PAROXYSMES ANORMAUX
duisent souvent à la suite d'une insolation, d'un coup de froid, d'une émotion morale vive, etc. On peut se demander alors si elles ne sont pas en rapport avec une véritable congestion cérébrale qui constitue la cause déterminante de l'épilepsie consécutive. Cependant je crois être en mesure d'affirmer l'existence des attaques apoplectiformes chez les épileptiques, mais au lieu de les considérer comme une forme spéciale de l'attaque, je suis porté à les regarder comme des accès incomplets, des accès stertoreux auxquels manque la période convulsive. J'étais en train de prendre des mesures anthropométriques sur le malade D. lorsque tout à coup il pâlit, regarde fixement, et tombe en arrière comme foudroyé sans aucun mouvement, sans aucune rigidité; sa face se congestionne, sa respiration devient stertoreuse, lorsqu'on ouvre ses vêtements on s'aperçoit qu'il a uriné. Il est dans la résolution complète, il ne répond à aucune excitation, les deux yeux ouverts, les pupilles dilatées et immobiles ; les réflexes rotuliens sont abolis, le pouls est dépressible. Au bout de cinq minutes environ la respiration reprend son type normal, et le pincement provoque des mouvements, mais le malade ne répond à aucune interpellation, il pousse seulement quelques grognements et il retombe dans un sommeil profond qui dure une demi-heure environ , et dont il sort sans aucun souvenir de ce qui s'est passé ; il se croit dans le chaufToir, il ne se souvient pas d'être venu dans mon cabinet ni d'avoir été l'objet d'une exploration quelconque ; il présente donc une amnésie rétroactive d'au moins cinq minutes.
On peut rapprocher de ces attaques stertoreuses, les attaques de sommeil impérieux et subit, suivi de délire violent signalées par Gaffe et Sémelaigne, chez un malade qui offrait d'ailleurs d'autres troubles épileptiques, tels que défaillances, vertiges, accès incomplets. Weiss (1) a aussi observé un individu dont les crises étaient constituées par un sommeil de plusieurs heures. Kesteven a vu des crises de stupeur chez un enfant survenant à heures régulières et qui ont cédé au bromure de potassium (2).
(1) Weiss, Die epi/eptische Gelstesstovung. [Wiener med. Woch 1876 17 )
(2) Kesteven, Clinical Society, 1879, t. HI, p. 168. ' ' '>
Ch. Féré. o
Les attaques de sommeil ne sont d'ailleurs pas rares chez les épileptiques à la suite d'excitations psychiques, quelques-uns en ont constamment après leurs violentes colères.
De temps en temps, chez quelques malades, les grandes crises convulsives sont remplacées par des crises de tremblement qui durent quelquefois plusieurs heures, s'accompagnant d'obnubilation intellectuelle plus ou moins apparente.
On a décrit depuis l'antiquité une forme particulière de paroxysmes, dans lesquels le malade marche ou court, épilepsie procursive ou mieux simplement épilepsie courante, car tantôt le malade se porte en avant, tantôt il tourne en rond soit d'un côté soit de l'autre, tantôt môme il marche à reculons. Cette forme a été étudiée récemment par MM. Bourneville et Bricon (1) puis par M. Ladame (2), Mairet (3), Lemoine et Delbreil (4).
La course comitiale paraît plus fréquente dans l'épilepsie infantile. Quelquefois elle se produit avant toute autre manifestation épileptique et reste longtemps isolée. Souvent elle est remplacée par des accès convulsifs, mais cependant elle peut continuer à se manifester chez des sujets adultes. Quelquefois la transformation se fait d'un coup; plus souvent les deux formes de paroxysmes alternent pendant un certain temps. La course isolée est quelquefois précédée d'une aura ; dans quelques cas, elle s'accompagne de cri; ordinairement elle est inconsciente. Quelquefois la course constitue un prélude de l'attaque convulsive qui la suit sans interruption ; d'autres fois, elle constitue en quelque sorte le complément de l'attaque convulsive , le malade se relève et se met à courir ou à tourner avant de reprendre connaissance.
L'impulsion procursivc se présente quelquefois sous forme d'actes automatiques, de fugues pouvant durer des heures et môme des jours, et déjà connues d'Hippocrate. Dans ces fugues qui se confondent avec l'automatisme ambulatoire (5), le ma^
{l)Arch. de Neuroloqie, t. XIII, XIV, XV, XVl.
(2) Revue médicale de la Suisse romande, 1889, janvier.
(3) Mairet, De Vépilepsiê procursive. {Revue de médecine, 1889, p. 641, 74i.)
(4) Delbreil, De l'épilepsie procursive; th. Lille, 1889. ('6) Cliarcot, Leçons du mardi, 1889, xivc leçon.