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CHAPITRE XIV

PlIKNOMÈNES D KPUISEMENT CONSÉCUTIFS AUX PAROXYSMES. TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ.

A la suile de Tnllaquc (Vépilcpsie, on observe, outre les (roubles moteurs que nous venons de signaler, d'autres troubles qui ne sont pas moins intéressants. L'épuisement post-épileptique se traduit encore par des altérations de la sensibilité qui sont extrêmement nombreuses et variées et qui n'ont du reste pas de rapport nécessaire ni avec l'intensité apparente des pbénomènes sensoriels qui ont accompagné le paroxysme (J), ni avec l'intensité de l'impuissance motrice ou du treml)lement qui suivent la décharge.

Les troubles de la sensil)ilité générale sont très fréquents, mais tj'ès difficiles à étudier en raison de l'absence d'une bonne mesure. Toutefois, dans un bon nombre de cas, ils restent évidents plusieurs heures encore après la décharge. L'anesthésie complète de la stupeur s'efface insensiblement, mais elle s'attarde souvent dans certaines régions. Ces troubles de la sensibilité portent à la fois sur la sensibilité au contact, à la température, à la douleur. La diminulion prédomine souvent sur les membres ([ui sont le siège d'une parésie ou au moins d un affaiblissement transitoire; elle tient tout un membre ou tout un côté du coi'ps (:2) ; dans un certain noiiibi'e de cas, cette hémianestbésie post-paroxystique n'est que l'exagération d'un état permanent. Quelquefois l'anesthémie se manifeste sous forme de plaques disséminées. D'autres fois elle est remplacée par de la dyses-

l'I) A. Hughes Beniiett, 0?i excessive semory cortical dischoirges and l/ieir e/fecls. {Lunce.l, 1888, t. I, p. 61i)-672.)

(2j Burgé, Élude sur les paralysies el les anesthésies conséculives aux attaques épilepliques ; th., 1887.

puÉNOMÈNES d'Épuisement consécutifs aux paroxysmes 189 Ihésie, il existe une sensibilité douloureuse à la pression ou à la température, particulièrement au froid. Le soi-disant sens musculaire est aussi ail'ecté. Les malades sont incapables d'apprécier le poids de pièces de monnaie, et on peut chez quelques-uns suivre par la décroissance de l'erreur le retour de cette forme de sensibilité.

Les sens spéciaux sont souvent atteints. Les troubles de la vision qui ont été le plus étudiés paraissent les plus variés. L'acuité visuelle est diminuée de 2, 3, -4 cinquièmes, suivant les sujets et suivant le temps qui s'est écoulé depuis l'attaque. Comme l'ont noté Fano et Gompoyrat (1), lorsque les ci'ises sont rapprochées, l'amaurose peut être complète dans rinlervallc qui les sépare. J'ai observé cette amaurose au début d'un état de mal, dans l'intervalle des premières attaques, alors que le malade était capable de répondre aux interpellations, il rendait compte qu'il ne voyait pas même la lumière du jour et la pupille moyennement dilatée restait absolument immobile.

MM. Thomsen et Oppenheim (2), qui ont étudié le champ visuel à la suite de paroxysmes, n'ont noté qu'une fois le rétrécissement concentrique à la suite d'une attaque convulsive, ils pensent que cette forme d'anesthésie transitoire est plus en relation avec les troubles psychiques, l'excitalion maniaque elles crises avortées. Fiukelsteiu l'a observé après des crises convulsives, et d'Abundo semble le considérer comme une suite nécessaire de tout accès d'épilepsie. M. Hitler (4) pense avec MM. ïliomsen et Oppenheim, que l'amblyopie se montre |)rincipalcment après les crises psychiques, mais il ne paraît guère l avoir cherchée après les paroxysmes convulsifs. Je suis porté à croire que toutes les manifestations épileptiques, avec pej-te de coimaissancc, sont suivies d'amblyopie qu'on pourrait toujours constater si

(1) Piclioii, De répilepaie dans ses rajipurU avec les fo/iclions visuelles, ISSo p. 17.

(2) Tliomseii et Oppoiiliciin, Ueber Vovkoimnen Bedculun.fi der sensorisc/œn anœsthesie bel Erkrun/ainr/en des Cenlrahieruensijsfem. [Arcliiv. f Psi/ch 188 i B.l. XV.) ' ' J ,

(3) Fiiikelstoiii, Ueher Vcrandeninf/en des Oesichlfeldes und l'urhevpercepdon. [Neurolorjische EntralhL, 188G, i». li.)

(4) Hitier, De l'amblyopie liée à r/témianeslhésie, etc., 1S8G.

190 ÉriLEPSlKS KT ÉPILEPTIOIKS

on arrivail à leiiips. J"ui répélc souvent cet examen, et sur dixhuit sujets j ai observé un rétrécissement très net à la suite d'attaques j)urement convulsives. Je Tai toujours trouvé quand j"ai examiné les malades moins d'une demi-heure après le réveil.

La sensibilité à la lumière et la vision des couleurs sont aussi adectées, et la diminution qu'elles présentent semblent la contrepartie de la sensibilité excessive à la lumièi-e et aux couleurs, particulièrement pour le rouge (Hammond) que Ion ohserve quelquefois pendant la période prodromique de l'accès. Dans l'étude de la sensibilité pour la lumière et pour les couleurs, je me suis servi de l'échelle optométrique de M. Parinaud (i).

L'échelle chromatique contient cinq degrés de saturalion des couleurs principales, rouge, jaune, vert, bleu, violet, sur fond noir. Cliaque couleur est sur une feuille distincte. On montre les cinq degrés de saturation en les découvrant successivement, et en commençant par le plus faible. Sur 22 sujets, j'ai observé à la suite des attaques ou des vertiges, des défauts de la vision des couleurs. Quelquefois c'est de l'achromatopsie, le malade voit blanc les couleurs les moins saturées; d'autres fois c'est delà dyschromatopsie, il voit jaune par exemple les nuances les moins saturées, du rouge ou du vert, il voit bleu ou i-os(> k' violet. Chez un malade qui, à l'état normal, voit correctement toutes les couleurs, toutes paraissaient brunes, une demiheure après un accès. La dyschromatopsie et l'achromatopsie postparoxytiques peuvent porter sur toutes les couleurs, sur plusieurs ou sur une seule; c'est le rouge et le violet qui sont le plus souvent atteints. Les sujets babituellementachromatopsiques ou dyscbromatopsiques ne sont pas ceux qui ont les troubles de la vision des couleurs les plus marqués à la suite des accès ; mais lorsque le trouble est plus marqué d'un côté à l'état normal, cette prédominance s'accentue encore après l'accès. On peut d'ailleurs faire la même remarque pour les autres formes des troubles visuels.

Un malade m'a fait remarquer spontanément que dans la période postparoxystique pendant laquelle je l'ai examiné plu-

(1) H. Parinaud, Échelle oplomélrique ; Roulot, 6dit. 1888.

PHÉNOMÈNES d'Épuisement consécutifs aux paroxysmes 191 sieurs fois, les pliénoinèiics de coiUraslo siinulUmé cL de contraste successif se montraient avec une intensité inusitée ; les couleurs complémentaires apparaissent avec une intensité plus grande et persistent plus longtemps. Ce fait n'a rien qui doive surprendre, car on sait que ces phénomènes subjectifs sont favorisés parla fatigue, quelle qu'en soit la cause; mais il est intéressant à rapprocher des autres phénomènes d'épuisement de la fonction visuelle.

L'exploration de la sensibilité à la lumière a été faite aussi avec l'échelle de M.Parinaud qui est constituée par dix tons gris sur fond noir, allant du noir au blanc. On procède comme poulies couleurs, en découvj-ant successivement les lignes grises en commençant par les plus sombres, jusqu'à ce que le malade voie quelque chose sur le fond noir. On trouve qu'en général les défauts de la perception lumineuse sont parallèles à ceux de la perception des couleurs. Ceux dont le défaut chromatique poi1e sur moins de dix nuances sur vingt-cinq ne manquent guère que de deux tons gris; quels que soient les défauts de la vision des couleurs, il est rare qu'il manque plus de trois tons gris. Le malade qui, à la suite de ses accès, voit brun tous les tons ou toutes les couleurs, voit aussi brun sept tons giis.

En somme, à la suite d'accès d'épilepsie on peut, chez un certain nombre de sujets, constater un aiTaiblissement de la vision sous toutes ses formes.

J'ai observé trois cas dans lesquels il existait une anesthésie Irès nette des paupières, de la conjonctive et de la peau du pourtour de l'œil, en même temps que des troubles complexes et très marqués de la vision et du nystagmus. Ces faits méritent d'être rapprochés de ceux que l'on a observés dans l'hystérie ou même dans quelques cas de lésions organiques du cerveau, et où on trouve la môme corrélation entre l'anesthésie sensitive et sensorielle du même organe (1).

Ce n'est pas seulement l'œil qui est sujet à ces troubles de lasensibilité générale et spéciale, les autres sens peuvent être

(1) Cl). Féré, Conlnhalion à l'élude des troubles fonclionnels de la vision par lésions cérébrales : tli., 1882.

192 ÉPILEPSIliS KT ÉPILEPTIOUES

affectés de inéino. M. Charpentier a signalé en ces termes l'anesthésie (le l'organe de l'onïe (1) :

« Dernièrement, un épileptiqne de noire service, épileplique sans mélange d'hystérie, nous raconte qu"il est sourd de l'oreille droite, qu'il distingue i\ peine les sons, qu'il s'en est aperçu le matin en se levant, et que, la veille, il entendait bien. Pendant notre examen, le surveillant nous informe que le malade a eu une attaque la nuit, qu'il n'est pas tombé parce qu'on l'a maintenu, qu'il s'est rendormi et ne se doute pas de ce qui s'est passé; tout le tcguuient du pavillon de l'oreille droite, de la région mastoïdienne et des parties voisines, est insensible au toucher et à la piqûre ; de ce côté, le tic-tac d'une montre n'est pas perçu ; pas d'autres symptômes; tout rentre dans l'ordre au cinquième jour sans traitement spécial. Si un tel malade, ignorant de ses attaques, se fût présenté en consultation ordinaire, nous imaginons combien le médecin aurait eu de peine à retrouver la notion étiologique de l'épilepsie. Nous avions déjà été témoin de trois faits pareils et, dans les trois cas, nous avons constaté les mômes troubles de la sensibilité cutanée en môme temps que la perte de l'ouïe. Chez l'un d'eux, l'insensibilité avait envahi la moitié de la tôte et du cou, sans participation des organes des sens autres que celui de l'ouïe. »

Gowers a relevé deux fois la surdité post-épileptique, qui a été aussi observée par J. Russel (2), par H. Bennett.

L'exploration de l'ouïe ne peut pas être faite avec la môme méthode, ni avec la môme sécurité que celle de la vision ; mais, môme avec un procédé très grossiei-, on peut se rendre compte des troubles de l'audition qui se montrent à la suite des accès. J'ai fait peindre sur un mur, à peu près à la hauteur de l'oreille d'un homme assis, une ligne blanche divisée en centimètres. En asseyant le sujet au milieu de la ligne et en se servant toujours de la môme montre, on peut se rendre compte de la distance à laquelle le sujet, toujours dans la môme position, peut entendre,

(2) De quelques troubles morbides pouvant indiquer l'épilepsie. [Vnion médicale, 1880.) . ,,

(2) J. Uussel, Cases of suspended cérébral funcUon occurrmrj among llie phenomena following epileplic fils. {Med. Times and Gaz., 1882, j.mv. 7-2i.)

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