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NUDA. SACRUM

0 chevelure de la Femme, Buisson ardent du song-e humain, D'où, plus fort que d'un sombre vin, Monte l'ensorcelant die lame 1

Beaux yeux d'Eve, ô muets soupirs, Pervenches, lilas, violettes, Qui rayonnez d'ardeurs secrètes A travers tous nos souvenirs ;

Et vous, bras blancs, lianes pâles, Vous, calice ondoyant, nerveux, Mains vives dont les doigls soyeux Sont des pistils et des pétales...

0 seins, fier essor lilial Où le lait et le sang* se mêlent, Jeune ofifrande aux coupes jumelles Que tend la chair à l'idéal !

Vous, douce rose de la jambe, Genoux frais, délicats, tremblants.

Incarnat au tissu troublant Vers qui la tendresse ivre flambe,

Et, dans le chœur rythmique et pur De la nudité radieuse, Antistrophe mélodieuse D'un reg-ard d'orage ou d'azur!

Vous encor, pieds fins et graciles Qui portez si légèrement Le souple et frêle monument Qu'emplit d'amour l'âme subtile.

Surgeons vivaces de beauté, Par quoi tout l'être se soulève, Dans le réel et dans le rêve Soyez bénis, ô volupté !

LES ÉPIGRAMMES i3

Ne lui dis jamais que tu l'aimes î...

Quand, surtout, elle te croirait, Tu diminuerais le problème, Du prestig-e de ton secret.

Elle lirait trop en vous-mêmes!...

Cet inconnu qu'elle adorait, Charme irritant, grâce suprême, Ton parfum, s'évanouirait.

Que toujours ig-norant ta chaîne, Elle ait peur de ta liberté; Elle n'aime que ta fierté.

L'effort, dans toute amour humaine, Ne part que du cœur alarmé De n'être point encore aimé.

l4 LES ÉPIGRAMMES

Cherche à leur ressembler, si tu veux plaire aux femmes; Fais-toi vain, pour offrir à ces mobiles âmes Le plus constant miroir de leur futilité.

Mais si c'est de l'amour que tu veux tirer d'elles, Sache qu'un maître seul rend les femmes fidèles... Rien ne réduit un cœur comme la dureté.

LES £PIGRAMM£S

Amour ne veut qu'amour, n'a d'objet que soi-même. C'est en son miroir, la beauté, Qu'il s'adore et qu'il se blasphème, Qu'il se désire en vérité.

Ce masque brillant de la vie, Où la vie en péril se cherche éperdûment, De sa prunelle inassouvie Fait l'amer éblouissement.

La pensée attriste son rêve, L'instinct seul ignorant la peur...

Il tremble ; il a chanté. Sa solitude est brève.

Hélas ! Tout écho sur terre est trompeur.

l6 LES ÉPIGRAMMES

Prends g-arde aux vases que tu frôles Sous la forme et sous la couleur- Leur vie a sa secrète ardeur.

Une amphore aux belles épaules Tendait vers moi l'âpre douceur Qu'à sa lèvre exhalait son cœur.

Ma bouche en prit l'humide fleur, Et j'éprouvai jusque dans l'âme Double caresse, double flamme.

De l'amphore et de la liqueur.

Si tu m'aimes, la vie est belle, ô mon aimée; Si tu me fuis, sache qu'elle n'est rien Que mensonge, cendre et fumée...

Mais quoi ! d'un bienveillant sourire il me souvient î Toute chaleur en moi n'était pas consumée? Ce vivre ing-rat me gardait donc un bien? Et, de la poussière embaumée, Une flore d'espoir s'est soudain ranimée Pour un essor aérien !

FEMINISME

— {( Je veux qu'on me soit doux, bienveillant et sensible. La Femme est ce qu'elle est !.. . » dit-elle en se dressant. « Et que, me sachant bonne, on m'admette terrible... » Ajouta son res^'ard aussitôt menaçant.

(( On ne nous convainc pas ! reprit sa voix de blâme. « L'Ordre que vous vantez serait une prison « Aux instincts généreux qui débordent notre âme. « Avoir raison n'est rien : je hais votre Raison ! »

Et je songeais, courbé sous l'illogique empire

De cette passion ivre d'être sa loi :

Qu'est-ce que notre Droit près des droits d'un sourire,

Et le lucide orgueil près de l'aveugle foi?...

Mais, dans cette faiblesse uq moment éblouie, L'austère voix de l'indulgence fit 'retour : — Reste soumise, ô Femme, afin d'être obéie, Puisque ta liberté, c'est la mort de l'amour.

N'aime que toi si tu veux que l'on t'aime De ce désir qui sert éperdûment :

L'amour qui se prétend né de l'amour blasphème Puisque jaloux il souffre et que prospère il ment..

Il n'est possession que de soi-même.

Or, toute gratitude emporte son tourment, Sinon qu'insoucieux du vil problème D'une chair d'org-ueil, impudique et blême, En la pure Beauté, flamme, ordre, éclat suprême, Ton cœur n'ait tout son but et tout son fondement.

La femme aime toujours pour la première fois. L'homme prétend du moins aimer pour la dernière.. Elle aime plus long-temps ; lui plus fort. Leur misère Est de trahir, chacun, l'impudeur qu'on veut taire,

Sous un amour-propre aux abois, Quand un cœur ing-énu seul était nécessaire.

Mais l'esprit sur le cœur réclame en vain ses droits, Si mieux qu'effort subtil touche abandon sincère; Car le même foyer, on l'ig-nore parfois. Qui réchauffe le sang* fait toute la lumière. Et les mêmes effets naissent des mêmes lois, Dans la même erreur coutumière.

22 LES KPIGRAMMES

Qu'on a sottement disputé

Sur l'intelligence des femmes!...

Accordons-leur en vérité

Non pas une, mais beaucoup d'âmes.

Ces âmes, leur cœur, c'est l'instinct Du pur et fol amour lui-même.

Le plus grand génie est certain Chez qui vous aime comme on l'aime î

— Mais, par exemple, gardez- vous, Madame, de m'être infidèle !

Le bon sens, même à vos genoux, Me reviendrait à tire d'aile.

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