire »? dit, en apprenant

1. Aimeri de Narbonne, Bibl. Xal. fr. 1418. f"' Gl et G? v'\ f-> G-i r". — 3. Ibid., f'^ Gl.

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cette nouvelle, Aimeri, qui se tourne vers Hermen- n iart. l.vr. ir.

' ' ^ CHAP. IX

gurt. Celle-ci, en vraie chrétienne, lui répoufl : « Al- ■

<( lez vous ])attre, et je prierai pour vous ». Le Comte l'embrasse, lui dit adieu, la regarde encore une fois et, plein d'ardeur, marche droit sur Narbonne '. Par malheur, son courage ne se communique point à ses soldats. Derrière lui, les chevaliers loml)ards font preuve d'une couardise qui le désespère : « Qu'on les place <( en tète de l'armée », s'écrie notre héros, « et qu'on « tranche le cou au premier qui recule »> ! Cette détermination énergique emtlamme soudain le courage de ces Italiens qui préfèrent risquer leur vie contre les païens que de la perdre tout à fait en tournant le dos à l'ennemi. Ces lâches se transforment en héros, et déjà les Sarrasins plient ■. Quant à Aimeri, il pénètre directement dans la maîtresse-tente de l'armée païenne, y trouve l'Amiral au milieu de quatre rois et tranche ces cinq têtes. « Montjoie, Montjoie » ! s'écrie-t-on de toutes parts. Sur vingt points à la fois, l'immense bataille recommence. Le comte de Narbonne est blessé, Girart de Roussillon frappe de grands coups, les Français sont comme des lions enragés Tout à coup,

on entend un bruit étrange sur le champ de l)ataille ; c'est un nouveau corps d'armée qui vient d'entrer ne ligne. Est-ce une arrière-garde des païens? Non, ils ont engagé toutes leurs forces. Seraient-ce des chrétiens, des Français? Oui, c'est Girart de Viane qui,

1. Aimeri de Karbon,}e, Bibl. Nat. IV. 1448, [°^ 62 v^ et 63 i": a Dame», dist il, « savés moi consaillier ». — « Sire », dist elle, « oïl bien, par mon '(. cliief, — Que, il me sanble, li consalz est ligiers, — Dont n'estes vos -nU- « M- chevalier — Que Karleraaiues li rois vos fist laissier, — Et si avés des « Lonbars •!• millier. — Que chascuns ait et armes et destrier. — Se vos veués en grant estor plenier, — Par ceus porois grant estor commeneier. — « Aies avent, vos et vos chevaliers»... — Aymeris Tôt, s'anbrace sa moillier, — Les iolz, lou vis li commence à baissier : — « Dame », dist il. « bien fait « à otrier ». — 2. IbicL, f"* 63 v" et 64 r".

II PAET. LIVR.

CHAP. IX

Les douze enfants d'Aiineri

et d'IIermengart.

270 ANALYSE DAIMERI DE yARBONNE.

averti par Hermengart, s'est hâté de venir au secours de son neveu. Son arrivée, d'ailleurs, est décisive, et entraîne la victoire des Narbonnais. Les Sarrasins sont frappés de terreur, ils fuient, ils crient, ils meurent. Sous leurs cadavres amoncelés on ne voit plus la terre ; trois cents d'entre eux, trois cents seulement, parviennent à se reml)arquer avec Desramé ; le reste a succombé ' !

Le lendemain matin, l'archevêque de Narbonne bénissait solennellement le mariage d'Aimeri et d'Hermengart. Cette union devait durer un siècle '.

Ils eurent douze enfants, sept fils et cinq filles ^ Mais de ces douze enfants, il en est un dont le nom fut plus illustre que ceux de tous les autres, et qui absorba dans sa gloire la gloire de toute sa race. C'est celui dont nous allons raconter l'histoire : celui (pii aima la belle Orable et l'enleva au roi Thibaut d'Arabie ; ({ui afTermit Louis sur le trône de Charlemagne ;

1. Aimeri de Narbonne, Bibl. Nat. tr. 1448, f"S 64 V-Gô r". — 2. Ibid., fos QQ v° et 67 r°. — 3. L'auteur à'Aimeri de Narbonne éiiumère avec soin les douze enfants d'Aimeri et d'Hermengart. Les sept fils furent : « 1° Bernart de Brebant qui eut pour fils le paladin Bertrand; 2° Guillaume « qui conquit Nîmes, mit à mort Herpin et Otrant, prit Orange, fit l)aptiser Guibourc et fut le vainqueur de Corsolt sous les murs de Rome » ; S» Garin d'Anséune, qui fut le père de Vivien ; 4" Hernaut de Gironde, personnage héroï-coinique dont le poëte trace un portrait ridicule ; 5" Beuve [de Commarcis], père de Gérart et de Gui; 6° Aïmer le chétif qui conquit ^■enise , enleva la belle Soramonde et la fit baptiser; 7° Guibelin. qui fut plus tard le successeur d'Aimeri lui-même à Narbonne. — Parmi les cinq filles, la première épousa Dreux de Montdidier et en eut quatre fils : Gaudin, Riclier, Samson, Engelier. La seconde fut la femme de Raoul du Mans, et eut pour fils le célèbre Auquetin le Normand. La troisième se maria avec un marquis d'Angleterre, qui devint un saint ; ils eurent cinq fils : Rabiau, Estormi, Villars, Sohier du Plessis, et saint Morand dont le corps repose à Douai. La quatrième, femme de Huon de Floriville. lui donna un fils, Foulque de Candie, qui aima et conquit la belle Aufelise. La cinquième enfin fut l'impératrice Blanchefleur, femme de Louis. = La Chanson lï Aimeri de Narbonne se termine par ces vers qui sont une soudure trop visible entre le poème que nous venons d'analyser et les Enfances Guillaume : « Or se pensa li frans cuens Aymeris — En autres terres as rois et aus marchls, — Envoiera les damoixiaux de pris : — Si iront honor querre ».

ANALYSli WAlMERl DE NARliONNE. 271

qui triompha du géant Gorsolt sous les murs do Rome ; qui prit Nîmes par la ruse, et Orange par la force ; qui eut Vivien pour neveu ; qui fut vaincu à Aliscans et qui, après avoir vengé cette défaite sur les païens cent fois, battus, se retira enfin dans un moutier , et s'y fit moine afin de conquérir le ciel. C'est Guillaume.

Il l'ART. LIVR. H, ClIAP. IX.

r,2 RËsUMÉ SUCCINCT t)ES SIX CllA.NSONS

H rxRT. I ivu. ri

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