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LE PORTRAIT

Vous le voulez, belle Éliza, Je vais essayer de vous peindre; Mais à tant de charmes déjà Ma main désespère d'atteindre.

Heureux mille fois qui pourrait Saisir un aussi beau modèle !

Allons, posez, mademoiselle, Je vais faire votre portrait.

D'abord, de ce front gracieux Veuillez me dérober la vue ;

Et, s'il se peut, sur vos beaux yeux Qu'une gaze soit étendue.

Ah ! sans cette précaution, Adorateur de mon ouvrage, Peut-être, serais-je moins sage Que ne le fut Pygmalion.

De votre langage enchanteur Prenez bien soin de me défendre :

Vous voir est assez pour mon cœur, Ce serait trop de vous entendre.

Ce doux parler, ce doux souris Sont des lacs qu'amour vient me tendre ; Et lorsque je cherche à vous prendre, Hélas ! c'est moi qui serais pris )

Mais si je n'ai pas pris en vain Les soins qu'exige la prudence ; Et si mon cœur conduit ma main, Je garantis la ressemblance.

Oui, sans trop vanter mon talent, Si pour attraper une belle Il ne faut qu'un peintre fidèle, Votre portrait sera pariant.

Après avoir de tous vos traits Dessiné l'esquisse fidèle, Comment peindrai-je mille attraits

Qu'un vêtement jaloux recèle ? Mais l'amour guidant mon pinceau, Entière à mes yeux vous révèle; Et Vénus me sert de modèle Pour tout le reste du tableau.

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