‹ Les Épidémies de PneumonieChapitre 12 sur 23 · ÉPIDÉMIES DE MAISONS ET DE FAMILLES · texte numérisé non relu

ÉPIDÉMIES DE MAISONS ET DE FAMILLES

Nous devons faire encore ici la même remarque qu'au chapitre précédent. Les cas, en effet, où l'on a vu plusieurs individus prendre successivement la pneumonie dans un même local, ou plusieurs membres d'une famille être frappés à quelques jours d'intervalle, sont extrémement nombreux. suffira d'en signaler quelquesuns.

Bonnemaison, dans un remarquable travail, rapporte plusieurs observations de pneumonie évoluant dans le cadre de la famille.

Dans un premier cas (observation VI du mémoire de Bonnemaison) il s'agit d’un homme de 35 ans, atteint d'une pneumonie double avec symptôme d'adynamie très prononcée. La maladie cependant se Lermina par la résolution Ie dixième jour. À ce moment, sa mère, qui l'avait soigné avec un dévouement absolu, tombe comme foudroyée par une pleuro-pneumonie du côté droit, avec crachals sanguins, oppression extrême et adynamie, qui l'emporte en moins de quatre jours.

Dans un autre fait (observation VIT de Bonnemaison!), une dame de 54 ans vient soigner sa sœur: atteinte de pneumonie maligne et qui suecombe à la fin da premier septennaire. Le lendemain de lPinhumation elle est prise d'un frisson violent, de point de côté et meurt à son tour, en moins de six jours, emportée par une pneumonie adynamique,

Gi]

— ce

Enfin, dans un troisième fait (observation VIII de Bonnemaison), un vieillard de 76 ans est atteint d’une pneumonie qui s'étend rapidement et emporte le malade au sixième jour. Sa fille, venue pour le soigner, est frappée elle aussi. Enfin, le fils de cette femme, militaire, venu pour la voir en permission de 48 heures, tombe malade deux jours après sa rentrée au corps.

Winter Blyth (The Lancet, sept. 1875) vit un fermier atteint de pneumonie qui fut soigné par sa nièce, celle-ci ne tarda pas à contracter la même maladie. Son mari, peu après, la prit à son tour.

Daly (The Lancet, nov. 1881) rapporte un cas qui peut ètre considéré comme un type d’épidémie familiale. =

Un enfantest pris d’une pneumonie franche qui débute par un frisson. Après avoir suivi un cours normal elle se termine par défervescence au huitième jour. Deux frères du malade sont pris deux jours après d’une pneumonie lobaire grave qui se termine néanmoins par la guérison. Le quatrième jour de leur maladie, leur mère occupée à les soigner et un plus jeune frère qui n'avait pas quitté la maison sont atteints en même temps. L'enfant guérit, mais la mère succomba le cinquième jour ; le lendemain de la mort de celle-ci, la grand’mère qui avait fermé les yeux de sa fille est prise d'un violent frisson et d’une pneumonie double qui l'enlève également: le cinquième Jour. Seuls, le père, trois domestiques qui n'entraient pas dans l'appartement des malades, et un cinquième enfant qu'on avait tenu à l'écart, furent épargnés.

Dans l'épidémie de Patchett (The Lancet, fév. 1882) la pneumonie atteint toute une famille composée de cinq membres, quatre frères et une sœur, tous célibataires, demeurant dans la même maison, L'ainé âgé de 73 ans est frappé le premier et meurt en 6 jours le 16 janvier.

Le lendemain de sa mort, son frère âgé de 66 ans accuse un point de côté à droite ; la pneumonie s'étend rapidement et le malade succombe. trois jours après le début, le 19 Janvier. Le 20 les deux autres frères âgés de 63 et 64 ans sont pris simultanément d’une pneumonie double qui évolue avec une rapidité foudroyante ; le 22 au soir les deux malades étaient morts. Enfin la sœur âgée de 61 ans qui avait soigné ses frères pendant toute leur maladie est prise à son tour, le 23, d’une pneumonie à droite et meurt elle aussi le 26 janvier.

Mendelsohn rapporte le cas suivant. Un cocher de 35 ans emménage le 5 avril 1883 avec sa femme et ses trois enfants dans un logement d'une malpropreté indescriptible, au point que les premiers Jours de l'installation durent être employés exclusivement à en éloigner les immondices. Comme lappartement ne se composait que d’une seule pièce, la famille fut obligée de vivre pendant tout ce temps au milieu de la poussière soulevée par le nettoyage. Le 20 avril, la femme est atteinte de pneumonie. Le lendemain, l’aînée des enfants, fillette de 5, ans en présente les symptômes à son tour ; un jour plus tard, la cadette âgée de 15 mois, est frappée elle aussi, Le troisième enfant, un garçon de trois ans, futépargné. Mais sur ces eutrefaites,. le père commence à tousser et la pneumonie se confirme chez lui le 26 avril.

Enfin, plus récemment, en 1907, Azéma publie dans la Graxelle des h6pilaux, une observation détaillée de trois cas de pneumonie évoluant dans une même maison,

Nous allons essayer de la résumer aussi fidèlement que possible. 6

Madame X..., âgée de 90 ans, infirme et gardant le lit depuis plusieurs mois, à pour la servir une vieille bonne Madame F.…. âgée de 70 ans. Celle-ci tomba malade le

9 février, ayant été prise lavant-veille d’un grand frisson avec point de côté violent sous le sein droit. Elle toussail elavait de la dyspnée. A l'examen on trouva les signes classiques de la pneumonie moins l’expectoration. Le lendemain Félaltde la malade fut plas grave, lasphyxie progressa rapidement et Mme F... mourut le 11 février au matin.

Le 10 février, Mme S..., âgée de 50 ans, fille de Mme X.., vint pour remplacer, auprès de sa mère, la vieille bonne malade, l'assista aux derniers moments et après sa mort oceupa son lil quise trouvait dans la chambre de Mme X... Le 14 février, la vicille dame se sentit plus fatiguée. On constata 38° de fièvre, le pouls rapide, la langue épaisse et sèche. La malade, qu'il était diffieile d'interroger, présentait à l'auscullation un souffle et des sous-crépitants à la base gauche. Le lendemain, le souffle et les ràles s'accentuèrent, bien que les phénomènes: généraux fussent peu marqués. Le IS février, Mme X... mourait subitement alors que son entourage la croyait un peu mieux.

Sur ces entrefaites, Mme S.... dut s'aliter à son tour. Le 15 février elle avait eu un point de côté intense sous l'aisselle droite, accompagné d'un grand frisson et d’un violent mal à la tête. La température élaitde 39°, le pouls à 130, 1l y avait de la dySpnée. L'examen ne révéla rien au poumon. Le 17 février, on fit transporter la malade chez elle. Le 21 février, les phénomènes pulmonaires étaient toujours négatifs, on songea à la typhoïde. Le 22 février, un souffle léger et lointain fut perçu dans la fosse susépineuse droite, on revint à l'idée d’une pneumonie.-Le 23 février le souffle fut plus net, et les jours suivants les symptômes se confirmèrent. Le 26 février, la température tomba, l'état général de la malade s'améliora très sensiblement et il ne persista que les signes pulmonaires. Jamais il n'y eut d'expectoration.,

Page 1