DESCENDANTS
ODSEUVÉES CHEZ LES
Ligne patfinelle
Ligne ni.ilei'iielle
Ligne paternelle
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maleinclle
Mrilcs
Femelles
(loiiviilsioiis (le l"eiil';iiice. . .
Hystirie
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2ri
Ces tableaux montrent quelles affections nerveuses organiques ^ ou dynamiques figurent le plus souvent dans les familles des épileptiques. La parenté de ces maladies avec l'épilepsie peut i d'ailleurs être établie par leur coïncidence assez fréquente cbez i le môme sujet (1). i
Ces observations confirment Timportance de l'ivrognerie dans l'hérédité de l'épilepsie. Dans mes recherches, je n'ai pas distingué les alcooliques, c'est-à-dire cenx qui ont éprouvé des acci- ' dents toxiques officiels des buveurs, faute de renseignements suffisamment précis. Du reste, comme le faisait déjà Esquirol, nous pouvons considérer l'ivrognerie en dehors de tous les accidents qu'elle produit comme le résultat d'une impulsion morbide, d'un besoin pathologique d'excitation qui mérite de figurer à ce seul titre dans la famille névropathique.
Une autre étude peut encore mettre en lumière les rapports héréditaires de l'épilepsie avec les autres maladies du système nerveux. C'est celle de la descendance des épileptiques, qui pro-
(1) J'avais fait remarquer que quelquefois l'origiualitc des ascendants des névro-
patlies est mise en évidence par les noms bizarres qui leur ont été imposés à leur I
naissance fZ,a famille nri:rnp(if/ii(/ue , Arc/i. de NenroL, 1884, t. VII, p. 42)* |
31. Gucci (/ yiomi degli aliénait, in lo sperimentale, 1887, fasc. XII, p. 605), a relevé I
le même fait, que l'on rencontre quelquefois cliez les épileptiques. '
ÉTIOLOGIE, CAUSES PRÉDISPOSANTES; HÉRÉDITÉ 243
.créent bien souvent des vésaniques, des idiots, etc., à moins qu'ils ne soient stériles; mais nous aurons à revenir sur ce point à propos du pronostic.
Quant à I hérédité similaire, elle est considérée comme exceptionnelle par un grand nombre d'auteurs, en particulier par Maisonneuve (i), par Beau (2), par Doussin-Dubrouil (3), par3Iorel, par Delasiauve, par Laségue (4). Cependant la plupart des anciens observateurs depuis Zacutus Lusitanus, Boerhaave, Van Swieten, Stalil, Quarin, Hoffmann, etc., admettaient l'existence fréquente de l'épilepsie chez les ascendants des épilcptiques. Esquirol, Moreau, A. Voisin, Foville, etc., en ont rencontré de nombreux exemples (5). Leech et Fox, sur 673 parents de 66 épileptiques, ont trouvé 39 épilcptiques sans compter les convulsions infantiles ou de cause accidentelle. Mais la statistique la plus intéressante est fournie par Echeverria (6).
Une série de 136 épilcptiques mariés (62hommes et 74 femmes) ont eu o33 enfants, dont :
Sexe Sexe masculin. féminin. tot.\l.
Morts dans Fenfance de convulsions. . . 89 106 195
— d'autres alfections. 16 ii 27
Morts-nés 9 13 22
Epileptiques 42 36 78
Aliénés 5 6 11
Paralytiques 22 17 39
Hystériques » 45 45
Choréiqucs 2 4 6
Strabiques 5 2 7
Bien portants 63 42 105
Total 264 289 553
Si on réunit aux épilcptiques les enfants morts de convulsions, on voit que plus de la moitié des enfants issus d'épileptiques sont des convulsifs. La statistique du même genre que j'ai rap-
(1) Maisonneuve, Observations et recherches sur Vépilepsie; tli., 1803, p. 8G
(2) Beau, Arch. r/thi. de méd., 2e série, t. XI, p. 328.
(3) Doussiu-DulDreuil, De l'épilepsie.
(4) Lasègue, De l'épilepsie par malformation du crâne. (Ann. Méd vsiich \ 877 t.XVIII, p. 12.) ■' '
(5) Tardieu, De la transmission héréditaire de l'épilepsie; th., 1868.
(6) Echeverria, Marriagc and hereditariness of épileplics. \journ. of mental science, oct. 1880.)
portée plaide exactement dans le même sens; elle montre en outre que, si quelques mariages d'épileptiques sont d'une fécondité moyenne, il n'y a guère qu'un cinquième de leurs enfants qui soient sains (1).
L'hérédité similaire de l'épilepsie n'est donc pas rare ; si la plupart des auteurs s'entendent à la considérer comme moins fréquente que l'hérédité de transformation, on ne peut nier que dans un certain nomhre de familles, l'hérédité épileplique directe est la plus fréquente de toutes les formes d'hérédité névropathique {^2).
En ce qui concerne l'épilepsie, l'hérédité similaire comme l'hérédité de transformation suit les lois générales de l'hérédité. Elle peut être dii-ecte ou croisée, c'est-à-dire être divulguée par les ascendants ou les collatéraux. Contrairement à l'opinion de Baillarger et de Foville, la statistique d'Echeverria indique que l'hérédité similaire est plus souvent indirecte ; les chiffres de M. Bourneville et les miens plaident dans le môme sens. L'hérédité en retour s'observe souvent dans l'épilepsie passant du grand-père au petit-fils sans atteindre le père. L'hérédité du côté maternel paraît plus fréquente (3) ; mais les incertitudes de la paternité troublent l'étude de cette question.
L'hérédité de l'épilepsie se manifeste quelquefois au même âge dans deux générations successives, c'est ce que l'on appelle l'hérédité homochrone; mais en général il y a chez le descendant tendance à l'anticipation, c'est-à-dire que le descendant est atteint à un âge moins avancé que l'ascendant. Cette tendance est telle qu'il arrive quelquefois que le fils soit pris avant le père, la dégénérescence trahit ainsi sa marche progressivement accélérée. Enfin il n'est pas très rare que l'épilepsie se transmette sous la même formé et qu'elle se manifeste sous l'influence des mômes causes déterminantes chez deux membres de la môme famille.
(1) Boucliet et Cazauvielh avaient déjà signalé la fréquence des convulsions chez les enfants des cpileptiques ; Dusart [Hérédilé de l'épilepsie, 1865), évalue à 60 0/0 le nombre de ceux qui succomlient à cette maladie.
(2) Bombart, les Familles d'êpileptiqucs ; thèse de Bordeaux, 1887.
('3) Tereszkiewicz, Die haiifigslen Ursachendcr Epilepsie.lnm^. diss., Berlin, 188:2.
ÉTIOLOGIE, CAUSES PRÉDISPOSANTES; HÉRÉDITÉ 2io
M. BrowivSéquard (1) a montré que des cochons d'Inde rendus épileptiqucs par l'action du sciatique ou de la moellepeuvenl: donner naissance à des petits qui deviennent épileptiques. D'autre part, Luciani a vu la transmission héréditaire de l'épilepsie provoquée chez les animaux par des lésions irritatives du cerveau (2). Le môme fait peut se reproduire chez l'homme : j'ai déjà cité le fait d'un homme qui devint épileptique à la suite d'un traumatisme sans qu'on relève chez lui d'antécédents héréditaires ou personnels et qui guérit; pendant qu'il était sujet aux accidents comiliaux, il donna naissance à une fille qui devint épileptique à l'âge de cinq ans. Je remarquerai toutefois, à propos de ce cas, qu'il n'est pas suflîsamment prouvé que le traumatisme n'a pas été seulement chez le père une cause occasionnelle qui aurait mis en évidence une prédisposition ignorée ou inavouée.
Dans certaines espèces animales, lorsqu'une femelle a été fécondée une première fois par un mâle, il arrive qu'elle transmette plus tard aux produits d'un antre màle certains caractères du premier. Ou s'est demandé si cette hérédité par imprégnation était apphca])le aux dégénérescences humaines et en particulier à l'épilepsie ; mais les faits n'ont pas encore répondu à la question.
Nous avons déjà fait remarquer que quelquefois les descendants pouvaient être atteints avant l'ascendant ; c'est dire que môme lorsque le sujet devient épileptique à un âge avancé, on peut souvent découvrir des circonstances qui indiquent la f)rédisposition ; il en était ainsi, par exemple, chez un malade atteint à soixante-deux ans, qui suivait ma consultation de la Salpôtrière et dont l'ohservation a été publiée par M. Séglas (3).
Boudin et Trousseau ont fait jouer à la consanguinité un rôle important comme cause héréditaire de l'épilepsie. Mais la consœigninitc, qui a été accusée de pouvoir déterminer à elle seule
(1) Brown-Séquard, Faits nouveaux êtahiissant V extrême fréquence de la ■transmission par hérédité d\Hals organiques morbides produits accidentellement chez les ascendants. {C. R., mars 1882.)
(2) Archivio italiano per le malaltie nervose, 1881, p. 208.
(3) Séiîlas, Note sur tin cas d'épilepsie tardive. (Revue de médecine 1885 p. 484.) '
246 ÉPILEPSIES ET ÉFILEPTIQUES
la i)i'oduction de iiévropalhies, n'agit en réalité queparTaccunmlation de l'hérédité; des états névrosiques peu accentués chez ces deux producteurs se trouvent multipliés et caractérisés chez le [)rodLiit. La nervosité est alors passée au carré, comme dit P. Bert (1). Si la consanguinité morhide est d'une efficacité incontestable pour la production de l'épilepsie comme des autres formes de dégénérescence, la consanguinité saine ne peut guèj'e éti'e mise en cause, ainsi que le montrent d'ailleurs les faits recueillis par Morel, A. Miltchel, Falret, Voisin. Dans les faits rapportés par Langdon Down (2), on voit aussi que les mariages consanguins qui ont donné naissance à des idiots, s'étaient arrangés dans des familles tarées, et les faits recueillis plus récemment n'ont fait que confirmer cette conclusion (3).
On a voulu expliquer en partie par la consanguinité la répartition prédominante de Tépilepsie dans certaines régions. M. Burlureaux (4), à l'aide des documents fournis par le ministère de la guerre et comprenant le nombre des jeunes gens inscrits sur les listes de tirage au sort et le nombre des exemptés ou réformés pour cause d'épilepsie, a reconnu que les épileptiques sont plus nombreux dans certaines régions de la France. «■ Tulle et ses environs tiennent le premier rang : on y trouve dans les dix dernières années, 88 épileptiques pour 17,826 inscrits, soit 49 pour 10,000. Puis viennent Privas (30 pour 10,000), Perpignan, Pau (29 pour 10,000) ; Ghâlons-sur-Marne, Saint-Étienne (25 poup 10,000). Paris tient un juste milieu (15 pour 10,000). Les pays qui sont le plus favorisés sont: Fontainebleau (4 pour 10,000) ; ïoul (8 pour 10,000) ; Chartres (6 pour 10,000) ; Alençon ^9 pour 10,000) ; Argentan (7 pour 10,000) ». M. Burlureaux pense (5) que ces faits sont conformes à l'opinion suivante, formulée par M. Lapointe : « Gomme je crois l'avoir sufûsamment démontré,
(1) Revue scientifique de la Rrpahlique françàise, l*"" avril 1884.
(2) LondoH Hosp. Rcp., 1880.
(3) Gottschalk, Valeur de Pin/luence de la consaiif/uinité sur la production de l'épilepsie et de l'idiotie; Ui., 1889. — Bourneville et Courbarien, A'ofe statistique sur le rôle de la consanf/uinité dans lUHiologie de Vépilepsie, de IHdiotie et de timhéciimé. {Pror/rès médical, 1889, ii» 23.)
(4) Burlureaux, art. Épilepsie. (Die. encijcl. des Se. médicales, l-'c série, t. XXXV, p. 169.)
(-■)) Notons que M. Louail (Essai sur l'éjiilepsie 1854) avait indiqué une distribution diflérente.
ÉTIOLOGIE, CAUSES PRÉDISPOSANTES; HÉRÉDITÉ .2i7
répilepsie est fréquente dans certains départements du centre ; je suis porté à penser que le faible degré de division du sol dans ces départements n'y est pas étranger. La grande propriété qui y règne encore entraîne la dissémination de la population et celleci donne lieu à risolement de l'individu. Chaque propriété est habitée par celui ou ceux qui la font valoir, et chacun habite sur son lot, foi'cément privé de la vie de relations. Il en résulte des ha])itudes vicieuses et l'exagération des cas de consanguinité. De là des déchéances nerveuses qui conduisent à des affections convulsives, et peut être surtout à l'épilepsie. » Je n'accepte ni ne repousse cette opinion, que je ne suis pas en mesure de discuter.
Une condition qui favorise éminemment la multiplication des dégénérescences névropathiques, consiste en ce que les névropathes de tout ordre ont une tendance remarquable à se rechercher, et cette sélection pathologique contribue à l'augmentation du nombre des épileptiques. Cette tendance ne se manifeste pas seulement chez les excités, les excentriques, les hystériques, les vésaniques, mais aussi dans une autre catégorie d'anormaux, les criminels chez lesquels le vice devient la base d'une sélection spéciale ; or, on sait que les connexions sont nombreuses entre la criminalité et l'épilepsie.
Parmi les causes prédisposantes tenant aux générateurs, il faut encore signaler la disproportion d'âge entre les époux, et en particulier l'âge plus avancé de la mère. Dans le môme ordre d'influences, citons encore l'âge avancé du père et de la mère. Enfm il est une circonstance que l'on relève quelquefois dans les antécédents héréditaires des épileptiques, comme névropathes en général, en dehors de toute tare névropathiquc, de toute condition anormale d'âge au moment de la conception. C'est l'existence de cas de longévité exceptionnelle parmi les ^mcétres ; il semblerait que ces derniers ont épuisé en quelque sorte la vitalité de la race.
Nous avons déjà relevé que toutes les conditions hygiéniques défectueuses, toutes les conditions morbides des ascendants au moment de la conception ou pendant la gestation, sont capables
248 ÉriLEPSIES ET ÉPILEPTIOUES
de provoquer la dégénérescence et par conséquent la prédisposilion à Tépilepsie, la diatlièse épileptiquc (Willls). Mais certaines de ces conditions sont particulièrement favorables.
En premier lieu, il faut citer Talcoolisme des parents.
L'influence de l'ivresse au moment de la conception sur la production de l'aliénation, de l'idiotie, de l'épilepsie a été signalée par Esquirol, Séguin, Morel, Lucas, et plus récemment par Demeaux, Dehaut et Vousgier. L'ivresse constitue en effet une véritable névropathie transitoire, se manifestant plus facilement et avec une moindre dose chez certains individus que Lasègue à désignés sous le nom d'alcoolisables (1). L'ivj-esse peut agir de la môme manière quelque soit l'agent d'intoxication.
L'ivrognerie, en déterminant des excitations plus ou moins périodiques, suivies de dépressions proportionnelles qui nécessitent des doses croissantes et sans cesse renouvelées d'excitant, finit par déterminer en dehors des dégradations organiques, nn véritable épuisement du système nerveux qui favorise les réactions convulsives, et éminemment apte à se transmettre par hérédité. Si l'ivrognerie est déjà la manifestation d'une tare héréditaire, l'alcoolisme ne peut faire qu'exagérer cette tare. Aussi trouve-t-on fréquemment l'abus des liqueurs spiritueuses chez les ascendants des dégénérés, et en particulier des épileptiques ("2).
Les intoxications chroniques par le plomb, l'opium, par la morphine, peuvent agir de même, sans que le rôle de ces derniers agents soit jusqu'à présent nettement établi. Là aussi, d'ailleurs, le rôle du poison est encore, comme dans le cas de l'alcool, difficile à déterminer, parce que presque tous ceux qui se livrent à son abus sont fréquemment des névropathes : le fils d'une morphiomane dont j'ai relaté l'observation (3) est actuellement épileptique, mais la mère était hystérique. Toutefois, il faut remarquer que la morphiomanie pendant la grossesse est bien propre à déterminer des aptitudes convulsives, l'absti-
(1) Cil. Férô, Note sur les alcoolisahlcs. {Soc. médicale des hôpitaux, 1885.)
(2) H. Martin, De l'alcoolisme des parents considéré comme cause d'épilepsie chez leurs descendants. {Ann. méd. psijch., 1879, t. I, p. 48.)
(3) Ch. Féré, Morp/iinisme et grossesse. (C. R. Soc. Biolof/ie, 1883, 20 octobre.)
ÉTIOLOGIE, CAUSES PRÉDISPOSANTES; HÉRÉDITÉ 2i9
nencc du poison détenninant presque constamment des mou- Tcments désordonnés du fœtus.
Parmi les causes dépressives qui peuvent altérer la nutrition du fœtus, et en particulier la nutrition de son système nerveux et le prédisposer à une irritabilité morbide, il faut citer non seulement les maladies générales, la mauvaise alimentation, une hygiène générale défectueuse, les infections de la mère et du père au moment de la conception, ou de la mère pendant la gestation, mais encore les traumatismes, tous les ébranlements
physiques et moraux.
L'influence dégénératrice des chocs moraux, au moment de la conception, ne peut être établie que par des faits très rares; cependant j'ai eu occasion d'en rapporter un assez intéressant (1).
Observ.vtion LXVII. — Émotions au moment de la conception;
êpilepsie vertigineuse.
M"« X., âgée de 12 ans, est assez bien conformée, et son crâne semble régulier; elle a toutefois été opérée d'un bec de hèvre latéral gauche. Cette jeune fdle présente un tic des paupières. Elle parle avec beaucoup de difficulté, et ce n'est d'ailleurs que vers l'âge de 6 ans fpi'elle a commencé cà se faire comprendre. Elle a encore de temps en temps de l'incontinence nocturne d'urine. Elle lit très mal, et écrit à peine, bien qu'on se soit occupé avec grand soin de son éducation. Elle est toujours somnolente, taciturne, et paraît avoir de temps en temps des accès vertigineux pendant lesquels elle laisse tomber ce qu'elle tient. (Ces accès ne se sont pas modifiés depuis, on a seulement pu s'assurer qu'ils s'accompagnent de pâleur, de perte de connaissance et quelquefois de miction involontaire.)
Son père est bien portant et sobre, sans antécédents nerveux; un oncle et une tante de ce côté sont aussi indemnes; le grand-père était goutteux. Sa mère est un peu romanesque, mais n'a jamais éprouvé d'accidents nerveux caractérisés; une tante maternelle a été atteinte de chorée à plusieurs reprises, sans rhumatisme. Aucun autre antécédent nerveux.
Trois enfants, nés avant cette jeune fille, n'ont jamais éprouvé de troubles nerveux et n'offrent aucune difformité. D'ailleurs, le père qui est avocat, un peu au courant de la question de Phérédité, s'est livré à une enquête sérieuse, et n'a rien trouvé de plus. Mais voici ce qu'il raconte : Tout porte à croire que la conception de cette enfant eut lieu le 2 mai 1871, vers sept heures du matin; et une demi-heure après, une troupe de gardes nationaux fit irruption dans l'appartement pour
(1) Ch. Féré, les Enfants du siège. {Progrès médical, 1884, 29 mars, p. 246.)
2o0 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPTIQUES
faire une perquisition; sa femme, extrêmement effrayée, fut prise immédiatement de vomissements et fut plusieurs jours à se remettre de son émotion. Le ménage put alors quitter Paris, et la grossesse s'est accomplie sans aucun événement particulier.
Dans co fait, ni rinanillon ni l'alcoolisme ne peuvent être mis en cause, et l'état émotionnel semble seul pouvoir être accusé; pourtant les quelques pariicularités névropathiques que l'on rencontre dans la famille peuvent rendre compte d'une certaine émotivité exagéi'ée de la mère , émotivité qui a eu une inlluence fâcheuse sur le développement du produit. Il s'agit donc là d'une question très complexe et qui s'est posée depuis longtemps. L'influence de l'état psychique des parents au moment de la conception sur celui de leurs enfants avait frappé les esprits avant que les médecins ne s'en fussent occupés ; Hésiode prescrivait de s'abstenir du coït au retour des cérémonies funèbres, de crainte d'engendrer des enfants mélancoliques; Érasme dit de lui-même : « Je ne suis point le fruit d'un ennuyeux ■devoir conjugal » ; Trislram Shandy attribue les fâcheuses particularités de son caractère à une question faite par sa mère dans un moment très inopportun. Un des enfants adultérins de Louis XIV, conçu pendant une crise de larmes et de remords de M™" de Montespan, que les cérémonies du jubilé avaient émue, -conserva toute sa vie un caractère qui le fit nommer « l'enfant du Jubilé » (1).
Quant aux émotions de la mère pendant la grossesse comme •cause d'epilepsie, elle est admise en dehors de toute hérédité par un certain nombre d'auteurs, en particulier par Bouchet et Casauvielh, par Voisin. Je ne doute pas de cette influence, mais il est difficile d'établir quelle est l'importance de son rôle en dehors d'un état névropathique de la mère; il faut remarquer, en effet, que la plupart des terreurs maternelles, accusées d'être la cause de l'épilepsie des enfants, sont déterminées par des ■causes légères et tout à fait hors de proportion avec l'intensité de l'émotion.
Les intéressantes recherches de M. Dareste (2) montrent sous
(1) p. Lucas, loc. cit., t. II, p. jOi.
[i) G. Dareste, Recherches sur la produclioa arli/icielle (/t'.v inunslruosités, elc. Paris, 1877.
ÉTIOLOGIE, CAUSES PRÉDISPOSANTES ; HÉRÉDITÉ 251
quelles influences légères le développement des organes peut être troublé, surtout pendant les premières périodes de la vie embryonnaire; on peut donc comprendre que certains accidents de la gestation soient capables de déterminer des états anormaux non héréditaires, mais congénitaux. Les troubles nerveux et mentaux, si fréquents chez les sujets dont la naissance a été Irrégulière, n'ont peut-être pas d'autre origine.
Langdon Down fait jouer un grand rôle aux émotions de la mère dans la production de la dégénérescence (1) ; il a compté que 24 pour 100 des idiots sont nés d'un premier accouchement, et il explique cette circonstance par les émotions des jemies mariés. C'est peut-être cette faiblesse du système nerveux, acquise pendant la gestation, qui rend les enfants moins propres cà résister aux risques de la grossesse et de l'accouchement ; les femmes qui donnent naissance à des enfants épileptiques ou idiots, mettent souvent au jour d'autres enfants mort-nés.
Quoiqu'il en soit, faction sur le fœtus des émotions delà mère se comprend aisément ; un certain nombre d'observations sur des hystériques enceintes et le récit de nombreuses mères, m'ont démontré que sous l'influence des excitations périphériques ou viscérales ou de représentations mentales, le fœtus réagit avec une intensité extraordinaire , montrant qu'il prend part à tous les mouvements émotionnels maternels, et qu'il doit nécessairement participer aux manifestations convulsives auxquelles la mère peut être sujette (2). Or, sous l'influence des émotions vives et en particulier de la frayeur, il se produit une dépression profonde et souvent des phénomènes convulsifs (3), qui sont capables de déterminer chez le fœtus une lial)itude convulsive. Il conservera d'autant plus facilement cette habitude, que la prédisposition héréditaire est plus marquée. Les émotions s'accompagnent d'ailleurs de modifications de la circulation trahies par des changements de volume des membres, des changements de la résistance électrique, de f aspect spec-
(1) Langdon Down, On some of the mental affeclions of Childhood and Youtk,
(2) Ch. Féré, Sensation et mouvement. {Bibl. de philos, cotitemp., 1887, p. 90 ; Renie philosophique, 1886.)
(3) Ch. Féré, Dégénérescence et Criminalité. [Bibl. de philos, contemp., 1888.)
252 ÉPILErSIES ET ÉPILEPTIOUES
troscopique du sang, el qui peuvent influer snr la nutrition du l'œlus (1).
Les faits que nous avons passés en revue jusqu'à présent, nous indiquent que ce sont les conditions dépressives qui favorisent la dégénérescence et la diallièse épileptique en particulier. Il n'est pas douteux que parmi les émotions, ce soient les émotions tristes ou dépressives qui jouent le principal rôle dans la genèse de la prédisposition spasmophile pendant la gestation ; c'est presque toujours la peur ou les chagrins prolongés de la mère qui ont été incriminés par les observateurs. Quelquefois on a attribué la maladie de l'enfant à une fi'ayeur causée à la mère par une attaque d'épilcpsie, mais cette frayeur n'a rien en somme de spécial.
Certaines circonstances de raccouchement ont été accusées de produire Tépilepsie chez l'enfant. C'est ainsi qu'on a quelquefois noté (Bourneville), l'état de mort apparente, l'asphyxie causée par la constriction du cou par le cordon, un long séjour dans le défilé pelvien, l'application du forceps. La démonstration de la réalité du rôle de ces causes est difficile à établir; mais elles méritaient d'être signalées.
Certains défauts d'hygiène, dans les premières semaines qui suivent la naissance, ont aussi pu être incriminés. On sait, par exemple, que Fhabilude de placer l'enfant uniformément sur le même côté, peut provoquer une déformation oblique ovalaire du crâne, une plagiocéplialie par propulsion latérale (Guéniot), or, l'épilepsie coïncide souvent avec cette déformation du crâne (Lasègue). Il faut noter toutefois que tous les enfants ne sont pas aptes à subir cette déformation; ceux qui y sont le plus sujets, sont les athrepsiques (Parrot). Enfin, l'épilepsie peut co'incider avec les déformations artificielles produites par le serre-tête, dans les rares contrées où il est encore employé ; on sait, en effet, ((ue Saviard provoquait sur un enfant des convulsions à volonté en comprimant la tête. Toutefois, cette étiologie encore ne peut être admise qu'à titre d'exception.
(1) C. n. Soc. Biol., 1888, p. 217; 1889, pp. 104, 131.
ÉTIOLOGIE, CAUSES PRÉDISPOSANTES; UÉRÉDITÉ 253
Pendant la période de Fallaitemcnt, la prédisposition à l'épilepsie pourrait encore se développer dans des conditions hygiéniques particulières de la nourrice. Les émolions morales, la mauvaise hygiène de la nourrice ont été incriminées sans trop de preuves. L'inQuence de l'alcoolisme est peut-être moins problématique. C'est surtout à propos des convulsions de l'enfance qu'on s'est demandé si la lactation pouvait jouer un rôle dans la genèse des troubles nerveux, lorsque la nourrice naturelle ou mercenaire étaitatteinte de manifestations morbides transitoires ou permanentes. Guersant a cité le fait d'un nourrisson qui était pris de crises convulsives chaque fois que sa mère, qui était très impressionnable, lui donnait le sein après s'être livrée au coït. D'autre part, M. Vernay 0 ) » l'apporté un fait dans lequel des convulsions paraissent s'être développées en conséquence de l'alcoolisme d'une nourrice mercenaire, et disparurent après la cessation de rallaitement. Des faits analogues ont été cités par Baumès (ij. Portai croyait que la nourrice pouvait transmettre sa prédisposition héréditaire ; il attribue l'épilepsie d'un nourrisson à cette circonstance, qu'une sœur de la nourrice était épilep tique.
11 conviendrait de spécifier dans les observations ultérieures, à quelle époque du développement ont agi ces causes de troubles; il est à présumer en effet, que chaque malformation et cbaque trouble de nutrition des organes et des tissus ne peut être produite qu'à une époque déterminée de l'évolution de l'embryon ou de l'enfant. La localisation de la lésion organique pourrait alors fournir la preuve de l'inlluence de la cause présumée.
Si, dans l'adolescence et l'âge adulte, les mêmes influences peuvent encore avoir une certaine action; si des troubles de nutrition persistants peuvent encore créer une susceptibiUté spéciale du système nerveux, avec ou sans substratum anatomique observable, cette action n'est pas tellement manifeste qu'on ne puisse la mettre en doute.
(1) Vernay, Convulsions par alcoolisme chez un nouveau-nè. [Lyon iinhlical, 1872, t. XI, p. 440.)
(2) Baumès, Traité des convulsions dans Venfance, 2e éd., 180"), pp. 78, 81.