PL IV
Ch. FÉRÉ — p. 193.
Félix Alcan, éditeur
piiÉNOMÈNKS d'Épuisement consécutifs auk paroxysmes 193 suivant qu'il se trouve dans un intervalle de santé ou dans une période postparoxystique. Sur dix-huit sujets que j'ai explorés de celte manière dans l'heure qui suivait un accès, je n'en ai trouvé que cinq qui entendaient sensihlenient à la môme distance qu'à l'état normal; un seul avait de la dysacousie : il entendait le hruit à la même distance que d'ordinaire, mais, lorsque la montre était approchée tout contre son oreille, le hruit suffisait pour provoquer une sensation douloureuse et un mouvement d'écart en sens inverso. Chez les treize autres, la diuiinulion de l'acuité auditive variait de un sixième à un tiei-s.
L'anosmie est aussi rencontrée par quelques observateurs (Russel, Rennett).
Les quelques explorations que j'ai pu faire de l'odorat me portent à croire que l'obnubilation de ce sens est fréquente à la suite des accès; mais il est difficile de préciser le degré de l'anosmie : les malades font souvent des erreurs tellement singulières qu'on peut se demander si ce n'est pas leur bonne volonté qui est en défaut plutôt que leur sensibilité. Les réponses les plus satisfaisantes sont celles par lesquelles le malade exprime purement et simplement qu'il sent ou ne sent pas telle solution odorante. Chez plusieurs malades, l'anosmie postparoxystique était assez prononcée pour qu'ils ne sentissent pas le musc en nature : tel mah;de ne sent plus une solution de menthe ou d'essence de girofle ou de benjoin; chez tel autre, c'est l'inverse. Je ne saurais pas formuler de j-ègle dans cette variété de défauts osmatiques, mais leur existence n'est pas douteuse. Quelques malades ont, à la suite de leurs accès, des perversions de l'odorat; quelques-uns se plaignent que leurs aliments ont une odeur de pourriture; d'autres paraissent plus péniblement affectés par certaines odeurs désagréables.
Le goût paraît affecté de la môme manière. Plusieurs malades se plaignent que, pendant plusieurs heures après l'accès, tous les aliments qu'ils peuvent prendre ont un goût terreux. J'ai exploré sur vingt malades la sensibilité gustativc ii l'aide de solutions de sucre à 1,2 %, de sel marin à 0,2o %, de sulfate Ch. Fkrk. 13
194 KPILEI'SIES 1:T ÉPILEPTIQUES
de quinine à 0,003 ° „ : sauf chez quatre malades, j'ai trouvé qu'apri's les paroxysmes il faut augmenter la quantité de la solution mise au contact de la base de la langue pour provoquer une sensation. Bien que j aie commencé les excitations |)ar les solutions sucrées et salées, j'ai vu que constamment les quantités devaient être plus augmentées que pour la solution amére ; il semble donc que la gustation des substances salées et surtout sucrées soit plus altérée. Deux malades étaient incapables, pendant pins d'une heure après l'accès, de sentir une solution saturée de sucre. Les différences de sensibilité gustative à l'état sain et dans la période postparoxystique varient considérablement chez les divers malades, tellement qu'il est à peu près impossible d'établir une règle.
L'état d'épuisement des fonctions sensitives et motrices à la suite du paroxysme épileptique rend suffisamment compte de l'affaiblissement de riulelligence en général, qui n'est qu'un complexus de fonctions motrices et sensorielles. Du reste, l'étude du temps de réaction nous permettra de donner plus d'évidence aux faits (1).
Lorsque la stupeur ne se produit pas et qu'il persiste à la suite des convulsions un certain degré d'excitation, qui constitue comme le supplément de la décharge, l'anesthésie peut n'être pas constatée immédiatement après le retour à la connaissance, mais on la retrouve plus tard quand la dépression se produit. L'anesthésie postparoxystique présente des différences Irès considérables dans sa durée, suivant les sujets et suivant la forme des accès. Quelquefois, on n'en trouve plus de traces au bout d'une heure ou même moins; d'autres fois, principalement à la suite d'attaques répétées, elle peut persister pendant plusieurs jours. La persistance de ces troubles permet de mesurer la durée de la dissolution des éléments de la stupeur, et cette mesure paraît avoir de l'importance au point de vue du pronostic de la démence qui résulte de la reproduction répétée de ces mêmes troubles et de leur installation définitive.
(1) Ch. Fort', Noie sur le temps de réaction chez les hystériques el chez It'S épileptiques. [C. R. Soc. Biologie, 1889, p. 67.)
PHÉNOMÈiNES d'ÉPUISEMENT CONSÉCUTIFS AUX PAROXYSMES 195
La déchéance intellectuelle est moins en rapport avec la fi'équence des accès et leur violence apparente qu'avec l'intensité des phénomènes de dépression qui suivent les décharges.
Les trouhles de la sensibilité des épileptiques et leur recrudescence postparoxystique coïncident avec des modifications de la durée du temps de réaction.
La durée du temps de réaction chez les épileptiques a été étudiée par M. Tanzi (1) et par M. Rémond {"2). Ces recherches indiquent une augmenlalion de la durée du temps de réaction chez les épileptiques en dehors de l'accès. Les conclusions de M. Rémond sur rinfluence de la fréquence des accès et du hromure ne découlent pas de ses observations qui n'ont pas été faites comparativement en dehors des accès ou après, ni sous l'influence et en dehors de l'influence du bromure chez les mêmes sujets. Mes observations ont porté principalement sur l'étude comparée du temps de réaction à la suite des accès et à une période éloignée des paro^^ysmes. Le retard de la réaction de l'état normal n'est pas nécessairement en rapport avec le nombre des accès : des épileptiques qui ont tous les jours plusieurs paroxysmes vertigineux et convulsifs ont une réaction moins retardée que d'autres malades qui n'ont que des accès beaucoup plus rares.
Chez un bon nombre d'épileptiques, il existe des différences latérales du temps de réaction; le retard unilatéral coïncide avec d'autres troubles de la sensibililé aussi unilatéraux.
La durée du temps de réaction est influencée par les ])aroxysmes. Je n'ai observéqu'une seule fois une légère diminution de la durée du temps de réaction chez un individu atteint de délire épileplique avec prédominance d'idées ambitieuses. Je n'ai pas trouvé d'autres malades chez lesquels l'exploration fût possible dans ces conditions.
A la suite des paroxysmes convulsifs ou vertigineux, la durée
(1) Tau/A, rErjuazione personale degli. epilUlici.{Archivio di psichialria t VII p. 1G8, 18r,;i.) ' ■ '
(2) Rrinniid, Contribution à l'étude des courants nerveux et de lu durée des actes psi/chiques les plus simples à l'état norm il et à l'état putholoninue ■ th Nancy, 1888. •»
196 KPILErSIES ET ÉPILEPTIQUES
du temps de réaction est constaniinent plus longue, même lorsque le malade est complôtement sorti de la stupeur depuis longtemps. Cette augmentation de la durée du temps de réaction persiste un temps variable après le paroxysme. Elle concorde avec la diminution de la sensil)ilité et ratTaiblissement musculaire qui se produisent dans les mêmes circonstances.
La plupart de mes obsei'vations ont été faites avec le chronomètre d'Arsonval, qui permet de répéter les expériences avec l)eaucoup plus de commodité que la méthode chronographique. Les excitations cutanées consistaient en un contact avec une petite boule métallique, appliquée sur le front ou sur le dos de la main, tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, la réaction se faisant avec l'une des mains. Chaque chiffre représente des moyennes d'au moins dix expériences successives. Toutes les explorations ont été faites le sujet ayant les yeux fermés; cette circonstance donne plus de sécurité à l'ensemble des résultats, mais elle donne un allongement de temps dont il faut tenir compte. J'ai vérifié, en portant les excitations sur la région dorsale, que, suivant les sujets, l'occlusion des yeux peut donner un allongement du temps de réaction de 0'',0i à 0'^07.
Les quelques observations qui suivent suffiront pour donnei' une idée de l'importance du retard postpaj'oxystique des réactions.
Obsiîuv.vtion XXXI. — Do. — a. Etal normal. Excitations cutanées :
point louché
fr. dr.
fr. g. m. dr.
Réaction de la main droite : 0''',29 Réaction de la main gaucho : 0 ,20
Excitations auditives :
Réaction de la main droite : 0''',27 Réaction de la main gauche : 0 ,29
Do. — h. Une heure après vn accès.
Excitations cutanées :
point ton clic
front dr.
fr. g. main dr.
Réaction de la main droite : O'^iVo Réaction de la main gauche : 0 ,38
0'^53 0'\'ôl 0 ,38 0 ,57
PHÉNOMÈNES d'ÉPUISEMENT CONSÉCUTIFS AUX PAROXYSMES 197
Excitations auditives :
Réaction de la main droite : 0'^37 Réaction de la main gauche : 0 ,36
Observation XXXII, — B. — a. Étal normal.
Excitations cutanées :
point touché
fr. dr. t'r. g. m. dr. m. g.
Réaction de la main droite : 0'',19 0''',23 0'',22 0,'''23 Réaction de la main gauche : 0 ,18 0 ,19 0 ,19 0 ,23
Excitations auditives :
Réaction de la main droite : 0''',16 Réaction de la main gauche : 0 ,16
B. — b. Trois heures après un accès.
Excitations cutanées :
point touché
fr. dr. Ir. g. m. dr. m. g.
Réaction de la main droite : 0",34 0'',40 0''',46 0'',49 Réaction de la main gauche : 0 ,22 0 ,22 0 ,35 0 ,34
Excitations auditives :
Réaction de la main droite : 0'^,iO Réaction de la main gauche : 0 ,20
Observation XXXIII — De. — a. Èlal normal. Excitations cutanées :
point touché
fr. dr.
fr. g.
m. dr.
ni. g.
Réaction de la main droite : o'',;;7
Réaction de la main gauche : 0 ,60
Excitations auditives :
Réaction de la main droite : 0^^48
Réaction de la main gauche : 0, 50
De. — h. Une heure et demie après nn accès.
Excitations cutanées :
point touche
fr. dr.
fr. g.
m. dr.
Réaction de la main droite : 0'^95
Réaction de la main gauche : 0 ,69
198 Él'lLEPSIES ET ÉPILEPTIQUES
Excilulioiis aiidilives :
Réaction do la main droite : 0'^G3 Réaction de la main gauche : 0'^5l)
Our^ERVATiON XXXIV. — S. — o. ÈtcU nomial. Excitations cntanécs :
point louché
mil
fr. dr. fr. g. di'- m. g.
Réaction de la main droite : O'',2o 0'^3^ 0^^29 0'^3i Réaction de la main ganche : 0 ,33 0 ,32 0 ,29 0 ,17
Excitations auditives :
Réaction de la main droite : 0''',34 Réaction de la main gauche : 0 ,33
S. — b. Deux hetires après un vertUje. Excitations cutanées :
point louché