‹ Les épigrammesChapitre 19 sur 31 · GLU · texte numérisé non relu

GLU

Berceuse de la vie, ô tendre réaliste^

Pour qui rien, hors le don de toi-même, n'existe,

Qui, sous un sein toujours si prompt à réchauffer, Sais respecter la force avant d'en triompher,

L'homme te raille, ô femme, en recherchant l'ivresse Où ton mensonge même exalte sa faihlesse ;

Mais, dans l'aveug^lement de cette ardeur d'aimer Où se plaît ton instinct sublime à s'enfermer,

Ne places-tu donc pas, Muse du sacrifice,

Ta g'énérosité plus que haut que sa Justice ?...

LES EPIGUAMMES 227

Va, ne méprise rien : cherche les causes. L'univers est meilleur que tu ne crois. L'être qui se débat parmi les choses, A, pour tant de désirs, si peu de choix !

Quel esprit mérita l'ig-nominie ?

Quel cœur profondément s'est avili ?

Paye avec le dédain la calomnie, Solde la médisance avec l'oubli .

Jaloux brûle d'apprendre et tremble de savoir. Il hait moins son rival que le beau corps infâme. Sa voix n'est que venin, ses yeux jettent la flamme ; Sa laideur rend chacun sourd à son désespoir.

Jalouse dissimule: elle n'en veut qu'à Tâme. Nul ne la voit souffrir, pas même son miroir... Sa rancune perfide, ardente à s'émouvoir, Charme pourtant, son mal étant toute la femme.

KlùS KPIGHAMMES

Qui perd l'illusion gagne le souvenir.

Mais le regret qui Taccompag-ne Interdit à l'espoir tout accès du plaisir.

Car ce pauvre n'a pas loisir

D'entrer sans la crainte en campag-ne.

La crainte est l'ais uillon secret de son désir

IZJIO LES ÉPIGRAMMES

GLVI

Nourris-toi de la plante amère Que sema rorag"e en ton cœur.

Dans son fruit comme dans sa fleur, Elle porte une âpre douceur A s'exalter d'être éphémère.

Regarde en toi : nulle science N'a d'autre nom qu'expérience Et savoir n'est rien que revoir.

La soufïrance apprend la justice, Et l'amour s'immole au devoir Pour que le bonheur s'accomplisse.

LKS EPlGnA?.IMES

GLVII

Sache te contraindre à la violence,

Ne fut-ce qu'un jour, une lieure, un moment

Elle te saura gré de cette offense,

Oh ! même timide, à ton sentiment.

Car elle aime l'ardeur, et fût-elle folie,

La vie en tous ses biens a nom pour elle amour.

Et sa soif de tristesse est un rusé détour

De l'org-ueil sensuel à la mélancolie,

282 LES ÉPIGî^AMMES

0 fière, ô souple, ô grande Athènes !

Qui dans l'harmonie et dans îa clarté, Auras fait, sans effori:, l'homme enfin respecté Pour la première fois briser ses vieilles chaînes ;

0 raison dans la liberté,

0 sourire dans la fierté, Par qui la dignité de la personne humaine. Traduite en g-râce forte et subtile et sereine.

Apparut à l'humanité;

Salut, prudente et noble reine De tant de nefs de gloire et de simj)[lcité,

De qui s'exalta pour réternité

Aux quatre horizons îa loi souveraine !..

LES KPIGKAMMES 233

Hellas ! ô cœur du monde, ô lumière, ô beauté ! Oue le doux chœur de tes îles d'or, ces sirènes, Formes, couleurs, parfums, rythmes de vérité. Du lustre de la mer surg-isse, — et toutes peines Fondent au cœur de l'homme en un song-e enchanté !

Quand ta mémoire, cire tendre,

'impressionne au moindre vent

messager d'ardeur ou de cendre,

ne te plains-tu pas trop souvent^ ouvrant l'oreille, à la suspendre aux voix d'un monde décevant ?

C'est le Passé. — Mieux vaut entendre le cri qui surg-it à l'avant!

Oublier c'est pouvoir apprendre...

L'instinct plus que l'âme est savant.

GLX

Quand on a pris Torg-ueil pour guide à leur conquête, que tout est fade, hélas ! des prétendus bonheurs ! Etre aimé vous semblait félicité parfaite, et vivre sans éclat la pire des douleurs.

Or, voilà qu'au désir l'amour doit tout son prisme, Que le vrai de la g-loire est d'avoir combattu... Le secret du bonheur g^ît-il au fatalisme?... Mais ces plaisirs sans vice ignorent la vertu...

L'effort, fils du désir, frère de l'espérance, Connaît donc seul la joie où domine l'honneur? Mais l'ordre enjoint-il pas la trêve à la souffrance ? Le rythme de beauté, le répit au labeur ?

236 LES ÉPIQRAMME8

Ainsi lutte et repos mécontentent le sage.

Il s'obstine pourtant au mystère subtil

de cette ingrate vie, énigme d'un mirage.

— Le bonheur n'est que dans la mort... Ainsi soit-il.

KS KPIGU VMMKS 2'6'J

Quand tu préférais cette fleur qui passe à ce diamant qui brille toujours, j'ai pris en pitié tes vaines amours, et mon cœur a mis ton âme en disgrâce.

Or, menant mon rêve au couchant vermeil, j'ai crû le charmer en ce qui s'altère, Méprisant tout bas la fixe lumière, l'immuable azur sous le grand soleil...

Mais le pauvre esprit, contredit sans cesse par le douloureux conflit des désirs, sait bien que la mort garde à nos soupirs dans le seul oubli réternclle ivresse.

238 LES ÉPIGHAMMES

Haute auréole de pensée Au front de la réalité ; Cycle de lumière g-lacée, De chaleur divine aimanté ; Idéal, phare de beauté !

C'est toi, la pure intelligence Qui sur la trouble passion Ranimes l'état d'innocence, La paix vivace d'espérance, Dont le génie est Taction.

GLXIII

jVous qui préférez l'imag-e à l'essence, I Les possessions aux divins désirs, I Oui, dans la froide patience,

jD'une vaine science attendez vos plaisirs, jVous qui blasphémez l'ardente ig-norance Source et miroir De tout savoir.

N'espérez pas la Connaissance !

2^0 LES ÉPXGHAMMES

GLXIV

As-tu l'Archet? Et connais-tu d'instinct Le rythme obscur, aux lois musiciennes, De ton verbe français, âpre bronze latin, A la vibrance, à la souplesse ioniennes?

Tu sauras mesurer, maître de ton ardeur,

Sur les cordes de ta viole, Dans son étendue et sa profondeur, Le Son mystérieux, qui charme et qui s'envole,

Souriant à travers ses pleurs, Le Son, le Son divin qui blesse et qui console.

GLXV

0 g-énieî Ordre dans l'ivresse, Apre audace dans l'harmonie !

La poitrine humaine s'oppresse Après ta hautaine ironie.

L'eau vive où ta force tressaille Reflète la beauté du monde ; Mais dense et rude est la broussaille Qui masque ta soui'ce profonde.

3^2 LES ÉFIGRAMMES

L'Art n'est que prodigalité, Tout œuvre étant effort, tout effort charité. La charité ! luxe suprême.

De par sa conscience même Du bonheur, de l'ordre enfanté...

Selon l'org-ueil, en vérité, Tout ce qui s'abandonne s'aime, Tout org-ueii étant volupté.

LES KPIGRAMMES

Que remuez-vous clone en moi de si dolent, Cloches de la Toussaint, par la plaine effeuillée, Dans ce roux crépuscule où monte lentement La lune d'arg-ent clair sur la forêt rouiilée ?

st-ce un lointain d'amour? Il n'eut, jamais, hélas ! Le tyran de mon cœur, cette splendeur sereine. D'anciens rêves de g-loire? Ah ! comme je suis las Des tristes intérêts dont vit la g-loire humaine...

Vous pleurez, cloches d'or, comme pleurent les rois Quand un peuple souffrant vainement les implore : Notre néant se berce au chant de votre voix, Cloches, pitié sublime, impuissante et sonore.

GLXVIII

Beauté, toujours visible et toujours fugitive, Qu'il faut savoir aimer d'un ardent désespoir Toi qui de mon désir me fais l'âme plaintive, Le cœur insoucieux des approches du soir,

Ah! plus que la Pensée elle-même, éternelle. Épouse du Silence, immuable Beauté !

Tu m'as lui : toute joie habite ma prunelle... Tu m'as dit vrai : le Beau, c'est toute vérité !

LK8 KPIGRAMMES 2/l5

Ne prends jamais qu'en toi tes raisons de sentir.

Docile envers autrui, tu ne peux que mentir

A ton autorité profonde, harmonieuse.

Elle insuffle la vie à l'œuvre de tes mains

Et la réchaufl'e au sang- d'un cœur, d'un être humains,

Pour l'exalter à la beauté mystérieuse.

Oliserve, patient : au g-rc de son vouloir. Ton ame étend sur la Nature son royaume. La sainte émotion fera jaillir en psaume Tant de confuses voix que berçait ton savoir.. .

C'est un obscur creuset où, sous d'épaisses flammes, S'enç;'endre lentement la forme de beauté... Celle-ci n'acquerra l'imag'e de ton âme Que du recueillement qu'elle t'aura coûté.

L'Art, reflet de îa Vie, exalte sans chaleur. Plus forte est sans beauté Téloquence du cœur Dont tu te sens charmer, alors que tu la railles. Confierais-tu ton âme aux leçons d'un rhéteur?.. La seule voix qui touche émane des entrailles.

C'est du cœur que le vrai tient sa suprême loi; Oq ne perçoit le beau qu'à travers ce qu'on aime. C'est confesser chacun que s'avouer soi-même: Tu n'écris bien pour tous qu'en écrivant pour toi.

Transpose ta pensée en nature vécue.

Hors ton expérience il n'est rien d'éternel. Le vrai, c'est de la vie au rêve convaincue Par l'esprit nourii de réel.

GLXXI

TREMOUNT DE GLORI

Aux sommets du g-énie est un lent crépuscule, Où le néant de l'homme à la g'ioire apparaît. L'air est mélancolique à l'entour; on dirait Qu'un vent morne aux parfums nostalgiques circule.

De Tarôme de mort aux effluves pesants Un souvenir s'éveille où Tâme qui se pleure, Se reconnaissant toute au matin de ses ans, S'afflige de quitter sa terrestre demeure.

Mais songeant à l'effort qu'il fallut pour jouir Et doutant du bonheur qu'elle doit à la gloire, L'âme, fermant les yeux sur l'ingrate mémoire, Dans l'oubli sans espoir se laisse évanouir.. .

248 LES ÉPIGi'.AMMES

GLXXil

Aimant mystérieux de tout amour humain,

Impératrice de la Vie, Beauté, centre du monde et cercle d'harmonie.

Foyer où tout se purifie,

Astre serein et souverain

De l'ivresse et de l'énerg-ie !

Seule raison de vivre en légitime orgueil, Seule raison d'aimer les choses périssables,

0 Beauté, vig-ilant accueil D'un infini qui fait palpiter à son seuil.

Comme une poussière de sables, Devant la mer profonde à l'innombrable écueii.

Les étoiles i m pénétra blés...

LES EPIGRAMMES ti[\(J

CLXXÏIÎ

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