LES SOUHAITS
Que ne suis-je l'heureux tapis Qu'étale en ces lieux la nature, Et sur lequel tes pieds chéris Foulent les fleurs et la verdure !
Que ne suis-je plutôt le lin Dont le tissu voile ton sein ; Et qui, de sa trame discrète, Va, par une route secrète, Presser le corps le plus divin !
Que nesuis-jc aussi le zéphyre Qu'on voit près de toi s'empresser ;
Et qui, mourant de son martyre, Dans un audacieux délire* D'un souffle vient te caresser!
Puissé-je être l'insecte avide Sans cesse prêt à te sucer !
Puissé-je être le trait rapide Qui le premier doit te blesser !
Ou, sans me métamorphoser, Être celui que tu désires ; Dans tes bras me sentir presser ; Respirer l'air que tu respires, Ou celui qu'exhale ton cœur,
O quand tu soupires,
Ivre d'amour et de bonheur!
Victime, hélas ! de mon ardeur, Bientôt je ferai le voyage Qui conduit au fatal rivage ; Mais si j'en dois croire l'amour, Qui me protège et qui m'inspire, Je ne ferai qu'un court séjour Au fond du ténébreux empire.
Pour moi, cet enchanteur puissant, Aux vrais amants toujours propice, Fera le miracle éclatant Que le tendre époux d'Eurydice Autrefois tenta vainement;
Mais plus heureux et plus prudent Que le fameux chantre deThrace, Mon guide aimable sur sa trace Me retrouvera constamment.
Sans craindre une fatale épreuve Je le suivrai d' un pas pressé ; Et je repasserai ce fleuve Que Ton n'a jamais repassé ; Et remontant des rives sombres Où Ton ne descend qu'une fois, On me verra quitter les ombres Que la mort soumit à ses lois.
Mon ombre, alors, à Tenter arrachée, Ombre constante, à ton ombre attachée, Demandera le prix de ma fidélité; Et, chaque nuit, après la douzième heure,
Tiéger fantôme, en ta demeure
A tes yeux par l'amour je serai présenté, Le cœur rempli de ta pensée Que toutes les eaux du Léthé N'auront point effacée ; Et suivant tes bontés ou tes rigueurs pour moi, Je retrouverai près de toi L'Enfer ou l'Elysée.
►hm