‹ Les éṕavesChapitre 40 sur 41 · IMITATION DB LA PIÈCE PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

IMITATION DB LA PIÈCE PRÉCÉDENTE

Au milieu d'un grand repas Composé de mille plats, Dis-moi donc pourquoi te plaindre, Et pourquoi semhles-tu craindre Que tant de mets délicats A mon goût ne plaisent pas?

Va, sois certain que ta table En tout point est délectable ; Et qu'elle pourrait souffrir D'être comparée à celles Qu'Albano vient nous offrir Pendant ces fêtes si belles

Et si pleines de splendeur Que nous donne l'empereur.

Tes égards pour ma personne, Et devant tant de témoins, Et tes mille petits soins, De toi tout cela m'étonne.

Aurais-tu quelques besoins Qui réclament mes services Mon zèle ou mes bons offices?

Ou, me croyant opulent, Voudrais-tu, tout simplement, Qu'en ta faveur je formule Une petite cédule Au bas de mon testament, Pour qu'on t'admette au partage De mon modique héritage?

On te trompe étrangement Quand on dit que je suis riche, Et quelque mauvais plaisant A voulu te faire niche; Pour tes huîtres de Lu crin, Tes turbots et ton lapin , Je ne veux pas qu'on t'abuse.

Pardonne si je refuse :

Dans un repas si brillant

11 arrive rarement Qu'on se plaise ou qu'on s'amuse ; Et puis, de tout ce festin Que restera-t-il demain?

Aujourd'hui même, peut-être, On verra tout disparaître.

Des pourceaux mourant de faim, Et des dogues faméliques En attendent les reliques.

Ta hure de sanglier, Tes poissons et ton gibier Saliront l'éponge immonde, Et rempliront les contours Et la cavité profonde Des urnes des carrefours.

Mais, trêve de vains discours, Et permets que je m'excuse De partir si brusquement :

Va, ce n'est pas seulement Ton dîner que je refuse :

Les prêtres du Tout-Puissant M'offriraient au Capitole Un festin pi os succulent , Je dirais : non, ma parole?

Pour moi , quand je ne suis pas

A mon aise en un repas, Aussitôt l'ennui m'obsède; Et, versé par Ganymède, Le nectar du dieu tonnant Se changerait en vinaigre, Et pour moi serait plus aigre Que le vin du Vatican.

Le dîner que j'aime à prendre Est celui que je puis rendre , Je te le dis franchement ; Et quand un ami m'invite, Je ne veux pas tous ces mets, Ce luxe et tous ces apprêts , Mais je veux qu'il les évite, Et qu'il me donne plutôt Une omelette mal cuite Que l'on battrait aussitôt, Et qu'on mangerait de suite A la fortune du pot.

Ce dîner, je puis le prendre Sans gêne et sans embarras, Parce que je ptrisr le rendre Sans façou et sans tracas.

h habentem amœoas axte. - lu. xi/, e?. 50.

Daphnonas, platanonas, et aerias cyparissos; - ' " '' j Et non unius balnea sol us habes ;

Et tibi centenis stat porticus alta columnis, ,

Calcatusque tuo sub pede lucet onyx ; ... , n Pulvereumque fugax hippodromon ungnla pfaudif,'

Et pereuntis aquae fluctus ubique sonat. " ' ' ' Atria longa patent; sed nec cœnantibus usquam, (

Nec sQmno locus est : quam benenon habity*!, . /

De Fabollo. — lu. xîi, e v . si.

Tarn sœpe nostrum decipi Fabullinum , Mira ris, Aule? semper homo bonus tiro est.

h avanun. — lu*, xu, e p . 53.

Nummi quum tibi sint, opesque tautas,

Les demeirea agréables.

Les myrtbes, les lauriers, les orgueilleux cyprès Couvrent tes vastes bains de leurs ombrages frais, Cent colonnes dans l'air élèvent tes portiques. Le pied foule partout tes riches mosaïques; Et sous les pas pressés de tes coursiers fougueux (J|q| gnflepd retentir l'hippodrome poudreux; •»■ i

\a naïade fougueuse, en ses tuyaux captive r ..

Laisse jaillir les flots d'une onde pure et vive.

De grands appartements très-nombreux et très-beaux

Au monde entier, je crois, sont ouverts à toute heure; Mais on n'y peut dîner, ni dormir en repos.

O l'incommode, o l'aimable demeure !

Sur Pabnllus.

Fabulle est toujours dupe. — Eh ! peux-tu vivre k Rome f Et t'étoqnçr ainsi qu'on trompe un honnrte homme!

Coalre un avare.

Avec autant de biens, tant d'immenses richesses

Quantas civis habet, paterve, rarus;

Largiris nihil, incubasque gazée.

Ut magnus draco, quem canunt poetae

Custodem Scy thici fuisse luci.

Sed caus»a 9 ut memoras, et ipse jactas,

Dira filins est rapacitatis.

Et quid tu fatuos rudesque quaeris,

llludas quibus, auferasque mentem?

Huic semper vitio pater fuisti.

Id Polycharnram. - ub. xn, e p . se.

iEgrotas uno decies, aut sœpius, anno ;

Nec tibi, sed nobis hoc, Polycbarme, no cet.

Nam quoties surgis, soteria poscis amicos.

Sit pudor : œgrota jam, Polycharme, semel.

'OQi

Que la fortune avare en donne rarement, A personne jamais tu ne fais de largesses ; Mais ton plaisir le plus vif, le plus grand Est de compter sans cesse ton argent ; Et ton bonheur suprême, et ton unique étude

Est de 'couver ce cher trésor Avec bien plus de soin et de sollicitude Que n'en eut le dragon gardant la toison d'or. Mais nous paierons-nous de frivoles excuses, Quand tu dis que ton fils te vole tout ton bien, Et que c'est un pillard qui ne te laisse rien ? Pour te justifier vainement tu l'accuses ; Et ce fils si rapace, à ce vice adonné , N'est-ce donc pas de toi, malheureux, qu'il est né?

■Wo-

A Polyeharrae.

Polycharme, en l'année, on le voit bien, je crois,

Très malade une fois par mois.

Comme, à chaque convalescence, Chacun de tes amis doit te faire un présent.

D'être malade aussi souvent

Tu dois rougir, en conscience ;

Et pour ménager notre argent, Te contenter de l'être une fois l'an.

Ad Sparsom. — ub. xn, s?. 57.

Car sœpe sicci parva rura Nomenti, Laremque villse sordidum petara, quaris.

Nec cogitandi, Sparse, nec quiescendi In urbe locus est pau péri; negant vitam Ludimagistri mane, nocte pistores, jErariorum marculi die toto.

Hinc otiosus sordidam quatit mensam Neroniana nummularius massa ; Illinc paludis malleator Hispanœ Tritum nitenti fuste verberat saxum.

Nec turba cessât entheata Bêlions, Nec fasciato naufragus loquax trunco, À matre doctus nec rogare Judaeus , Nec sulfuratae lippus institor mercis.

Nu me rare pigri damna qui potest somni, Dicet quot aéra verbe r en t manus urbis, Quutn secta Colcho luna vapulat rhombo.

Tu, Sparse, nescis ista, nec potes se ire, Petilianis delicatus in regnis, Cui plana si un m os despicit domus montes ,

A Sparsus.

Tu veux savoir pourquoi je passe tant de temps Aux tranquilles foyers de ma maison des champs? Ne sais-tu pas, Sparsus, que, sans richesse un homme Ne peut ni méditer, ni reposer à Rome?

Tous les matins ce sont des enfants turbulents Vers l'école, à grand bruit, se hâtant à pas lents :

Le soir le boulanger; et du jour tout le reste,

Nous sommes martelés sur l'enclume funeste, Ou le changeur avide, étalant son trésor, ' • ' Sur son comptoir désert fait résonner son or. Pour retirer l'argent de la veine appauvrie Du granit apporté des mines d'Ibérie, Sous les coups redoublés de leurs pesants marteaux Cent ouvriers mettront nos têtes en morceaux. Partout j'entends les cris des prêtres de Bellone, Et ceux du naufragé sollicitant l'aumône.

Par sa mère, en naissant, instruit à mendier; Avide, et non content d'obtenir un denier, Je vois venir vers moi l'enfant de la Judée.

Il m'obsède : par lui ma marche est retardée. Pour moi qui suis pressé, quel tourment, quel ennui ! Pour m'en défaire, enfin, je compose avec lui. Plus loin d'autres voleurs m'arrêtent dans ma course, Et je laisse en leurs mains le reste de ma bourse. Après tint de tracas, de fatigue, harassé,

Et rus ia urbeest, vinitorqtie Roman us; Nec in Falerno colle major autummis, Intraque Jimen clausus essedo cursus, Et in profundo somnus, et quies nuilis Offensa linguis ; nec dies, nisi admissus.

Nos transeuntis risus excitât turbœ, Et ad cubile est Roma : taedio fessis Dorraire quoties libuit, iraus ad villam.

kà Alaodan. — uh. xn, Bp. 68.

Ancïllarioluiu tua te vocat u\or,'et ipsa Lccticariola csl : estis, Àlauda, pares.

A peine des voleurs je suis débarrassé , Un courtier leur succède, et d'un air débonnaire, Après maints compliments me propose une affaire. Combien de soins encore, et combien de travaux. Ne nous laissent jamais ni sommeil, ni repos! Tout cela, cher Sparsus, te paraît ridicule, A toi si haut placé sur le mont Janicule ( M ) : Toi, laboureur en ville, et vigneron romain, Qui voit de ta maison les monts avec dédain, Le bruit des chars chez toi jamais ne peut s'entendre, Pour paraître, le jour lui-même doit attendre ; Et des rideaux épaix protégeant ton sommeil, Ne laissent pas d'accès aux rayons du soleil. Entre nous, cher Sparsus, vois quelle différence! A Rome, tout est bruit : chez toi tout est silence ! Je fuis donc ce vacarme et tous ces contretemps ; Et pour dormir je vais à ma maison des champs.

à Alauda.

Tu dis que ton époux aime trop tes servantes ; Il t'accuse à ton tour d'aimer ses serviteurs. Pour toi, du fait en riant tu te vantes; Et ton mari n'en convient pas; d'ailleurs, Entre vous deux, ma foi je pense, Que c'est toute la différence.

De Ligorra. - lu» xil e p . ai.

Versus, et brève vividumquecarmen, In te ne faciam times, Ligurra ; Et dignus cupis hoc meta videri :

Sed frustra metuis, cupisque frustra In tauros Libyci fremunt leones; Non sunt papilionibus moles ti. !

Quaeras, censeo, si legi laboras, Nigri fornicis ebrium poetam ;

Qui carbone rudi, putrique creta Scribit carmina, quae legunt cacantes.

Frons haee stigmate non ineo notanda est. '

A Ligurra.

O Ligurra, crains-tu, dis-moi, Que je ne fasse contre toi Quelque épigramme bien mordante.

Ou quelque satire sanglante?

J'ai peine à croire à ton effroi, Et je ris de ton épouvante, Puisqu'à ce prix même, dit-on, Tu voudrais voir briller ton nom.

Va, tu verras tromper, je pense, Et ta crainte et ton espérance ; Et si le roi des animaux Combat de farouches taureaux Dignes de sa noble furie ; Dans les déserts de la Libye.

Jamais on ne vit les lions Faire la guerre aux papillons.

Si tu veux te faire connaître, Tu réussiras mieux, peut-être, Avec ces écrivains obscurs De leurs vers charbonnant les murs, Ou ces poètes toujours ivres, Dont on ne lit jamais les livres Que lorsqu'on va dans certains lieux.

De ma gloire peu soucieux, Au risque de te faire injure,

Ad Cordubara. — Lib. xn e p . 63.

Uncto Corel uba laetior Venafro, Histra nec minus absoluta testa, Àlbi quae superas oves Galesi, Nullo murice, nec cruore mendpx, Sed tinctis gregibus colore vivo ; Die vestro, rogo, sit pudor poète, Ne gratis recitet meos libellos.

Ferrem, si faceret bonus poeta, Cui posseni dare mutuos honores :

Corrumpit sine talione caelebs ; Caecus perdere non potest quod aufert, Nil est deterius latrone nudo , Nil securius est malo poeta.

Je n'irai pas, je te l'assure, Pour faire connaître ton nom , Imprimer mon sceau sur ton front

k Cordooe , le plagiaire.

Cordoue, ô toi, ville heureuse et chérie,

Dont les huiles surpassent tant Les huiles du Vénafre et celles de l'Istrie; Dont les troupeaux, de blancheur éclatant, Malgré tout l'art d'une habile industrie, .

Trouvent des rivaux seulement, Parmi ceux du Galèse, au lainage si blanc ;

De grâce, obtiens de ton poète,

Plagiaire de mes écrits , Qu'il n'aille pas, trop fier de sa conquête, Comme siens, en tous lieux, les réciter gratis. Ah ! si c'était encore un de ces personnages

Si célèbres par leurs ouvrages!

Je m'en consolerais, et voleur sans détour, Je prendrais ma revanche, en pillant à mon tour; Mais lui, grands dieux! qu'a- 1- il à craindre! Il est comme un garçon qui, sans honte et sans peur,

Fait son métier de séducteur,

Et laisse les maris se plaindre :

La loi du talion ne peut jamais l'atteindre.

— aeo —

De Phyllide. - lu. xii, e p . k.

Formosa Phyllis nocte quum mihi tota Se praestitisset omnibus modis largam, Et cogitarem mane quod darem m un us, Utrumne Cosini, Nicerotis an libram, An Baeticarum pondus acre lanarura> An de moneta Caesaris decem flaves ; Àmplexa collum, basioque tam longo Blandita, quara sunt nuptiae columbarum, Rogare cœpit Phyllis amphoram vini.

Il n'est pire voleur qu'un voleur qui n'a rien ;

On ne saurait s'emparer de son bien.

Aussi, paisiblement ton poëte repose ; Dans son sommeil rien ne peut le troubler; Et quand on voudrait le voler ,

Où pourrait-on lui prendre quelque chose !

De Pkjllis.

Pleine de lascives fureurs ,

Phillis, durant la nuit entière.

Largement, de toute manière,

M'ayant comblé de ses faveurs ,

Je songeais quelle récompense

Donner à tant de complaisance :

Serait-ce des parfums des fameux magasins

Des Barrauds ou des Normandins ?

De fins tissus des laines de Bétique, Ou bien dix écus d'or, par un art tout magique, Nouvellement frappés au coin du souverain?

De son goût je voulus m' assurer, le matin :

Flatteuse, alors, dans mes bras 1 elle tombe ; Et prodiguant ses baisers de colombe :

Tiens, donne-moi, dit-elle, une ampbore devin.

Ad clientes. im>. xii e p . es.

Matutine cliens , Urbis mihi caussa relictœ ,

Atria, si sapias, ambitiosa colas.

Non sum ego causidicus, nec a maris litibus aptus;

Sed piger, et senior, Pieridumque cornes.

Otia me somnusque juvant, quae magna negavit

Roma mihi : redeo, si vigilatur et hic.

Ad Priscom. — uh. xii, ej>. 93.

Saepe rogare soles qualis sim, Prisce, futurus, Si fiam locuples, simque repente potens.

Quemquam posse putas mores narrare futuros?

Die mihi, si fias tu leo, qualis eris ?

Rclim-Yous, cliente?

Client trop matinal qui m'as fait fuir la ville, Aux champs, pour t' éviter, je demande un asile ; Crois-moi, va-t'en frapper aux portes des palais : Je n'entends rien aux lois, et je hais les procès. Je suis vieux, paresseux, et dans ces lieux, ma muse Vient chercher le repos que Rome lui refuse; Mais si jusqu'en ces bois l'on vient m'importuner, Je pars ; à Rome encor j'aime mieux retourner.

A Priscus.

Tu veux savoir, Priscus, ce que je pourrais faire. Si le destin prenant pitié de ma misère,

Voulait de moi subitement

Faire un homme riche et puissant ?

Âh ! mon embarras est extrême

Pour répondre à ta question ; Mais, dis-le-moi, que ferais-tu toi-même,

Si tu devenais un lion?

Ad Milooem. — lu. xn, e p . 102.

Thura, piper, vestes, argentum, pallia, gemmas ' Vendere, Milo, soles, cum quibus eraptor abit.

Conjugis utilior merx est, quae, vend i ta s&pe, t Vendentem nunquam deserit, aut minuit. • 1

Pabeslrite. - ub. xiv, e p . soi.

Non amo, qui vincit, sed qui succumbere no vit, Et dicit melius tw ôvoxXivoiraXw.

Ad Crispom. - n. x, e p . h

Cedere de nostris nulli te dicis amicis.

Sed, sit ut hoc vemm, quid, rogo, Crispe, facls ?

Milon vend des parfums, des perles, de l'argent , Que l'acheteur emporte en s'en allant ; Mais sa meilleure marchandise Est celle de sa femme Lise ; D'un débit toujours si certain, Et qui vendue et revendue Jamais pourtant ne diminue , Et toujours reste au magasin.

Le Lulleor.

A l'heureux vainqueur je préfère Le vaincu qui, couché par terre , S'écrie, en bravant le trépas :

Je meurs, mais je ne me rends pas (").

A Crispas.

A mes meilleurs amis, cher Crispus , tu le jures, Tu ne le cèdes pas en dévouaient pour moi : Je dois te croire, ami, puisque tu me l'assures;

Mu tua quum peterem sestertia quinqne, :

Non caperet nuramos quum gravis arca tuos.

Quando fabœ nobis modium farrisqne dedisti ,

Quum tua Niliacus rura colonus aret ?

Quando brevis gelidae mi&sa est toga tempore bruina??

Argenti venit quando selibra mihi ?

Nil aliud video , quo te credamus amicum ,

Quam quod me coram pedere, Crispe , soles.

Pourtant, un jour que j'eus besoin de toi, (Ce cas était le premier et l'unique),

S'il t'en souvient, alors de toi je ne reçus

Que le plus dur, le plus cruel refus,

Quoique la somme fût modique ,

Et qu'on sût que l'argent et l'or

Débordaient de ton coffre fort.

Me donnas-tu jamais la toge la plus vile?

Jamais m' envoyas-tu quelques onces d'argent?

Et d'un seul grain de blé chargeas-tu ma sébile,

Malgré tant de boisseaux que l'Egypte te rend? Mais , si tu nommes dévoùment, Sans honte faire en ma présence Mille et mille actes d'indécence, Alors, j'en conviens franchement, Du tien je dois être content.

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