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CAUSES PRÉDISPOSANTES INDIVIDUELLES; SEXE, AGE. ÉCLAMPSIE ET ÉPILEPSIE

Parmi les causes prédisposantes individuelles, il faut citer le sexe et Fàge ; mais le rôle ùo ces conditions physiologiques est tout à fait subordonné à la prédisposition congénitale ou acquise.

En ce qui concerne le sexe, il est difficile de baser une opinion sur les faits. C'est Topinion de presque tous les médecins qui reconnaissent que Tépilepsie est plus fréquente chez les femmes; mais les statistiques faites, mômes dans les hospices comme Bicétre et la Salpétrière, ne sont pas comparables. La discussion reste ouverte. Les naturalistes admettent que dans les espèces, animales, la dégénération commence par les femelles, et quelques moralistes pensent que cette observation peat s'appliquer au moral (Chamfort). Cette conception peut s'appuyer sur quelques faits embryologiques et physiologiques qui font de la femme, d'une manière en quelque sorte permanente, une << blessée » comme dit Michelet. On ne peut accepter que sous bénéfice d'inventaire l'opinion de Rousseau, qui soutenait que la femme n'est jamais qu'un grand enfant; elle ne s'appuie sur aucune notion scientifique rigoureuse.

Toutes les formes d'épilepsie peuvent se développer à tous les Ages. En dehors de la première enfance, de l'âge des convulsions, l'épilepsie dite idiopathique, sans cause connue, survient le plus souvent entre treize et dix-huit ans; mais il est évidemment erroné de dire qu'à partir de vingt ans on n'ait plus à craindre l'épilepsie héréditaire (Nothnagel, Echeverria), il est au contraire fréquent de rencontrer des tares héréditaires dans l'épilepsie

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tardive. Clicz un certain nombre d'individus, l'occasion de Fépilepsie ne s'est pas présentée dans l'adolescence ou dans Fàge adulte, ou bien la prédisposition s'est accentuée sous l'influence de la mauvaise hygiène, des intoxications, des émotions dépressives répétées, etc. Chez hon nombre d'individus devenus épileptiques sur le tard sous l'influence de l'alcoolisme, on découvre des antécédents héréditaires évidents.

Forestier (1) avait déjà noté que parmi les maladies héréditaires il y en a qui ne surviennent qu'à un âge avancé. Poilroux (2) a relevé l'hérédité chez une femme qui était devenue épileptique à l'âge de soixante-dix ans; et les observations de M. Delanef montrent que l'hérédité directe ou de transformation, l'hérédité dégénérative en général jouent le principal rôle dans l étiologie de l'épilepsie sénile; la plupart des faits que j'ai eu occasion d'observer se conforment à la même loi (3).

L'épilepsie se montre d'ailleurs plus souvent dans un âge avancé qu'on ne paraît l'admettre en général. L'épilepsie tardive est peut être plus fréquente chez la femme; et la ménopause l)araît jouer un rôle important dans son apparition (4). Elliotson a vu une vieille femme qui avait été épileptique depuis les premières semaines de sa vie et qui, après avoir paru guérie pendant les trente ans que dura sa menstruation, fut reprise à la ménopause (o).

L'influence de l'âge a d'ailleurs elle-même été fort discutée. Lasègue pensait qu'en dehors des cas où elle est la conséquence immédiate ou lointaine d'un traumatisme , il n'y a d'épilepsie vraie que celle qui survient entre quatorze et dix-huit ans. Cette opinion, qui exclut l'épilepsie dans l'enfance, ne peut se soutenir que si on distingue d'une manière absolue Véclampsie de l'épilepsie. Or, cette disthiction me paraît tout à fait arbitraire, et c'est un point sur lequel je vais m'arrêter

(1) Forestier, De morbis mit voxis puerorum a vitiatis dcpravatisvc parentum /uuiiorihus, diss., inaiig., 1802.

(2) Nouvelles recherches sur les maladies chroniques, et imncipalement sur les uflections orr/nniques et les maladies héréditaires \ iii-8, 182:{, p. 276.

(3) Delanef, Essai sur Pétiolofjie de l'épilepsie tardire : Ui. 1883.

(4) Tilt, llie Chanfie of life in heallh and disease, 4° éd., 1882, p. 173.

(5) Machichlan, A practical trealise on tlie diseases and in/irmilies of advanced li/e, 1863, p. 110.

en reproduisant quelques faits qui ont figuré dans un travail antérieur (1).

Les anciens auteurs admettaient que réclampsie, soit infantile soit puerpérale, était une névi-ose analogue à Fépilepsie ou à l'hystérie. Borsieri déliuissait Téclampsie, une épilepsie récente, transitoire et peu susceptible de récidive; niais depuis qu'on a reconnu la fréquence de ralbuniinurie chez les scarlatineux, chez les femmes en couches (Lever) olfrant des convulsions éclaïupliques, le cours des idées a changé. En présence d'un cas d'échunpsie, on ne se demande pas si le sujet est un névropathe prédisposé aux réactions cérébro-spinales, on explique tout par une soi-disant action spécifique du sang altéré (urémie, ammoniémie, urinémie, microbe, etc.) sur le système nerveux central. Pourtant, les formes cliniques si diverses de l'urémie dans les alTections rénales, devraient faire soupçonner que si tous les sujets ne réagissent pas de la même manière sous l'influence de la même altération du sang, ce ne peut être qu'en raison de prédispositions organiques spéciales. Le but que nous nous proposons est de mettre en évidence la prédisposition névropalhiqu»' des sujets qui sont atteints d'attaques éclamptiques et de mon trer les liens peu connus qui unissent l'éclampsie et Tépilepsie.

Pour ce qui est de l'éclampsie infantile, des convulsions des jeunes enfants, on n'hésite guère à en rattacher l'origine à u]i état nerveux natif: les convulsions sont fréquentes chez les enfants issus de névropathes, de mères ayant eu des attaques d'éclampsie (2) ; on les voit souvent chez les enfants d'une même famille ; il n'est pas que les sujets qui en ont été atteints offrent d'autres troubles nerveux ou qu'ils produisent dans leur descendance des affections cérébro-spinales.

L'hérédité directe des convulsions de l'enfance a été observée par nombre d'auteurs, notamment par Tissot, Brachet, Bouchut, de Montgolfier (3), etc. ; et fort souvent, elles sont le prélude de

(1) Ch. Férô, Eclampsie el Epilepsie. {Arch. de Neurologie, no 22, 1884.)

(2) Duclos, Éludes cliim/ws sur les coiwulsions de l'enfance; thèse, 1847. — Trousseau, Clin. méd. de VHutcl-Dieii, 4« édit., 1873, t. II, p. 171,

(3) De Montgolfier, Contribulion à l'étude des convulsions de l'enfance considérées spécialement au point de vue de l'hérédtté ; thèse de Lyon, 1883.

l'épilepsie confirmée. C'est là nn point que personne ne peut contester, et qui est mis en évidence, en ])articulier, par les observations si détaillées publiées par M. Bourneville et ses élèves (1).

La plupart des maladies nerveuses caractérisées, sont précédées dans renfance de troubles qui constituent en quelque sorte un avertissement (2). Parmi les pbénomènes précurseurs de Tépilepsie en pai'ticulier, on rencontre fréquemment les convulsions de l'enfance qui représentent la maladie sous des formes plus ou moins atténuées ou dissimulées, comme les pâleurs subites, l'asthme de Kopp, etc.

Sur deux cent quarante épileptiques , Moreau de Tours en avait trouvé quarante-trois qui avaient eu des convulsions, et pour mon compte j'en ai trouvé trente-quatre pour cent.

« 11 n'y a, dit Baumes, entre l'éclampsie des enfants et l'épilepsie, qu'une différence de marche que le temps seul peut établir (3). » Il n'y a donc aucune bonne raison de distinguer les convulsions infantiles de l'épilepsie , et de soutenir que l'épilepsie est rare ou n'existe pas chez les enfants. C'est au contraire chez eux qu'elle est le plus fréquente.

Quand il s'agit de l'éclampsie des adolescents ou des adultes, de l'éclampsie scarlatineuse, ou de l'éclampsie puerpérale en particulier, la situation est moins nette. Dans le courant de notre étude, nous avons été frappé de voir que les auteurs qui se sont occupés des causes de l'éclampsie ont omis de se poser les trois questions suivantes : 1" Quels sont les antécédents héréditaires et personnels? 2° Quel est le sort des éclamptiques? 3° Quel est le sort de leur descendance? Nous pensons que les réponses à ces questions seront de nature à jeter un peu de lumière sur la pathogénie de l'éclampsie; aussi nous sommesnous efforcé de les trouver soit dans les auteurs qui ont traité des maladies nerveuses, soit dans nos observations personnelles.

(1) Recherches cliniques et thérapeutiques sur l'épilepsie, V hystérie et l'idiotie. (Compte-rendus de Bicètre et de la Salpètrière, 1876, 1880, 1881, 1882, 1883.)

(2) Ch. Féré, Nerve troubles as foreshadoived in the child. {Brain, 1885, t. VIII p. 230.)

(3) Barthez et Rilliet, Traité clinique et pratique des maladies des enfants- 3e éd., t. I, p. 378.

Ch. Féré. 17

2o8 Él'ILEPSIES ET ÉPILEPTIQUES

Nous nous occuperons d aboi'd de l'éclanipsie scaiiatineuse.

Observ.vtm'n lAVllI. — S caria Une: albuminurie ; éclampsie; épilepsie.

Pict., ans, vient à la consultation de la Salpètrière, le 22 octobre 1881 ; pas d'antécédents nerveux héréditaires avoués. N'a jamais été malade, et n'a jamais eu d'accidents convulsifs avantliige de 9 ans-

A 9 ans, il a la scarlatine. Il eut à la suite de l'albuminurie et de lanasarque qui ont duré trois mois; et, pendant ces trois mois, se sont produites des attaques dites éclamptiques. Depuis, l'albuminurie a dis- .paru, mais les attaques ont continué. Les attaques ont été scrupuleusement inscrites, elles sont assez régulières dans leur apparition; elles viennent à peu près toutes les trois semaines, et se reproduisent pendant trois ou quatre jours. Il a deux sortes d'accidents épileptiques :

1° Vertiges sans perte de connaissance et que le malade compare à une sensatio)i d'isolement. Il voit encore la lumière, mais ne distingue rien pendant les quelques secondes que durent ces vertiges. Il n'urine pas, ne se mord pas la langue.

20 Grandes allaques convulsives qui viennent plus souvent le jour, mais aussi quelquefois la nuit. Ces attaques sont provoquées par les émotions, les chagrins, les fatigues corporelles, les voyages en chemin de fer. Ces attaques offrent les grands caractères de l'épilepsie; cri, pâleur de la face, morsure de la langue, convulsions toniques et cloniques, sommeil prolongé.

Les vertiges sont précédés d'une sensation vague, qui prévient le malade. Les grands accès sont précédés de grands maux de tête, surtout autour de l'œil gauche, qui serait injecté pendant l'attaque.

Pas d'asymétrie faciale, pas d'atrophie des membres, ni aucune déformation, ni asymétrie apparente. Point hyperesthésique sur le pariétal gauche ; réflexes rotuliens égaux des deux cotés. Rien dans les urines. (Elixir d'Yvon trois, quatre, cinq, six cuillères par jour, en augmentant d'une cuillerée par quinzaine.)

19 novembre. — A eu une crise le 23 octobre. (Ses crises se sont du reste reproduites sans modification appréciable, jusqu'au dernier jour où il s'est présenté.)

Dans ce fait, nous ne trouvons point d'hérédité nerveuse. Il montre toutefois nettement l'origine de Fépilepsie qui succède à des attaques dites éclamptiques, développées dans le cours d'une albuminurie consécutive à la scarlatine. Cette succession de phénomènes, si analogues par leur forme, permet de soupçonner l'identité de leur nature.

Plusieurs auteurs ont d'ailleurs signalé la possibilité du développement de l'épilepsie à la suite de la scarlatine (Sieveking (1),

(1) SievekiDg, On Epilepsij and epikptiform scizurcs ; 2c édit., London, 18G1, p. 120.

Eclieverria (1), etc.). Gowers (2) fait remnnjiicr que la scarlatine est la maladie aiguë à la suite de laquelle on voit le plus souvent se développer Tépilepsie; mais il ne voit aucune relation nécessaire entre rapparilion de la névrose et de l'bydropisie; aussi cherche- t-il à attribuer au poison de la scarlatine, une action spéciale sur le système nerveux. Pour moi, l'albuminurie et la scarlatine n'ont d'action efficace que lorsqu'elles se manifestent sur un sujet prédisposé à la névropatliie ; et je n'hésite pas à appliquer cette opinion à la folie dite brigh tique

Du reste, comme le montre encore Gowers, l'épilepsie peut se développer à la suite de toutes les fièvres éraptives et indépendamment deFalbuminurie; etonpeut dire que là comme ailleurs, l'agent infectieux ne fait qu'exciter la prédisposition. Il en est de même pour Véclampsie; nous pourrons citer à ce propos le résumé d'une observation qui nous est communiquée par notre ami, le D^' Alb. Mayor, de Genève.

^Observation LXIX. — Hérédilé névropalhiqne, antécédents conviilsifs,

rougeole, èclampsie.

Marie R., M ans. — G rand'nière paternelle excitée. Mère nerveuse, fugues éi-oti(iues ayant motivé le divorce. Père faible d'esprit, est devenu au bout d'un an l'amant de sa ci-devant femme.

M. II. a eu des engorgements scrofuleux du cou (trois frères et sœurs plus jeunes sont aussi scrofuleux, sans accidents nerveux officiels); à l'âge de 8 ans, elle a eu pendant six mois des crises hystériformes très violentes. — liougeole; somnolences, crises éclamptiques répétées pendant deux heures et demie, rien dans l'urine; mort.

L'influence de la prédisposition sur l'efficacité patbogénique de la scarlatine et peut-être de l'albuminurie qui s'y rattache, est mise en évidence par le fait suivant, où on voit apparaître consécutivement l'action de la grossesse.

Observation LXX. — Hérédité névropalhiqne. — Scarlatine, attaque convidsive. — Vertiges. — Grossesse; attaques épilepVi formes.

M'^® M. de L., 24 ans. (Consultation de M. Cliarcot.)

Antécédents héréditaires : Mère atteinte d'eczéma. Un oncle maternel

(1) Kchevcrrin, On. E/)i/,('i)si/ ; New-York, ISTO, p. 152.

(2) Gowers, EpiLc/isu <iii4 ot/icr coiividsire chrome discases; London, 1881 ,P- 19.

( ;}) C. R., de la Socictc mcdicalc des /lùjntiinx, ISS"), p. 2G5.

ÉriLEPSIIiS ET ÉPILErTIQUES

ayant \ u, à Tàge de dix-sept ans, un individu pendu dans un bois, eut une grande IVayeiir, à la suite de Liquclle il eut des attaques nerveuses, et il nioui'ut quebiue temps après d'une affection cérébrale. — Un cousin germain de la ligne maternelle est né chétif, presque idiot et est sujet aux attac^ues d'épilepsie. — Un grand oncle paternel, ayant cru étoutl'er dans un accident de voiture, eut pendant trois ans des crises nerveuses, dont il guérit, et aucun de ses entants n'éprouve de troubles nerveux.

La malade a eu la scarlatine vers Tage de 9 ans. Pendant sa convalescence, elle eut une crise convulsive (on ne sait pas si elle a été enflée, ni si elle eut alors de l'albumine dans l'urine), .lusqu'à 18 ans, époque à biquelle la mensti'uation s'étaljlit, elle n'otï'rit aucun accident nerveux. A partir de ce moment jusqu'à 21 ans, elle l'ut sujette à de violents maux de tète, s'accompagnant de saignement de nez. — Vers 21 ans, elle eut une faiblesse à l'école de natation; l'année suivante, elle en eut une autre avec quelques légers mouvements nerveux {?). Vers l'époque de son mariage, à 24 ans, elle éprouvait presque tous les mois des troubles nerveux légers, caractérisés par du clignotement, des mouvemen-ts inconscients de la tète, des bras et des pouces. — Constipation, pertes blancbcs, irrégularité des menstrues.

Elle se maria le 21 mai 1881 et devint immédiatement enceinte. Une quinzaine de jours après, elle eut une première attaque épileptique, et elle en eut deux autres le mois suivant. Elle accoucba prématurément, à buit mois, d'un enfant bien portant. Deux mois après, crise épileptique ; autre crise deux mois plus tard.

18 octobre 1882. — Fausse coucbe de deux mois ; le cinquième jour, trois attaques d'épilepsie dans l'espace de quinze heures.

17 novembre 1882. — Depuis la dernière crise, elle a assez souvent des vertiges soit le matin en se levant, soit à propos de changements (le température. La mémoire semble s'affaiblir.

D'après la description du mari, les crises sont très caractéristiques: cri initial, pâleur de la face, rotation de la tète à droite, convulsions toniques et cloniques, miction involontaire inconsciente ; sommeil ])rofond, suivi de violents maux de tète. Ce qu'il appelle vertige répond plutôt à des accès incomplets. Ils seraient précédés d'idées noires, d'une sorte de sensations d'étouffement ; puis la malade perd connaissance, laisse tomber ce qu'elle tient à la main, et enfin s'assoupit pour quelques minutes.

Dans ce fait, la première attaque convulsive a bien apparu dans la convalescence de In scarlatine, et a semblé se développer en conséquence de la fièvre éruptive ; mais le sujet était prédisposé à la névrose par une bérédité névropathique des plus nettes. A la suite de rétablissement de la menstruation se manifestèrent des accidents vertigineux ; à propos d'une gros-

ECLAMPSIE -"^

sesse, les atlaques prennent un caractère nettement épileptique. Toute action physiologique ou pathologique devient cause excitante des manifestations épileptiformes.

Considérons maintenant l'influence isolée de la grossesse et de raccouchement sur le développement de l'éclampsie et de l'épilepsie. Rappelons d'abord qu'im certain nombre d'auteurs, et en particulier VogeletJacquemier, etc., ont considéré l'éclampsie comme une épilepsie aiguë; mais il faut remarquer qu'ils se plaçaient seulement au point de vue des manirestalions symptomatiques et non au point de vue de la nature de l'aflection. Jacquemior dit : « Il est donteux que les lemnies qui sont tourmentées par des accidents sympathiques soient plus exposées... ; il en est de même des accidents qui paraissent avoir plus de rapport avec l éclampsie, connue les convulsions sans forme déterminées et Vhystérie (1). »

D'autre part, si un certain nombre d'auteurs, et en particulier Gowors, ont signalé rinfluence de la grossesse et de l'accouchement sur le développement de l'épilepsie (2), des recherches récentes montrent que leur action n'est pas constante (3). En tout cas, ces circonstances ne paraissent avoir d'action que chez des sujets dont les antécédents héréditaires ou personnels révélaient l'existence d'accidents convulsifs antérieurs (cas de Terrillon, de Ferrand, de Béraud).

Chez les épileptiques avérées, la grossesse et Faccouchement n'ont pas non plus d'influence bien marqiu'e sur le nombre des attaques. La grossesse semble quelquefois avoir une influence favorable (4).

La recherche des antécédents névropathiques a été très négligée ; cependant leur importance n'avait pas complètement échappé. C'est ainsi que Miquel (5) admet l'existence d'une susceptibiUt(' du cerveau.

(1) Jacqueniier, Manuel des accouc/ieinciUs, 1846, t. U, j». 200.

(2) Delasiaiive, Traité de l'épilepsie, 1864, p. 230. — J. S. Parry. {Amer, jonrn. of obsletrics, août 1875.)

^3) Béraud, De l'épilepsie dans ses rapports avec la (jrossesse et l'accouchement • thèse, 1884.

(4) H. Nerliiii^ei-. Uher die Epilepsie und das Fortpfanzangsyeschàft des WeiOcs in iliren rjegenseitiffen Beziehunf/en, 1889. (.j) Miquel, Traité des convulsions chez les femmes enceintes, etc., 1824, p. 16.

Nous trouvons dans Trousseau le passage suivant : | « ... Il est certain que la susceptibilité nerveuse qui, chez certaines fennnes, a pu se traduire dans Fenfance par des accidents convulsifs, plus lard par des phénomènes hystériques ou par des troubles plus ou inoins bizarres de l'innervation, il est certain, dis-je, que cette sensibilité nerveuse est une cause prédisposante dont la connaissance pourra préoccuper l'esprit | du médecin (1). » Toutefois, il range cette cause entre la primiparité et l'albuminurie, c'est-à-dire qu'il ne lui accorde point lo \ rôle de cause primordiale.

Handfleld Jones (2) dit qu'une prédisposition indéterminée est ] nécessaire pour que les attaques épileptiques et éclampliques se produisent chez les enfants ou chez les femmes.

Barnes (3) s'exprime dans le même sens, mais avec plus de clarté. Il considère que l'éclampsie puerpérale est le produit de trois facteurs : 1° exaltation de la tension physiologique du ] système nerveux central, conséquence immédiate de la grossesse; 2° empoisonnement du sang exagérant cette irritabilité; 3° excitation périphérique ou émotionnelle, cause provocatrice immédiate de l'attaque. Si cependant il existe une prédisposition névropathique héréditaire ou acquise, c'est une condition particulièrement favorable au développement de l'éclampsie : « On ^ peut dire que la grossesse est la pierre de touche de la solidité du système nerveux. » i

Il faut bien convenir que les témoignages que nous venons de recueillir ne reposent guère sur des faits rigoureusement observés; et ils indiquent plutôt un pressentiment qu'une opinion bien arrêtée. 1

On peut cependa it Irouver çà et là quelques observations intéressantes à ce point de vue; mais ce n'est guère dans les travaux qui ont trait à l'éclampsie. La plupart des auteurs qui s'en sont occupés le plus récemment ont complètement négligé |

(1) Trousseau, Clinique nml. ie édit., 1873, t. II, p. 197.

(2) G. Hundfield Jones, Sludies on funclional nervous disorders. London, 1870 p. ;J29 et 330.

(3) R. Barnes, An addrcss on prcf/nanc!/ rer/arded as an experimcnt illustratinff, (feneml ]>alholo(jij. [Brit. mcd. Journal, 187G, t. II, p. 737.) |

la recherche des antécédents névropalhiques (1) on n'y attachent qn'nnc miportance secondah'e (2).

Michéa (3) cite d'après Pongens et Manget, k^s deux cas suivants : 1° Mère mélancoUque; antécédents personnels de même nature ; éclampsie puerpérale, moi t. — 2' Mélancolique pendant sa grossesse ; répète qu elle mourra comme sa mère ; éclampsie puerpérale, mort. L'auteur, il est vrai, n'en tire aucune conckision au point de vue de la pathogénie de l'éclampsie.

Handfield Jones cite une primipare éclamptique dont une sœur était épileptique. Churton (I) rappoi'te un cas de convulsions puerpérales chez une femme qui avait eu des convulsions (?) trois ans auparavant. Murciiison (o) a observé l'éclampsie puerpérale associée à des symptômes discutables d'ailleurs dedipso-. manie. Nous pouvons résumer à ce propos une observation qui nous est communiquée par notre ami le D-- Jagot, d'Angers.

Observation LXXI. — HérédUé névropafhhjue, antécédents conviilsifs;

éclampsie puerpérale.

M'»'' X., feniine de chambre primipare. — Père akoolique. — Six frères et sœurs sont morts jeunes (?). Deux avaient des convulsions.— A l'âge de 6 ans, W^" X. étant tombée sur un vase en porcelaine, se lîlessa au menton. A la suite de cette blessure, elle fut prise de convulsions qui se renouvelèrent d'abord tous les jours, puis s'éloignèrent peu à peu pour disparaître au bout de six mois. Aucun trouble nerveux jusqu'à sa grossesse. — Au huitième mois, albuminurie œdème ; au bout d'un mois, céphalalgie, violente dans la matinée ; à trois heures, attaque dï'ctampsie, qui se renouvelle deux fois. Les phénomènes convulsifs cessent après l'accouchement (deux garçons). Morte de péritonite.

D'autre part, on a noté la coïncidence relativement fréquente de l'éclampsie et de la foUe puerpéi'ales, la folie succédant oi'dinairement à l'éclampsie (G). Il n'est pas sans intérêt de rappeler

(1) Joseph, D<' Palhumiiiunc (jravidiqiic et da /'('•claiiipsia pucrjn'rdle ; Ui., 1886.

(2) Laugier, Quelques consid. sur l'rc/anipsic durant la grossesse et la pucrpéralité; th., Lyon, I880, p. 56.

(3) Micliéa, Traité de l'/u/pocondric, ISio, p. 106 et 299.

(4) Churton, Bril. med, Journ., 1874, t. I, p. G80. (0) Mui'chison, Brit. med. Journ., 1876, t. II, p. 6.

(6) Hervieux, Traité clinique et ))ratique des maladies puerpérales; suites de couches, 1870, p. 1036. — Biinar, Eclampsie puerpérale post partuin sans albuminurie, manie consécutive . {Gaz. hehd. de Montpellier, 34, 1884.) — Léonard, Éclampsie sans albuminurie, sans œdème, et compliquée de manie puerpérale. [Société clinique, 188G, p. 157.)

que la folie puerpérale est une des manifestations les plus évidentes de l'hérédité vésanique.

Cependant la plupart des auteurs les plus autorisés acceptent que la cause pour ainsi dire indispensable et nécessaire de réckunpsie puerpérale est Talbuminurie. L'albuminurie manque pourtant assez souvent, puisque M. Charpentier (1) a pu réunir cent quarante et un cas où elle était absente; et Nothnagel (2) en vient à admettre que quelquefois Téclampsie est causée par l'irritation réflexe des nerfs de Tutérus ou du plexus sacré. Browne a vu survenir de l'éclampsie sans albuminurie dans un cas de tumeur fibreuse de l'utérus (3).

On peut dire que Fou a jusqu'à présent peu songé à rattacher d'une façon précise l'éclampsie aux états névropathiques, et à Tépilepsie en particulier. Spring (4) a vu entre ces deux états morbides un rapport de séquence. « Quelquefois, dit-il, à force de se renouveler, les attaques éclamptiques dégénèrent en épilepsie. » Nous allons par quelques faits essayer d'établir cette relation.

C'est ici le lieu de faire remarquer qu'au point de vue symptomatique, de même que les convulsions de l'enfance, l'attaque éclamptique ne saurait être distinguée de l'attaque épileptique; et la marche de la température (5) rapproche l'accès d'éclampsie de l'état de mal épileptique. L'urémie s'accompagne toujours d'abaissement de température malgré les convulsions.

Observation LXXII. — Hérédité ; ncrvosîsme cl longévité. — Eclampsie puerpérale, épilepsie, recrudescence à la ménopau^te.

M™® P., 60 ans. — Sa mère, qui a aujourd'hui 87 ans, est très alerte, a eu autrefois des attaques de nerfs « cîfrayantes », probablement liystériques, qui ont disparu à la ménopause ; elle a soutîert de rhuma-

(1) Charpentier, Traité pratit/ua des acconcheiueiUs , 1883 , t. 1 , p. 699. — J. llobiu. Etude sur quelques formes rares d'éclampsie chez les feiiuiies enceintes; Ui., 1883.

(2) NoUinagel, art. Eclanipsiœ. (Ziemssen, t. XtV, 1878, p. 306.)

(3) Browne, A case of /ibroid tuiiior of tlic utérus caiisitui eclampsia. {Amer, jotirn. of ohstetrics, 1877, p. 38.)

(4) Spriiiï, Suniptoinatokfiie ou traité dos accidents niorltides, ISllî, t. I, p. 810. (o) Bimrne\\l[e, Eludes cliniques et ther/noniélriques sur les maladies du système

nerveux. 1873, 2» i;isc. 171-239. — Hypoliite, De l'éclampsie puerpérale spécialement étudiée au point de vue de sa pathor/énie et des modi/ications de température qui l'accompaynenl ; thèse de Nancy, 1879.

tisme siibaigu. On n'avoue pas d'autres antécédents nerveux dans la

famille. , .

La malade, qui a eu quelques douleurs dites de croissance, n a jamais eu de troubles nerveux ni d'autre maladie, jusqu'à Tàge de 26 ans.

A cette époque elle accoucha de son cinquième enfant. Le travail 6'accompagne d'attaques éclamptiques très intenses. Elle n'avait rien eu d'analogue à ses autres accouchements. — A partir de ce moment, elle eut de temps en temps des vertiges ; elle perdait connaissance un instant, restant en suspens, mais sans mouvements convulsifs d'aucune sorte, elle reste les yeux tixes et est très pâle : cela dure quelques secondes.

L'année suivante, elle accoucha de nouveau et fut de nouveau atteinte d'éclampsie. Depuis cette époque elle a continué à avoir des vertiges, auxquels se sont ajoutées de grandes attaques convulsivos qui étaient souvent séparées par un espace de plusieurs mois. (:es attaques étaient caractérisées par un cri initial, la perte de connaissance, la pâleur de la face, des convulsions toni<iues et cloniques; pas de morsures de la langue ni d'émission involontaire d'urine.

En 1881, la malade avait 56 ans et souffrait de divers troubles liés à la ménopause, quand elle fut prise, à la fin de janvier, de plusieurs crises convulsives qui survinrent coup sur coup avec une très grande intensitf'.

Ces attaques cessèrent et, sous l'influence du bromure prescrit par M. Charcot, ne se sont point reproduites depuis, mais elle a toujours des vertiges (3 octobre 1883).

Cette observation offre à relever pUisietirs circonstances intéressantes. L'hérédité névropathique y est très évidente. Nous pourrions encore relever l'âge avancé de la inère.Nous voyons la névrose éveillée par l'accouchement à l'état d'éclampsie, persister sous forme de manifestations vertigineuses, se réveiller de nouveau après l'accouchement suivant, (;t persister avec des caractères comitiaux des plus nets. Enfin la ménopause qui, dans un certain nombre de cas, peut déterminer à elle seule l'apparition des atta({ues épilepticpies (1), s'est accompagnée d'une recrudescence des manifestations convulsives.

OusERVATiON LXXIII. — Éclampsic pHcrpôralc ; cpilepsie. (D'après des

notes de M. Charcot.)

M'°'= M. de L. — Juin 1868. — A l'âge de 22 ans, éclampsie puerpérale avec albuminurie intense à sept mois de grossesse; rétablissement prompt après accouchement d'un enfant mort depuis plusieurs jours. Quatre mois après (octobre) apparition des premiers symptômes

(1) Barié, Étude sur la ménopause; thèse, 1877, \\. 127.

^06 ÉPILEPSIES ET ÉPILEPÏIOUES

du mal actuel. Ce furent d'abord des faiblesses nerveuses qui s'accentuèrent peu à peu, revinrent plus fréquemment tous les mois. On fit prendre du bromure de potassium à la dose de trois ou quatre grammes par jour, en suspendant pendant huit jours, quand une crise venait de se produire. 11 y eut des alternatives dans la fréquence des crises qui souvent furent éloignées, mais augmentèrent d'intensité. Pendant dix ans, on ne cessa pas la médication de la maladie.

Août 1878. — Sous l'influence du polybromure d'Yvon à la dose de deux et trois cuillerées à bouche par jour, les ci-ises furent supendues pendant cinq mois.

Mars 1873. — Prescription du même médicament à la dose de deux cuillerées et demie à trois et demie par jour par quinzaine, auquel on joignait le traitement hydrothérapique. Suspension des crises pendant seize mois. Les doses furent diminuées à partir du mois de février 1880, et le médicament supprimé au mois de juin. A la fin de juillet, les accidents reparurent ; on reprit l'élixir aux doses de deux à trois cuillerées à bouche par quinzaine ; pas de crise, jusqu'en janvier 1881. Le traitement fut continué. Une nouvelle crise se produisit .cependant vers la mi-aoùt (1881).

30 août. — Œdème de la face, des membres inférieurs de l'abdomen; urines rares très chargées d'albumine. Grand mal de tète, suspension du bromure; régime lacté.

19 octobre. — 11 y a encore de l'albumine dans l'urine; l'œdème a disparu. Depuis les suspensions du bromure, les crises reviennent tous les quinze jours; on reprend l'élixir à partir de sept cuillerées à cale jusqu'à douze (par quinzaine).

Observation LXXIV. — Eclampsie puerpérale ; vertiges, épilepsie.

M°"^ S., de Toulouse, 43 ans. Il n'y a dans sa famille, au dire de son mari, aucun parent ascendant ou collatéral qui soit atteint d'une affection nerveuse quelconque. Avant son mariage, elle n'avait pas éprouvé de maladie, jusqu'à l'époque où ont commencé les accidents actuels, elle n'avait soutïert d'aucun trouble nerveux, pas de migraine; elle était d'un caractère calme et facile, n'était point sujette aux emportements. Elle a eu quatre grossesses. Pendant la première grossesse, elle fut atteinte de fièvre typhoïde, et avorta à la sixième semaine. Les deux grossesses suivantes furent bonnes, et elle donna naissance à deux garçons. La quatrième grossesse survint à trente-deux ans (1873): elle se trouvait alors dans un état moral fâcheux, elle était extrêmement jalouse. Au septième mois, elle fut prise d'une épitaxis extrêmement violente qui dura quatorze heures, nécessita le tamponnement et laissa après elle une anémie profonde. Au huitième mois, à la suite d'une promenade dans une voiture remplie de lilas, dont l'odeur l'avait très incommodt'e, elle fut prise d'attaques d'éclampsie qui se répétèrent toute la nuit. A partir de huit heures du matin elle fut maintenue par le chloroforme et à deux heures on provoquait un accouchement prématuré qui donna naissance à un enfant mort, mais bien constitué.

On ne constata pas alors d'entliire ; et ralbuminc ne fut point recherchée dans les urines. Une fois l'accouchement terminé, les attaques d'éclampsie ne se reproduisirent pas.

Un mois après, elle a commencé à avoir ce qu'elle appelle des spasmes : elle mâchonne, fronce le front, dit quelquefois: « Ah ! mon Dieu ! », et c'est tout. Elle peut continuer cà agir. Si elle marche, elle ne s'arrête pas, elle peut même monter sur un trottoir; mais elle ne peut pas parler. Elle prétend qu'elle ne perd pas connaissance, mais qu'elle se sent dans un monde étrange, dont elle ne peut rendre compte. Ces sortes de vertiges, se produisant de une à trois fois par jour, furent les seuls troubles observés pendant deux ans et demi.

Au bout de ce temps, elle fut prise, une nuit, d'une attaque qui, dit le mari, ressemble aux crises éclamptiques commençant par un grand cri. Ces crises se sont répétées souvent depuis, quelquefois elle se mord la langue, mais n'urine jamais au lit, c'est le plus souvent la nuit qu'elle en est atteinte.

10 avril 1882. — A l'époque actuelle, M"^" S. a encore des vertiges tous les jours, quelquefois trois ou quatre, quelquefois jusqu'à douze. Autrefois, quand il se passait trois ou quatre jours sans vertiges, on pouvait être sur qu'il y aurait un grand accès. Depuis qu'elle prend du bromure, les accès ont diminué, elle a été sept mois sans en avoir, mais les vertiges persistent.

Observation LXXV. — Hérédité névropafhique; antécédenls convulsifs ; éclampsie ptierpérale ; épllepsie; convulsions chez Venfant.

jyjme 22 ans. — Anlécédcnis héréditaires : Son père a succombé à la suite d'un accident de voiture, à 32 ans; se portait bien ; pas de renseignements sur ses ascendants. Un oncle paternel est sujet aux bronchites, se porte bien pour le reste, a trois enfants qui n'ont jamais eu d'accidents nerveux. — Sa mère a actuellement 46 ans. A été sujette depuis l'âge de 16 ans jusqu'à 19 à des vapeurs, à des crises de larmes, pas d'éclampsie. Une tante maternelle religieuse, parait bien se porter. Un oncle maternel a un tic facial, il a deux jeunes enfants qui ont eu des convulsions. Un autre oncle maternel a 52 ans, est célibataire, excentrique, a eu des phénomènes de somnambulisme spontané (montait à cheval la nuit).

M™« P. a un frère aîné qui n'a jamais eu de maladies qu'une rougeole ; il est marié depuis deux ans, n'a pas d'enfant. — Une sœur, plus jeune d'un an, a des crises d'étouffemenls; il y a quelquesmois, à la suite d'un amour contrarié, elle a fait une tentative de suicide par la vapeur de charbon, et à laquelle elle a failli succomber.

M""' P. a eu des convulsions au moment de la première dentition. Depuis lors, jusqu'à sa grossesse, elle n'a pas été un jour malade; elle est d'une intelligence moyenne, fort calme, n'avait jamais eu le moindre accident nerveux. Elle a été réglée à 16 ans, correctement, d'emblée et sans douleur. Elle s'est laissé marier à 18 ans à un homme pour lequel elle n'a jamais eu ni répugnance ni affection.

268 ÉPILEPSTES ET ÉPILEPTIQUES

Quatre mois après, devint enceinte. Pendant les premiers mois de la grossesse, elle fut sujette à des vomissements très fréquents, puis tout alla bien jusqu'à la fin du huitième mois: elle commença alors à se plaindre d'entlure des jambes. M. le D"^ Hellemère constata alors Texistencc de Talbuminui-ie qui persista jusqu'à Taccouchement. Tout cependant alla assez bien jusqu'aux premières douleurs: 1M'"« P. commença alors à s'exciter, et elle aurait eu, dit-on, un véritable accès de délire avec hallucinations de l'ouïe (elle entendait pailer des personnes absentes et leui- i-épondait), à la suite duquel survinrent des convulsions éclampti([ues qui persistèrent pendant trois heures à peu près sans interruption, jusqu'à l'accouchement qui ne se termina que par le forceps. Les accidents convulsifs paraissent avoir cessé après la délivrance; et les suites des couches ont été des plus simples. Il était né un enfant màle qui fut mis en nourrice: la mère put se lever en dix-huit jours, et elle fut rapidement en état de se remettre aux soins de son ménage.

Tout allait bien, les règles étaient réapparues au bout de six semaines, quand, deux mois après l'accouchement (18 janvier 1881), le mari est réveillé au milieu de la nuit, à trois lieures du matin, par ime secousse suivie de trépidations rapides; le temps de faire de la lumière, et les mouvements avaient cessé. M"'° P. ronflait, il s'écoulait de la bouche de la salive mousseuse et sanguinolente. M'"<^ P. n'avait pas uriné, mais elle s'était fortement mordu la langue et elle en souffrit pendant plusieurs jours ; elle n'avait eu aucune connaissance de l'accident; aussi ne s'en préoccupa-t-elle pas. Mais ti"ois semaines plus tard (le 0 février), en se prépai-ant à son pi-emier déjeuner, à huit heures, M'*"' P. pousse tout à coup un grand ci'i, tombe en arrière de toute sa hauteur et offre tous les pliénomènes de la grande attaque d'épilepsie; convulsions toniques et cloniques, morsure delà langue, miction involontaire, perte totale de la connaissance, sommeil de deux heures. La malade ignore complètement ce qui lui est arrivé ; il en est de même pour les attaques successives qui, pendant toute l'aunée 1881, se sont renouvelées à des iutervalles variables de trois semaines à deux mois. Sous l'influence d'uu traitement bromiiré institué à la fin de décembre, les attaques ne se reproduisirent pas pendant trois mois. Depuis loi's, sous prétexte de troubles gastriques, le bromure, qui n'avait jamais été élevé au-dessus de trois grammes par jour, fut pris irrégulièrement : les attaques revinrent; elle en eut pendant le mois d'avril et, en moyenne, deux par mois jusqu'au mois de mars 1883, toujours avec les mêmes caractères. C'est alors que nous eûmes l'occasion de voir cette malade ; nous l'engageâmes à porter la dose du bromure de potassium à quatre grammes par jour, et à ne jamais interrompre le médicament, sous aucun prétexte. Depuis lors les attaques ont diminué, mais n'ont pas disparu ; du 12 mars au 28 novembre, elle en a encore eu trois, mais beaucoup moins fortes que les précédentes.

Au moment de l'éruption de ses premières dents, l'enfant de M'"® P. a eu des convulsions. On le dit bien conformé, mais nous ne l'avons pas examiné dirccteirx.'ut.

Il peut arriver que Von nie tout anféccklent héréditaire dans la famille sans que pour cela ou soit eu droit de rejeter la prédisposition; c'est ce que montre Tobservation suivante communiquée par M. le docteur Girou, d'Aurillac.

Observation LXXVI. — Scarlatine fruste, aWaminerie, éclampsic, frère

êpileptiqne plus tard.

Maria M., âgée de i'S ans, réglée depuis un an, a eu une angine légère vers le lo septembre, pendant qu'une épidémie de scarlatine régnait dans le quartier. F.e octobre, (inlème et albuminurie sans qu'on ait aperçu aucune trace d'éruption. F.e 3 octobre à 11 heures du soir, série de crises éclamptiques, suivies de coma. I.e lendemain, perte absolue de la vision, qui ne revient que le 0. L'œdème et Palbuminurie ont disparu plus tard.

ha famille niait tout antécédent nerveux et tout accident de même nature chez la jeune tille, quand je fus appelé le 12 courant (19 décembre 188o) auprès du frère de la malade, garçon âgé de 2o ans, sobre, qui venait d'être pris sans cause d'une crise d'épilepsie franche.

Les observations qui précèdent nous permettent de répondre aux trois questions que nous nous étions posées, et montrent que l'éclampsie et l'épilepsic ne doivent pas seulement être rapprochées par des analogies cliniques (Vogel, Jacquemier, Rosenthal (1), etc.) ; mais qu'elles doivent l'être encore par leur pathogénie.

1^ Les antécédents héréditaires et personnels peuvent en effet, dans un certain nombre de cas, mettre en lumière la prédisposition névropathique, et montrer que la dentition, les affections intestinales de l'enfance, la scarlatine, la grossesse et l'accouchement ne jouent qu'uu rôle de cause déterminante. C'est surtout pour l'éclampsie puerpérale, ([ui se présente à un âge plus avancé, que la démonstration peut être faite : on la voit, en ell'et, souvent se développer chez des sujets qui ont des antécédents hystériques (2), et surtout des antécédents convulsifs à forme éclauip tique qui se sont présentés à différentes époques de la vie, soit à propos de la dentition, d'affections gastro-intestinales, de fièvres éruptives, e(c.

(1) RoseiiUial, Traité clinique des maladies du sijstèine nerveux; édit. franç., 1878, p. Pj.rl.

(2) Le Rolland, De l'influence de la grossesse sur la marche de l'hystérie et de l'épilepsic ; thèse, 1879, p. 3i.

270 ÉPILEPSIES ET ÉI'ILEPTIOUES

On peut, dans celte circonstance, rapprocher de l'éclanipsie la chorée, qui, quelquefois aussi, se inanifesle chez les femmes en couches (1) qu'elle a déjà atteintes antérieurement dans d'autres circonstances.

:2o D'autre part, dans certains cas, des manifestations névropalliiques ultérieures viennent montrer que les éclampsies Jie constituent point des trouhles purement accidentels, et qu ils dépendent, au contraire, d'un état morhide persistant. A la suite d'une scarlatine, d'une grossesse, etc., on voit se développer des attaques éclampliques, puis cette épilepsie aiguë passe pour ainsi dire h l'état chronique et ne se manifeste plus que par des attaques isolées d'épilepsie vulgaire. La succession des phénomènes jette un jour nouveau sur l'identité de nature des manifestations convulsives.

3° L'état névropathique qui peut se transmettre aux descendants sous des formes variahles, montre encore les liens de famille de l'éclampsie.

/t" Si les poisons convulsivants contenus dans l'urine, en particulier dans certaines maladies (Bouchard) (2), peuvent jouer un rôle important dans la détermination de la maladie, on ne peut pas rigoureusement déduire que l'éclampsie est une maladie infectieuse due à un empoisonnement du sang (3); l'éclampsie est tout au plus dans le cas particulier un syuq)tôme d'une maladie infectieuse.

On peut citer telle épileptique qui n'a jamais eu de convulsions ni h propos de la dentition, ni à propos de la scarlatine ou de la grossesse. Les faits de ce genre ne constituent pas des arguments péremptoires contre la thèse que nous soutenons ; mais ils nous conduisent à admettre chez certains sujets l'existence de zones épileptogènes (gastrique, utérine, périphérique, etc.), dont l'irritation est particulièrement efficace pour l'éveil de la névrose. Si la prédisposition est moins accentuée, l'irritation a plus besoin d'être multiphée et accumulée pour

-, (1) Hervé, Z)e la chom; pendant la prossessr ; thcse, 1884.

(2) Rivière , Patkoloijic et traitement de rauto-iatoxication cclanipligue ■ th., 1888.

(3) Duguet, De réckwijisie puerpérale ; th., Bordeaux, 1889.

ÉCLAMl'SIE -'^

provoquer la décharge ; c'est ainsi que l'éclaiiipsic peut ne survenir qu'à la quatrième, à la cinquième grossesse.

Il existe donc des épilepsies aiguës, ('pilcpsies ('clamptiques qui sont déterminées par certaines conditions physiologiques ou palhologiques; mais qui, comme réi)ilepsie vulgaire, ne se développent qu'en conséquence d'une prédisposition névropa- Ihique trahie par des accidents antérieurs héréditaires ou personnels. Ces épilepsies aiguës de l'enfance, de la puerpéralité, etc., peuvent se terminer par la guérison, en laissant l'organisme en (Hat d'opportunité convulsive, ou passer à l'état chronique, et se transformer en épilepsie vulgaire. Quelle que soit leur marche, il est important, au point de vue du pronostic dliérédilê, de recliercher les liens (pii les unissent aux diiférenls membres de la famille nôvropathique (1).

Le rôle secondaire que j'attribue aux maladies infectieuses dans le développement de l'épilepsie a été compris tout autrement dans ces dernières années. M. Cotard avait déjcà signalé dans sa thèse de 1868 l'influence des maladies infectieuses sur ce développement des scléroses cérébrales. Mais tout récemment (2), dans une généralisation qui aurait gagné h s'appuyer sur quelques observations, M. Marie a attribué un rôle primordial aux maladies infectieuses dans l'étiologie de l'épilepsii'. M. Lpmoine est bientôt venu à la rescousse et affirme, lui aussi, que l'hérédité de l'épilepsie est une rareté (3); il se garde bien d'ailleurs aussi de donner une observation prouvant l'influence exclusive de l'infection. M. Béions (4) revendique timidement pour M. Pierrot l'honneur de la généralisation, mais ne cite pas davantage d'observation en ce qui concerne l'épilepsie. Mais voici des documents sérieux de l'appui de la théorie infectieuse, M. Veysset (5), dans sa thèse, rapporte six [observations qui représentent actuellement le bilan officiel de cette

(1) Ch. Féré, la Famille niirropaUiique. {Arc/iives de Neurologie, 1884, janvier ■et mars.)

(2) Marie, -Vo^A' l'éliolof/ie de Pr/iilepsie. {Prorirès médical , 1887, 11° 44, p. 3'].) ( !) Lemoine, Noie sur lu jxil/iofjénie de répilep.sie. {Ibid., 1888, ir l(i, p. 298.)

(4) Bclous, Etude sur les phénomènes morbides, liés à l'aclion exercée par les maladies infectieuses sur les centres nerreux ; tli., Lyon, 1888.

(.j) De rinfluence des maladies infectieuses sur le déoeloppemenl de l'épilepsie ; th., 1889.

272 ÉPILKPSIES ET ÉPILEPTIQUES

théorie. J'y découpe quelques faits relatifs aux antécédents qui montreront bien que cette théorie aurait mérité d'être présentée plus modestement.

Ob^. Il (p. 30). — Antécêdenls hèvédltaires. — Père ivrogne, mère morte hémiplégi(pie à 04 ans, deux frères et une sœur bien portante, rien du côte des aïeux, une cousine hystéricpie.

Anlècédenls personnels. — Convidsions dans l'enfance, variole à 12 ans, pas d'autres maladies graves.

Oi3s. III (p. 39). — Aniècêdents héréditaires. — Mère hystérique, père bien portant, cousin épilepti(iue, oncle maternel aliéné, deux frères bien portants, une sœur est morte en bas âge, après avoir eu des convulsions.

Anlècédenls j5erson?«e/,s.— Pas de convulsions dans l'enfance, rougeole à 0 ans, excès alcooliques.

Oi3S. IV (p. 42). — Anlècédenls hérédilaires. — Père mort en état de démence à 04 ans, mère nerveuse, rien du coté des aïeux, ni des collatéraux, un frère aliéné, deux autres sœurs bien poilantes.

A)décédenls personnels. — Convulsions dans l'enfance, petite vérole h 14 ans, pas d'iiabitudes alcooliques.

Commémoraiifs. — Ilien de particulier à signaler dans Penfance et l'adolescence, si ce n'est que B. se montre de bonne heure d'un caractère sombre et taciturne. Il pleure abondamment quand est venu le moment de partir au régiment; il va consulter tous les sorciers pour savoir quelle sera sa destinée.

Obs. V (p. 44). — Anlècédenls hérédilaires. — Père rhumatisant mort à 58 ans « d'hydropisie ». Mère bien portante; une sœur également rhumatisante, jieu de renseignements précis sur les aïeux et les collatéraux.

Obs. VI (p. 40). — Antécédents hérédilaires. — Père mort phtisique, mère faible d'esprit, dans un état voisin de la démence, une tante maternelle hystérique, un frère bien portant, un frère et une sœur morts de méningite en bas âge.

Antécédents personnels. — Pas de convulsions dans l'enfance. A JO ans, incontinence d'urine qui disparait après Omois d'un traitement approprié, à 15 ans il tombe d'un arbre et se fait à la région frontopariétale droite une vaste plaie dont la cicatrice est aujourd'hui très apparente et mesure 0 centimètres de longueur, cette plaie guérit très rapidement, sans présenter aucune complication, le médecin traitant a constaté qu'il s'agissait d'une plaie confuse du cuir chevelu sans esquille osseuse, sans enfoncement apparent des os du crâne.

On peut juger par ces quelques extraits que le rôle de l'hérédité et de la prédisposition névropathique n'est pas détruit dans ce travail, il est vrai que l'auteur conclut :

« Dans un grand nombre de cas, les maladies infectieuses

ECLAMPSIE ^^3

jouent le rôle de cause efficiente clans la pathogénie des opilepsies ; l'hérédité n'intervient que comme cause prédisposante. »

C'est ce que tout le monde savait avant l'introduction de la théorie infectieuse.

M. Arnal (1), utilisant la notion établie par MM. Doléris (2) et Blanc {:]), de l'existence de microorganismes dans l'in'ine des éclamptiques, défend le rôle de l'infection : il est regrettable (jue dans aucune de ses observations il ne soit question ni d'antécédents héréditaires, ni d'antécédents personnels.

Si je me suis attardé dans cette discussion, c'est que je suis convaincu qu'il n'est pas sans utilité pratique de restituer aux conditions prédisposantes leur véritable rôle.

([) Des riipporfs di' /'(i/hiuniniD'ic f/rartdii/itc <ivi'.c P/'c/niiipsie ; tli., Moiit[iellier, 1889.

(2) Société de Biolof/ic, 18S:;.

(3) Arc/i. de Toco/of,li-. 188!».

Ch. VÉhÉ.

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