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DE LA JOIE

Toute douleur détruit ; La joie est jeune et reconstruit.

Toute douleur est passagère ; Mais chaude, ondoyante et légère, La joie entoure, anime ; elle fait la beauté C'est le rythme d'éternité.

Libre de la pensée impure, Par qui l'orgueil entendre le malheur,

La joie atteste la nature ;

Elle en est la suprême fleur.

Elle hait cette morte étrangement obscure. Cette fille de l'homme et de sa volonté,

La Douleur, amère parjure

A l'instinct comme à la beauté.

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-LS EPIGr.AMMES

Tout meurt; rame survit pour recréer sans cesse. Tout se modèle à son ivresse, Dans l'Ordre et selon la Beauté.

C'est la forme de Têtre et l'immortalité, C'est la vivante Eternité !

GXXVII

Rien ne meurt dans la vie immense ; Rien ne cliang-e et rien ne sourit ; Tout est morne au regard qui pense ; L'amour même attriste l'esprit.

— Dans l'éternel retour des choses Quel repos, Frère, as-tu goûté?...

Ne poursuis pas de vaincs gloses :

l^e Rythme seul l'ait la beauté.

Hors son cercle de paix, tout lasse...

Reprends force à cet infini,

Mesure du temps, de l'espace,

Que d'un nom, Dieu, l'homme a béni.

iqH les épigrammes

GXXVIII

Le vrai n'est rien, hors de l'abstrait, que vraisemblance, Mais vraisemblance en marche, en espoir, en beauté ! A la vivante vie une loi de constance S'impose-t-elle en fixité?...

Le vrai, pour notre humanité, C'est ce qu'elle peut croire en confiance C'est le réel sous son aspect d'éternité.

Vérité simple, éclat naïf du vraisemblable, Conformité de la légende et du réel...

Que cherchons-nous ce diamant au fond du sable Que trouble et qu'épaissit la vag-ue intarissable De l'Histoire au flux éternel, Alors que sur la g-rève instable Il étincelle ^rain de sel !

.ES EPIGRAMMES IQQ

CXXÎX

PÈR CALÈNDO

Cyprès bleus, pins roux, chrysanthèmes, Roseaux secs au bord de l'étang-, Roches d'or fauve, oliviers blêmes, Sous un jour frêle au soleil blanc;

Frissons luisants sur les eaux vives, Bise d'acier sur les champs morts, Et, dans le vent, ces voix plaintives Où Noël met d'humains accords,

Quand, rouge bientôt sous la brume, L'Astre décline dans le soir.

Faisant de chaque toit qui fume, Vers l'Eternel, un encensoir...

Le jour mourant s'abîme et sombre, Suivi de ses cloches d'adieux ; La terre sendeuille d'une ombre D'où le ciel surgit radieux...

Vivant silence dont la lune Enchante la douceur des nuits.

Mystique fraîcheur, opportune A nos sens excédés de bruits,

Et s'enivrant de paix sacrée.

Au fluide stellaire et pur Qui ruisselle de Fempyrée Par les prunelles de l'azu!-....

LES EPIGïlAMMES

GXXX

Sache être le plus vrai possible avec toi-même ; Ton art y g-agnera plus de sérénité.

Pour bien toucher autrui, lui montrer ce qu'il aime^ Fais-le se voir lui-même en ton humilité.

La seule Vérité convainc sans stratagème. Sa plus vive splendeur, sa puissance suprême, Est dans sa nudité.

La déesse n'entend reconnaître qu'on l'aime Qu'à l'espoir qu'elle a suscité, Et ne dévoile sa beauté, Avant de donner son cœur même.

Qu'au fervent qui l'a mérité.

LUNA SILENS

Glacier Je feu, brasier de neige, Miroir des âmes sans appui, Phare de songe qui reluis Aux pauvres cœurs qu'Amour protège, Comme un refuge dans la nuit;

Blanche Méduse aux vertes lèvres, Qui portes sur ton front nimbé L'ardente pâleur de la fièvre Et du désir trouble, ô Phébé!

Visage du parfait silence,

Froid, profond, vivant dans la mort.

Doux asile d'indifférence

Où réparer les coups du sort. . .

Lune sereine! à toi s'élance

Mon rêve amer, comme à son port,

Dans sa nef de triste indolence.

LLS ÉPIGRAMMES 203

Ah ! j'ai honte souvent de ce surcroît de vie Par quoi mes raisons de souffrir, Dans leur chaude mélancolie Peuvent s'ig-norer l'une l'autre en moi!... Chacun de ces amours a son ardente foi, Chacun son âpre jalousie, St chacun se croit seul sincère en son désir !...

— Les mystères du sang-?... Combien plus ténébreu.\ Oue tout ton secret, ma pauvre âme esclave !... Une seule douleur te traverse et te lave ; Fa raison d'amour fait ton sort heureux.

Et tandis qu'en ton divin trouble Pour le pur honneur tu saurais mourir,

Le rampant Désir lâche et double Ne met sa fierté que dans son plaisir...

Li;s ei'xgp,\mm:.s

Donnez-moi, Seigneur, d'entendre les Causes D'où concourt le monde à votre beauté : Ce mjsti(5ue instinct du rêve des choses Tempère l'orgueil d'un peu de bonté.

Donnez-moi d'étendre à l'âme des bûtes Le cœur résigné des pauvres humains.

Donnez-moi de voir sur tant d'humbles têtes Luire, dans l'obscur, le nimbe des Saints.

LES KPIGRAMMK3 2o5

O Beauté, sens profond, pure fleur du silence, Sourire du mystère, ô muette éloquence A qui voudrait mon âme arracher son secret î Même close, ta bouche est toute mélodie;

Môme voilés m'éblouissent tes yeux, Et tout ton être harmonieux Répand en mon être anxieux Le calme et sublime incendie

Dont je cherchais l'extase dans les cieux !

GXXXV

L'Art est un tyran qui vit de nos larmes Et que nous bénissons de nous en délivrer. Ce poison de l'amour connaît d'étranges charmes Il a l'éclat, l'aimant profond des belles armes ;

Il blesse sans trop déchirer...

Et la paix du génie est à se libérer

De ce divin poison des larmes.

GXXXVI

Bras delà femme, ô défenseurs du monde, sur ses vrais biens sans cesse refermés, qui maintenez la tendresse féconde

sous nos org-ueiîs que vous charmez,

Par qui l'amour g-arde un foyer à l'âme, hag-arde et seule entre deux infinis, ô vig-ilants, ô doux bras de la femme, rameaux du cœur, sovez bénis !

Peuplier, platane et cyprès, fiers témoins de la vie antique, le rêve m'est lég-er et frais sous votre ombre mélancolique.

Subtile et plus allègre encor, elle tamise la lumière, quand les sombres sapins du Nord la font tristement prisonnière.

Et laissant filtrer dans l'amour par les veines d'or de l'espace l'harmonieux esprit du jour, elle l'exalte dans la g-râce !

l.KS KPIGHAMMES 20()

Cyprès, platane et peuplier, sentinelles du calme songe, j'ai su près de vous oublier le vain, l'universel mensong-e.

GXXXVIII

Savoir unir à la prudence L'art de ne s'y point renfermer, Jouir sans hâte et sans souffrance, Etre aimé quand on sait aimer,

Et sous la grave expérience Laisser, comme en insouciance, La sag-esse encore charmer. . .

Tout vient trop tard dans l'existence

LES EPIGRAMMliS

GXXXIX

Dans Tobscur miroir du passé le présent se cherche sans cesse.

Vains efforts ! Le lac est g-lacé d'où surg-it l'imag-e traîtresse.

Alors, le regard convulsé par la sirène qui l'oppresse, c'est l'avenir que l'insensé cherche au miroir de sa détresse.

Un peu de bonheur vaut toute la gloire. Ne cherche donc pas à tromper ton cœur.., L'amour sincère est humble, et transitoire Dans sa joie et dans sa rancœur.

Si t'on esprit recourt à l'Art sauveur Pour perpétuer sa mémoire,

C'est du seul orgueil que tient la douleur Cette revanche dérisoire.

.ES ÉPIGRAMMKS 2l3

GXLÎ

Art, ô divin pouvoir de préciser nos songes Pour les projeter en beauté, Qui fais, sincères nos mensonges En nous sublimant la réalité ; Voix unique par qui tout écho se prolonge, Art, seul secret humain de l'immortalité, Tu tiens la clef du g-rand mystère illimité Profond, rafraîchissant, de la Clarté, Où le cœur éperdu se plong-e Pour rebondir, plus fort, jusqu'à la Vérité.

LES EPIGHAMMES

GXLII

Oh ! de tous nos liens le plus fort, celui qu'on ne lèg-ue à personne, que la douleur seule nous donne et que nous arrache la mort,

Mélancolique Expérience, sois mon réconfort et ma paix !

Par delà tant d'or^rueils mauvais n'es-tu pas l'unique science, . .

LES EPIGKAMMES

GXLIII

Votre science a tué le Mystère»

11 était proche et du cœur bienvenu, Même en sa terreur salutaire...

Votre conquête de la terre L'a remplacé par l'Inconnu.

Adieu, long-s espoirs, chère impatience. . .

Ailleurs, c'est Ici ; Jamais, c'est Demain. Vous n'ig-norez que l'ig-norance !

Mais qu'a trouvé votre science Pour mesurer le cœur humain ?...

2 I G LES ÉPIGUAMMES

GXLIV

Modère tes désirs, Connaissance !

Que ton peu de savoir soit béni.

L'art sincère chérit sa souffrance Et pieux l'entretient, patience De n'atteindre jamais l'infini...

Car voici ce qu'apprend la science A quoi tout l'idéal s'est uni :

Aux limites du beau, Dieu commence

LES EPIGUAMMES 2I7

L'Histoire et la Mort^ ces deux immorales, M'ont dit le néant de Forgueil humain...

Alors, sans flambeau devant mon chemin.

Pour g'uider mes vœux parmi la rafale,

Instruit par ces deux fausses triomphales A douter d'hier comme de demain,

J'ai sur le présent resserré mes mains.

^iS LES ÉPIGRAMMES

GXLVI

Le Rythme, impérieux mag-icien des âmes, qui sait insinuer l'apaisante douceur par les chants de la Lyre et la grâce des femmes, dans un sang- qui s'exalte au cœur,

De l'esprit en sommeil écartant l'ombre impure, rend sa vig-ueur au Vrai qu'il a ressuscité... L'âme, alors, prend pour loi l'idée où la Mesure a mis son sceau d'éternité.

LES EPIGUAMMES

GXLVII

Quête conseiller, mon irère?

De quel bouclier l'armer pour aborder l'art de plaire ?

Au trop fameux art d'aimer, Ah! que ne ressemble guère, prudente, humble et volontaire, la science de charmer ?...

— La ruse est tout le mystère.

Sache feindre un bien perdu devant Celle qui console ; ose, dès qu'il t'est rendu, passer pour l'amant frivole, le seul à qui tout est dû.

Pourtant, cœur trop bénévole, gfarde-toi de la parole, ce premier malentendu...

GXLVIII

Pour être vain, s'il est sincère, Tout serment d'amour immortel Raffermit nos pas sur la terre Et tend nos regards vers le ciel.

Nul chant n'est menteur qui soupire, Fût-il même ironique en soi La libératrice, la Lyre Ne vibre que de bonne foi.

LES ÉPI6RÀMMES

GXLIX

L'âme devant la mort est cet oiseau tremblant à qui choir de son nid a fait ouvrir les ailes : l'orgueil montrait le ciel déserta ses prunelles ; la douleur tout à coup lui peuple le néant.

LES ÉPIGRAMJIES 223

Ah ! l'attente toujours trompée, Le plaisir toujours décevant!...

N'écoute pas la mélopée Que le regret confie au vent.

Redresse-toi comme une épée !

Lame claire à l'acier vivant, Si l'amour amer t'a trempée, Nargue la mort, et va devant !

CLÎ

Pourquoi protester, quand ton âme pense. Pourquoi clamer tes droits si haut ?

On ne vainc pas l'indifférence :

La seule ironie a le dernier mot ;

L'ironie, état premier et suprême Do la raison et du désir, Amour savant de ce qu'il aime,

Qui feint de céder pour mieux ressaisir..

Léonard ton roi, Socrate ton prêtre, Le pauvre Heine ton ami, Daignaient-ils jamais reconnaître

Au pire envieux valeur d'ennemi ?

Song-e que l'orgueil, même lég-itimc, Cette vertu du cœur liumiain, Offense l'homme comme un crime

Sitôt qu'il l'éprouve au cœur du prochain,

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