PREMIÈRE HALTE
aux yeux, de cette Espagne maudite où il doit perdre son neveu Roland et les douze Pairs; quand, tout rempli du deuil récent de Ronce vaux, il apercevra soudain la belle cité de Narbonne qui est aux mains des Sarrasins ; quand il fera le tour de tous ses barons, les suppliant l'un après l'autre de vouloir bien tenter la conquête de cette ville, une voix, une seule voix répondra à ces supplications du vieil empereur : ce sera celle du jeune Aimeri. Il prendra Narbonne et y épousera bientôt la belle Ermengart, fille et sœur des rois lombards, de qui naîtront douze entants, et notamment Guillaume, le héros de toute cette geste, le centre vivant de ce cycle.... Et voici déjà que nous entendons je ne sais quels accents fiers et jeunes dans le château du vieil Aimeri : c'est l'enfant Guillaume dont le sang frémit et qui demande des armes à sou père.
Nous n'avons pas encore abordé, comme on le voit, l'histoire poétique de celui qui mérite, mieux que Garin, d'imposer son nom à toute cette famille d'épopées. Mais dt'^jà nous avons fait connaissance avec certaines figures légendaires qui vont animer tous nos poèmes. Le vieil Aimeri n'est pas mort, et nous le verrons glorieusement intervenir dans dix ou quinze autres Chansons. Nous avons entrevu rapidement les traits de ses sept fils qui, tous, tiendront dans les récits suivants une place importante : Bernart de Brebant, père de Bertrand; Guillaume; Garin d'Anséune, dont Vivien fut le fils; Hernaut de Gironde; Beuve de Commarcis, père de Gérart et de Gui ; Aimer le Ghétif et Guibert.
Les six Chansons que nous avons déjà résumées appartiennent à des époques très-diverses, et ne présentent réellement aucune homogénéité. Les Enfances Garin ne sont qu'une pauvre fiction du quinzième siè-
cle, portant toutes les traces d'une décadence déjà '"'Vîup'r"" très-avancée. Garin de Montglane est un agréable • roman d'aventures, qui se trouve écrit par hasard en tirades épiques et consacré par hasard à des héros carlovingiens. Renier de Gemmes et Hernaut de Beaulande ne nous ont été conservés qu'en prose; mais le peu que nous en avons gardé ne nous permet guère de regretter le reste. Par bonheur, deux œuvres de la bonne époque, et qui sont dues sans doute au même auteur, jettent enfin quelques rayons de belle lumière sur les tristes commencements de cette grande geste : c'est Girart de Viane M c'est Ahneri de Narbonne. Le plus grand poète de notre temps, Victor Hugo, a puisé dans ces deux épopées les deux seuls chants qu'il ait voulu consacrer dans sa Légende des Siècles à la chevalerie française : Le mariage de Rolland et Aymeiillot. On ne saurait , comme nous l'avons dit, faire un plus grand éloge des deux Romans attribués à Bertrand de Bar-sur- Aube.
Mais il est temps d'en venir à notre Guillaume, dont , o'^Jet
V ' des chapitres
nous allons maintenant raconter toute l'histoire d'une qui vont suivre. seule haleine, depuis son enfance jusqu'aux fameuses représailles de la bataille d'Aliscans. Le chemin sera long; mais nous rencontrerons sur notre route les plus anciens, les plus beaux poèmes de tout notre cycle, et, quand nous ferons notre prochaine halte, nous aurons la joie de connaître plusieurs chefs-d'œuvre de plus! Il y a là de quoi nous donner quelque courage au moment de ce second départ.
II TAUX. LIVR. Il .
CHAP. XI
Gaillatiiiic