‹ Les épilepsies et les épileptiquesChapitre 3 sur 94 · DÉFINITION ET DIVISION · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET DIVISION

Lorsque l'anatomie normale n'était constituée que par des notions peu précises empruntées à l'observation d'animaux assez éloignés de l'homme, lorsque l'étude des fonctions normales des corps organisés n'était pas même ébauchée, lorsque l'anatomie pathologique n'existait pas, l'histoire des maladies ne pouvait consister que dans la description des phénomènes extérieurs qui paraissaient en dehors de la règle.

Tous les dérangements organiques, tous les troubles de fonctionnement, tous les symptômes, en un mot, que l'on ne pouvait rattachera leur cause matérielle, durent donc être considérés tout d'abord comme ayant une existence propre. Môme lorsque l'on sut rapporter à certains organes, comme le poumon, le foie, etc., un certain nombre de manifestations morbides, on dut grouper sous le nom de syndromes des groupes de symptômes que l'on ne savait pas rattacher à une lésion organique nettement définie.

Un certain nombre de syndromes, consistant principalement en spasmes ou convulsions, avec ou sans chute, avec abolition de la sensibilité, de la mémoire, de l'intelligence, frappèrent les premiers observateurs par un caractère commun : la brusquerie de leur apparition. Ils semblaient saisir (iTit^êocve^v) le malade au milieu de la santé, d'où le nom à'épilepsie sous lequel on les désigna.

Cet ensemble de troubles était connu dès la période hippocratique : on l'appela morbus herculens , parce que ce héros Ch. Féré. i

2 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIOUES

en avait paru atteint (1). Les noms de morbiis sacer, îuorbus divinns semblent provenir de ce que les pythonisses se tordaient dans des convulsions épileptiformes lorsqu'elles rendaient leurs oracles. Chez les Romains, lorsqu'un accès venait à se produire pendant que les comices étaient assemblés, la réunion était dissoute. C'est de cette circonstance qu'est venu le nom de morbus comitialU; Celse rappelait morbus major, le mal par excellence. Les rapports que l'on avait cru saisir entre les révolutions astrales et la répétition des paroxysmes avaient motivé les noms de morbus astralis ou de morbus lunaticus. La croyance que le démon était la cause du mal le fit encore îi])\)Q\(iY morbus dœmo- D'autres dénominations, morbus sonticus (Àulu-Gelle), morbus caclucus (Paracelse), haut mal, mal de St-Jean, soidisant à cause de l'analogie entre l'expression de la physionomie de Saint-Jean décapité etcellede l'épileptique (Sauvages), etc. (2) n'ont pas plus de prétentions à désigner la cause des manifestations auxquelles elles s'appliquent.

Les syndromes confondus sous le nom d'épilepsie n'ont jamais été attribués à une cause unique, depuis Hippocrate qui a reconnu que la maladie sacrée n'avait pas plus que les autres maladies une origine divine et qu'on pouvait lui assigner plusieurs causes matérielles. L'épilepsie resta dans la catégorie des maladies incertfe sedis, et jusqu'aujourd'hui on la trouve classée parmi les affections du système nerveux dont la lésion est inconnue, parmi les névroses.

La névrose comitiale s'est vu dans ces dernières années arracher une partie de son domaine. Les convulsions épileptiformes de la grande hystérie ont été distinguées de l'épilepsie vulgaire. D'autre part, les travaux de M. Hughlings Jackson ont montré que certaines lésions du cerveau coïncident avec des convulsions plus ou moins nettement localisées dans un groupe de muscles, dans un membre, ou dans les membres du côté opposé : ces faits tendent à former un groupe distinct. Ce n'est pas d'ailleurs des dissidences de l'hystéro-épilepsie et de l'épilepsie partielle que

(1) Josat, Recherches historiques sur l'épilepsie, 18j6.

(2) Bès de Berc, Elude sur l'épilepsie, th. Montpellier, 1871 (synonymie).

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